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CookGether : une expérience culinaire pour se rapprocher des produits locaux

Sirine Chaouechi, Liu T. Corriveau, Maya Guénard-Chouinard, El Mahdi Namir, Eliana Marcela Piedrahita Velasquez Étudiant.e.s à la maîtrise…

MDI ULaval in MDI ULaval · 2026-03-26 16:20 · 1 claps · 10.1 min read
#interaction-design #ux-research #food-systems #sustainable-food #social-design
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CookGether : une expérience culinaire pour se rapprocher des produits locaux

Sirine Chaouechi, Liu T. Corriveau, Maya Guénard-Chouinard, El Mahdi Namir, Eliana Marcela Piedrahita Velasquez Étudiant.e.s à la maîtrise en design d’interaction

Sous la supervision de Jacynthe Roberge, professeure agrégée Avec la collaboration de Laurence Paquette, candidate au doctorat

Projet réalisé en 2024 dans le cadre du cours DES-6012 Design d’interaction I.

Une version anglaise de cet article est disponible ici : **Read the English version**

Au Québec, une part importante des aliments consommés provient de l’extérieur de la province, alors même que l’intérêt pour une alimentation locale, saisonnière et plus durable semble croître. À partir d’une démarche de recherche en design, nous avons dégagé deux obstacles récurrents : une connaissance limitée des produits québécois et une incertitude quant à la manière de les cuisiner. En réponse, nous proposons CookGether, une initiative culinaire collaborative qui rapproche consommateurs et producteurs à travers des ateliers pratiques soutenus par une application mobile. Le projet explore la cuisine comme une pratique sociale susceptible de favoriser des habitudes alimentaires plus conscientes et mieux ancrées dans les systèmes alimentaires locaux.

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1 INTRODUCTION

Les conditions climatiques québécoises, et en particulier la durée de l’hiver, rendent difficile la production locale de certains fruits et légumes tout au long de l’année. Dans ce contexte, une part notable des aliments consommés dans la province provient de l’extérieur. En 2021, environ 46,7% des aliments consommés au Québec étaient importés d’autres provinces ou de l’étranger (VARGAS 2023).

Dans les sociétés industrialisées contemporaines, où les systèmes alimentaires reposent sur des chaînes d’approvisionnement complexes et étendues, de nombreux consommateurs entretiennent une relation plus indirecte avec l’origine des aliments qu’ils consomment. Parallèlement, l’attention portée aux impacts environnementaux et sociaux des systèmes alimentaires semble s’intensifier.

Historiquement, les communautés dépendaient davantage de la production agricole locale. Aujourd’hui, le Québec n’est pas autosuffisant sur le plan alimentaire, ce qui peut soulever certaines questions liées à la résilience économique et environnementale des systèmes alimentaires. Dans cette perspective, le gouvernement du Québec a annoncé en 2023 un investissement de 2,1 millions de dollars visant à renforcer les liens entre producteurs agricoles, transformateurs artisanaux et consommateurs (GOUVERNEMENT DU QUÉBEC 2023).

L’alimentation constitue une pratique quotidienne qui influence à la fois la santé individuelle et les systèmes environnementaux. Pourtant, plusieurs consommateurs disposent de connaissances limitées concernant l’origine de leurs aliments, leurs modes de production ou encore la préparation de certains produits saisonniers. Mieux comprendre ces dimensions pourrait contribuer à soutenir des choix alimentaires plus informés.

2 Démarches et méthodes de design

Dans le cadre de ce projet de design, nous avons adopté une approche ethnographique centrée sur l’humain (NOVA 2014) afin de mieux comprendre les facteurs qui influencent les habitudes alimentaires de résidents de la ville de Québec.

Notre exploration a d’abord porté sur des personnes s’identifiant comme végétariennes. Nous avions initialement formulé l’hypothèse que ces participants pourraient être plus sensibles aux enjeux liés à l’alimentation locale et durable. Les premiers résultats ont toutefois suggéré que cette hypothèse ne se vérifiait pas nécessairement dans tous les cas, ce qui nous a amenés à élargir progressivement notre enquête à d’autres profils.

À travers une combinaison de recherche documentaire, d’entretiens, de groupes de discussion et d’observations en contexte, nous avons recueilli des données qualitatives permettant d’explorer différentes dimensions des pratiques alimentaires et culinaires des participants.

2.1 Entretiens

Nous avons réalisé onze entretiens semi-dirigés afin d’explorer les expériences et les points de vue des participants concernant leurs habitudes alimentaires et leurs pratiques culinaires. La diversité des profils rencontrés a permis d’enrichir la compréhension du contexte étudié et d’identifier différentes motivations associées aux choix alimentaires (KOLKO 2011).

Le guide d’entretien structurant la discussion laissait aux participants la possibilité de décrire leurs pratiques dans leurs propres mots. Dans plusieurs cas, les choix alimentaires semblaient influencés par des considérations éthiques, environnementales ou liées à la santé, bien que ces motivations varient sensiblement selon les parcours individuels.

Plusieurs entretiens ont été menés auprès de participants aux profils variés

Plusieurs entretiens ont été menés auprès de participants aux profils variés

2.2 Groupes de discussion

Deux groupes de discussion réunissant environ huit participants chacun ont été organisés afin d’explorer plus collectivement les attitudes, perceptions et pratiques liées à l’achat et à la préparation des aliments (MARTIN et HANINGTON 2012).

Les échanges ont notamment mis en évidence que, dans le contexte des épiceries, le lien entre les produits et leur origine n’est pas toujours clairement perçu. Plusieurs participants ont mentionné éprouver des difficultés à identifier quels produits étaient réellement locaux, ce qui peut influencer les décisions d’achat.

D’un point de vue systémique, cette situation peut avoir différentes implications. Certaines recherches suggèrent que les circuits courts peuvent contribuer au développement économique local et au renforcement des liens communautaires, tout en offrant des avantages à certains producteurs. Ces retombées varient toutefois selon les contextes, de sorte que certains producteurs peuvent tirer davantage parti de marchés plus larges.

Par ailleurs, le transport au sein des chaînes d’approvisionnement alimentaires représente une part significative des émissions associées aux systèmes alimentaires, particulièrement dans le cas de certains produits frais (STEIN et SANTINI 2022 ; LI et al. 2022).

Activité du groupe de discussion portant sur les habitudes alimentaires

Activité du groupe de discussion portant sur les habitudes alimentaires

2.3 Calendrier des récoltes

À l’aide d’images, nous avons demandé aux participants du groupe de discussion d’identifier différents aliments et de les placer sur un calendrier représentant les périodes de récolte.

Plusieurs participants ont exprimé des incertitudes quant à l’identification de certains légumes locaux et ont éprouvé des difficultés à les associer à la saison correspondante. Ces résultats semblent suggérer une familiarité parfois limitée avec les produits saisonniers.

Une différence notable est apparue entre les participants qui cuisinent régulièrement et ceux qui cuisinent plus rarement. Les premiers semblaient généralement plus à l’aise avec l’exercice, tandis que les seconds éprouvaient davantage de difficultés. Cette observation rejoint certaines recommandations du Guide alimentaire canadien qui souligne le rôle des compétences culinaires dans l’adoption d’habitudes alimentaires plus saines (GOUVERNEMENT DU CANADA 2022).

2.4 Observation en contexte (shadowing)

Afin de mieux comprendre les décisions prises lors de l’achat d’aliments, nous avons accompagné un participant pendant une séance d’épicerie. Cette méthode d’observation, souvent appelée shadowing, permet d’examiner les comportements dans leur contexte réel (MARTIN et HANINGTON 2012).

Lors de cette observation, nous avons constaté que le participant faisait relativement peu de distinction entre produits locaux et produits importés dans ses choix. Certains aliments locaux, pourtant perçus comme abordables et nutritifs, ont été écartés simplement parce que la personne ne savait pas comment les préparer.

Ces observations suggèrent que l’accès à l’information ne constitue peut-être qu’une partie de l’enjeu. Des formes de soutien social ou pratique pourraient également jouer un rôle dans la découverte et l’intégration d’aliments locaux dans les pratiques culinaires quotidiennes.

2.5 Principaux constats

Pris ensemble, ces différents résultats suggèrent qu’un lien parfois limité avec l’origine des aliments peut représenter un obstacle à l’adoption de pratiques alimentaires plus locales.

Plusieurs participants ont indiqué avoir une connaissance relativement partielle des produits cultivés au Québec et se sentir incertains quant à la manière de les cuisiner. Cette situation peut contribuer, dans certains cas, à privilégier des produits importés, tout en réduisant la visibilité des producteurs locaux.

Analyse AEIOU

Analyse AEIOU

3 Opportunité de design

À partir de ces observations, nous avons formulé la question suivante :

Comment pourrions-nous soutenir la découverte et l’adoption de pratiques alimentaires davantage ancrées dans les produits locaux, tout en tenant compte des dimensions de santé et de durabilité ?

Cette réflexion nous a amenés à observer un phénomène social de plus en plus visible au Québec : les clubs de course communautaires.

Dans plusieurs quartiers, des groupes de personnes se rassemblent devant des commerces locaux afin de courir ensemble. Ces rencontres sont généralement ouvertes et informelles. Les participants s’y présentent à un moment et un lieu convenus et l’activité devient autant un moment social qu’une activité sportive.

Les recherches en comportement de santé suggèrent que les environnements sociaux peuvent influencer les transformations d’habitudes, notamment en matière d’alimentation (GLANZ et al. 2015).

Dans nos entretiens, certains participants ont d’ailleurs mentionné avoir modifié leurs habitudes alimentaires à la suite d’échanges avec des proches ou des amis.

Cette observation a soulevé une question exploratoire : une dynamique collective comparable pourrait-elle contribuer à rapprocher les consommateurs des producteurs locaux et à encourager la découverte de produits québécois ?

4 Travaux et initiatives connexes

L’apprentissage en groupe peut favoriser l’adoption de nouvelles pratiques, ce qui contribue sans doute à la popularité des ateliers culinaires.

Par exemple, Au Tour du Pot organise des ateliers consacrés à la conservation d’aliments excédentaires afin de réduire le gaspillage alimentaire. En apprenant à transformer ces ingrédients, les participants développent des techniques qu’ils peuvent ensuite reproduire à domicile (AU TOUR DU POT 2024).

De manière complémentaire, Aliments du Québec valorise les produits québécois à travers diverses initiatives, notamment dans les épiceries et sur sa plateforme en ligne. Des recettes, des outils et des balados mettant en vedette des producteurs sont proposés afin de mieux faire connaître les produits locaux (ALIMENTS DU QUÉBEC 2025).

Ces initiatives montrent que la transmission de connaissances culinaires et la mise en valeur des producteurs peuvent contribuer à renforcer les liens entre consommateurs et systèmes alimentaires locaux.

5 CookGether

CookGether est une initiative culinaire communautaire visant à faire découvrir les produits québécois saisonniers et différentes façons de les préparer à travers des ateliers pratiques. Le projet s’adresse à la fois :

  • aux personnes souhaitant développer leurs compétences culinaires,
  • aux producteurs locaux intéressés à partager leur savoir-faire.

L’application CookGether met en relation producteurs et consommateurs

L’application CookGether met en relation producteurs et consommateurs

Au fil de l’année, différents producteurs (agriculteurs, arboriculteurs, apiculteurs, éleveurs ou transformateurs alimentaires) sont invités à présenter leurs produits et à démontrer certaines techniques de préparation.

Les ateliers se déroulent dans des espaces publics équipés de cuisines, comme des bibliothèques municipales, des centres communautaires ou des écoles. La ville de Québec dispose de plusieurs lieux accessibles pouvant accueillir ce type d’activités.

Pour participer, les utilisateurs téléchargent l’application CookGether et s’inscrivent à un événement organisé près de chez eux.

Les recettes proposées varient selon la saison, ce qui encourage la découverte progressive d’ingrédients locaux disponibles à différents moments de l’année.

L’application joue également un rôle de soutien après l’atelier. Les utilisateurs peuvent consulter des profils de producteurs, des informations sur la disponibilité des produits, les heures d’ouverture des commerces ainsi que des suggestions de recettes.

Ainsi, la cuisine devient une expérience d’apprentissage collective, centrée sur l’échange de connaissances et le développement de compétences.

Ateliers animés par des producteurs

Ateliers animés par des producteurs

Plus largement, CookGether explore la cuisine non seulement comme une activité domestique, mais aussi comme un espace de rencontre et de transmission autour des pratiques alimentaires locales.

La carte du parcours utilisateur de CookGether montre que plusieurs acteurs bénéficient du processus

La carte du parcours utilisateur de CookGether montre que plusieurs acteurs bénéficient du processus

Le projet s’inscrit dans plusieurs objectifs de développement durable des Nations Unies, notamment :

  • Objectif 3 : Bonne santé et bien-être
  • Objectif 8 : Travail décent et croissance économique
  • Objectif 11 : Villes et communautés durables
  • Objectif 12 : Consommation et production responsables (NATIONS UNIES 2024).

6 Évaluation et avancement du projet

Un premier prototype de l’application CookGether a été développé et testé auprès de différents utilisateurs afin de recueillir leurs impressions.

Ces premières sessions ont permis de recueillir des retours intéressants sur le concept et d’identifier certains éléments à améliorer. L’application a ainsi fait l’objet de plusieurs itérations afin d’affiner certaines interactions et contenus.

Nous avons également présenté une vidéo explicative du projet à des participants potentiels. Plusieurs ont exprimé de la curiosité envers l’initiative et ont mentionné réfléchir à leurs propres compétences culinaires, ce qui suggère que le projet pourrait répondre à un besoin perçu de soutien pratique.

Ces premières explorations offrent des indications utiles, mais des travaux supplémentaires seront nécessaires afin d’évaluer la faisabilité du projet dans des conditions réelles. Les prochaines étapes pourraient inclure l’organisation d’ateliers pilotes réunissant producteurs et participants afin d’examiner les contraintes opérationnelles, les attentes des différentes parties prenantes et la viabilité du modèle proposé.

7 Conclusion

Les observations issues de ce projet suggèrent qu’un lien parfois limité entre consommateurs et origine des aliments peut constituer un obstacle à l’adoption de pratiques alimentaires plus locales. En réponse à ce constat, CookGether propose une initiative culinaire collaborative visant à reconnecter les participants aux produits saisonniers québécois à travers des ateliers pratiques animés par des producteurs locaux.

En mettant de l’avant l’expertise des producteurs, en favorisant la découverte de la saisonnalité et en encourageant l’apprentissage collectif, CookGether cherche à soutenir le développement de compétences culinaires et à renforcer les liens entre consommateurs et producteurs.

Bien que le concept ait été élaboré à partir d’un travail mené auprès de participants de la ville de Québec, il pourrait être adapté à d’autres contextes présentant des enjeux comparables, sous réserve de partenariats locaux et d’une évaluation de sa faisabilité.

Plus largement, CookGether explore la possibilité que les pratiques alimentaires locales puissent se construire à travers des expériences collectives, où la cuisine devient un point de rencontre entre savoirs, produits et communautés.

BIBLIOGRAPHIE

ALIMENTS DU QUÉBEC (2025). «De tout, pour tous les goûts!», Aliments du Québec, https://alimentsduquebec.com/fr.

AU TOUR DU POT (2024). «Conserve mobile», Au Tour du Pot, https://conserves-saison.autourdupot.net.

GOUVERNEMENT DU CANADA (2022). «Guide alimentaire canadien : Cuisinez plus souvent», https://guide-alimentaire.canada.ca/fr/recommandations-en-matiere-dalimentation-saine/cuisinez-plus-souvent.

GLANZ, K., RIMER, B. K. et VISWANATH, K. (2015). Health Behavior : Theory, Research, and Practice (Jossey-Bass Public Health), 5e édition, Jossey-Bass, 512p.

KOLKO, J. (2011). Exposing the Magic of Design : A Practitioner’s Guide to the Methods and Theory of Synthesis, Oxford University, 208p.

LI, M., JIA, N., LENZEN, M., ARUNIMA, M., LIYUAN, W., YUTON, J. et RAUBENHEIMER, D. (2022). «Global food-miles account for nearly one-fifth of total food-system emissions», Nature Food, 3, 445–453.

MARTIN, B. et HANINGTON, B. (2012). Universal Methods of Design : 100 Ways to Research Complex Problems, Develop Innovative Ideas, and Design Effective Solutions, Rockport Publishers, 208p.

NATIONS UNIES (2024). «Objectifs de développement durable : 17 objectifs pour sauver le monde», https://www.un.org/sustainabledevelopment/fr/objectifs-de-developpement-durable.

NOVA, N. (2014). Beyond Design Ethnography : How Designers Practice Ethnographic Research, SHS Publishing, 139p.

GOUVERNEMENT DU QUÉBEC (2023). «Autonomie alimentaire et marchés de proximité — Québec octroie 2,1 M$ afin d’augmenter l’accessibilité des produits locaux», Ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, https://www.quebec.ca/nouvelles/actualites/details/autonomie-alimentaire-et-marches-de-proximite-quebec-octroie-21-m-afin-daugmenter-laccessibilite-des-produits-locaux-49482.

STEIN, A. J. et SANTINI, F. (2022). «The sustainability of “local” food: a review for policy-makers», Review of Agricultural, Food and Environmental Studies, 103(1), 77–89.

VARGAS, R. (2023). « Actualité Alimentaire », Bioclips, 31(21), 1–2.


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