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Creuser son propre puits à l’ancienne…

… avec une pincée de modernité, et sans trop se fatiguer.

France Lamontagne · 2026-05-30 14:15 · 50 claps · 3.9 min read
#wells #water-reserve #puits #eau #autonomie
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Creuser son propre puits à l’ancienne…

… avec une pincée de modernité, et sans trop se fatiguer.

Mon puits sera-t-il aussi réussi? Photo de RENZILIU FUNsur Unsplash

Mon puits sera-t-il aussi réussi? Photo de RENZILIU FUNsur Unsplash

Certains projets naissent d’un besoin, d’autres d’une conviction. Le mien est né des deux à la fois — et d’une simple prêle.

L’eau, ce bien qu’on croit acquis

Vivre en autonomie sur cinq acres dans les Laurentides, c’est apprendre à composer avec les caprices de la nature. Le froid, la neige, les printemps tardifs, les étés secs — tout cela fait partie du contrat. Ce qu’on anticipe moins, c’est le jour où l’accès à l’eau potable devient soudainement problématique.

Pendant des années, je me ravitaillais en eau potable à une source naturelle gratuite située à quelques kilomètres de chez moi. Gratuitement, proprement, simplement. Puis, un jour, cet accès a été bloqué à cause d’une plainte au Ministère de l’Environnement par un autre résident voulant, lui, commercialiser une autre sortie de cette même source. La gratuité serait une compétition évidemment injuste dans notre monde capitaliste. Mais bon, voilà, les règles sont les règles, et la réalité administrative referme une porte pour nombre de résidents, dont moi.

Il fallait trouver autre chose.

Ce que l’eau signifie vraiment

Le citadin qui ouvre son robinet ne comprend pas. Il ne peut pas comprendre. L’eau est là, invisible dans sa tuyauterie, inépuisable dans son quotidien, gratuite dans son inconscience. À Montréal, il en consomme près de trois cents litres par jour sans jamais y penser.

Quand on vit autrement, on apprend ce que l’eau signifie vraiment. On apprend d’abord qu’elle est lourde — physiquement lourde, à transporter, à lever, à gérer. On apprend qu’elle requiert des efforts constants : surveiller les niveaux, rationner par temps sec, économiser chaque goutte restante dans les barils jusqu’à la prochaine pluie. On apprend surtout que sans elle, rien ne se fait. Pas la cuisine — le riz, les pâtes, le café du matin. Pas la vaisselle. Pas la douche. Rien.

L’eau n’est pas un confort. L’eau est la condition sine qua non de tout le reste. Et celui qui maîtrise son eau maîtrise quelque chose d’essentiel — quelque chose que peu de gens, aujourd’hui, maîtrisent encore vraiment.

800 litres, et puis ?

Ma réserve d’eau de pluie — huit cents litres soigneusement collectés dans des barils grâce au toit collecteur de mon grenier — couvre la majorité de mes besoins domestiques. La vaisselle, la cuisine, la douche qui représente à elle seule la plus grande consommation. Pour mettre les choses en perspective : ces 800 litres représentent moins de trois jours de consommation pour un Montréalais moyen. Pour moi, c’est une réserve qui dure des semaines — à condition que la pluie soit au rendez-vous.

Mais les étés secs arrivent. Et quand ils arrivent, mes barils s’épuisent.

La question de l’eau potable reste entière. Mon eau de pluie stagne dans ses barils — quelques semaines, parfois davantage. Je n’ose pas la boire sans la traiter. Curieusement, une eau de puits me paraîtrait plus sûre, plus vivante, plus fiable. C’est intuitif, je le reconnais. Car au fond, l’eau d’un puits peu profond est elle aussi de l’eau de pluie — simplement filtrée par des pieds de sol, des couches de gravier et de sable, purifiée par la lenteur et la terre. Et peut-être que cette intuition n’est pas si irrationnelle après tout.

Un puits changerait tout. En été, je pourrais même installer une douche extérieure — ce luxe simple et magnifique d’une douche à l’air libre, sous le ciel des Laurentides. L’autonomie dans toute sa splendeur.

Le terrain parle, encore faut-il l’écouter

Ce qui m’a mis sur la piste, c’est une plante. La prêle — Equisetum — pousse en abondance dans un coin précis de mon terrain. Les jardiniers aguerris le savent : la prêle ne ment pas. Elle indique un sol acide, certes, mais surtout un sol gorgé d’eau. Là où la prêle prospère, l’eau n’est jamais loin.

À quelques mètres de là, un petit étang. Son niveau ne baisse jamais vraiment, même en période sèche. Quelque chose l’alimente en permanence, souterrainement, silencieusement.

Un jour, armée d’une pelle et d’une curiosité que les mouches noires n’ont pas réussi à décourager tout à fait, j’ai donné quelques coups dans ce coin suspect. À vingt-cinq centimètres de profondeur, l’eau est apparue. Claire. Inodore. Prometteuse.

Un projet qui me tient en vie

Je dois vous avouer quelque chose. Ces projets — construire, creuser, résoudre, inventer — me sont aussi nécessaires que l’eau elle-même. Il y a dans la résolution d’un problème concret une satisfaction que peu de choses égalent. Trouver l’eau là où la prêle l’avait annoncée, c’est déjà une petite victoire. La capter, la filtrer, la rendre potable — ce sera la grande.

Creuser un puits de surface avec les moyens du bord, sur un terrain accidenté, voilà un projet à ma mesure. Pas spectaculaire. Pas médiatisé. Mais réel, utile, et profondément satisfaisant dans sa modestie même. Heureusement, je bénéficie de l’aide d’un jeune Montréalais qui vient chercher un bol d’air et du travail concret dans mes projets incessants.

Les prochains articles documenteront chaque étape de cette aventure : l’évaluation de la source, le choix des matériaux, la construction, et — si tout va bien — la première gorgée d’eau tirée de mon propre puits.

Mais d’abord, il faut que la source confirme ce qu’elle m’a promis.

La prêle, elle, en est certaine.


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