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Trouvaille

C’était le jour. C’était toujours le jour sur ce caillou de toute manière, à moins qu’on se déplace jusqu’à sa face nocturne.

Dorian Severin-Eudes · 2018-10-15 14:21 · 0 claps · 16.6 min read
#scifi #archéologie #géologie #xénobiologie #aliens
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Trouvaille

C’était le jour. C’était toujours le jour sur ce caillou de toute manière, à moins qu’on se déplace jusqu’à sa face nocturne.

Reiks était à bout de nerf. Cela faisait quelques mois déjà qu’il étudiait extensivement la surface de ce planétoïde désolé, à l’atmosphère extrêmement ténue, bombardée de radiations solaires à la rotation propre synchrone avec celle autour de son étoile.

Des poussières fuligineuse composées de particules ultra fines et radioactives étaient soufflées par l’incessant courant des vents provoqué par l’écart thermique intense entre la face éclairée et la face obscure de la planète.

Que faisaient-ils là?

C’était une bonne question, et Reiks se la posait de plus en plus souvent ces dernières années.

Que ce soit ce monde ci ou un autre, quelle importance?

Son métier de Xénoarchéologue consistait en théorie à déterminer la présence passée de civilisations sur les planètes découvertes par l’humanité, et si nécessaire d’établir un premier contact avec une race intelligente.

Sa tâche qui lui paraissait autrefois d’une extrême importance, lui semblait de plus en plus fastidieuse avec le temps, jusqu’à devenir une corvée répétitive et ennuyeuse.

Il avait appris sur le tas la géologie, et recevait encore quelques frissons d’excitation face à des formations géologiques incongrues, ou des cristaux a la structure inhabituelle, mais cela restait un simple pansement sur une blessure considérable de son amour propre.

Il avait consacré plus de deux décennies de son existence à son travail, qui autrefois s’apparentait à une véritable mission, une quête; et il faisait chaque jour un peu plus face au fait que ç’avait été une erreur, et qu’il avait en fait, gâché sa vie.

Les conditions matérielles de cette affectation particulièrement difficile n’amélioraient en rien son humeur. Il n’y avait pas d’écoulement du temps, pas de journée sur cette planète.

L’heure était 00:00:00, quel que soit le nombre de méridien que vous vouliez coller à ce caillou.

Dans la partie éclairée, la lumière était insupportable.

L’éclat de l’étoile était d’un violet clair atroce pour les rétines, et les nombreux filtres de son casque ne minimisaient qu’une partie des inconvénients lié à cette partie particulière du spectre du visible.

Les pauses “Duck and Cover” étaient fréquentes: il s’agissait soudain de déployer le parasol mobile antiradiation du rover qui les suivait pour se planquer dessous, à cause d’un sursaut de l’activité solaire.

L’étoile était très instable, et cela arrivait plusieurs fois par période de 24 heures.

La plus grande partie des éruptions était détectée avec un intervalle satisfaisant, mais cela restait incroyablement agaçant.

Le travail lui-même consistait principalement à soulever des roches, les examiner un instant, les reposer, avancer, et reprendre.

Les tempêtes de poussières permanentes encrassaient les visières, et les instruments, obligeant en sus des arrêts antiradiation, à des pauses nettoyage fréquentes.

Reiks travaillait avec Mantis, un type jeune et jovial.

Si jeune et jovial que Reiks passait le plus clair de son temps les communications coupées, de peur d’entendre l’incessant babillage d’un jeune premier tout juste sorti de sa fac, qui aimait tout ce qu’il voyaiit, et était enthousiasmé par tout ce qu’il faisait.

C’était en parti parce-qu’il n’y trouvait lui même réellement plus rien d’intéressant que sa conversation l’insupportait.

Un problème de décalage générationnel, ce gamin avait à peine plus d’années au compteur que lui en avait sur celui de sa carrière, mais aussi parce-que, dans le fond, il s’en voulait d’être aussi déçu, et amer, et qu’il se gardait tout de même de dissiper chez l’autre ce que lui-même avait depuis longtemps rangé parmi les illusions.

Dans l’ensemble, son humeur était en surface, morose, légèrement irritée, et en profondeur, nostalgique et effrayée par la perspective de la vacuité de son existence.

Ils progressaient lentement sur le terrain accidenté et aride.

La topographie du lieu était à l’image des éléments qui le sculptaient.

Des processus extrêmement lents de transformation des éléments chimiques composant les roches, alimentés par la pluie incessante de rayon ultraviolets, donnait aux paysages et aux roches des teintures et textures uniques, mais incroyablement, irrévocablement, définitivement et absolument mortes.

La morsure constante, sur des millions d’années d’un vent ténu, mais charriant d’innombrables myriades de particules abrasives sapait peut à peut ces mêmes structures rocheuses, et donnait au paysage une touche de sinistre que l’aspect purement minéral et inerte d’un planétoïde sans air n’aurait pas pu produire.

Reiks reformula la même question essentielle, celle qui l’avait amené à tout : pourquoi étaient-ils là ?

Et il se remémora tout le processus qui, une fois encore, avait abouti à son envoi sur un monde mort et désolé.

En vérité, tout était parti des réflexions théoriques concernant la xénobiologie au début du XXIème siècle, des décennies avant sa naissance.

Deux écoles s’opposaient.

D’un coté, ceux qui pensaient qu’essentiellement toutes les formes de vie devaient être semblables, et que, dans l’immensité de l’univers, la base carbone était la main gagnante de la chimie pour l’apparition de vie.

De l’autre, ceux pour qui, la base carbone n’était qu’une possibilité, et que si vie il y avait, elle se devait d’avoir évolué dans toutes les directions propices, même les plus incongrues de notre point de vue qui n’était que relatif et contingent à la terre.

Parmi ces écoles, il existait encore deux sous-groupes qui se rejoignaient sur un point, et différait sur les autres; ceux qui croyaient à la vie intelligente.

De même qu’il y avait une école universaliste, prônant une convergence évolutive vers une intelligence finalement assez intelligible puisque semblable en essence à tous ses autres représentants, partageant des traits communs universels, l’autre prônait un particularisme aussi inflexible qu’indépendant de conditions “standards”.

Pour ces derniers, s’il existait un pot commun, en l’occurrence l’univers dans son entier, ou toutes les recettes se mêlaient, elles pouvaient différer si radicalement dans leurs résultats qu’il nous serait peut-être impossible de jamais entreprendre un dialogue avec une autre intelligence.

Ils en voulaient pour preuve l’infinie variété des chimies permise par le tableau périodique des éléments, pouvant en théorie déboucher sur des éléments autoévolutifs, aptes à se reproduire, et a transporter ou exploiter leur propre source d’énergie pour entretenir cette « étincelle de vie » qu’est cette première réaction chimique.

Enfin, le dernier point, celui qui précipitait tout, et scellait la doctrine de l’ONU qui servait de charte à l’organisation de Xénoarchéologie dont Reiks était un membre juré; l’équation de Drake.

De ses nombreux paramètres, aux inconnues multiples, découlait les possibilités d’une vie intelligente dans la galaxie, autre que la race humaine, en fonction des approximations des diverses variables.

Possibilité non nulle, à l’âge de l’espace, signifie automatiquement qu’il faut s’y préparer.

De sorte que le travail de Reiks découlait d’une synthèse assez bâtarde des diverses philosophies de recherche du siècle passé; on ne savait pas à quoi s’attendre exactement, mais mieux valait s’attendre de la vie intelligente.

La mission de l’humanité dans les étoiles passait alors par la préparation du premier contact, s’il venait jamais, en recherchant activement la vie intelligente.

Cette recherche passait par une multitude de marqueurs qu’on affinait depuis des décennies, mais qui servaient de critères, auquel on passait au crible des planètes, avant de décider si elles valaient plus amples investigations.

Cette roche perdue, à moitié carbonisée, à moitié gelée, recelait apparemment quelques critères essentiels qui en faisait un candidat “valable” si ce n’était “intéressant”.

S’il consultait sa feuille de route, Reiks pouvait voir les critères par ordre décroissant d’importance;

  • Présence passée d’eau liquide possible, d’après des analyses rocheuses et atmosphériques
  • Présence d’un taux de radiations ionisante incompatible avec l’activité solaire seule
  • Particules fuligineuses réclament un examen structurel plus approfondis
  • Échos Doppler étranges sur certaines fréquence du spectre; possible anomalie géologique.

Et c’était lui qui devait vérifier tout cela.

Mais c’était fatiguant désormais. Il n’y avait pas de motivation, pas de but; rien qu’un travail sans fin, répétitif, qui lui coûtait à chaque heure son estime de pour lui même et causait en lui une profonde incertitude existentielle.

La possibilité que l’humanité soit seule dans l’univers, en tant qu’espèce sensible, lui paraissait désormais proche de la certitude.

Il n’avait aucune preuve positive de ce fait, bien sûr.

Il aurait fallu qu’il eût fait exactement son travail actuel partout dans l’univers, et s’il-vous-plaît, simultanément à toutes les ères de l’histoire universelle, y compris celles à venir, pour proférer une telle affirmation avec certitude.

Mais la possibilité de prouver une négative était proche du zéro quand on prenait des concepts qui touchaient de si près au métaphysique.

Facile de démontrer réthoriquement qu’il n’y a pas de solution autre qu’un plus un pour un résultat de deux dans le domaine des entiers.

Plus difficile de démontrer mathématiquement, cas par cas, l’exactitude du propos, ou d’énoncer une règle générale l’exprimant.

Sa tâche s’apparentait cependant de plus en plus à cette démonstration, lente et fastidieuse, par l’absurde presque, de l’unicité de l’espèce humaine.

Pas qu’il n’y eut pas de vie ailleurs! Oh que non!

Les premiers voyages interstellaires déjà, n’avaient pas été avares en découvertes.

Environ 0,024% des planètes découvertes par l’humanité abritaient la vie.

Cela représentait à l’heure actuelle, quelques centaines de milliers de mondes.

Sur ce total, une trentaine seulement abritaient une vie radicalement autre, basée sur d’autres bases chimiques ou phénotypiques que celles, même les plus étranges, découvertes sur Terre.

Ce qui était surprenant au final, c’est que la vie n’avait pas été très surprenante.

Environ 0,18% de ces mondes hébergeaient des créatures qu’on avait décrites par défaut comme “complexe”.

Cela signifiait tout et rien à la fois, cela pouvait toucher à la structure génétique, à une organisation “pluricellulaire” comparable à celle des animaux terrestres, ou rien de tout cela et correspondre à des comportements collectifs d’organismes “unicellulaires”.

Mais au final, aucune de ces créatures, essaims, ou choses, n’avait produit ce que l’humanité en tant qu’ensemble attendait; de l’information ayant un sens intrinsèque plutôt qu’extrinsèque, de l’information destinée à être interprétée et manipulée par un autre, réel ou imaginaire.

Une communication, ou tentative, d’une intelligence vers une autre.

Cela ne c’était pas produit, et plus le temps passait, plus Reiks avait la conviction que cela n’arriverait jamais.

Alors que Mantis était plié en deux, à ramasser des échantillons de roche qu’il allait aller porter au rover pour percer des petits trous dedans et les examiner, Reiks laissa subitement tomber ses outils, et commença à s’éloigner en grommelant, pestant, et butant du pied dans les pierres autour de lui, insultant toute la planète à mesure qu’il s’éloignait de sa mission, et de ce qui n’était plus depuis longtemps son but.

Il commença à dévaler une importante déclivité, jouissant de la minuscule avalanches de cailloux qu’il produisait en se laissant glisser contre la paroi abrupte et rugueuse.

Son collègue ne l’entendit pas, à cause du silence radio qu’il lui imposait d’une part, et de la faible densité de l’atmosphère qui empêchait une vrai transmission du son d’autre-part.

Il s’en fichait.

Il voulait s’éloigner et être seul.

Penser un peu, peut-être se remettre en question, admettre son échec, abandonner son travail, cette damnée mission, cette foutue planète, et enfin passer à autre chose dans sa vie.

C’est à cet instant qu’il chuta.

Une fondrière. Une fichue fondrière.

Il bascula enveloppé dans un nuage de poussière dans une cavité sombre et profonde, qui tombait presque à pic, quasi perpendiculairement à l’angle de la pente qu’il dévalait.

S’écrasant lourdement au sol parmi une myriade de roches effilées, il eu le souffle coupé.

Sa combinaison avait prévenu les écorchures, et par chance il n’avait rien de cassé.

La chute avait cependant été douloureuse, et il lui semblait qu’il avait du se fouler une cheville, et qu’il avait également pu se faire quelque-chose de similaire à l’épaule.

« Lumière »

Les lampes de sa combinaison s’activèrent. Il pu rapidement balayer du regard son environnement.

C’était une grotte sèche, c’est à dire issue des fractures liées à l’activité tectonique et magmatique, et dans certains cas sculptée par les vents.

Cette dernière option était exclue pour celle-ci cependant.

C’était une formation basaltique, mise à l’abri des vents dominant par sa position en contrebas d’une crête rocheuse.

Elle formerait sans doute un canyon à ciel ouvert un jour, si l’érosion éolienne venait jamais à bout de la crête et du plafond avant que l’étoile n’avale et carbonise cette planète comme on gobait une chips trop cuite.

En attendant, elle n’avait rien de bien impressionnant par rapport aux grottes humides terrestres.

Pas de stalactites ou stalagmites ici. Rien que de la poussière accumulée dans des crevasses et des failles, et quelques coulées de basalte, parfois sous forme de veines d’obsidienne.

La hauteur sous-plafond était conséquente par contre.

La petite entrée par laquelle il était passée se trouvait presque à la verticale par rapport à lui, à sept mètres au dessus. Mais la voûte était encore plus haute, d’environ une douzaine de mètres.

Il se fît une image mentale de la topographie du lieu, et réalisa que la ligne de crête devait avoir été une formation volcanique par le passé, et que cette grotte devait être une chambre magmatique secondaire. Il ne pouvait pas remonter par là d’où il était tombé. Il n’avait pas le matériel adéquat pour une escalade.

Ce qu’il y avait de bien avec les conduits magmatiques cependant, c’est qu’il formaient un réseau interconnecté avec de nombreuses sorties. Il aurait sans doutes toutes ses chances de trouver une autre entrée.

Il ne voulait surtout pas déranger ou inquiéter Mantis.

Bien que récemment introduit auprès de lui, le gamin connaissait le travail, et avait déjà pris l’habitude de ses escapades en plein milieu du boulot.

Escapades qui allaient sans doutes lui coûter son poste.

Mais cela le laissait de plus en plus indifférent.

Pour le moment il fallait bien avouer que cette petite aventure avait quelque peut ravivé la flamme de la curiosité chez lui, si ce n’était celles de la rigueur méthodologique et de la passion scientifique.

Il activa les deux mini-drones à sa ceinture, qui s’envolèrent et commencèrent à cartographier les différents passage autour de la salle dans laquelle il se trouvait.

Il s’assit, et laissa la combinaison lui injecter quelques calmants et décontractants musculaires, alors qu’il aspirait un peu d’eau et de ses rations aux pailles de son casque.

Lorsqu’il fût un peu plus détendu, il consulta la carte qui apparaissait dans son affichage tête haute.

Il y avait un tunnel assez vaste pour qu’il le suive sans se baisser. S’il avait vraiment des ennuis il essaierait d’appeler Mantis.

Pour l’heure, il voulait une bonne ballade.

Il commença à s’enfoncer dans le boyau.

Le basalte, lisse, luisait d’une manière presque biologique qui lui donna des frissons.

Il avait l’impression de se mouvoir à l’intérieur d’un gigantesque œsophage planétaire.

C’était assez dépaysant pour lui plaire. Et il trouva le léger sentiment de malaise et la montée d’adrénaline qui l’accompagnait stimulant et agréable.

La carte évoluait en fonction des déplacement des petits drones. Il nota une chambre qui s’élevait un peu au dessus du niveau de celle d’où il venait au bout du boyau, et à partir de là, deux conduits, dont un montait, et l’autre descendait. Il espérait que l’ascendant allait vers une sortie.

Mais ce n’était pas sûr.

Il arriva à l’extrémité du boyau dans la chambre supérieure.

Là il nota quelque-chose qui l’intrigua : Une partie de la chambre semblait régulière.

C’était un angle aigu, qui semblait taillé dans la partie supérieure de la paroi, à l’opposé du débouché d’où il provenait, dans l’angle ou s’ouvrait le tunnel descendant.

Reiks s’approcha.

Il sorti de la poche de sa ceinture utilitaire un petit scanner, et passa rapidement le faisceau sur la surface qui semblait travaillée.

La régularité était impressionnante, mais ce pouvait tout aussi bien-être une faille dans le roc.

Ce dont il avait besoin était d’une association avec d’autres éléments pour obtenir une preuve qui soit contextuellement probante.

Il décela quelques particules d’un matériel radioactif, qu’il fallait analyser un peu plus avant, que ce soit pour les mettre sur le compte de la remuante activité de l’étoile et de l’abondance subséquente de vent solaires, ou pour le relier d’une quelconque manière à ce qui pouvait être une activité réfléchie ayant, pour une quelconque raison, impliqué la taille partielle de cette paroi.

Il plaça l’échantillon dans le spectrographe de sa ceinture, et s’engagea dans le tunnel descendant.

Une pointe de la vieille passion d’antan rejaillissait, et il apprécia le sentiment, même si il ne perçait pas la brume de nostalgie et de regrets.

Il ne s’attendait pas à grand-chose cependant. Il avait déjà vu des « signes » similaires des centaines de fois, voire des milliers par le passé, et cela c’était toujours traduit par une fausse alerte et de l’amertume pour lui, qui peut à peu se changeait en dépit et désintérêt croissant pour sa tâche, ses ambitions, et ce qui avait été ses rêves.

Il se ressaisit, et resta encore une fois quelque-peu interdit par l’aspect véritablement cauchemardesque des tunnels basaltiques. Ils avaient vraiment un aspect organique, suintant, qui les rendait glauques et inhospitaliers.

C’était ce qui faisait leur charme.

Il ricana un peu, mais se tut aussitôt face au silence. L’atmosphère ténue permettait à peine d’entendre ses pas, et son rire étouffé par le dispositif de filtration du casque, rendait un son froid et peu naturel.

Il consulta la carte.

Elle s’était enrichie de quelques galeries annexes, et il distinguait trois sorties, deux aisées, et une abrupte et presque aussi impraticable que son point de chute, hormis que cette paroi ci était festonnée de myriades d’arêtes rocheuses, formant un mur d’escalade presque aussi aisé et fourni en prise que s’il avait été dessiné par la main de l’homme. Il plaça des icônes de sortie, et regarda les temps évalués comparés par l’ordinateur de sa combinaison. Il en aurait au plus pour deux grosses douzaines de minutes, ce qui était plus que raisonnable.

Il s’enfonça un peu plus dans les entrailles de la planète.

L’un des drones le précédait.

La carte s’actualisait de ce coté aussi, et il étudia ce qu’elle révélait.

Plusieurs détails curieux s’amoncelait au fur et à mesure du parcours. Il semblait qu’on pouvait y distinguer des redondances de motifs, dessinant un genre de schéma fractal …

« Conneries »

Il était blasé et fatigué.

Mandelbrot lui-même avait statué que cette géométrie qu’il avait découvert était ce qu’il y avait de plus naturel dans l’univers. Des formes simples, se répétant en séquence, donnant au monde un aspect trompeur de complexité.

Programmez une suite aléatoire dans un ordinateur, et suivez la ligne de chiffre obtenue un petit moment ; vous finirez par trouver des séquences, certaines incroyablement longues, qui semblent suivre des règles mathématiques, dont certaines même pouvant sembler très complexes. Puis d’un coup, sans prévenir, de nouveau ce n’est plus que de la bouillie, du statique comme sur une fréquence radio innatribuée.

C’est ce qu’en statistique on appellait du bruit.

Si on prenait son cas particulier, il avait eu la chance de tomber sur des agencements réguliers dans une grotte volcanique, sur une planète qui devait en compter des milliers de kilomètres cubes, et de trouver une section qui semblait travaillée, alors que la grande masse de cette structure devait être l’équivalent du bruit ; du chaos.

Sauf que non.

Cette séquence allait en s’amplifiant, en se densifiant, presque à la façon de la séquence de Fibonacci.

Ça, Reiks devait l’admettre, il ne l’avait jamais vu.

Il déboucha dans une salle ou il n’y avait encore qu’un angle, mais dans la partie inférieure de la salle cette fois.

Les tunnels se faisaient plus cours, et les chambres magmatiques plus grandes et rapprochées.

Et les motifs dans les chambres se faisaient eux aussi plus nombreux et récurrents, suivant cette même séquence principale à une autre échelle, ainsi qu’un motif de répartition de leur disposition sur les parois des chambres que Reiks n’associait à rien, mais qui semblait lui-même avoir une logique interne.

Le spectrographe bipa.

Reiks regarda l’analyse, et malgré le résultat confirmant une origine naturelle de la radioactivité, il n’en fût pas déçu ; il avait trouvé bien plus intéressant.

Ce n’était cependant pas pour autant fini avec les radiations, bien au contraire.

Ça combinaison détectait des sursauts anormaux de radiations ionisante en provenance du sol, pas de la surface.

Soit c’était un problème lié à l’activité du manteau, soit c’était autre-chose.

En tout les cas il avait recoupé une partie des données sur lesquelles il était chargé d’enquêté au départ.

Les échos Doppler anormaux trouvaient leur explication si les cavités de la planète présentaient, même de manière marginale, des structures similaires.

En poursuivant la décente, il finit par arriver dans des salles à la géométrie fortement altérée par le travail des parois.

Il consulta les compteurs estimant son temps de sortie et fût surpris de voir que plus d’une heure s’y était été ajoutée : le temps filait quand on s’amusait.

Il reprogramma un des drones, et l’envoya prévenir Mantis.

Il fallait absolument qu’il voit cela.

Sa stabilité au fur et à mesure de sa progression dans les chambres était de plus en plus précaire, le biseautage des surfaces touchant indistinctement toutes les parois, verticales ou horizontales.

Soudain, alors qu’il était en train de finir de négocier un passage particulièrement ardu, il poussa un soupir profond, et des larmes lui montèrent aux yeux.

Il réalisa qu’une bouffée d’émotions anciennes et neuves s’entremêlaient en lui, en un cocktail à la fois inédit, agréable, et dangereux.

Il y avait sous ses yeux quelque-chose, c’était certain.

Une découverte unique, qui vaudrait une place à son nom dans les annales.

Il avait d’un coup retrouvé toutes les illusions de sa jeunesse, tout le poids d’années de vains effort et d’échec s’étant d’un coup détaché de lui, pour le laisser face à une fantastique sensation d’accomplissement.

Mais restait cette question ; est-ce que c’était une manifestation d’intelligence ?

Ou simplement une formation géologique rare ?

Unique peut-être, qui serait en soit le sommet d’une carrière, le début d’une longue quête de compréhension, une aventure scientifique en soit, mais pas une réponse à sa question, ce qu’il considérait être la question.

Mais du doute, allié à cette curiosité naturelle qu’il avait éprouvé plus tôt, naissait l’esprit scientifique : Il aurait une réponse.

Il continua d’avancer.

En consultant la carte il eu un choc : La prochaine salle était la dernière salle.

C’était un cul de sac. Et le schéma le laissa pantois.

Les larmes aux coins de ses yeux séchèrent, tandis qu’il examinait avec attention le relevé tracé par la sonde.

Il avait bien noté la séquence plus-tôt, mais avait été oublieux de ses effets.

La salle suivante était entièrement biseautée.

Aucun espace n’était laissé sans entailles, qui formaient un entrelacs complexes de chevrons d’une profondeur d’environ quinze centimètres, chaque entaille s’ouvrant selon un angle de vingt-deux degrés.

L’agencement formait un motif particulier autour de l’ouverture, et semblait se focaliser autour d’une colonne centrale qui transperçait la chambre de part en part.

Celle-ci faisait une soixantaine de mètres sous plafond.

Il inspira profondément et s’engagea dans le boyau d’une cinquantaine de mètres qui descendait abruptement vers le plancher de la salle suivante.

Il allait pénétrer dans une véritable cathédrale de basalte, inaltérée par le temps depuis des périodes si reculées qu’il ne pouvait qu’à peine en imaginer la durée.

Il décida d’en évaluer la mesure, et préleva un échantillon de basalte de la paroi pour le placer dans l’analyseur, avant de reprendre sa progression.

Sa combinaison le prévint qu’un flux de radiations s’échappait de la salle.

Il n’en tînt compte que dans le mesure ou l’alarme de risque s’enclencha, ainsi qu’un compte à rebours du temps d’exposition maximal.

Il coupa l’alarme, et la programma pour qu’elle ne l’avertisse que lorsqu’il entrerais dans le temps de sécurité, nécessaire à son repli.

Une fois dans la salle, il eu littéralement le souffle coupé.

L’espace dégagé était presque aussi vaste qu’un stade couvert, et la hauteur sous plafond dépassait de beaucoup nombre de structures humaines de sa connaissance.

Le pilier au centre de la salle attirait et fixait son regard, au point qu’il ne parvenait pas à s’en détacher, alors même qu’il commençait à avancer précautionneusement sur le sol irrégulier et entièrement entaillé.

Le pilier lui-même était totalement recouvert des mêmes entailles.

Mais sa texture était différente.

Autant l’ensemble de la salle respectait la composition générale de la grotte, et paraissait relativement naturel d’aspect, des traînées d’obsidienne veinant le basalte ici et là, autant le pilier consistait en un unique bloc d’obsidienne retenu par deux excroissances de basalte a son sommet et à sa base.

Il était biseauté de la même manière que le reste.

Mais en s’approchant, Reiks nota qu’il avait tort ; il l’était presque de la même manière.

Le compteur Geiger de la combinaison nota une constante augmentation du flux de radiations, jusqu’à ce qu’il atteigne un pic et se stabilise, alors qu’il se trouvait environ au tiers de la distance au pilier.

La période de sécurité s’était trouvé amputée de près de 90% de sa valeur nominale durant son approche. Il avait quelques minutes d’exploration dans cette salle, et ensuite il devrait sortir au plus vite.

Le pilier était marqué par les mêmes altérations que le reste des salles, mais au sein même des marques, d’autres plus petites en entaillait encore la surface.

Et pour autant qu’il pouvait en juger, cela se poursuivait à très petite échelle.

Il s’approcha, presque à le toucher, et l’examina avec le microscope inclus dans l’optique améliorée de son casque.

Les marques se poursuivaient jusqu’au micromètre. Les radiations provenaient, elles aussi, du pilier.

La datation s’afficha sur son casque, l’analyse de l’échantillon de basalte étant terminée.

Elle donnait 17 millions d’années, au bas mot.

Il tenta différent scanners, et quelques prélèvements.

Puis il du sortir.

Il alla vite.

Il remonta par l’accès le plus rapide, en donnant rendez-vous à Mantis en chemin.

Une fois là, il l’attendit quelque peu, mais ce qui demeurait un délai raisonnable.

Il fut ravi de revoir ce visage jeune, qui arborait toujours fougue et passion et était désormais le miroir de ses propres émotions, s’orner d’une expression à la fois intriguée et enthousiaste, lorsqu’après ce qui avait été pour lui une éternité, et presque un voyage sans retour, il lui dit ;

« On a peut-être trouvé quelque-chose. Notre travail ici ne fait que commencer. »


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