Nos séparations
Mercredi 2 octobre 2016
Nos séparations

Mercredi 2 octobre 2016
Mon portable sonne. Michel m’appelle.
Cela fait 5 mois que nous ne nous sommes pas parlés.
Pourtant, aujourd’hui j’ai davantage de peine pour un autre que lui.
Je n’ai pas décroché comme tétanisée face au retour inattendu d’un fantôme du passé. En ton absence, j’ai brillamment réussi ma 5ème année de médecine. Elle aura été dure, c’est le moins que l’on puisse dire. J’ai passé de longues soirées à la bibliothèque, seule, de longs week-ends cloitrée entre les 4 murs de ma chambre dans mon peignoir blanc, en pyjama, mes fameuses lunettes rondes vissées sur le nez. C’est vrai qu’en regardant vaguement le boulevard Saint Germain à travers les vitres de la bibliothèque il m’arrivait de penser à toi, à ce que tu devais faire, à celle que tu devais aimer, à ta mère et son dernier cycle de chimio, à ton frère et son master d’aéronautique. Ma fierté a peut être parfois espéré que tu penses à moi en retour, puis l’espoir a fini par la quitter elle aussi.
A côté de mes études, de la fac et de mon stage en chirurgie, j’étais aux premières loges des derniers jours de ma grand-mère dans son combat contre son cancer, si difficiles et éprouvants. J’ai découvert une femme à la détermination hors norme, à la fierté sans limite, j’ai enfin vu la fameuse lionne qu’elle disait que nous étions toutes les deux. Son abnégation et son refus de tout antidouleur pour préserver ce qui lui restait de lucidité m’ont fascinée. Et puis, même dans ces moments, je me suis demandé si tout allait bien pour toi.
Ma légendaire fierté m’aura préservée de t’exposer ma profonde blessure suite à notre première séparation. Aujourd’hui je peux l’écrire. Je crus vivre la chose la plus horrible qui soit, anéantie à l’idée de voir ma vie soudainement envahie par le néant et la sourde culpabilité d’avoir échoué. Echoué à convaincre de la valeur de ma personne, échoué à donner vie aux rêves que nous avions ensemble, puis échoué à en faire le deuil. J’étais intimement persuadée que les jours qui me restaient à vivre n’égaleraient jamais ceux passés à tes côtés.
Puis, le temps faisant son oeuvre, j’ai rencontré un garçon formidable. Doux, attentionné, droit. Toujours à l’écoute. Toujours un sms au réveil et au coucher. Toujours une étreinte avant de monter les escaliers de la faculté. C’est vrai qu’il ne partageait pas notre culture mais Dieu sait qu’il me méritait davantage. J’ai perdu tellement de temps avec toi, quand j’en ai pris si peu pour lui.
Je regrette.
On m’a dit que tu avais fini par quitter ta petite amie (ou peut être était-elle partie avant ?). Cette fille, avec qui tu es resté 2 ans, et que pourtant tu ne portais pas dans ton cœur depuis le premier jour. On m’a dit que ton permis t’avait été retiré, que ton dernier job n’avait pas été reconduit, que tu restais chez toi ivre mort en attendant de retravailler un jour.
Je n’ai pas été capable de dire à Guillaume qu’il avait été formidable.
Je ne veux pas être capable de te dire bon courage.
Sachez tous les deux que je le pense très fort.
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