L’hiver qui repousse l’automne, faut ben que ça arrive un jour
Un melting pot de neige au village, Noël, la plage Routhier à Sept-Îles, un mariage d’amour et du givre de sable… pis des pets de glace. La…
L’hiver qui repousse l’automne, faut ben que ça arrive un jour
Un melting pot de neige au village, Noël, la plage Routhier à Sept-Îles, un mariage d’amour et du givre de sable… pis des pets de glace. La rivière s’insinue à la toute fin

Du pain de perdrix en automne et un peu de ses petits fruits rouges, tout en haut, au milieu de la photo. Ses feuilles persistent tout l’hiver. Photographié début novembre 2024
Je me suis promenée la semaine dernière dans un village enneigé avec des bancs de neige de deux pieds chaque côté de la rue. L’hiver en automne, ce n’est pas exceptionnel, surtout quand on vit en montagne. Un mois avant la fin de l’automne c’est déjà l’hiver, le paysage se transforme en l’espace de quelques heures pour se prolonger jusqu’au printemps dans six mois. Allo bottes, tuques, manteaux et mitaines. Ça va nous prendre des cache-nez dans pas grand temps.
Malgré tout, je trouve très beaux ces épinettes et sapins enneigés et la rue blanchie. Les premières neiges sont lourdes, le temps est encore doux, et voilà nos arbres décorés pour Noël.

La rue du Lac Pierre soupoudrée de sable et de petite garnotte pour pas qu’on glisse

Une maison typique des premiers colons, préservée avec beaucoup d’amour
Parlant de Noël, les sapins trôneront bientôt au salon, reproduisant avec fantaisie la vraie vie, avec des glaçons au bout de leurs branches, des boules de glace, des flocons de neige et des petites lumières pour illuminer les longues nuits. Des cheveux d’ange pour le sacré.

L’église patrimoniale du village bâtie par les colons en 1860–61. On y installe une crèche pour Noël
On retrouvera en dessous la crèche et le ptit Jésus, des moutons avec les pattes en cure-dents pis de la laine en ouate, un boeuf et un âne, Joseph, Marie et les trois rois mages. Il y aura aussi des maisons avec des petites lumières dans leurs fenêtres. De la fausse neige pis des cadeaux, beaucoup de cadeaux pour certains, moins pour d’autres et rien pour trop d’entre eux. Célébrons aussi nos privilèges avec grâce, la main tendue pour ceux qui n’ont rien. Il est là le message de Noël.




Feuilles de l’été figées dans le froid et la neige. Si on les touche elles craquèlent et s’effritent
Pour revenir à nos moutons, je n’aime pas photographier l’hiver. C’est blanc et noir, un ptit peu de brun et de gris par ci par là, et les doigts et les pieds me gèlent. Le décor se ressemble partout, et l’ombre joue au chat et à la souris avec la lumière. Ma caméra est souvent sur la tablette et moi, j’attends les beaux jours.



Le noir et blanc hivernal
Mais soyons honnête, l’hiver peut aussi exciter nos sens en dépit du monochrome décor et j’y arrive parfois. Parmi ce blanc, de doux pastels, des flocons brillants, de la glace et ses cristaux. Le noir sur blanc des branchettes au sol, parfois courbées, parfois toutes droites et silencieuses, projetant leur ombre douce sur la neige. L’écorce et les branches à nu des arbres.

Une plage de Sept-Îles au mois de janvier 2016, ornée de belles herbes séchées sculptées par le vent. C’est le jour du mariage de William, le fils de mon chum, avec sa belle Claudine de la Côte-Nord



Fractales glacées dans le sable durci
Il y a aussi le blond des herbes enveloppées d’un ciel bleu. Les tapisseries de givre. Les bulles de glace, comme des ptits pets figés surréalistes.

Des pets de glace

Le ciel, les nuages et la mer avec des canards au loin venus saluer les heureux mariés
Et sous nos pieds, les petits trésors se laissent découvrir : des feuilles tardives encore sur le sol, frileuses, des ptits bouts d’herbe, de la glace et ses cristaux et arabesques sans fin, du frimas de feuille avec du sucre savamment soupoudré.

Je me souviens de cette journée très froide sur le lac, j’étais d’ailleurs la seule à l’arpenter. Pas un chat. Mes pas sur des lames de neige sculptées par le vent du nord
Il arrive aussi que le froid morde les joues et les enflamme, que les pieds se glacent et les orteils se raidissent. Mais ça, c’est pour un autre jour. Je remets ça, qui sait, en 2026 quand janvier reviendra glacer le monde. Pour l’instant, je m’accroche à ce qui reste de l’automne.

Des fractales, des cristaux, des vagues. J’évite toujours de marcher sur tant de fragilité, comme pour étirer l’éphémère

Le voilà le sucre en poudre dont je vous parlais un peu plus haut
Et il y a ces petits trésors, des cocottes, partout des cocottes, de pin, de sapin, de mélèze et autres conifères du coin. Les écureuils les dérobent pour les cacher en prévision des temps froids qui arrivent et les grignotent en secret dans leur petit nid ou sur une haute branche. Courageuses petites bêtes, aimées ou pas, elles garnissent nos villes, nos paysages et forêts de leurs petits cris alertant les autres habitants forestiers de notre présence.

Une délicieuse cocotte, festin ordinaire des petits écureuils roux de nos forêts

Les restes du repas
Marcher en forêt, c’est apprendre à voir et observer plutôt que regarder. On apprend à voir mais aussi à nommer : les plantes, les champignons, les mousses, lichens et lycopodes, les fleurs sauvages, les arbustes et certains petits habitants, les bibittes. La différence entre regarder et voir se trouve là, dans cette multitude du chaos. Voir, nommer et connaître ouvre la vision de l’esprit et enrichit, par le fait même, nos coeur et âme face à la beauté du monde.



La beauté délicate du givre aux formes multiples et uniques
Le givre ne va pas de soi, il est précieux et possède son propre temps, impromptu, soumis à des conditions bien spécifiques. Il s’agit d’un moment unique et transitoire, un ravissement pour les yeux, le scintillement de la vie. On ne peut le prendre pour le ramener chez soi, on le cueille par le regard.


Regardez-moi ces merveilles, les feuilles en décomposition révélant leur nervures et leurs dentelles, leur couleur délavée. On y voit aussi des morceaux de lichens et des aiguilles de conifères séchées. Petits bout de branches et de plantes et sûrement, et en dessous, une faune visible et une autre invisible pour les yeux
Pour voir, j’ai donc appris à marcher les yeux rivés au sol pour ne rien manquer. Mes yeux sont maintenant des scanners pour retrouver les formes et les couleurs que j’ai appris à connaître. Pour que la beauté de ce monde terrestre se révèle, elle pénètre mon regard pour abreuver ma conscience car l’esprit c’est élastique. Connaître c’est aussi trouver, sans limite.

En forêt, on marche beaucoup sur les racines d’arbres, une autre bonne raison pour regarder où on met les pieds. On peut y trébucher ou s’arrêter et admirer leur résilience nourricière
Ce qui m’amène au parc de la Chute-à-Bull, ce beau parc situé à Saint-Côme. Je suis un peu déçue, la porte d’entrée n’est plus au même endroit et on doit maintenant marcher 1,5 kilomètres pour trouver la beauté du lieu, celui que j’aime. Les gens y vont pour la chute alors que la petite rivière Bull se révèle être le véritable joyau du lieu, une discrète aux recoins secrets, se révélant à ceux qui savent les trouver.
Et naturellement, la rivière, on la voit de moins en moins. Elle apparaît en clin d’oeil derrière les arbustes et leurs branches, les arbres et épinettes, pins, sapins qui poussent tout le long de son parcours, devenant de plus en plus haut et de plus en plus gros. Un jour nous l’entendrons murmurer sans la voir.
Le paysage change constamment, d’une année à l’autre, ce qu’on voyait une année n’y est plus l’année suivante. On parle du caractère éphémère et transitoire de la vie sous toutes ses formes, elle se transforme sans trève, passagère du temps qui passe. Les bouddhistes en parlent d’ailleurs mieux que moi.

Les photos que je vous présente ici datent du temps où on pouvait encore la voir se contorsionner au travers les roches pour se rendre, malgré toutes les entraves, jusqu’au fleuve Saint-Laurent.

Cette petite rivière sinueuse est parfois turbulente et ses eaux sombres glissent en silence entre les pierres des rives blanchies
D’ailleurs, on a autrefois utilisé cette rivière pour transporter de gros billots d’arbres jusqu’au moulin le plus près. La drave. Les textes, plus bas, valent mille de mes mots sur cette période de l’histoire de la rivière Bull.




Oh, il manque un bout de texte

J’ai mis ici la photo du groupe, fascinante. Courageux draveurs, ils travaillaient comme des forcenés dans les profondeurs de la forêt

Comme une salamandre, elle se glisse tout le long de son parcours…


…et continue de se laisser aller, souple comme la vie elle-même
Maudit, j’étais pas censée parler de l’automne moi? Je suis comme la petite rivière Bull, sinueuse et parfois mouvementée et je me déplace vers un lieu que je ne connais pas pour vous raconter une histoire qui arrive, au bout du compte, à destination.
Peu importe car ici l’automne est encore blanc, les orange, ocre et rouge ont pénétré la terre, et c’est remis à l’année prochaine pour l’automne. Allo hiver, je ne t’attendais pas si tôt mais je fais avec. Be like water.
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