« Personne ne va le faire pour nous » : A Saint-Germain en Laye, le difficile chemin vers une…
A Saint-Germain-en-Laye, malgré des améliorations récentes, les personnes en situation de handicap peinent à se déplacer, aller à l’école…
« Personne ne va le faire pour nous » : A Saint-Germain-en-Laye, le difficile chemin vers une ville accessible à tous
A Saint-Germain-en-Laye, malgré des améliorations récentes, les personnes en situation de handicap peinent à se déplacer, aller à l’école ou encore faire du sport.
« Je vis dans le centre-ville de Saint-Germain-en-Laye depuis toute petite, donc je peux me déplacer seule. J’ai mes repères », assure Alice Marceau. Cette sportive de 25 ans, à la fois membre de l’équipe de France de ski alpin paralympique et marathonienne, est atteinte depuis sa naissance d’une maladie dégénérative appelée l’aniridie, qui cause une perte progressive de sa vue. Si elle connaît les rues du centre-ville de Saint-Germain-en-Laye par cœur, elle a plus de difficultés dès qu’elle en sort, par exemple pour se rendre à son club d’athlétisme, Les Foulées de Saint-Germain. « Les déplacements restent ma plus grande difficulté. Je dois prendre un bus dont les horaires sont souvent modifiés. Je n’ai pas accès aux informations écrites sur les panneaux de l’abribus, donc je ne peux pas savoir ». Elle regrette que la ville ne mette pas en place des annonces sonores, comme cela existe dans la gare du RER A de Saint-Germain-en-Laye.
La ville se targue pourtant d’être une ville accessible pour les personnes en situation de handicap. « Depuis de nombreuses années, les villes de Saint-Germain-en-Laye et Fourqueux sont très sensibilisées à se rendre accessibles à tout pour tous » confirme le préambule du règlement intérieur de la commission communale pour l’accessibilité (CCA) de Saint-Germain-en-Laye et Fourqueux, les deux communes ayant fusionné en 2019. Cette commission, obligatoire dans les communes de plus de 5000 habitants selon la loi pour l’égalité des droits et des chances de 2005, rend un avis consultatif sur l’accessibilité de la ville et des projets de travaux municipaux.

La Commission Communale d’Accessibilité a mis en place ces panneaux de sensibilisation près des places de parking réservées aux personnes en situation de handicap (Crédit : Claire Loilier)
En 2024, selon son rapport annuel, plusieurs audits de l’accessibilité de l’espace public ont été réalisés, notamment celui de la gare RER. La CCA a mené « plusieurs évènements et actions de sensibilisation au handicap » durant l’année passée, réitérant sa volonté de rendre la ville « plus accessible ». Le rapport mentionne également l’installation en 2024 de 17 nouveaux caissons sonores sur les feux de circulation de huit intersections de la ville, pour faciliter les déplacements des personnes malvoyantes.
Ces feux sonores, Alice Marceau ne les a jamais entendus. « Il y en a peut-être, mais je ne les ai pas encore remarqués sur mes trajets. S’il y en a, c’est beaucoup moins qu’à Paris ». Elle regrette aussi le manque de bandes podotactiles, qui ressortent en relief sur le sol pour prévenir les personnes malvoyantes qu’elles approchent d’une route ou d’une zone dangereuse. Il n’y en a pas à tous les carrefours selon cette skieuse. « Ce sont des petites choses, faciles à mettre en place, mais qui sont très sécurisantes pour nous », conclut-elle.
« Se battre pour tout »
Les politiques d’accessibilité de la ville ont du mal à atteindre une autre catégorie de handicap, souvent la moins bien comprise : les personnes en situation de handicap mental. Pour leurs proches, et notamment leurs parents, chaque jour est un combat.
Gaspard a environ un an et demi quand les neurologues déclarent à sa mère, Julia Bourdon-Bano, qu’il est porteur du syndrome du X-fragile, « la malformation génétique la plus courante après la trisomie 21 », qui cause des formes plus ou moins importantes d’autisme, des difficultés à communiquer et à gérer ses émotions. Commence alors le long parcours pour faire reconnaître le handicap de Gaspard et obtenir les aides auxquelles il a droit, par exemple un AESH, un accompagnant pour élève en situation de handicap, pour lui permettre d’aller à l’école maternelle avec les autres enfants. Mais même après l’obtention d’une AESH individuelle, un problème subsiste : la cantine. « Le temps du midi n’est pas géré par les écoles mais par la mairie : l’AESH ne peut pas accompagner Gaspard pour manger, alors qu’il n’est pas autonome », explique cette Saint-Germanoise qui travaille dans le secteur agroalimentaire.

Gaspard Bourdon-Bano, sa mère Julia, et sa nourrice Marie-Claude en promenade dans le parc du Château de Saint-Germain-en-Laye (crédit : Claire Loilier).
Julia Bourdon-Bano contacte alors la mairie de Saint-Germain-en-Laye, qui refuse de prendre en charge le problème. La raison : « un vide juridique sur l’accompagnement des élèves handicapés à la cantine. J’ai dû me débrouiller toute seule et courir le chercher tous les midis pendant deux ans, ça a été un vrai parcours du combattant » se rappelle-t-elle, de la colère dans sa voix. « J’ai été au bord du burn-out ». Quand est abordé le travail de la mairie pour rendre la ville accessible, Julia Bourdon-Bano fronce les sourcils : « C’est une ville riche, qui a les moyens de faire beaucoup de choses, mais qui ne fait que le strict nécessaire pour nous. On doit se battre pour tout, il n’y a pas d’autre mot » assène-t-elle, amère.
Aujourd’hui, Gaspard est scolarisé et suivi à l’Institut de Pédagogie Curative, l’institut médicoéducatif (IME) de Chatou, une des communes voisines de Saint-Germain-en-Laye. Mais pour les activités extra-scolaires, les loisirs ou le sport, il n’y a pas beaucoup d’options. « Gaspard ne peut pas jouer tout seul, il a besoin d’être avec des camarades de jeux, et d’échanger avec eux. Mais des activités dans une structure normale, ce n’est pas possible, il n’y pas l’accompagnement nécessaire » explique sa mère.
« Si on ne le fait pas soi-même, personne ne va le faire pour nous »
Alors, comme souvent dans ces cas, c’est la solidarité entre les parents d’enfants porteurs de handicaps mentaux qui fait bouger les choses. Depuis trois ans, Gaspard suit des cours de sport tous les samedi après-midi dans le gymnase du collège Claude Debussy, à Saint Germain en Laye. « C’est la seule association sportive qu’il y a pour nos enfants ici » commente Julia Bourbon. Cette association, c’est l’ASASGL, l’association pour le sport adapté à Saint Germain en Laye. « J’aime dire que c’est une école multisport pour les jeunes de tous les âges » explique sa présidente et membre fondatrice Valérie Jourdan. Avec quelques parents d’enfants en situation de handicap mental, elle a créé cette structure en 2019, et l’a référencée auprès de la Fédération Française du Sport Adapté (FFSA). « Si on ne le fait pas soi-même, personne va le faire pour nous », constate cette mère d’une jeune femme de 23 ans, prénommée Anne, porteuse d’une anomalie génétique très rare qui cause un retard mental.

Valérie Jourdan est venue chercher sa fille Anne à la fin du cours de sport adapté qu’elle suit tous les samedi (Crédit: Claire Loilier).
Chaque week-end Anne et les autres licenciés de l’ASASGL font du sport pendant une heure et demi : des sports de raquette, de la danse ou des sports collectifs. Ce jour-là, c’était match de rugby. En plus de maintenir en bonne santé ces jeunes adultes en situation de handicap, en moyenne plus sujets à l’obésité que les jeunes valides selon une étude, les cours assurés par l’enseignant spécialisé en sport adapté Sonny Moutachi ont d’autres objectifs : « Je pense mes séances pour travailler avec les jeunes la motricité, la socialisation et la communication », explique-t-il.

Sonny Moutachi, enseignant spécialisé en sport adapté, est en charge des trois cours que propose l’école le samedi (Crédit: Claire Loilier).
« Trouver des activités, sportives ou culturelles, adaptées à nos enfants est souvent un problème. Même quand elles existent, on n’en entend pas toujours parler », expose Valérie Jourdan. Les licenciés de l’association viennent de toutes les communes alentours : Poissy, Sartrouville, Conflans-Sainte-Honorine ou encore Carrières-sur-Seine, comme Antoine Louvel, un jeune homme de 30 ans. Il assiste pour la première fois au cours de sport de Sonny Moutachi, accompagné de ses parents Patrick et Marinette Louvel. « Antoine est très sportif mais c’est compliqué de trouver des associations qui l’acceptent. Alors dès qu’on a entend parler de cette structure à Saint-Germain-en-Laye, on a sauté sur l’occasion » raconte Marinette Louvel.

Le troisième cours de sport de l’école multisport de l’ASAGL commence en cette fin de samedi. (Crédit: Claire Loilier).
L’association compte une vingtaine d’adhérents de 8 à 40 ans, répartis sur trois cours de sport le samedi. « Pour être rentable, il nous en faudrait dix de plus » confie Valérie Jourdan. L’ASASGL reçoit des aides de la FFSA, ainsi qu’une aide de 500 € par an de la part de la mairie de Saint-Germain-en-Laye, depuis deux ans. La présidente, elle-même membre de la commission communale pour l’accessibilité de la mairie, confie avoir eu des rapports « compliqués » avec eux par le passé, et eu du mal à obtenir ce soutien financier « même si depuis quelques années, on se sent plus considérés », reconnaît-elle.
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