Tellement il y crut, il en chut
Le vent chamboule mes cheveux. Mes plans à la main, j’observe ses oiseaux révolutionnaires s’envolant à toute vitesse sur la symphonie du…
Tellement il y crut, il en chut
Le vent chamboule mes cheveux. Mes plans à la main, j’observe ses oiseaux révolutionnaires s’envolant à toute vitesse sur la symphonie du vent. Des ailes fébriles. Le bruits du moteur incessant flatte son pilote. Une alchimie se produit, le vent l’emporte vers le ciel. Il traverse les nuages, pique à plein nez et se relève. Tant de risque pour un art, celui de voler. Un jour mon grand-père avait eu l’idée de construire un de ses engins qui volent. Il ne pouvait louer un hangar, alors il avait décidé d’acheter une-par-une les pièces et de les assembler. De son jardin, il bricolait. Du lever du soleil jusqu’à son couché, il travaillait. Il vissait de son tourne visse, transportait de ses bras fébriles les plaques de métal. Il imaginait chaque jour, l’envol de sa machine. Ses yeux brillaient, il en frémissait, comme le moteur. Ses plans en main, il calculait tout. Physique, mathématique et passion rassemblée en un seul homme. Un jour il m’a dit « Quand j’étais petit j’admirais les étoiles, j’en rêvais, je voulais les toucher, puis, j’ai réalisé que ce ciel qui nous était offert était suffisant. J’aime la pluie qui tapote sur les ailes. J’aime ce vent frais. J’aime cette nature pure et fragile ». Sur sa chaise, épuisé il regardait son œuvre à jamais inachevée. Tellement de temps qu’il avait commencé, le moteur qu’il avait acheté était rouillé et bouché. L’herbe s’agitait, des flaques se créaient, la pluie sifflotait, le vent soufflait et les oiseaux se cachaient. Mais son oiseau, n’avait pas droit au repos, il devait l’améliorer pour qu’il puisse voler un jour. Il voulait parcourir le monde, qu’il disparaisse à tout jamais à bord de celui-ci ne lui faisait pas peur, c’est ce qu’il voulait. Il le connaissait par cœur, son bijoux, il savait tout de lui.
Une lanterne à la main gauche, un marteau de l’autre main, il se dirigeait vers son vaisseau. Non pour y réparer quelque chose, mais pour y passer un moment, à l’intérieur. Il aimait l’odeur du métal, de la rouille, du vieux cuir. Il s’installait là, il lisait le journal de la semaine « The dreamer forever ». Un journal papier que sa maman lui apportait quand il était plus jeune. Dedans, toutes les nouvelles inventions du mois et les nouveaux petits génies sortit de nulle part. Les pieds croisé sur le volant, une cigarette à la bouche, l’oiseau grinçait dans la nuit. Il avait posé sur son ventre son chapeau d’aventurier, celui qui le tenait à cœur, il l’avait pris partout. En Amérique, sur les montagnes en Himalaya, quand il était encore aux côtés de sa bien aimé. Elle le croyait fou et rigolait de lui. Un cancer l’emporta un beau matin d’été. Elle lui avait dit : « Pour moi, tu iras là-haut, promets moi ». Il avait juré il y a déjà 12 ans, mais ne l’avait toujours pas fait. Enfin, si, mais pas à bord de son vielle oiseau. Avec l’argent de sa bien-aimée, il avait acheté cette maison, loin de tout peuple, il voulait y faire décoller son avion. Une plaine qu’il fallait tondre tous les 20 jours. Á bord de son avion, la fumée se dégageait. Ça lui rappelait le mini-avion qu’il avait reçus de son père. Un sacré ! Télécommandable à distance. 1Km ! Qu’il pouvait voler en une seule fois. Son père lui, avait une même passion, mais pour aller plus haut. L’espace le passionnait. Á bord d’un train, il lui avait écrit un pavé, qu’il avait retenu par cœur. Qu’il dirait à haute voix le jour du décollage. Il gardait précieusement les médailles de son père dans le salon. Il n’y avait que ça et les journaux parlant de lui. Sur son siège, à bord de son œuvre, il regardait de tant en temps vers le cadre qu’il avait posé à ses côtés. Son père fier tenant son casque d’astronaute. Il avait le sourire. Une fois la lecture terminée, il plaça le journal contre la vitre, éteignit sa cigarette. Puis, avant d’éteindre sa lanterne, il embrassa la photo qu’il nettoya de ses larmes. Il ferma les yeux, le chapeaux maintenant baissé sur ceux-ci. Seul dans sa campagne, il s’imaginait planer, entre les feuilles des arbres, aux côtés de ses oiseaux migrateurs. Son cœur ne battait plus que pour ça. Il pensait à elle, sa femme avec qui il se promenait sur cette plaine. Une robe blanche, un petit couvre-chef enrobé d’un fin ruban rouge. « Ils ne pouvaient pas s’envoler, alors ils couraient sous le soleil d’été ». Ils imitaient les ailes avec leurs bras, tendu, ils se tenaient les bouts des doigts. AHHH, il s’en souvient, de chaque instant. Á rougir, à se chamailler. Leurs chapeau s’envolaient, ils couraient après. Á deux, ils couraient main dans la main. Essoufflé, ils rentraient admirer l’oiseau de métal. Ce métal, luisait au soleil. Il charmait les yeux, il illuminait les visages de ses deux amoureux.
« Deux ailes, un siège. Deux amoureux, une union ». Maintenant, sa femme vivait dans son cœur. Il le savait, elle ne partirait pas dans les cieux seule, elle l’attendait pour monter parmi les nuages. Il se sentait regardé, il en était heureux.
Maintenant, je me tiens devant ce tas de ferrailles, abandonné entre les broussailles. Je ressens un vent chaud près de moi. Par terre, une page de journal et une cigarette. Oui, il avait passé sa dernière nuit dans son joyaux. Le moteur qu’il avait essayé de redémarrer en pleine nuit afin de le réparer lui avait explosé au visage. Il était parti en un instant. Il n’avait pas dû souffrir au moins. Dans mes mains, un pinceau et des tubes de peintures. Je place délicatement le chevalet devant la scène. J’imprègne ce sentiment d’oubli sur la toile. J’entends un avion arriver à une vitesse impressionnante. Il rase presque le sol et danse avec les oiseaux dans le ciel. Mon grand-père avait laissé une feuille sur la table à manger. Les mots que son père lui avait écrit avant de partir à jamais :
« Mon fils, tu ne sais pas à quel point je suis impatient ! J’en rêvais depuis longtemps ! M’envoler vers le vide m’effraie un peu je l’avoue. Je ne sais pas ce qui m’attend sur cette autre terre. J’espère que je pourrai fumer un peu de mon cigare, haha ! En tout cas cette pilote Marie n’a pas intérêt à m’en empêcher. Sinon, tu fumeras pour moi. Toi qui aime tant voir la fumée s’en échapper. Même si je dois t’avouer que le lien entre un moteur qui s’embrase et une cigarette qui s’enflamme est pour moi difficile à comprendre. »
Le reste, il l’avait déchiré. Je ne sais pourquoi. Il l’avait pris avec lui surement car il y tenait. Je ramasse la cigarette à mes pieds. Je sors mon briquet. D’un coup de pouce, j’enclenche la flamme. « Je fume en votre honneur, Grand-père et arrière grand père ! ». Vous qui êtes à mes côtés, vous ne voyez peut-être que le ciel bleu ou étoilé, moi, je vois cette peinture qui se dresse devant moi. Comme vous, j’irai de l’avant, j’essayerai de décoller, vers un rêve peut-être trop ambitieux.
Dans le ciel, je voyais au loin deux nuages, en forme d’oiseau de métal, ressemblant à celui devant moi. Ils étaient comme attaché par le bout de leurs ailes. Ils s’en aillaient, comme si quelque chose venait les libérer. Les nuages commençaient à se disperser. Je pris donc mon pinceau et peint rapidement les deux formes dans le ciel bleu. La cigarette venait à sa fin, le tableau aussi. Je signai donc, inscrivit ce nom de famille. Ils étaient attaché à celui-ci. Voyant le nuage disparaître presque entièrement, je criai ce qu’il aurait dit, mon grand-père. Ce texte que je tenait en main, je le récitai avec une voix portante, pour qu’il puisse m’entendre de là-haut.
Je m’assis une dernière fois pour admirer le paysage. Les pieds sur le rebord du chevalet, le chapeau sur mon ventre. Puis j’allai esquisser un baisé sur les débris rouillés de l’œuvre qui s’était présentée à moi. Je fermai donc les yeux, tendis les bras, inspirai une dernière fois cette odeur bizarrement familière provenant de cette page de journal. Je m’en allai, laissant ses souvenirs à la nature. Mes cheveux s’emmêlaient, je marchais sur les gros cailloux par terre et tombai sans faire exprès, tête la première. J’avais essayé de m’envoler, je n’y étais pas arrivé. Un nuage se dessinait dans le ciel. En forme de pinceau cette fois-ci.
Mon corps gisait contre ses roches imposantes. Le sang avait peint la roche de son rouge éclatant. Un ruban divagant s’approchait de mon cadavre. Un ruban finement cousu, il était rouge. D’un rouge pourpre comme mon sang. Ce ruban, mon grand-père m’en en avait parlé de nombreuses fois. Il courait après celui-ci à côté de sa femme à travers la plaine. Une image de fin se hissait au côté du soleil couchant. Le soleil tapait de plein fouet sur mon visage. Une brulure insistante, comme si quelque chose cramait à côté de moi. On pouvait entendre les moteurs lointain des avions volant. Puis, d’un coup, la pluie vint, elle nettoya le pauvre corps faible. Tout ceci n’était qu’un rêve, je m’étais endormi, assis sur le siège de mon avion de métal en pleine nuit.
Fictif, rien ici n’est vrai, enfin à moins que…
« Ils étaient tellement passionné, qu’ils en étaient décédé»
« Ils voulaient s’en aller de cette terre, qu’ils en ont laissé leur corps sans âme ».
« Tellement il y crut, il en chut»
« Il en rêve, de ce vent qui se lève »
Simon Papier
메타데이터
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