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Jussie

Je ne me rappelle plus du jour où j’ai rencontré Jussie. C’est un peu flou, les images se mélangent, dans ma tête. Tout ce dont je me…

Shatanel · 2025-07-26 19:53 · 1 claps · 3.9 min read
#relations-toxiques #santé-mentale
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Jussie

Je ne me rappelle plus du jour où j’ai rencontré Jussie. C’est un peu flou, les images se mélangent dans ma tête. Tout ce dont je me souviens, c’est qu’elle a fini par être là… Tous les jours.

C’était comme une très bonne amie. Quoiqu’il arrive, quoi que je fasse, quoi que je dise, elle était là. Toujours près de moi. C’était rassurant, réconfortant.

Vous savez, c’était une période de ma vie où rien n’allait plus. Enfin, si. Plutôt, tout allait bien. Trop bien. En fait, c’était à l’intérieur, que les choses ne tournaient plus. Vous savez, quand tout vous sourit, vos rêves se réalisent, votre situation ne semble pas pouvoir être meilleure. Et pourtant, là, tout au fond de vous, vous sentez que ça ne va pas. Pourquoi ? Haha, très bonne question. Un événement passé qui ne passe pas. Une amitié terminée qui ne disparaît plus jamais. Cette chose, que vous aviez avant, que vous n’avez plus aujourd’hui, et qui vous rappelle constamment qu’un jour, elle était là.

Eh bien, voilà. J’étais… décalée. Je n’arrivais pas à correspondre à cette vie parfaite dans laquelle j’évoluais. Comment se lamenter, quand, en apparence, tout va bien ? Les gens ne comprennent pas. Ils se disent qu’on a tout pour être heureux, que la vie nous sourit, et qu’on doit lui sourire en retour. Vous voyez de quoi je veux parler, pas vrai ?

Jussie n’était pas comme ça. Je pouvais me plaindre, je pouvais pleurer, je pouvais tout lui dire. Je pouvais… être moi. Et elle était là. Tout simplement. Alors, évidemment, j’y retournais ! Cette si bonne amie ne m’apportait que du positif ! C’était si agréable. Tous les jours. Je vous assure, je la voyais tous les jours. J’en venais à annuler des rendez-vous, refuser de voir ma famille, mes amis, laisser de côté tous mes loisirs. Juste pour voir Jussie. Passer un moment avec elle, lui parler, qu’elle me parle. La voir.

Et puis… Il y a eu cette fameuse journée. Comme toujours, Jussie était là, avec moi. Mais cette fois-ci, je ne trouvais pas ça agréable. Quelque chose clochait. J’avais l’impression de la voir par habitude, et non plus par plaisir. Mais je la voyais quand même. J’avais besoin d’elle ! Comment je pouvais vivre sans elle ? La seule qui me comprenait, qui m’aidait à oublier ce que je traversais.

Je pense que j’aurais dû percuter, ce jour-là. Je sais pas… Aujourd’hui, ça me semble si évident. Je l’entends encore rire, soupirer, respirer.

Quand il y a eu ce tournant dans notre relation, j’ai décidé de la présenter à des amis. Enfin, en réalité, elle se présentait elle-même. « Bonjour, je suis Jussie de Noicidanut. », « Oui, c’est moi qui suis si présente dans sa vie. », « ça serait vraiment super si on pouvait tous bien s’entendre ! ».

Tsss… Personne ne l’a vu venir. En tout cas, personne ne m’a mise en garde. Certains ont soulevé des doutes, quand je leur ai présenté. « Qu’est-ce que tu lui trouves, à cette Jussie ? », « Tu passes beaucoup de temps avec elle, non ? ». Je ne me rendais pas encore compte. Je faisais des pirouettes pour dissiper les inquiétudes.

La vie a suivi son cours. Je voyais toujours Jussie tous les jours, même si je n’en avais pas envie. En fait, j’en avais rarement envie. Je ne sais même pas pourquoi je continuais de la voir. C’était comme ça. Ma vie, c’était de voir Jussie.

Un matin, je me suis réveillée, elle était là. Et j’ai compris que c’était un problème. J’étouffais, en fait. Je ne faisais plus rien, je n’arrivais plus à travailler, je ne voyais personne d’autre que Jussie. Ce même jour, j’ai eu comme une révélation. Elle jouait avec un éventail. Elle le faisait passer devant son visage. Je trouvais ça drôle, alors je l’ai prise en photo. Puis, quand j’ai regardé l’image, ça m’a sauté aux yeux. C’était… Son vrai visage. Tenez, regardez :

Ce visage sur l’éventail. Je me suis dit : « c’est elle. »

Donc je lui ai demandé de partir. Je lui ai dit que c’était trop pour moi. Que j’étais en train d’abandonner ma vie pour elle, et… Je ne pouvais pas faire ça !

Elle est partie. Deux semaines. Puis elle est réapparue. D’abord, juste de temps en temps. C’était chouette ! J’aimais de nouveau la voir. C’était bien plus raisonnable, bien plus… Normal. J’étais heureuse. Je me disais qu’enfin, j’allais pouvoir l’apprécier à nouveau !

Mais les habitudes sont vite revenues. Et elle a fini par être là tous les jours, comme avant. Je crois que c’était même pire qu’avant. Elle ne me quittait plus d’une semelle.

Là, j’ai compris que j’avais besoin d’aide. C’est dur à avouer, vous savez ? Qu’on aimerait se débarrasser de quelque chose qu’on part nous-mêmes chercher, encore et encore. Sans compter que, finalement, tout le monde se rendait compte que Jussie était mauvaise. Je me sentais jugée. Comment admettre qu’on aime passer du temps dans une relation toxique ? Comment avouer que notre seule occupation dans la vie, c’est d’entretenir cette relation, sans même apprécier l’instant ? C’est dur, en réalité ! Mais je l’ai fait. J’en ai parlé. Ça a pris un moment, mais on a fini par m’entendre, et par comprendre. Ce n’était pas nécessairement les autres qui refusaient d’écouter. Mais je crois que je n’utilisais pas les bons mots.

Avec un peu de volonté, de l’aide, et beaucoup de temps, j’ai fini par vivre sans. Je ne vois plus Jussie. Ça fait un an, aujourd’hui. Jour pour jour. Un an sans avoir aperçu un seul cheveu de Jussie. Ça vous paraît peut-être anodin, mais chaque jour, je me sens fière d’avoir réussi à m’en passer.


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