FLIES+: VERS UN MODÈLE EXOLINGUE DE LA COMMUNICATION INTERCULTURELLE: INTERPAROLE, COOPÉRATION ET…
Cet article est extrait de l’ouvrage Discours didactiques et didactique des langues paru en 1986 et rédigé par l’ethnologue et linguiste…
FLIES+: VERS UN MODÈLE EXOLINGUE DE LA COMMUNICATION INTERCULTURELLE: INTERPAROLE, COOPÉRATION ET CONVERSATION [#5]

© DEL5. X CBC. M3DIA.
Cet article est extrait de l’ouvrage Discours didactiques et didactique des langues paru en 1986 et rédigé par l’ethnologue et linguiste Jean-Luc ALBER et l’enseignant-chercheur et maître de conférences Bernard PY qui se sont intéressés en profondeur aux modèles de communication qu’ils se proposent d’analyser et de mettre en contexte. Les modèles en question sont le modèle endolingue dit “traditionnel” et celui vers lequel ces derniers tendent porte le nom du chapitre étudié: “le modèle exolingue”.
Il est simple d’observer que lorsque deux, voire plusieurs cultures se rencontrent, elles peuvent être sources de conflits à cause d’une brèche culturelle (ou barrière linguistique) trop grande que l’on nomme “incompréhension”. Ici, dans l’objet d’étude, ce qui est mis en exergue est la situation suivante: un alloglotte (apprenant une nouvelle langue) converse avec un natif (dans son pays, a fortiori).
- Le modèle traditionnel de la communication
La critique faite concernant le modèle traditionnel se base sur son caractère théorique qui est trop éloigné de la réalité. En d’autres termes, ils affirment que ce modèle s’avère inefficient et peu “performant”.
Si l’on schématise les deux modèles, le dit traditionnel “met en scène un émetteur, un récepteur, un canal, un code, un message, et un contexte.” (1986: 78) Cette schématisation a permis aux chercheurs de distinguer “langue écrite” et “langue parlée” mais encore de différencier “expression” et “compréhension”. Cependant, on a fini par se rendre compte que ce modèle comportait des lacunes auxquelles il a fallu apporter des modifications, pour tenir compte des subtilités que revêtent les modèles de communication en situation réelle et authentique, spécifiquement pour la didactique des langues.
Trois notions vont in fine permettre cette communication exolingue: “interculturalisme, interlangue, et coopération”.
La notion de code est le système de langue qui permet la transmission du message selon le modèle traditionnel (endolingue). Pour que la conversation ait lieu, il faut alors remplir trois conditions:
“a) Il est également maîtrisé par chacun des deux interlocuteurs.
b) Chaque interlocuteur est conscient de cette double maîtrise: il sait que l’autre utilise effectivement le même code que lui et compte sur cette utilisation.
c) Le code préexiste entièrement à l’instance communicative qu’il rend possible.” (1986: 79)
En d’autres termes, ils en prennent conscience, s’en saisissent et l’utilisent, qui plus est l’existence de ce code partagé permet un échange stable dans les deux sens (compréhension quasi parfaite). Ce qui est gênant dans ce cadre précis sont la présence d’une interculturalité (comprenant des codes respectifs), la capacité et/ou l’envie de coopérer et le risque accru d’une nouvelle forme de code (spontanée) entre l’interlocuteur alloglotte et l’interlocuteur natif. Il s’avère donc que ces conditions sont hypothétiquement idéales mais vraisemblablement irréalisables. La raison de cette ambiguïté est l’essence même de la linguistique: c’est une langue vivante (ou “naturelle”). C’est là qu’intervient le modèle exolingue; il vient combler les manquements de l’ancien modèle.
Ce nouveau schéma “variationnel” vient nuancer une vision purement endolingue et vient lui doter de nouvelles forces. Il offre alors plus de libertés quant au choix du code par les deux partis.
- Le modèle de communication exolingue
Par ailleurs, “Les ethnométhodologues et les conversationnalistes” (1986: 81) affirment que les conversations “ne s’accomplissent pas de façon aléatoire mais obéissent à des schèmes plus ou moins fortement structurés qui règlent et orientent les pratiques communicatives des acteurs sociaux.” (1986: 81–82) Mais il ne faut pas considérer ces scénarios comme (étant) une vérité absolue.
Dans l’exemple du scénario “HFS” (Homme, Femme, Serveur) qui se déroule dans un restaurant, on nous illustre un malentendu qui s’opère lors de l’échange entre H et S, quand S demande “pour qui sont les nouilles ?” Il y a, de (ce) fait, un écart entre la projection de l’un et le perception (effective) de l’autre: ce qui mène à (émettre) un “jugement de valeur”, car le code ou la méthode communicative comporte une asymétrie (car non-respect des 3 conditions précitées) entre les interlocuteurs qui ne possèdent pas la même quantité et qualité de répertoire langagier.
Pour synthétiser, Erving GOFFMAN et Herbert Paul GRICE défendent également l’idée qu’une interaction réussie est une interaction bilatérale (ou partagée) entre un non-natif qui parvient à trouver une entente grâce au soutien d’un natif qui coopère tout au long de l’échange.
Pas à pas, nous nous dirigeons vers l’objectif visé par l’article, à savoir comment le modèle exolingue et ses caractéristiques vont permettre à nos interlocuteurs d’avoir une communication aisée (à moindre effort). Pour que communication puisse se faire, le locuteur apprenant (mais pas que) va recevoir des “inputs” qui sont des codes sociolinguistiques et culturels (ou “scripts”) qu’il intègre au quotidien (car il fait partie intégrante de l’environnement dans son apprentissage en L2, donc entouré de natifs) dans et pour des situations spécifiques, qu’il va progressivement intégrer par le biais de “chunks” et de “patterns”. Ces séquences préfabriquées comportent des règles et des orientations de pratiques communicatives qu’il conscientisera et utilisera à bon escient: c’est la notion d’output qui est appliquée.
La simplification est le résultat d’une communication exolingue et pédagogique. Et à tout cela viennent s’ajouter les notions d’écriture/composition et de reformulation.
Ces notions sont présentées comme des procédés discursifs facilitant la circulation de l’information. Parmi ces méthodes de simplification, on peut compter sur l’emploi des langues dites “créoles” et des “pidgin”.
Le pidgin est une langue simplifiée qui se base sur une langue (souvent européenne) majeure et deux langues mineures. A titre d’exemple, le ‘chavacano’ des Philippines est une langue (L1) à base espagnole majeure et une langue prime (L’) basée sur le filipino et l’anglais mineures (langues officielles des Philippines).
Par extension, le créole est une sous-catégorie du pidgin en raison du fait que le créole est plus complexe, au point de devenir une langue à part entière qui s’apprend et s’enseigne comme toute langue maternelle (ou “naturelle”).
Toutefois, à propos de la simplification, il est important de prendre en compte le niveau de l’apprenant que l’on peut placer sur un axe partant du “degré zéro”. (MÀJ: cette idée du degré zéro a été révisée et rectifiée plus tard. Il faut évidemment la resituer dans le contexte de l’époque quand cette notion faisait encore sens; je vous renvoie donc vers le dernier article sur les consignes en FLSco, plus actuel et pertinent, intitulé FLIES+: VERS UNE DÉMARCHE DIDACTIQUE EN ALPHABÉTISATION #4) C’est une façon de définir à quel point l’alloglotte est capable de délivrer des discours plus ou moins complexes.
Cette compétence peut autant être définie par l’enseignant que par l’apprenant; ce faisant par le biais ou plutôt l’analyse subjective d’expression (orale) d’une part et de compréhension (orale) d’autre part.
Ensuite, ALBER et PY nous révèlent qu’il existe une distinction entre les termes “simplification” et “facilitation”.
La facilitation quant à elle, peut s’opérer concrètement par la reformulation d’une phrase. Elle possède également deux formes: “l’autofacilitation” et “l’hétérofacilitation”.
Ces deux formes visent à alléger les interactions des interlocuteurs en minimisant les efforts fournis de part et d’autre.
A cela vient s’ajouter la ponctuation qui est notamment étudié en phonétique afin de rendre la prononciation et l’articulation claire. Cette dernière se distingue aussi sous deux formes: “l’autoponctuation” et “l’hétéroponctuation”, qui reposent sur le même principe.
On relève également dans l’article des stratégies alternatives comme la mention, la reformulation et la traduction.
En conclusion, la réflexion d’un modèle de communication exolingue part d’une approche linguistique et ethnologique. Elle nous permet d’explorer les processus d’apprentissage de la communication orale, la construction ainsi que la réalisation de l’interlangue à travers l’interparole et l’interaction. En dernier lieu, l’article fait office d’ouverture sur les problématiques des apprenants de FLE face à des natifs.
CBC. M3DIA. X C.SCAGLIOLA
메타데이터
- post_id
- 0c04f7239dc1
- slug
- flies-vers-un-modèle-exolingue-de-la-communication-interculturelle-interparole-coopération-et-0c04f7239dc1
- url
- https://medium.com/@cbcm3dia.xyz/flies-vers-un-mod%C3%A8le-exolingue-de-la-communication-interculturelle-interparole-coop%C3%A9ration-et-0c04f7239dc1
- canonical_url
- https://medium.com/@cbcm3dia.xyz/flies-vers-un-mod%C3%A8le-exolingue-de-la-communication-interculturelle-interparole-coop%C3%A9ration-et-0c04f7239dc1
- author_url
- https://medium.com/@cbcm3dia.xyz
- status
- ok
- fetched_at
- 2026-06-27 08:54:08