Soudan : la brutalité de ce conflit semble sans limites
Le Soudan est en train de s’enfoncer dans une guerre sans horizon politique visible. Depuis le mois d’avril 2023, le Pays est en proie à…
Soudan : la brutalité de ce conflit semble sans limites

|Le Soudan est e train de s’enfoncer dans un conflit sans horizon politique | Photo de Inés Olhagaray |NGO Azione contro la fame |
Le Soudan est en train de s’enfoncer dans une guerre sans horizon politique visible. Depuis le mois d’avril 2023, le Pays est en proie à une guerre civile parmi les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) du général Mohammed Hamdan Daglo, dit « Hemetti », et l’armée régulière du général Abdel Fattah Al-Bourhane. Aucune région du pays n’est épargnée.
Depuis plusieurs jours, les Forces de soutien rapide (FSR) concentrent leurs offensives dans la région centrale du Kordofan, où les paramilitaires ont engrangé des gains territoriaux significatifs, s’emparant de Babanusa, puis de Heglig, un site pétrolier stratégique par lequel transite le brut sud-soudanais vers la ville de Port-Soudan, sur la mer Rouge. Kadugli et Dilling, deux villes déjà fragilisées, sont désormais soumises à un encerclement progressif.
Le Sous-Secrétaire général de l’ONU pour le Moyen-Orient, Mohamed Khaled Khiari, a mis en garde lundi contre une dynamique de conflit de plus en plus instable et diffuse. Ces développements, a-t-il souligné lors d’une réunion du Conseil de sécurité convoquée en urgence par le gouvernement soudanais, « reflètent la nature de plus en plus complexe du conflit et l’élargissement de ses dimensions régionales », faisant planer le risque de voir « les voisins du Soudan entraînés dans un conflit régional ».

| Plusieurs milliers de personnes ayant fui les violences à El Fasher, au Darfour soudanais | Photo de Mohamed Galal |UNOCHA-ONU |
Avant le Kordofan, le Darfour a constitué le cœur des opérations des rebelles. À El Fasher, capitale du Darfour du Nord et dernier bastion gouvernemental de la région, les FSR ont imposé un siège de plus de 540 jours avant de s’emparer de la ville, fin novembre. Sa chute a provoqué le déplacement de centaines de milliers de personnes et mis en lumière la brutalité extrême des forces assaillantes, accusées de massacres de civils à caractère ethnique. Pour de nombreux observateurs, ce qui se joue aujourd’hui autour d’El Obeid, capitale du Kordofan du Nord, rappelle les étapes qui ont précédé la chute d’El Fasher : asphyxie progressive, entraves aux déplacements, attaques répétées contre les infrastructures civiles, puis effondrement.
Selon un nouveau rapport rédigé par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, dans la guerre civile au Soudan il y a un « schéma délibéré d’exécutions ethniquement ciblées de civils non armés », accompagné de « violences sexuelles, de pillages à grande échelle, de destruction d’infrastructures vitales et de déplacements forcés massifs ». Le rapport souligne en outre que des « crimes de guerre et des crimes contre l’humanité » sont commis chaque jour. Le mémorandum réclame la création d’un mécanisme judiciaire indépendant, en partenariat avec la Cour pénale internationale, pour juger les responsables des crimes les plus graves dans l’ensemble du territoire soudanais.

| Des familles en fuite atteignent une clinique mobile soutenue par l’UNICEF dans le village de Fatasha, à proximité du Kordofan du Nord | Photo de Ahmed Mohamdeen Elfatih |UNICEF-ONU |
Sur le terrain humanitaire, la situation se dégrade à grande vitesse. Les sièges imposés à plusieurs villes du Kordofan entravent l’accès à la nourriture, aux soins et à l’aide d’urgence. «La brutalité de ce conflit semble sans limites », a résumé devant le Conseil Edem Wosornu, du bureau onusien des affaires humanitaires, au nom du chef des affaires humanitaires de l’ONU, Tom Fletcher. Les civils sont en train de fuir à pied vers des localités voisines en proie à la famine et à la peur. Au-delà des frontières, le drame se prolonge. Le Tchad voisin accueille 1,4 million de réfugiés, dont 850.000 Soudanais. Dans l’est du pays, une personne sur trois est aujourd’hui soudanaise, bouleversant la démographie locale.
« La situation est simplement horrifiante », a constaté Martha Pobee, la Sous-Secrétaire générale des Nations Unies pour l’Afrique, devant le Conseil de sécurité. La gravité de la situation devient plus encore accentuée par le silence de la communauté diplomatique internationale. Cette absence rend tout le monde complice de ce massacre.
Antonio Torrenzano
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