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La douche

Nelly Writer · 2026-06-01 23:55 · 0 claps · 3.5 min read
#en-français #guess-the-topic #douche #chaud #froid
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La douche

Il est dix heures du soir, je rentre à peine. Je suis sale et je le sais. Des taches de suies couvrent mes vêtements et mes cheveux sont emmêlés les uns avec les autres. Aujourd’hui était une grosse journée, heureusement, je sais où trouver le réconfort qui me remettra sur pieds. J’enlève mes habits, observant mon reflet dans le miroir. Je vois la suie qui a traversé jusqu’à me tacher. Je vois ma chevelure qui, malgré elle, s’enroule autour de mon cou. Mes mains parcourent les taches et je vois tout l’effort que j’ai mis dans mon travail. Pourtant, je ne peux cesser de me rappeler que je me suis tachée. Pourtant, je ne peux cesser de me rappeler qu’une bonne douche chaude pourrait tout enlever. Enlever tout ce qui me répugne chez moi, tous mes regrets. La solution est là devant moi, tout pourrait être réglé si vite… pas le choix, j’ouvre l’eau. Je regarde longtemps le jet qui coule, la buée qui s’accumule sur les parois. Je me regarde à nouveau, appréhendant la suite des choses, mais c’est si tentant après une longue journée… je ne peux m’en empêcher, je rentre. L’eau coule sur mes épaules, elle parcourt les saletés qui se sont accumulées, la crasse qui s’est entassée. Je laisse l’eau dégouliner le long de mon dos, passant par mes bras, jusqu’à mes pieds. Je plonge doucement la tête sous le jet. La chaleur me détend, je sens toutes mes inquiétudes et mon stress partir avec l’eau. Je respire doucement, profitant de l’apaisement qui survient. J’oublie ma journée, j’oublie mon passé. Il n’y a que moi, moi et la douche. Pour l’espace d’un instant, rien n’est important. Le monde révolte autour de mon petit univers et je me sens enfin libre. Je reste de longues minutes sous l’eau chaude, je reste des heures. Je perds la notion du temps, mais peu m’importe. Que je reste 20 minutes ou 3 heures, ça ne change rien. Je me sens bien. La vapeur s’élève jusqu’au plafond, un plafond à la peinture écaillée dû à l’humidité. La vapeur s’accumule au-dessus de ma tête, ma respiration se saccade légèrement. D’un coup, je me mets à tousser. Comme si la vapeur avait atteint mes poumons, je tousse et tousse et tousse. L’air n’atteint plus mes narines et je m’étouffe. Impuissante, mes doigts agrippent la rambarde jusqu’à ne plus rien ressentir que de la honte de m’asphyxier avec de la buée. Je ne ressens pas de douleur en soi, mais l’oxygène manque. Il fait chaud, trop chaud. Au bout d’un moment, je ne vois plus que de la vapeur, plus que des points noirs. Ma vision se brouille jusqu’à ce que je ne vois plus rien. Je sens des petites gouttes tombées sur moi. Je porte mes doigts à mes épaules, des bouts de peintures… Des petites larmes de plafond sur moi ? Cela fait trop longtemps que je suis là, le plafond se décompose comme s’il allait me tomber sur la tête. Je baisse les yeux vers mon reflet dans la vitrine, la suie toujours présente, la suie encore plus brillante. La douche devient chaude, bouillante. Dans la douche exiguë, je ne peux me déplacer. Je cherche en vain la porte. Brûlant mon corps avec l’eau bouillante. Je panique, je ne sais pas quoi faire. J’ai peur, j’angoisse. D’un coup, sans prévenir l’eau change de température, elle devient froide, glacée. Elle me soulage pendant quelques instants, mais rapidement l’inconfort s’installe. Le froid me fige en place. Je sens mes membres se congeler. Je reviens vite à la réalité. Je dois sortir d’ici. Coincée, ma respiration s’accélère. Au fur et à mesure que la vapeur s’éloigne, je respire, je prends tout l’air que je peux, je prends tout l’air qui m’est accessible. Je respire encore et encore, mais cela ne me soulage point. Je ne sens plus mon corps comme si la douche m’avait volé toute sensation. Avec le peu de force qu’il me reste, les épaules et la tête couverte de morceaux de plafond, je tends le bras et je coupe l’eau. Les dernières petites gouttelettes me tombent dessus, glissant le long de ma joue. Je sors de la douche. Frigorifiée, pétrifiée, dégoûtée. Mon corps est rouge, irrité par le chaud, ou peut-être par le froid. J’enroule mes bras autour de mon corps, frêle. Honteuse, je regarde à nouveau mon reflet. Je me regarde, mais je ne me reconnais pas. Je suis sale, détruite, ruinée. Autour de mon cou, mes cheveux se resserrent. L’eau à l’intérieur de mes mèches colle à ma peau, m’attaquant doucement. Les mèches se resserrent, prêtes à m’étouffer si besoin. Elles reposent là, toujours mouillées, indéfiniment humides. Sur ma personne, les taches luisent, encore plus apparentes qu’avant. Sur ma nuque, une nouvelle tache de suie apparaît. Étalée, foncée, prononcée. Je suis toujours sale, crasseuse, dégoûtante. Qu’importe le nombre de fois où j’ai frotté et frotté jusqu’à m’en arracher la peau, les taches sont toujours là. Qu’importe le nombre de fois où je me suis lavée, je ne vais jamais mieux. Pour toujours, je serai tachée, marquée et humiliée. Les traces sont coincées, encrées et encore une fois, me voilà qui ressors de la douche encore plus dégoûtante qu’à mon arrivée.

Nelly


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