La Grande Reprogrammation : Code, Loi et Apocalypse Numérique
Le Décalogue de la Silicon Valley
La Grande Reprogrammation : Code, Loi et Apocalypse Numérique
Eric Schmidt, ex-PDG de Google, à propos de l’évolution des “artefacts cognitifs” (aka IA) dans les prochaines années. Je passe mon temps à le répéter autour de moi, on est juste pas prêt pour ce qui arrive. Pour ceux qui sont devenus familiers de ces outils et qui sont déjà bluffés par leur évolution en à peine plus de 2 ans, les tranformations qui nous attendent pour les prochaines années apparaissent difficilement imaginables. Les mots et l’imagination manquent pour se représenter ce qui est en train de découler des activités de la Silicon Valley, centre névralgique du transhumanisme.
Tout ceci en lien avec l’article pour ainsi dire prophétique “code is law — on liberty in Cyberspace” du juriste US de notoriété internationale Lawrence Lessig paru en 1999 et dont je vous invite chaudement à prendre connaissance pour saisir au vol les tenants et les aboutissants de ce qui est en train de se passer actuellement.
https://vcy.fr/media/textes/Lawrence%20Lessig%20-%20Code%20is%20Law%20-%202000%20-%20fr.pdf
Avec la mutation à venir du système monétaire et financier mondial basé sur une architecture digitale de type blockchain intégrant l’identité numérique qui interdit toute forme d’anonymat, ce qui me semble poindre à l’horizon est une sorte d’hybridation du meilleur des mondes de Huxley avec Big Brother de Orwell. Sachant que le premier est déjà d’actualité dans le “monde libre” occidental où le divertissement règne en maître, et le second d’application dans les régimes autoritaires comme la Chine qui suit déjà ses citoyens citadins à la trace, chaque geste ayant un impact sur leur crédits sociaux. Ici comme là-bas, la gouvernance algorithmique opère sous nos yeux sa mue finale de laquelle émerge un néo-totalitarisme unique en son genre.
Dans ce contexte, parler de “révolution” semble presque euphémique. Ce n’est plus seulement l’économie, l’emploi, ou même la vie sociale qui se trouvent reconfigurés, mais bien la structure même de la réalité partagée, au sens de ce que nous percevons, pensons, et sommes capables d’imaginer collectivement. Nous assistons, sans toujours en prendre la mesure, à une reprogrammation de l’imaginaire — orchestrée non plus par la littérature ou l’art, mais par le code, l’algorithme, la donnée, la norme.
L’alerte lancée par Lessig dans Code is Law prend aujourd’hui une tournure comme qui dirait eschatologique : à mesure que le code devient loi, ce sont les systèmes d’intelligibilité eux-mêmes qui basculent dans un univers de régulation invisible, automatisée, et potentiellement totalisante. Et il faut bien comprendre que ce n’est pas un complot — c’est la logique intrinsèque du système technique qui tend vers cela, comme Jacques Ellul l’avait déjà entrevu : ce qui peut être fait sera fait, indépendamment des considérations éthiques, morales ou spirituelles.
Nous voici donc à la croisée des chemins. Soit nous continuons de surfer passivement sur la vague, parqués dans les smart cities berceaux d’une humanité en soin palliatif, bercés par la promesse d’un confort algorithmique toujours plus personnalisé, jusqu’à perdre toute souveraineté sur notre propre attention. Soit nous décidons de réintroduire du sens, du commun, et une forme de résistance poétique dans l’écosystème numérique, en explorant d’autres voies de gouvernance — peut-être via des protocoles décentralisés, des DAO, ou des intelligences collectives hybrides.
Mais une chose est certaine : il va falloir désapprendre. Désapprendre la passivité, désapprendre la délégation aveugle à la machine, désapprendre la croyance naïve dans le progrès linéaire. Et réapprendre, peut-être, à imaginer ce qui vient — non comme un destin imposé, mais comme un champ de bifurcations encore ouvertes. Réapprendre l’autonomie et cesser de laisser le système-monde technocratique piloter le devenir de la vie humaine sur terre en mode auto-pilote.
Ce que nous vivons actuellement avec l’émergence fulgurante des artefacts cognitifs n’est pas sans précédent dans l’histoir de l’humanité. Il y eut, déjà, une autre révolution du langage — celle de l’invention de l’écriture. Et avec elle, l’apparition de la loi écrite. Avec elle, l’entrée dans l’Histoire et le temps chronologique qui lui est intrinsèquement lié. L’homme préhistorique cède la place à l’homme historique et au processus de civilisation qui signifie la dissociation entre nature et culture. Le judaïsme ouvrait l’ère des religions historiques, la fin des temps clôture l’Histoire et nous projette dans le devenir de l’homme posthistorique.
Lorsque Moïse descend du Sinaï avec les tables de la Loi, ce n’est pas seulement un moment religieux fondateur. C’est un acte de codification du réel, un basculement radical de l’oralité vers un ordre normatif abstrait, gravé dans la pierre. Ce geste marque le passage d’un monde où la loi se chantait et se vivait dans les corps et les récits, à un monde où elle s’impose de l’extérieur, figée, universelle, impersonnelle. Le médium devient message, comme le dira plus tard McLuhan. Et ici, le médium — la tablette — contient déjà le schème de ce que seront plus tard nos ordinateurs, nos blockchains, et nos smart contracts.
Ce que Lawrence Lessig pointait en 1999 avec Code is Law, c’est exactement cette continuité : la loi ne passe plus seulement par les institutions humaines, mais par l’architecture technique elle-même. Le code informatique devient l’instance normative ultime, celle qui définit ce qui est possible ou non dans le cyberespace. Et demain, dans l’espace social tout court.
Là où Moïse recevait la Loi d’un Dieu transcendant, aujourd’hui ce sont les ingénieurs de la Silicon Valley qui écrivent les nouveaux commandements, souvent sans même s’en rendre compte. Ce ne sont plus des lois pour guider l’homme vers une vie juste, mais des scripts conçus pour optimiser l’engagement, capter l’attention, standardiser les comportements. Un panthéon d’algorithmes a pris la relève du Décalogue. Des algorithmes dorénavant capable de manipuler le code génétique lui-même et qui semble en mesure de comprendre les fonctions des séquences non-codantes dans l’actualisation du génome par les processus épigénétique.
Et pendant ce temps, la grande réinitialisation s’apprête à fusionner identité numérique, systèmes de crédit social, blockchain et surveillance automatisée dans une architecture dont l’efficacité glacerait d’envie les plus zélés scribes de Babylone. Il ne s’agit donc pas seulement de technologie. Il s’agit de cosmologie. D’une nouvelle genèse, d’un nouveau récit fondateur. Une cosmogonie au centre de laquelle trône l’enfant terrible de l’humanité, ce qu’on nomme “intelligence artificielle générale” (AGI).
Je vois le mythe du barattage de la mer de lait en train de se rejouer sous nos yeux. En lieu et place des devas et des asuras, nous avons d’un côté les accélérationistes du mouvement néo-réactionnaire et de l’autre côté les forces s’identifiant avec le Katechon, ce qui retient et limite les dégâts de l’avènement de L’antéchrist. Sujet déjà couvert dans un article précédent dont je vous invite à prendre connaissance :
[embed]Historiosophie de l’Apocalypse Katehon et accélérationnismemedium.com
Courage à nous, ça va secouer 🫨🤠
메타데이터
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