« Génération Test » #37 : Et c’est reparti.
Trois mois après la fin de la saison 1, Parcoursup reprend, avec des nouveautés appréciables, qui vont déstresser la procédure.
« Génération Test » #37 : Et c’est reparti.
Trois mois après la fin de la phase complémentaire du cru 2018, Parcoursup démarre sa saison II. Alors que les lycéens se révoltent contre la réforme du bac, l’odyssée de l’admission dans l’enseignement supérieur recommence, avec toutefois des changements, réclamés et pris en compte dans la nouvelle mouture de la procédure. Seront-ils suffisants pour éviter la cacophonie et les craintes de la saison passée ?
Au programme cette année
Le principal changement cette année est le calendrier de la procédure, accéléré. D’ores-et-déjà, les lycéens et étudiants en réorientation peuvent consulter les formations disponibles sur Parcoursup (alors que cela n’avait été le cas qu’à la mi-janvier l’an dernier), pour voir notamment celles qui sont présentes, et celles qui ne le sont pas. En effet, cette année encore, des formations sélectives, comme Paris-Dauphine ou de Science-Po Paris, préfèrent passer par leurs concours et leurs systèmes de recrutement, hors Parcoursup. Mais cela devrait changer à la saison prochaine, une loi les contraignant à passer par Parcoursup à partir de 2020…

Calendrier officiel de Parcoursup, réalisé par le Ministère
Le calendrier des vœux est quant à lui inchangé, avec toujours sept semaines pour donner ses vœux, puis trois semaines de plus pour les valider — avec quatre jours de plus que l’an dernier, des journées qui ne sont pas de refus, puisque les conseils de classe doivent être passés pour pouvoir valider les dossiers… ce qui, la saison passée, ne nous avait donné que quelques jours au final pour tout confirmer, les profs principaux donnant leurs avis… quelques jours avant la date limite.
La grande évolution est elle sur la période de réponses, qui n’est désormais plus étalée sur trois mois et demi, mais plus que sur deux mois. Ainsi, au lieu de finir début septembre, la phase principale se clôturera… le 19 juillet, deux semaines après l’annonce des résultats du bac. Ce changement, annoncé dès la fin de la procédure complémentaire, est tout à fait normal, et est une des conséquences des observations de la procédure l’an dernier : après le bac, dernière vraie possibilité de gagner des places (via la désinscription des étudiants ayant été recalés), les éventuelles places libérées ne se font essentiellement que car des gens se sont détournés de Parcoursup… pas car ils ont trouvé mieux. L’an dernier, après le 19 juillet, seuls 3 % supplémentaires de candidats avaient trouvé une formation via la phase principale. Par les désinscriptions, majoritairement. Rien ne sert alors de faire attendre plus longtemps les lycéens, qui devraient donc plutôt voir la procédure complémentaire — surtout lorsque le problème des désinscriptions n’en sera plus un, quand toutes les formations seront disponibles sur Parcoursup.
Les désavantagés dans ce nouveau calendrier sont probablement les formations elles-même, qui vont disposer de moins de temps pour effectuer le tri des candidatures. La saison passée, elle disposait des candidatures le 4 avril, et avait jusqu’à la mi-mai pour trier les dossiers. Avec dix jours de rabot par rapport à l’an dernier, les formations auront-elles assez de temps d’analyser toutes les candidatures ? Probablement pas. La sélection se jouera alors encore plus selon des arguments chiffrables et chiffrés (notes, avis de 1 à 4 des professeurs principaux et proviseurs), plutôt que sur les lettres de motivation formulées par les élèves.
Les autres dispositifs du calendrier ne changent pas officiellement, et seront (on l’espère) plus visibles cette année qu’ils ne l’ont été l’an dernier : les fiches dialogues, pour faire réfléchir les élèves dès le début de l’année, et surtout les deux « semaines de l’orientation » censées apporter des réponses aux questions des élèves, et qui n’avaient souvent pas eu lieu, comme dans mon lycée l’an dernier, faute de temps et d’investissement.
Cette première année de Parcoursup permet également d’en tirer des enseignements, notamment sur le nombre de personnes finalement inscrites dans la formation. Alors que l’an dernier, la comparaison des statistiques était quelque peu limitée, notamment sur le nombre de vœux pour des formations, qui pouvait être mirobolant, APB permettant d’avoir jusqu’à 24 vœux, cette année, ces statistiques seront plus intéressantes à analyser, et permettront aux élèves et étudiants réorientés de voir les potentielles chances. Aux statistiques déjà présentes l’an dernier (nombre de vœux, de candidats acceptés…) s’ajoute un compte qui pourra faire possiblement peur, mais sera intéressant à analyser : le « rang du dernier appelé ». Comprendre par là, le rang dans le classement établi par la formation, de la dernière personne s’étant vue proposer une place dans la formation, qu’elle l’est acceptée ou non. Cette information est utile dans le sens où des formations ayant plusieurs milliers de demandes peuvent potentiellement chercher très bas dans le classement, car étant plus une formation de dernier recours, de secours, par défaut, pour les étudiants, au cas où. L’an dernier, un élève de ma classe avait été effrayé de se voir au-delà de la 2 000ème position dans le classement de la fac… mais avait été finalement accepté « sans souci » après les résultats du bac. A contrario, les étudiants pourront plus facilement renoncer à leurs vœux, s’ils voient qu’ils sont dans un rang inférieur à celui du dernier appelé en 2018. Le phénomène de liste d’attente risque donc d’être largement plus réduit, non pas par augmentation du nombre de places, mais pas désistements des étudiants en bas de liste, ceux qui n’avaient pas de chance probable d’être pris. Un autre bénéfice de l’affichage de ce résultat sera l’effacement d’une partie du stress de l’acceptation ou non des élèves. Si un lycéen est au-dessus du rang du dernier candidat appelé l’an dernier, il peut légitimement penser qu’il sera accepté tôt ou tard dans cette formation, après que les premiers de cordée auront validé leurs réponses, libérant leurs places. Cela le libérera potentiellement d’un stress lourd, qui avait été très ressenti chez ceux qui n’avaient pas eu de réponses à l’heure du bac. C’est, à mon sens, l’élément le plus important de cette deuxième mouture de Parcoursup.
Au rayon des nouveautés annoncées sur la plateforme, outre un nouveau dispositif d’« étudiant ambassadeur » (en fait, annoncé l’an dernier mais jamais appliqué), un « répondeur automatique » sera également mis à disposition après les résultats du bac. Cette annonce que la ministre avait faite dès fin septembre prendra la forme d’une possibilité d’élire des « formations podium », d’après les informations données par *Le Monde*, qui seront automatiquement acceptées par les étudiants, sans intervention de celui-ci. Seulement, cela pose plusieurs questions, et notamment la question de l’utilité : il ne restera que deux semaines de phase principale lors des résultats du bac, date à laquelle ce répondeur prendra effet. L’an dernier, le délai de réponses était de trois jours… ce qui ne laisse pas tant de « tours » de réponses que ça. Le délai va-t-il alors être raccourci à 24 h, pour justifier de l’utilisation de ce répondeur ? Cette histoire de répondeur automatique laisse également une impression de hiérarchisation des vœux, qui semble pourtant interdite pour le gouvernement. Même si elle n’arrive que tard, le principe même de ce répondeur est de privilégier certains vœux par rapport à d’autres, qui pourraient attendre. Pourquoi ne pas accepter toute nouvelle proposition automatiquement, en conservant les autres, jusqu’à intervention humaine ? Certes, il y aura des formations qui seront moins alléchantes que d’autres, mais à quelques jours de la fin de la phase principale, en avoir une serait déjà bien. Ce répondeur serait, dans la forme annoncée, le plus utile pour les personnes ayant une réponse mais attendant mieux, et qui pourraient donc automatiser la quête de la formation la plus souhaitée. Hiérarchisation, quand tu nous tiens…
De l’évolution et de l’argent
Voilà pour les changements annoncés au programme de l’algorithme et du logiciel, cette année. Cette année encore, pas de divulgation prévue des algorithmes locaux, des critères de sélection des établissements, en dehors des paragraphes vagues et généraux indiqués par les commissions des vœux sur la plateforme.
Cependant, il ne faut pas résumer l’année à suivre aux seules évolutions techniques de Parcoursup. Ce dernier s’est inscrit dans la loi Orientation & Réussite des Étudiants (la fameuse loi ORE), annoncée dans le cadre du *Plan Étudiants*, qui promettait notamment près d’un milliard d’euro d’investissement dans les établissements d’enseignement supérieur, pour augmenter les places et accueillir les étudiants de manière digne. Ce plan ayant été annoncé quelque peu de manière expresse, en dernière minute, et Parcoursup ayant commencé avant même d’être voté, les moyens humains et financiers n’avaient pas pu être mis en place dès cette année pour accompagner les étudiants dans les universités. C’est ainsi que, même si annoncés en fanfare par le gouvernement, les « Oui-si » n’ont pas pu être mis en place dans toutes les universités, loin de là. Certaines, comme à Toulouse, ont recyclé ce qui se faisait déjà les années précédentes, de manière moins systématique. D’autres, à Rennes par exemple, ont pu débloquer de l’argent pour mettre en place ces dispositifs, notamment les années propédeutiques [des L1 en deux ans notamment, NDLR]. Mais ailleurs, dans la plupart des facs, c’était la galère, voire le trou noir. Dans une fac toulousaine, on a demandé à des enseignants du secondaire de faire des ateliers de rattrapage à la fac. À Poitiers, on refuse de proposer ces dispositifs d’aménagement sans moyens. Et en Aquitaine, on m’avait annoncé dès janvier qu’il n’y aurait aucun « Oui-si », à Bordeaux comme à Pau, en dépit des élucubrations des inspecteurs.
Néanmoins, les universités vont pouvoir cette année avoir le temps et les moyens humains, et je l’espère, financiers, d’organiser ces dispositifs d’accompagnement. C’est en tout cas ce qui nous a été annoncé (même si cela ne nous concerne pas) à l’Université de Bordeaux, en pensant notamment à la future réforme de la licence, censée être appliquée l’an prochain, et permettant d’obtenir son diplôme en deux ans, ou d’étaler la licence en quatre ans. D’ici là, les facs auront eu le temps de proposer des parcours, des unités d’enseignement qui leur permettront d’avoir les moyens financiers pour les réaliser. Probablement.
De l’autre côté, on peut également espérer que l’année 2 de Parcoursup permettra aux lycées de plus s’engager dans l’orientation de leurs élèves. Il y a des lycées qui organisaient déjà avant la loi ORE des forums, des espaces de discussion, d’échange, sur l’orientation, avec du personnel motivé pour leurs élèves. Mais pas tous, et mon expérience personnelle m’a refroidi sur ce sujet : pas de « semaine de l’orientation » pourtant annoncée comme un succès par la ministre, deux heures sur toute l’année pour parler orientation (les heures d’accompagnement personnalisé étant utilisées pour finir le programme de la matière du professeur principal…), un second professeur principal désigné… une fois les vœux faits, la seule fiche du Ministère comme moyen d’échange entre les élèves et le conseil de classe, et pour seul vrai moment d’accompagnement des élèves, la visite du salon de l’orientation d’Agen. Cette année, les établissements vont peut-être avoir pris un peu de recul, pour pouvoir élaborer de meilleures actions pour leurs élèves : là, j’entends parler de forums composés de diverses branches de métiers de la ville, et plein d’autres initiatives qui pourraient peut-être donner plus de vocations aux élèves.
Dans ces mesures, annoncées dans le Plan Étudiants, mais qui n’ont été mis en place que tardivement, mais ici au niveau national, se trouve l’aide à la mobilité, mesure du Plan présenté en octobre 2017, mais qui n’est réapparue… qu’à la mi-juillet 2018, pour tenter de réduire le nombre de lycéens en attente. Cette aide ponctuelle, de 200 à 1 000 euros, a été finalement attribuée aux étudiants sans réponse sur Parcoursup, qui acceptaient une proposition éloignée par la CAES… ce qui réduit largement le nombre d’étudiants concernés, et était surtout loin de la promesse initiale, pour les « étudiants qui changent d’académie ». La ministre a annoncé il y a quelques jours que cette bourse serait généralisée, avec des conditions qui restent à définir, et un budget bien supérieur : 30 millions d’euros pour aider les jeunes à déménager. Peut-être verra-t-on des bourses pour les jeunes qui ont choisi de partir ?
Quoiqu’il en soit, cette année sera la première où les dispositifs annoncés par le gouvernement dans le Plan Étudiants entreront pleinement en action, comme cette aide à la mobilité, ou le second professeur principal, qui sera donc là dès la rentrée pour épauler le professeur principal principal dans les questions d’orientation… Le tout, en attendant les fameuses 54 heures annuelles d’orientation prévues dans la réforme du bac, dès l’année prochaine pour les élèves de première (et dès cette année pour les élèves de seconde… théoriquement).
Au fond, cette première cuvée, génération crash-test de Parcoursup, est celle qui aura essuyé le plus de plâtre, sans repères, sans accompagnement par manque de moyens, et donc avec une impression de sélection plus dure.
Les inconnues
Toutefois, tout n’a pas été annoncé dans les conférences de rentrée, ou sur la nouvelle mouture du site Parcoursup (beaucoup plus belle, d’ailleurs). Plusieurs informations n’ont pas été données, ou sont encore vagues, en attente de délibérations, et des rapports sur la procédure Parcoursup 2018… On peut notamment citer les délais de réponses des candidats. C’était l’un des éléments qui a enrayé la machine : une semaine pour répondre à une proposition, est-ce trop ? Le délai risque effectivement d’être diminué, dans le cadre de la réduction de la durée de la phase principale. De nombreuses personnes avaient appelé l’an dernier à la réduction de ce temps maximal de réponses… mais est-ce raisonnable ? On invite d’un côté les gens à ne pas hiérarchiser leurs vœux, mais de l’autre, il faudrait les presser à choisir entre plusieurs formations obtenues dès les premiers jours…
Un autre point en suspens, et sur lequel il y a eu un bel imbroglio, est la question de l’anonymisation des dossiers. C’est une piste sur laquelle travaillait la ministre, dès septembre, face aux inquiétudes sur d’éventuelles discriminations en fonction du département et/ou du lycée d’origine, sur lesquelles le Défenseur des droits s’est instruit. D’abord confirmée il y a quelques semaines, l’anonymisation ne serait au final qu’une hypothèse, un sujet à mettre sur la table, dans un entretien avant-hier au *Parisien… Néanmoins, certains indices laissent à penser que cela pourrait être le cas dès cette année, comme la présumée fin de la possibilité de déposer des pièces justificatives sur Parcoursup… Que penser de cela ? L’anonymisation peut être une bonne chose, car elle évite effectivement une potentielle distinction selon la localisation. On peut penser à des établissements qui augmenteraient les points (possible via l’outil d’aide à la décision intégré à Parcoursup), donc les rangs, d’élèves venant de lycées parisiens, ou blacklisteraient* des lycées qui auraient falsifié ou triché les avis des professeurs principaux et proviseurs, en mettant 4/4 à tous les élèves, par exemple… La distinction entre locaux et non-locaux étant déjà gérée par Parcoursup dans la plupart des cas, pour respecter le quota d’étudiants non-résidents imposé par le recteur, les établissements n’auraient pas à connaître cette information… aussi peu utilisée, soit-elle.
Enfin, des questions plus techniques restent à trancher — ou du moins, il serait intéressant de voir si ces considérations ont évolué — , comme la question du traitement des internes par Parcoursup, qui actuellement passe par un algorithme mélangeant priorité aux meilleurs, puis priorité à ceux qui sont dans le besoin de chambres, avec une ouverture des places progressive… Une solution complexe, insatisfaisante, mais sans solution miracle. Également, les quotas de bacheliers technologiques et professionnels seront-ils cette année publics, alors que l’an dernier, de nombreux bacheliers généraux, scientifiques notamment, avaient essuyé une fin de non-recevoir à cause de ces quotas qui n’avaient été annoncés publiquement qu’à la fin de la procédure ?
Globalement, cette nouvelle saison de Parcoursup semble plus intéressante, moins stressante, pour les lycéens et étudiants en réorientation. C’est un bon point, dans la mesure où, comme cette série l’a bien montré, la procédure était réellement anxiogène pour la majorité des futurs étudiants. Certes, le point d’orgue de ce stress, le jour de la révélation des premiers résultats, restera anxiogène à souhait, en raison de tous ces « Non » qui s’affichent… mais l’affichage du rang du dernier appelé, confronté au rang actuel de la personne, permettra d’en faire souffler plus d’un.
Il faut espérer maintenant que tous ces changements dans la procédure d’admission post-bac, ne soient pas de trop, et ne bloquent pas le système… en attendant la prochaine grande évolution de Parcoursup, avec la réforme du baccalauréat en 2021. Une histoire qui se répétera ?

La nouvelle mouture de la plateforme Parcoursup, ouverte quelques jours avant Noël.
메타데이터
- post_id
- 44e2f70bc0ac
- slug
- génération-test-37-44e2f70bc0ac
- url
- https://medium.com/@AdrienChd/g%C3%A9n%C3%A9ration-test-37-44e2f70bc0ac
- canonical_url
- https://medium.com/@AdrienChd/g%C3%A9n%C3%A9ration-test-37-44e2f70bc0ac
- author_url
- https://medium.com/@AdrienChd
- status
- ok
- fetched_at
- 2026-07-29 21:02:00