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Des corps brisés aux lois absentes: l’enseignement de Me Jean Vandal sur le droit des personnes et…

Il y a quelque chose de cruel, et peut-être d’un peu vain, à vouloir reconstituer la topographie de ces journées-là. C’était les 22 et 23…

Don Gilberto · 2026-06-19 18:48 · 1 claps · 2.8 min read
#me-jean-vandal #sante-publique #septembre-2010 #hôtel-karibe #amh
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Image construite á des fins strictement pédagogiques

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Des corps brisés aux lois absentes: l’enseignement de Me Jean Vandal sur le droit des personnes et la santé publique de catastrophe

Il y a quelque chose de cruel, et peut-être d’un peu vain, à vouloir reconstituer la topographie de ces journées-là. C’était les 22 et 23 septembre 2010. Plus exactement deux cent cinquante-quatre jours après la secousse de janvier. On se retrouvait dans les salons de l’Hôtel Karibe, une enclave qui semblait flotter au-dessus des ruines, pour un symposium parrainé par l’O.E.A. Le titre avait l’élégance administrative des lendemains de catastrophe: Reconstruction, Accessibilité et Inclusion.

Au-dehors, la ville n’était plus qu’un immense chantier en suspens, figé dans une attente grise. Les promesses de milliards de dollars faites au printemps à New York tardaient à s’incarner. Plus d’un million de personnes s’entassaient toujours sous les toiles de fortune de treize cents camps, tandis que le « Core Group » et les ambassades occidentales, pressés d’effacer le chaos, exigeaient la tenue d’élections présidentielles pour la fin de l’automne.

C’est dans ce décor incertain que s’est levé le juriste Jean Vandal.

Il parlait avec cette courtoisie d’une autre époque, une clarté douce qui rendait ses vérités plus redoutables encore. Sans élever la voix, il a dressé l’inventaire de nos manques, les caprices et les vides d’une législation qui n’avait rien prévu pour le malheur. Avec une lucidité contagieuse, l’avocat a rappelé qu’aucun édifice public ne disposait alors de toilettes pour les personnes à mobilité réduite ou privées de vision. Quant à notre habitat urbain, il semblait que chacun eût bâti selon son propre songe, l’autorisation municipale n’étant qu’une simple formalité monétaire, un impôt déguisé que l’on oubliait souvent de percevoir.

Nous ignorions encore que d’autres séismes viendraient sceller cette architecture du provisoire. Plus tard, de vieilles demeures familiales allaient devenir des bureaux publics au gré des conjonctures, simplement signalées par des armoiries de fortune clouées sur des façades privées.

Pourtant, le Génie municipal avait une histoire. Jean Vandal aimait ces correspondances lointaines. Il me souvient d’un passage de H. Pauleus Sannon, dans son livre de 1936, Six mois de ministère en face des États-Unis. Il y rappelait une époque où le poste de Directeur du Génie Municipal faisait l’objet de sourdes luttes d’influence : « Le Directeur est actuellement un ancien officier de la Marine Américaine en retraite, Mr. Keating, qui a repris service depuis trois ans ou quatre ans. » Le passé et le présent se superposaient, une même occupation des lieux par des ombres étrangères.

Mais en ce jeudi 23 septembre 2010, la technicité du droit s’effaçait derrière une urgence plus intime. Le bilan de janvier venait de tomber, lourd de deux cent mille, peut-être trois cent mille morts. Et surtout, il y avait cette armée de survivants mutilés par la chute des dalles de béton: fractures complexes, lésions de la moelle épinière, blessures écrasées. Pour parer à la gangrène, dans le dénuement des premiers jours, on avait dû amputer à vif plus de quatre mille personnes. Haïti se réveillait « pays des amputés ».

Dans la lumière du Karibe, Me Vandal n’était plus tout à fait un juriste. Il ressemblait à un médecin en toge venu ausculter les membres brisés de la patrie.

C’est le souvenir persistant de sa voix qui m’a conduit plus tard, comme on retrouve un vieux dossier égaré dans une bibliothèque poussiéreuse, à feuilleter les comptes-rendus d’une autre rencontre: les Échos de décembre 1976. C’était l’époque où l’Association Médicale Haïtienne tentait déjà de relever les vies brisées. Les praticiens de ce temps-là, devant des étudiants silencieux au fond des salles, cherchaient à réparer ces existences meurtries. On y découvrait, pour la première fois peut-être avec une telle ampleur, l’impérieuse nécessité de réhabiliter les handicapés en Haïti.

Trente-quatre ans plus tard, au Karibe, Me. Jean Vandal ne faisait que prolonger ce vieux dialogue interrompu, dessinant pas à pas, au milieu des décombres, les contours incertains de nos ambitions futures.

Gilbert Mervilus, 19 juin 2026

Les Échos de décembre 1976*: *quand l’Association Médicale Haïtienne relevait les vies brisées https://medium.com/@gilbertmervilus/échos-de-décembre-1976-quand-lassociation-médicale-haïtienne-reconstruisait-les-vies-brisées-0dee52c9d09c


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