Hakan Fidan, chef des services secrets turcs du MIT
Il dirige depuis 2010 le renseignement turc. Proche d’Erdogan, il est au coeur de tous les dossiers sensibles en Turquie et il dirige des…
Hakan Fidan, chef des services secrets turcs du MIT
Il dirige depuis 2010 le renseignement turc. Proche d’Erdogan, il est au coeur de tous les dossiers sensibles en Turquie et il dirige des services impliqués dans de nombreuses “affaires”.

Fidan, un militaire très diplômé
En 1986, Hakan Fidan, après avoir obtenu son diplôme de l’académie militaire turque et de l’école militaire des études linguistiques, obtient un baccalauréat universitaire en études politiques et administratives dans l’université du Maryland aux États-Unis. Il a servi ensuite dans la Force de réaction de l’OTAN en Allemagne. De retour en Turquie, il obtient un doctorat en relations internationales à l’université Bilkent. Entre 2003 et 2007, il est successivement affecté à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), à Vienne, puis à l’Institut des Nations unies pour la recherche et le développement à Genève, avant de rejoindre le Centre de recherches sur l’information et la vérification des technologies de Londres. Et en novembre 2007, il entre dans le cabinet du Premier ministre Recep Tayyip Erdoğan, en tant que sous-secrétaire d’État adjoint. A côté de cela, il enseigne les relations internationales à l’université.
2009, la censure suite aux négociations avec le PKK
En 2009, alors qu’Erdogan nie toute négociation avec le PKK, Hakan Fidan a participé à des pourparlers de paix secrets avec le PKK à Oslo et a surtout parlé avec son leader Abdullah Öcalan. Fidan est alors soupçonné par la justice d’avoir outrepassé ses droits dans les discussions entretenues avec le Koma Civakên Kurdistan (KCK) qui englobe le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), discussions qui en principe étaient interdites par la loi turque, cette organisation étant classée comme terroriste. Erdoğan, alors Premier ministre, fait voter un amendement au Parlement visant à interdire aux fonctionnaires du MIT de répondre aux requêtes de la justice sans l’accord préalable de l’Exécutif. Les reportages de journalistes sur les opérations du MIT sont également interdits dans la foulée.

2010, Fidan prend la tête du MIT
En mai 2010, il est nommé chef du Millî İstihbarat Teşkilatı, les services secrets turcs. Fidan est considéré comme l’un des hommes les plus puissants de Turquie. Le président Erdogan avait déclaré de lui : « il est le gardien de mes secrets, le gardien des secrets de l’État ». Mais qu’est-ce que le MIT ? Les services secrets turcs sont une des armes de Recep Tayyip Erdogan. Des services qui n’hésitent pas à commettre des assassinats à travers l’Europe, notamment grâce à leurs ramifications en France, en Allemagne, en Belgique ou en Autriche. Des renseignements intérieurs et extérieurs de “qualité” et des moyens d’action clandestins pour appuyer la politique étrangère turque. Fort d’au moins 5 000 fonctionnaires civils et militaires, le MIT dépend directement du Premier ministre. Il a une double compétence intérieure — pour laquelle il dispose de pouvoirs de police — et internationale. Toutefois, sa vocation est principalement limitée aux intérêts directs du pays. Son directeur est par ailleurs responsable du MIKM (Müşterek Istihbarat Koordinasyon Merkezi), organe créé durant l’été 2013 pour coordonner l’ensemble des services de renseignement (MIT, police, gendarmerie, armées) et dont les locaux se situent au siège du MIT, à Ankara.
Les missions du MIT sont essentiellement la lutte contre le terrorisme, le crime organisé, les gangs et contre les activités subversives et séparatistes. La démilitarisation du MIT a débuté au début des années 1990, les militaires disposant de leur propre service de renseignement, semblable à la DRM. Leur influence au sein du MIT est désormais minime. Ainsi, il n’y aurait plus que 4,5% de militaires dans ses effectifs contre 35% dans les années 1990. Plus aucun officier n’occuperait un échelon élevé dans la hiérarchie. Dans la pratique, les minorités religieuses en Turquie sont exclues des carrières au MIT. Paradoxalement, le MIT coopère à la fois avec la CIA (jusqu’à la guerre en Syrie) et les agences de renseignement de Russie. Ses opérations et missions sont, comme pour tout service de renseignement, classifiées.

2010, le commando israélien
Juin 2010, trois jours après la nomination de Fidan à la tête du MIT, un commando israélien lançait un raid meurtrier contre le navire turc Mavi Marmara au large de Gaza, causant la mort de neuf personnes turques, et selon le chef de la diplomatie turque, des « dommages irréparables » aux relations bilatérales.
2012, des micros chez Erdogan
En février 2012, le MIT détecte des micros installés au domicile et dans les bureaux du Premier ministre Erdoğan à Ankara. Les soupçons se portent aussitôt vers la confrérie Gülen et les services de renseignement de la police. Une partie de la garde personnelle du chef du gouvernement, constituée de policiers, est alors été remerciée.
2013, espionnage en Grèce
En août 2013, la police grecque arrête un citoyen allemand sur l’île de Chios, soupçonné d’espionnage pour la Turquie. La police déclare qu’elle a trouvé en sa possession des appareils photo, des ordinateurs portables, des plans, des lunettes avec un appareil photo intégré, ainsi qu’un e-mail qu’il avait envoyé à un destinataire non identifié comportant des détails sur les navires de guerre et les véhicules de l’armée grecque sur l’île. L’homme avoua avoir photographié des casernes et d’autres bâtiments militaires sur l’île pour cinq personnes qu’il pense être des ressortissants turcs et qui le payaient jusqu’à 1 500 euros pour chaque mission. Les autorités grecques soupçonnaient que ces individus travaillaient pour les services de renseignement turcs.
2013, Fidan reçoit un général iranien

Selon des journalistes, le chef des renseignements turcs a accueilli en 2013, un général de la Force Al-Qods du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), alors que celui ci faisait l’objet d’une enquête pour terrorisme en Turquie. Fidan aurait assuré la sécurité du général et de ses associés, et lui aurait même prêté l’avion de l’agence du MIT pour se rendre à Téhéran.
2013, 3 militantes kurdes abattues à Paris

Dans la nuit du mercredi 9 au jeudi 10 janvier 2013, les corps de Fidan Doğan, Sakine Cansız, cofondatrice du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et Leyla Şaylemez sont retrouvés dans les locaux du Centre d’information sur le Kurdistan situé au 147 rue La Fayette à Paris. Chacune d’entre elles a été abattue de plusieurs balles dans la tête. L’enquête en France avait pointé “l’implication” de membres des services secrets turcs dans ce triple assassinat, sans désigner de commanditaires. Des médias turcs avaient notamment diffusé un document présenté comme un “ordre de mission” du MIT pour Omer Güney. Seul suspect, cet homme de nationalité turque, arrêté en France, est mort fin 2016 en prison quelques semaines avant la tenue de son procès, éteignant l’action publique à son encontre. Le MIT avait lui officiellement démenti toute implication en janvier 2014. Mais en mai 2019, un juge antiterroriste français a été chargé de reprendre l’enquête sur des complicités dans l’assassinat.
[embed]
2014, l’enquête de Can Dündar sur la Syrie

En 2014, un enregistrement audio fuite, dans lequel on entend Fidan et Ahmet Davutoğlu, diplomate turc, parler d’une invasion en Syrie. En outre, on entend Fidan dire qu’il suffirait d’y envoyer « quatre hommes pour lancer huit missiles dans un terrain vague (en Turquie) » afin d’avoir un prétexte à l’invasion. Le gouvernement turc accuse Fethullah Gülen d’être à l’origine de la fuite, et bloque plusieurs sites dont Twitter et YouTube.

[embed]
En 2015, le journaliste Can Dündar du média Cumhuriyet publie un article qui révèle que les agents de Fidan effectuaient des livraisons d’armes à des groupes islamistes rebelles en Syrie. Il publie notamment des images tournées en 2014 à la frontière syrienne dans lesquelles on voit des camions remplis d’armes. Cette révélation, démentie par le gouvernement, provoque la colère d’Erdogan qui menace ouvertement Dündar et l’accuse de trahison. Le média Cumhuriyet est depuis régulièrement attaqué par le pouvoir et le journaliste en question, qui s’est exilé en Allemagne, a été condamné à cinq ans d’emprisonnement.
[embed]

Dans le cadre du conflit syrien, le MIT a apporté son aide à différents groupes rebelles y compris des groupes d’obédience islamistes. En septembre 2014, il a réussi à faire libérer 46 citoyens turcs pris en otages au consulat général de Turquie à Mossoul, en Irak du Nord, par les djihadistes de Daesh. Ceux-ci auraient été échangés contre une rançon et des membres de Daesh capturés blessés.
2016, des espions russes arrêtés en Turquie

En avril 2016, les services secrets turcs ont interpellé deux espions russes soupçonnés d’avoir assassiné un responsable tchétchène à Istanbul, rapportait le quotidien Habertürk. Identifiés comme Yuri Anisimov, 52 ans, et Aleksandr Smirnov, 55 ans, les deux hommes ont été incarcérés. Ils étaient munis de cartes d’identification Interpol, d’une clé USB, de plusieurs téléphones portables et d’une importante somme d’argent en dollars.
Le Putsch de 2016

Le 15 juillet 2016, lors de la tentative de putsch contre le Gouvernement turc, un hélicoptère des putschistes a attaqué le QG du MİT. L’agence de renseignement, réputée très proche du chef de l’État Recep Tayyip Erdoğan, semble avoir été la seule administration à avoir été épargnée après la tentative de coup d’État. Malgré des erreurs de ses services lors de la tentative de putsch, Fidan reste en poste et échappe à la purge.
2017, espionnage en Allemagne

Selon le journaliste allemand Erich Schmidt-Eenboom, même l’ancienne police secrète communiste est-allemande de la Stasi n’avait pas réussi à gérer une aussi grande armée d’agents en Allemagne de l’Ouest que le MIT. Selon des rapports allemands, la Turquie disposerait de 6 000 informateurs ainsi que des officiers du MIT en Allemagne qui feraient pression sur les Turcs allemands. En juin 2017, les services de renseignements turcs auraient recueilli un nombre considérable d’informations sur les membres du Bundestag qui sont impliqués dans la défense ainsi que dans la politique intérieure et étrangère.
2018, Fidan se rend à Washington

En décembre 2018, le chef du renseignement turc s’est rendu à Washington pour rencontrer des députés américains et surtout, des responsables du renseignement. Une rencontre qui devait établir de meilleures relations et aborder le sujet du meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi au consulat saoudien à Istanbul.
2020, une rencontre syrienne en Russie
Le chef du MIT, Hakan Fidan, a rencontré en janvier 2020, le chef du renseignement syrien à Moscou. Il s’agissait de la première rencontre directe de haut niveau entre les deux pays rendue publique. Pour Ankara, cette rencontre devait marquer le “début de la mise en œuvre de l’accord d’Adana”, un traité qui engage la Syrie à lutter contre le PKK.

2020, Fidan discute avec Israël

Une enquête dévoile que des réunions secrètes ont eu lieu entre le MIT et des représentants d’Israël. Les relations entre le MIT et les services de renseignement israéliens étaient excellentes dans les années 1980/2000. Elles se sont détériorées en 2010 après le raid israélien contre le Mavi Marmara, navire d’une ONG humanitaire turque ayant l’intention de briser le blocus de Gaza. Et, en 2013, le MIT est accusé par la presse américaine d’avoir donné à Téhéran l’identité d’agents de renseignement travaillant pour les services Israéliens opérant en Iran. Alors quand, en 2020, des journalistes dévoilent l’existence de réunions pour négocier avec Israël, c’est le scandale. Le site Intelligence on line en dévoile les coulisses (article gratuit après inscription).
Mars 2022, le MIT à l’avant poste de la position pro Ukraine d’Ankara

Le site Intelligence on line nous apprenait que les services secrets turcs avaient joué un rôle central dans les positions de la Turquie sur la guerre en Ukraine. Désireuse de soutenir Kiev sans pour autant se mettre à dos la Russie, la Turquie joue un délicat jeu d’équilibriste depuis le début du conflit en Ukraine. En août 2022, Erdogan se rendait accompagné d’Hakan Fidan à Kiev.
2022, Fidan en Irak
Le maître-espion turc, chargé de rencontrer des politiciens irakiens, a été accusé d’ingérence dans les affaires intérieures du pays. Mais cela ne l’avait pas empêché d’appeler discrètement à la formation d’un gouvernement qui garantirait la sécurité et les intérêts économiques d’Ankara.
2023, des négociations en Libye
Le chef de l’Organisation nationale du renseignement (MIT), Hakan Fidan, a discuté des relations entre la Turquie et la Libye avec le chef du gouvernement d’unité nationale (GNU) basé à Tripoli, le Premier ministre Abdul Hamid Dbeibah. Ils ont dû parler notamment de l’accord qui prévoyait des possibilités d’exploitation pétrolière et gazière dans les eaux qu’Ankara et Tripoli ont déclarées comme étant les leurs, mais qui sont également en partie revendiquées par l’Égypte et la Grèce.

Ci dessous, le site du MIT.
메타데이터
- post_id
- 1d3fbb46d352
- slug
- hakan-fidan-chef-des-services-secrets-turques-du-mit-1d3fbb46d352
- url
- https://medium.com/@PascalJouary/hakan-fidan-chef-des-services-secrets-turques-du-mit-1d3fbb46d352
- canonical_url
- https://medium.com/@PascalJouary/hakan-fidan-chef-des-services-secrets-turques-du-mit-1d3fbb46d352
- author_url
- https://medium.com/@PascalJouary
- status
- ok
- fetched_at
- 2026-07-26 02:09:13