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Le Vendée Globe : un tour du monde vert ?

Les skippers engagés sur cette dixième édition du Vendée Globe quitteront le port des Sables d’Olonne dans trois jours, dimanche 10…

Niels Rooman · 2024-11-19 08:40 · 0 claps · 3.9 min read
#vendée-globe #offshore-sailing #voile #sailing
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Le Vendée Globe : un tour du monde vert ?

Les 40 skippers engagés sur cette dixième édition du Vendée Globe ont quitté le port des Sables d’Olonne le 10 novembre dernier. Le tour du monde à la voile bénéficie d’une belle image aux yeux des amateurs de course au large, mais est-il aussi écologique qu’il n’y paraît ?

Départ du Vendée Globe, au large des Sables d’Olonne, le 10 novembre dernier. Les navigateurs sont accompagnés par les nombreuses embarcations de l’organisation et des fans. ©Jean-Marie Liot / Alea

Départ du Vendée Globe, au large des Sables d’Olonne, le 10 novembre dernier. Les navigateurs sont accompagnés par les nombreuses embarcations de l’organisation et des fans. ©Jean-Marie Liot / Alea

Vendée Globe Foundation, “brigade verte” et collecte des mégots sur le village départ, sponsors vertueux sur le plan écologique, calcul de l’empreinte carbone, … Le Vendée Globe, le tour du monde à la voile sans assistance et sans escale, se préoccupe grandement de son impact sur l’environnement, correspondant ainsi à l’image éco responsable de la course au large. Qu’en est-il vraiment ? S’agit-t-il d’une réelle préoccupation de la part de l’organisation, ou de manœuvres d’écoblanchiment ?

  • L’écologie, cheval de bataille de l’organisation

L’organisation du Vendée Globe, la SAEM Vendée, prend le problème à bras le corps dès février cette année et lance les “10 engagements environnementaux du Vendée Globe”. Un chiffre qui n’est évidemment pas choisi au hasard pour cette dixième édition et qui évoque aussi la Décennie des Nations Unies pour les sciences océaniques au service du développement durable (2021–2030). Ces engagements, pris sur le long-terme, vont au-delà de ceux propres aux skippers et se retrouvent autour de 4 axes majeurs : anticiper, réduire, inspirer et bâtir.

©Infographie Vendée Globe

©Infographie Vendée Globe

Pour “anticiper”, l’organisation a collaboré avec Carbon4 et Toovalu autour d’un bilan carbone prospectif. Les résultats sont connus et, sans surprise, ce sont les déplacements (63 %) qui représentent le premier poste d’émissions. L’organisation avait pourtant proposé des solutions pour se rendre au village en transports en commun : navette et parking relais, billets de train à 5€ pour venir aux Sables le week-end du départ depuis les gares des Pays de la Loire.

  • La Classe Imoca réduit la voilure

Pour le Vendée Globe, la construction et la vie des bateaux représentent 7 % des émissions. La classe IMOCA (International Monohull Open Class Association) régit les règles du circuit au sein duquel les monocoques de 60 pieds s’affrontent toute la saison. Ce sont des bateaux appartenant à cette classe qui prennent le départ du Vendée Globe tous les quatre ans. Consciente de l’impact des IMOCA sur l’environnement, notamment lors de la construction, la classe a décidé d’agir. Dans le microcosme de la course au large, elle est la première classe à vouloir réduire la course à l’innovation et, par extension, les émissions de gaz à effet de serre.

Une “règle de réduction d’impact” sur la construction des bateaux à été intégrée au règlement de la classe au printemps dernier. Cette décision est “le fruit des résultats de 13 ACV (Analyse des cycles de vie, une méthode qui permet d’évaluer les impacts environnementaux associés à toutes les étapes de la vie d’un produit) réalisées sur les constructions de bateaux entre 2021 et 2024” précise Imogen Dinham-Price, co-responsable du développement durable de l’Imoca. Elle développe : “Si l’on veut suivre la trajectoire des accords de Paris (2016) , il faut qu’on diminue de 15 % notre impact. Soit environ 60 tonnes de CO2 en moins par nouveau voilier.

Certaines actions vertes sont déjà visibles sur cette dixième édition. Par exemple, “tous les bateaux possèdent au moins une voile à moindre impact à bord”, c’est-à-dire une voile 30 % plus légère et moins énergivore à la construction.

  • Une marge de progression importante

Si les efforts des différents acteurs sont flagrants, verdir totalement la course au large, et plus particulièrement le Vendée Globe, n’est pas une mince affaire. Certaines problématiques restent en suspens. La plus connue, parce que c’est aussi un risque aux grandes conséquences : la collision avec un OFNI (objet flottant non identifié), qui occasionne souvent l’abandon du concurrent. Ces OFNI peuvent être des containers, mais aussi des cétacés ou, plus globalement, des êtres vivants. Un IMOCA à pleine vitesse (plus de 100km/h) navigant dans des zones encore que très explorées, peut donc rapidement devenir une menace pour la faune marine. Des solutions sont imaginées. Chez les équipes, on veut éviter l’abandon. Pour l’organisation, on veut éviter le bad buzz. Ainsi, des caméras OSCAR sont équipées sur certains IMOCA. Elles permettent de repérer des objets flottants, les analyser et envoyer des alertes en cas de trajectoire de collision.

L’organisation, elle, met en place deux zones d’exclusion, où les skippers ne peuvent pas naviguer, pour protéger la biodiversité.

Cependant, les innovations technologiques embarquées sur certains bateaux ne le sont que sur le haut de la flotte, dans les équipes avec les budgets les plus importants. Pour les plus petites équipes, il est difficile de s’équiper des dernières technologies permettant de limiter son impact sur l’environnement.

La course au large a connu un retard à l’allumage concernant les problématiques de développement durable. Il a fallu attendre 2016 et Conrad Colman pour voir premier skipper à terminer la course à bord d’un Imoca alimenté à 100 % par des énergies renouvelables. Aujourd’hui, certains bateaux sont encore équipées d’une alimentation au fioul, qui lui même alimente des batteries, permettant de faire fonctionner les instruments de bord, la communication avec le continent, le désalinisateur d’eau, etc…

Les équipes les plus fortunées ne sont pas exemptées de toute responsabilité, puisque certains observateurs dénoncent “l’usage abusif par les grosses équipes et les organisateurs de semi-rigides à moteurs surpuissants”.

Aujourd’hui, les sponsors sont friands de course au large pour sa belle image aux yeux du public. Mais le sport et le Vendée Globe doivent veiller à un éventuel retour de bâton, qui ferait couler tous les efforts investis.

Niels Rooman


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