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La théodicée cybernétique

Le terme cybernétique, que N.Wiener pensait avoir créé, apparait en fait pour la première fois dans une encyclopédie du mathématicien et…

Mathieu Devuyst · 2026-03-13 20:04 · 0 claps · 13.9 min read
#cybernétique #theopolitic #cybernetics #upaya #cybersyn
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La théodicée cybernétique

Le terme cybernétique, que N.Wiener pensait avoir créé, apparait en fait pour la première fois dans une encyclopédie du mathématicien et physicien français André-Marie Ampère en 1834 :

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k110453h.image

(Essai sur la philosophie des sciences ou Exposition analytique d’une classification naturelle de toutes les connaissances humaines)

Dans la classification qu’il propose, la cybernétique relève — avec la théorie du pouvoir — de la science politique. Elles sont l’une et l’autre qualifiées de “sciences du troisième ordre”. A leur sujet, il nous dit ceci :

“Qui ne voit encore que toutes les sciences du troisième sous-règne se rapportent au grand objet dont s’occupe spécialement la pédagogique, qui est de rendre les hommes meilleurs et plus heureux ? N’est-il pas évident, enfin, que le but final des sciences, dont se compose le dernier sous-règne, est le gouvernement et l’amélioration des nations; et c’est précisément ce but que la politique se propose, et qu’elle atteint, à l’aide des moyens que lui fournissent les sciences qui la précèdent dans le même sous-règne.”

Les Grecs anciens utilisaient le terme « κυβερνητική » (grec kubernêtikê, de kubernân, gouverner) pour désigner le pilotage d’un navire. Les termes « gouverne », « gouvernail », « gouvernement » ou encore « gouverneur » partagent cette étymologie commune avec le terme « cybernétique » qu’Ampère fut le premier à comprendre comme “la science du gouvernement des hommes”, et que nous nommons “ingénierie sociale”.

Dans « Cybernétique et société — L’usage humain des êtres humains » (1962), Norbert Wiener, père de la cybernétique, a mis en garde contre une mauvaise utilisation humaine des êtres humains et des machines, soulignant que l’homme risque de devenir esclave de ses propres créations ou de s’abdiquer face à leur soi-disant efficacité, rendant l’humanité vulnérable à sa propre extinction par un suicide technologique. Sa mise en garde principale est de préserver la singularité humaine, la diversité et la communication face à une technocratie qui déshumanise tout en veillant à bien souligner la valeur de l’individu face à l’automatisation et à l’instrumentalisation technocratique.

Il me semble que toutes les conséquences de cette ingénierie sociale aliénante maniée par des “élites” informées de nombreuses sciences laissées à l’écart de l’attention du public ne peut se comprendre de façon appropriée que dans le cadre d’une guerre contre les peuples reposant sur ce qu’on nomme dans un contexte militaire “la haute stratégie”. A la base, ce concept désigne la stratégie d’un État sur la manière dont les moyens (militaires et non militaires) peuvent être utilisés pour faire avancer et réaliser les intérêts nationaux à long terme. Autrement dit, c’est l’art d’utiliser tous les moyens d’un État (militaires, économiques, diplomatiques, etc.) pour atteindre ses objectifs nationaux à long terme, englobant la vision globale qui lie la politique et les actions militaires, et allant au-delà du simple combat pour inclure la dissuasion, la préparation de la nation et l’adaptation aux nouvelles menaces comme l’espace ou le cyberespace. Elle se distingue de la tactique (emploi des forces sur le terrain) et intègre des concepts comme la stratégie totale (Guerre Mondiale) et les enjeux technologiques actuels.

De nos jours, on parle de “guerre de 5e génération (5GW)” en tant que conflit non cinétique, diffus et dématérialisé, ciblant les esprits, l’information et les infrastructures via le cyberespace, l’IA et l’ingénierie sociale. Il semble évident que cette guerre de 5ème génération n’a pas attendu les prouesses technologiques de notre époque pour se déployer. La bataille pour le contrôle des esprits remonte sans doute aussi loin que l’invention des premiers mythes visant à contrôler les populations en présentant les souverains comme des dieux dont on retrouve les premières traces à l’aube de la civilisation, à Sumer, plus précisément.

Maintenant que vous avez lu ceci, il convient d’opérer un recadrage. Je vous laisse transposer cette notion de haute stratégie centrée sur les intérêts d’un État au contexte mondialiste. A savoir que, au dessus des États, nous pouvons distinguer de façon de plus en plus évidente l’existence d’un “État transnational”, une entité apatride, pour ainsi dire une nébuleuse qui consiste en un réseau d’influences dont ses nombreuses officines sont bien connues de tous : le WEF et le club de Davos, le FMI, la BM, … sans parler du CFR, de la Trilatérale, de la Fabian Society et autres thinktanks, autant de “laboratoires à idées” qui, je vous le donne dans le mille, est aussi désigné comme “instituts d’ingénierie politique” (voir Marc Patard, Les Think tanks, Paris, PUF, coll. Que sais-je ?, 2025).

Et avec tout ça, on a même pas encore évoqué le “deep state” et les sociétés secrètes…

La cybernétique nous raconte ainsi l’histoire du perfectionnement de la domestication des peuples par le gouvernement et son roman national à un niveau scientifique. Domestication dorénavant élevé à l’état de science par les “élites” mondialistes apatrides et leur roman transhumaniste comme j’ai veillé à brièvement en rendre compte dans les lignes précédentes. Il convient de rendre compte de la remarquable continuité entre l’abolition de l’esclavage et la révolution industrielle puis vers l’esclavagisme cybernétique accompli quasiment aujourd’hui.

Aurait-il pu en être autrement ?

Oui.

La cybernétique au service du peuple plutôt que comme arme de domestication massive, ça a déjà existé. Avez-vous déjà entendu parlé du projet “Cybersyn” ? Sans doute que non. Voyons ça d’un peu plus près. Asseyez-vous confortablement, père Castor est reparti pour un tour

Piloté par le cybernéticien Stafford Beer et son équipe, il s’agissait d’un programme mis en place sous Allende au début des années ’70 quand il était président du Chili. Ce programme consistait à instaurer un système où les travailleurs réunis au sein de conseils auraient pu délibérer démocratiquement dans le domaine de la production, ce qui aurait pu permettre l’avènement d’un socialisme radicalement démocratique où les ouvriers seraient véritablement les décideurs au sein de la production. Et il ne fallait absolument pas que ça se passe comme ça, vous voyez ? Du coup , en pleine guerre froide, “ils” ont fomenté un coup d’état qui a conduit à la mort de Salvador et à l’instauration de la dictature de Pinochet à la place…

Qui sont-”ils” ?

Les forces adverses qui ne sauraient en aucun cas tolérer la remise en question et encore moins l’abolition d’une structure de dominance hiérarchique vieille comme le monde et dont on retrouve la signature reconnaissable d’entre mille dans le logiciel capitaliste version industrielle : domination par violence morale, psychique et physique via manipulation, intimidation et coercition. Autrement dit : de la sorcellerie, sécularisée svp (soit dit en passant, la version cybernétique du capitalisme est autrement plus perverse et sa sorcellerie autrement plus efficace). Ces forces adverses ne sont pas à proprement parler humaines, bien qu’elles utilisent l’humain pour se manifester dans l’Histoire. D’après Sri Aurobindo, ces forces adverses correspondent à des entités et des énergies spirituelles hostiles qui s’opposent à la manifestation du Divin sur Terre, se nourrissant de la négativité, de l’ignorance et de l’inconscience des êtres humains afin d’entraver leur réalisation spirituelle et de maintenir leur domination sur le monde matériel. Elles restent toutefois nécessaires à la réalisation du Divin ici-bas, agissant comme des épreuves qui renforcent la foi et l’aspiration lorsqu’elles sont rencontrées avec une pureté intérieure inébranlable et une confiance en la grâce divine.

Sur le plan humain, dans ce cas précis, “ils” sont bien connus. On les regroupe souvent sous le nom de deep state. Le rôle des États-Unis et de la CIA est de fait assez bien documenté à propos du sujet qui nous concerne. Les dirigeants états-uniens, par crainte de l’influence marxiste d’Allende, ont mené une politique d’hostilité, soutenant économiquement et politiquement les opposants à Allende. Les services de renseignements se sont quant à eux occupés du volet ingérence de cette vilaine forfaiture. De fait, il est de notoriété publique que la CIA, passée maître dans l’art de la vilénie, a été impliquée dans des opérations visant à miner le gouvernement d’Allende (Opération FUBELT) et a maintenu des contacts avec des militaires chiliens hostiles. Reste une ambiguïté au niveau du commandement. Bien que les USA aient souhaité la chute d’Allende, les preuves suggèrent qu’ils n’ont pas désigné Pinochet comme leur candidat ; ils ont cependant fourni le terrain favorable au coup d’État qui a enterré Allende et Cybersyn d’une pierre deux coups. Les forces adverses se chargeant du reste pour réinstaurer la structure de dominance hiérarchique qui en caractérise l’organisation et le fonctionnement.

Stafford Beer, maître d’oeuvre de Cybersyn, était un cybernéticien britannique et consultant et professeur à la Manchester Business School. Il a forgé et fréquemment utilisé l’expression “The purpose of a system is what it does” (POSIWID) pour expliquer que la finalité observée d’un système est souvent en contradiction avec les intentions de ceux qui le conçoivent, l’exploitent et le promeuvent. « La finalité d’un système, c’est ce qu’il fait », cette formule tranche avec des décennies de débats politiques vains et stériles. Lorsque les déclarations officielles décrivent la finalité d’un système comme étant X, mais que le système produit systématiquement Y, alors Y est sa véritable finalité. Oubliez les intentions. Concentrez-vous sur les résultats.

La question qui jaillit d’emblée à ce stade : les déclarations officielles qui décrivent la finalité d’un système comme étant X est-elle le fait de personnes stupides, incompétentes et ignorantes ? Ou bien ces personnes chargées des relations publiques seraient-elles les marionnettes d’un pouvoir occulte qui œuvre dans l’ombre ? Oserait-on penser qu’elles puissent en réalité être possédées par un esprit farceur qui ferait du mensonge une sorte de vertu ? Avant d’aborder cette possession éventuelle, penchons-nous quelques instants sur ce “système” qui déraille de façon si systématique dans une indifférence et une résignation quasi-généralisée.

Le “système technicien” comme le qualifiait Jacques Ellul s’inscrit dans le prolongement de la “mégamachine” de Lewis Mumford, tout deux géants intellectuels du XXème siècle, penseurs majeurs de la critiques de la civilisation moderne et de ses dérives technologiques. Pour eux, la technique n’est plus un outil, mais un système autonome qui s’impose, dictant ses propres lois d’efficacité. L’homme devient serviteur de la technique, non l’inverse, ce qui mène à l’aliénation à cette entité autonome. Il devient asservis (Y ) à ce qui fut destiné à servir (X).

Ce système technicien répond à la notion de système complexe. En effet, tant que la technologie était encore relativement simple, elle formait un système classique — simple ou compliqué. Un système simple (une porte par exemple) ou compliqué (une voiture) a des composants dont on peut comprendre le rôle et l’interaction de manière déterministe, même si c’est long. La complexité qui caractérise un système devenu complexe et partant, autonome, réside dans le fait que l’ensemble possède des propriétés (dites émergentes) qui ne sont pas déductibles de la somme des parties, nécessitant une approche différente.

Arrivé à ce stade, ce système technicien en tant que complexe devenu autonome gagne à être mis en parallèle avec la notion psychologique de “complexe autonome” qui constitue le contenu de ce que Freud qualifiait le “corps étranger” (Fremdkörper). Cette notion lui servait comme métaphore de l’inconscient en tant que contenant d’un ensemble varié de complexes autonomes assimilables à des démons. Quoi ? Des démons ? Oui oui, vous avez bien lu. Grand lecteur d’ouvrages de démonologie, Freud reconnaît dans une lettre à son ami Wilhelm Fliess en 1897 que « la théorie médiévale de la possession […] était identique à notre théorie du corps étranger et de la dissociation du conscient ».

Le Deep State, une sorte d’inconscient politique où sont refoulés nos secrets honteux ? Dans “illusions perdues”, un recueil datant de la période 1837–1843, Balzac partage ceci :

« Vous ne me paraissez pas fort en Histoire. Il y a deux Histoires : l’Histoire officielle, menteuse, qu’on enseigne, l’Histoire ad usum delphini ; puis l’Histoire secrète, où sont les véritables causes des événements, une histoire honteuse. »

Les spin doctors et autres experts en ingénierie sociale, ces personnes chargés des relations publiques dont nous parlions, seraient dès lors peut être bien possédés par ce genre d’entité facétieuse qui leur fait dire des choses pour mieux manipuler leur public, comme par exemple toutes ces promesses électorales pour ainsi dire systématiquement trahies en cours de mandat. Mais bon, c’est la conjecture, que voulez-vous ? Elle a bon dos la conjecture. Surtout quand celle-ci apparait comme les conséquences logiques d’un système technicien que nous pouvons maintenant envisager comme système sorcier sous le joug d’une sorcellerie secularisée. Nous pouvons aussi y voir maintenant une forme de technomagie. Simple exemple : imaginez-vous en train de tendre un smartphone fonctionnel à un passant dans la rue il y a 100 ans, quel serait sa réaction à votre avis ? C’est une expérience de pensée, évidemment que toutes les infrastructures techniques n’existent pas encore pour le rendre pleinement fonctionnel. Mais vous avez compris l’idée.

Arrivé à ce stade de l’exposé, de tout ceci nous pouvons comprendre à présent que parler de complexe autonome ou de possession démoniaque relève en fait d’une seule et même réalité éclairé alternativement — sans qu’un éclairage prédomine nécessairement sur l’autre — par une perspective (psych)analytique propre à la pensée rationnelle et une autre, symbolique, propre à la pensée comme qui dirait magique. Que la première s’empressera de traiter d’”irrationnelle” à défaut de comprendre la cohérence interne qui lui est propre au niveau structurel. Selon cette double perspective parallèle, le système technicien en tant que complexe devenu autonome et arrivé à pleine maturité pourrait fort vraisemblablement correspondre à rien de moins que l’archi-démon bien connu des amateurs d’eschatologie : j’ai nommé l’Antéchrist (c’est-à-dire celui qui vient avant le Christ).

Pour conclure sur les X et Y, il nous faut rappeler un autre sujet lui aussi bien connu, la doublepensée aka doublethink, concept à la force explicative majeure issu du roman tout aussi majeur de G.Orwell. Afin de rendre cela plus clair et évident, X et Y seront ici envisagés comme X et son opposé, — X. Pour rappel, notion centrale de l’œuvre d’Orwell, la doublepensée désigne la capacité d’accepter simultanément deux idées contradictoires, même en sachant qu’elles s’opposent, pour se conformer à la doctrine du Parti (Océania). Cela permet au régime de manipuler la réalité et la mémoire, en rendant possible l’acceptation d’affirmations absurdes comme « la guerre, c’est la paix ». C’est un mécanisme d’auto-asservissement qui supprime l’esprit critique et la notion de vérité objective aboutissant au relativisme nihiliste “oh, tout est relatif vous savez…”.

Dans le monde actuel, promettre X pour finalement aboutir à Y (qui correspond par ailleurs généralement à l’opposé du résultat escompté, autrement dit -X) relève ainsi de la même dynamique. À la décharge de nos experts bonimenteurs de plateau et autres acteurs plus ou moins doués à l’œuvre sur les planches de la théâtrocratie, n’oublions pas que ceux-ci sont possédés par une entité autonome. Et que nous avons toutes et tous sérieusement tendance à voir la paille dans l’œil du voisin sans même nous apercevoir de la poutre planté dans le notre. Soit dit en passant, il est intéressant de voir que cette dynamique a également été formalisée par Ivan Illich qui forgea la notion de contre-productivité. À savoir que tout système ou outil, au-delà d’un certain seuil, finissent par produire l’effet inverse de leur but initial, créant dysfonctionnement, aliénation et même danger. Il appliqua ce principe pour montrer comment les institutions et outils modernes (écoles, hôpitaux, technologie) finissent par produire -X alors que le résultat attendu était X.

Nous arrivons à un point de jonction entre la géopolitique et la théopolitique où Machiavel serait à la politique ce que Al Khidr serait à la religion. Ce dernier étant ce mystérieux personnage apparaissant brièvement dans le Coran pour enseigner à Moïse des leçons de connaissance divine à travers des actions apparemment inexplicables, et surtout scandaleusement outrancières à l’égard du code moral dont Moïse et ses tablettes représente un archétype. Il semble que nous ayons tout autour de nous des signes que cette présence mystérieuse est aujourd’hui plus opérative que jamais. Le diable est le déguisement du Divin quand Il joue à se faire peur. L’adversaire est celui qu’Il adopte pour S’éprouver. Tout cela, c’est Lui à travers Elle. Face à l’adversité, il faut sérieusement savoir jouer et s’appliquer à en épouser chacune des aspérités. Les Noces chymiques en dépendent. La personne qui s’y applique avec obstination finit éventuellement par voir le caractère réellement grotesque et tragicomique des manœuvres de ces forces adverses qui, se réfléchissant en son sein, qu’elles le veuillent ou non, ne font en définitive que participer au plus grand bien. S’il est clairement éprouvant d’avoir à traverser ces “eaux noires”, pour reprendre l’expression de Christian Bobin, et qu’il est tout aussi clair qu’on se serait bien passé d’être soumis à ce genre de thérapie de choc, cela n’en relève pas moins d’une impérieuse nécessité dont les fruits sont d’autant plus prolifiques que la situation est catastrophique. Simple exemple : l’industrie culturelle qui dissémine son poison à travers le monde est la même qui permet à des films comme Matrix de dévoiler l’envers du décors en reformulant l’enseignement traditionnel dans la langue audio-visuelle d’aujourd’hui, le cinéma.

Une fois que l’on reconnaît à quel point le vulgaire et la sagesse peuvent se côtoyer de si près, il devient de plus en plus facile de voir avec quelle adresse cette sagesse sait s’infiltrer dans la culture populaire, quand bien même celle-ci a pu être globalement industrialisée et vidée de sa substance locale. Simple exemple bis : d’une certaine manière, la doublepensée peut ainsi apparaitre comme un écho en concordance avec la conjonction des opposés spirituellement réalisés : ce qui est en haut est comme ce qui est en bas. Comme la vilaine chenille qui devient joli papillon, l’axiome nihiliste “tout est relatif” se transforme alors en “tout est relation”, en écho au “Dieu est relation” de St Augustin. À partir de là, toute la désastreuse situation actuelle peut faire penser à une forme de pédagogie aussi absurde qu’extrême destinée à réveiller celles et ceux qui ne dorment pas encore trop profondément, en accord avec une certaine “non-voie” spirituelle parfois dénommée “voie abrupte” (ou directe, non-duelle) en tant qu’approche radicale visant l’éveil immédiat par la prise de conscience directe de notre vraie nature. Toutes ces horreurs tout comme cette beauté que je vois se déployer autour de moi, je les porte aussi en moi. Voilà, c’est aussi simple que ça.

Inimaginable upaya qui dans le Vajrayana (le “Véhicule de Diamant”, voie tantrique bouddhiste) désigne les « moyens habiles » ou expédients efficaces utilisés pour atteindre l’éveil rapidement en exploitant toutes les situations et énergies, y compris celles considérées comme négatives, comme un chemin vers la libération. Comme un traitement de choc conduisant éventuellement à la réalisation que sur le plan de l’éternité et de l’instant, tout le mal du monde et son déchaînement terminal sur le plan chronologique par lequel l’individu coupé de ses racines reste hypnotisé ne fait au final que servir ce plan divin qui nous confond en perplexité et nous fait trembler à tous les étages de l’être, nous invitant à nous abandonner à la grâce qui ne demande que ce lâcher-prise radical et inconditionnel pour nous prendre en charge, de façon tout aussi radicalement inconditionnelle. Ce que nous nommons si couramment le mal apparaît alors comme les tragiques et dramatiques conséquences accumulées à travers les générations de la résistance à l’inéluctable libération de la souffrance qui correspond à la fin de l’ignorance et l’exposition du mensonge.

LUX OMNIA VINCIT

« Les premières fissures dans la digue sont apparues il y a longtemps. Elles sont d’abord passées inaperçues puis elles se sont élargies. Maintenant la digue a cédé et un torrent de boue envahit le monde. Nous n’en sommes qu’au début. Tout le mal qu’il est possible d’imaginer sera réalisé. C’est une lame de fond puissante sur laquelle personne n’a prise. Quelques-uns y trouvent leur jouissance, tressautant comme des bouchons en surface des eaux noires. Ce mouvement prendra du temps pour s’inverser. Une renaissance viendra, c’est certain, mais ni vous ni moi ne la verrons. » — Christian Bobin — Ressusciter


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