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Histoire d un harcèlement

J’ai été maltraitée de mes 3 ans à mes 15 ans.

Zélia · 2021-10-20 19:07 · 2 claps · 3.9 min read
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Wiki topics: PSY · Mental Health & Psychiatry

Histoire d un harcèlement

J’ai été maltraitée de mes 3 ans à mes 15 ans.

D’abord par mon institutrice en école maternelle, puis par mes camarades de classe et ensuite par plusieurs enseignants, personnel scolaire et les élèves des établissements scolaires dans les années qui ont suivi.

Tout a commencé parce que je m’étais urinée dessus en classe quand j’étais en maternelle. Lorsque l’enseignante m’a disputé très fortement, j ai tenté de lui expliquer qu’il y avait eu la queue aux toilettes et que je n’avais pas pu assouvir ma petite envie pressante.

Et quand on a 3 ans, qu’on acquière tant bien que mal la propreté, se retenir n’est pas chose aisée.

L’enseignante m’a donc humiliée et elle a encouragé les autres élèves à se moquer de moi. A partir de ce moment là, affublée du doux surnom de Zezette, je suis devenue la petite fille qui s’est pissée dessus en classe. Il ne fallait pas me parler sous peine de ne pas être populaire, de se faire bouder par les filles influentes de l’école.

En maternelle, oui.

Suite à ça, j’ai regressé, je ne parlais quasiment plus, et les rares fois où les mots sortaient, je bégayais.

Je n’allais plus à la selle, j’ai du suivre un traitement pour retrouver un système digestif normal.

La maîtresse, qui était aussi la directrice de l’école, n’a jamais été inquiétée.

Alors que je n’étais ni la première, ni malheureusement la dernière à subir ce genre de pratiques de sa part.

Quand je suis arrivée en école primaire, j’avais les mêmes camarades de classe. Les moqueries ont donc continué et ont même augmenté.

Du côté des enseignants, j’arrivais avec d’énormes lacunes, je ne savais ni correctement ni lire ni compter, je bégayais toujours et j’étais exclue socialement.

Mon institutrice a passé quatre années à m’humilier quotidiennement ainsi qu’à me maltraiter physiquement.

Des remarques acerbes et méprisantes à chaque fois que je levais mon ardoise s’ajoutait des passages au tableau répétés qui resteront à jamais encrés dans ma mémoire :

Lors des exercices, elle me faisait venir au tableau tout en sachant que je ne connaissais pas la réponse à la question posée. Je me retrouvais donc face au tableau avec la craie dans la main devant une addition et avec en face de moi les autres élèves qui se moquaient ouvertement et mon instit qui beuglait « – Mais t’es vraiment trop nulle ! Tu sers à rien ! De toute façon t’iras pas en récréation tant que t’auras pas trouvé la solution !»

Et moi de lui répondre avec un mélange de naïveté et de colère :

«- toute façon j’ai pas d’amis alors ça changera rien»

Quand elle était de bonne humeur, elle ouvrait la porte communiquant entre sa classe et celle de son collègue, et l’appelait en disant tout haut, bien fort, :

« Hé viens donc voir, viens voir combien elle est nulle celle là»

Son collègue arrivait, ils rigolaient, se moquaient, et une fois qu ils avaient bien rit, il repartait dans sa classe.

Moi, j’avais envie de crever, vraiment. De m’étouffer avec la craie et de m’enterrer dans le sol.

Quand la classe était terminée, je devais affronter la cour. Les élèves. Les moqueries. Les regards. Les jugements. Les entourloupes.

Une fois, les filles populaires de l’école, Annabelle, Virginie et une troisième fille, m’ont emmené dans un petit coin isolé de la cour et m’ont demandé la chose suivante : «si tu nous montre ta culotte, on sera tes copines. On te montre les nôtres comme ça tu nous croira»

Le souvenir est marqué au fer rouge, je revois les culottes à pois, je me rappelle de l’odeur des arbustes qui nous cachaient aux yeux des autres, il faisait chaud ce jour là, on portait des robes. Et je me rappelle de leurs voix, de leurs rires, que j’étais trop bête de croire à tout ça et qu’elles seraient jamais mes copines, jamais !

Quand c’était trop dur, je me cachais et je continuais de me pisser dessus. Je me rappelle des tortillements, de la chaleur, et puis du froid et de la honte.

Je restai cachée, les fesses trempées d’urine, je priais pour que personne ne me trouve. Des fois c’était l’ATSEM qui me trouvait. Et elle aussi m’humiliait. Même en hiver, je devais me déshabiller dans la cour.

Une petite fille à moitié nue, les fesses à l’air, en chaussettes, qui enfilait des vêtements qui n’étaient pas à elle, et qui devait traverser la cour sous les yeux moqueurs de ses camarades avec devant elle une ATSEM, le dégoût affiché sur son visage, qui tenait à bout de bras la culotte mouillée de la petite fille dans un sac en plastique.

4 ans comme ça.

Et puis le collège. Même joueuse joue encore.

Mêmes élèves, trois enseignants maltraitants, des surveillants et une direction qui ferme les yeux.

Moqueries en classe, vols de sac, pommes dans la tête à la cantine, boules de neige avec cailloux intégrés dans la tête dans la cour, ballons dans la tête et moqueries constantes à la gym.

Je vais pas vous là refaire. Un seul souvenir parmi tellement d’autres : ces deux filles que je pensais être mes amies qui, pensant m’avoir semée dans les couloirs, que j’entends dire : « ah on l’a semée, elle est vraiment trop conne Zélia»

Mon niveau scolaire était faible, le mépris de certains de mes professeurs n’était que plus encouragé par les remarques de mes camarades.

J aimerai vous dire que je me suis construite une carapace, ce n’est pas le cas.

Aujourd’hui, on m’a diagnostiqué un stress post traumatique, une anxiété sociale, des énormes problèmes de confiance en moi.

Le harcèlement ce n’est pas juste les années d’harcèlement, ce sont toutes les autres années une fois l’école terminée où l’on paye les conséquences sur soi même , sur sa relation à soi et aux autres. Ce sont ces années où l’on guette les moindres signes que tout cela puisse recommencer.

Le harcèlement est une réalité. Je n’ai ni conseils, ni mise en garder à donner.

Juste d’écouter, de ne pas sous estimer.


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