Sargon 2812
Le réveil fût brutal. Les autres étaient là, vociférant de l’autre coté de l’eau solide. Ils frappaient, mais Kara n’entendait rien. La…
Sargon 2812
Le réveil fût brutal. Les autres étaient là, vociférant de l’autre coté de l’eau solide. Ils frappaient, mais Kara n’entendait rien. La chose qui les empêchaient d’entrer empêchait aussi le son de passer. Ils étaient plus ou moins autant que les doigts de ses deux mains. Sheema lui avait appris à nommer cette quantité. Une douzaine. Oui, mais il y en avait d’autre.
Kara avait peur.
Est-ce qu’ils arriveraient à passer à travers le mur ? Peut-être, s’ils tapaient assez fort. C’étaient, comme elle, des enfants perdu. Sauf qu’ils n’avaient pas le même clan d’origine, et malheureusement, Sheema l’avait compris il y avait peut de temps, et apparemment, trop tard. Il y avait eu un problème hier. Il y avait eu un gros sifflement qu’elle avait entendue malgré le mur, et ensuite, des flashs et des tremblements, et plusieurs bruit de tonnerre, toute la nuit. Elle s’était endormie, épuisée, et voilà ce qui l’attendait au réveil. Ils étaient sales. Ils étaient hirsutes, et leurs yeux étaient injectés de sang. Et manifestement, s’ils n’y avait pas le mur, ils la tueraient. C’était dans leurs habitudes, dans ce que Sheema appelait « culture ». Ils étaient cannibales. Et elle ne faisait pas parti de leur tribu. Donc… Soudain, quelque-chose changea dans la scène de l’autre coté de la surface invisible.
Sheema !
Kara se jeta contre la paroi, et se fit mal à la mâchoire et au nez. Un peu de sang tacha le mur. Elle regarda de nouveau à travers le mur. Sheema avait la moitié du visage ensanglantée. Les autres la virent aussi, et tentèrent de lui sauter dessus. Sheema tendit un doigt, et un éclair bleuté en jaillit. L’un des garçons s’effondra, et de la bave sortit de sa bouche. Puis Sheema se précipita vers la vitre, et passa à travers. Kara était habituée à la voir faire, mais cette fois encore, elle sursauta. Un des garçons avait attrapé sa cheville. Mais le mur se referma autour de son bras, et le dévora. Il restait une main, enroulée autour de la cheville de Sheema, et de l’autre coté de la vitre, l’autre regardait sans comprendre le moignon qui remplaçait son avant-bras, avant de tourner de l’œil, et s’évanouir. Les autres n’y prêtèrent pas attention, et redoublèrent d’effort pour traverser le mur. Sheema empoigna Kara par les épaules. Elle tenait deux objets, une sorte de ceinture, et une petite bracelet noir, ou brillait une pierre bleue. « Kara, tu dois t’en aller ! Vite ! Met ça. » Kara s’exécuta. Elle attacha la ceinture autour de sa taille, et le bracelet autour de son poignet gauche. D’un geste de Sheema, le mur extérieur, celui qui séparait la cellule de l’enceinte électrifiée, se dissipa. Puis elle appuya sur la ceinture, et d’un coup, Kara s’éleva dans les airs. Tellement surprise par ce phénomène, elle ne cria même pas. Soudain, tout commença à vaciller autour d’elle. Elle s’éleva de quatre mètres, tout en s’éloignant de vingt, en quelques secondes, ce qui la plaça entre le mur d’enceinte et la cellule, dans un espace dégagé ou poussait une herbe jaunâtre.
Dans la cellule, les murs s’effondrèrent comme s’ils n’étaient fait que de poussière, laissant en place un squelette blanc et luisant, d’où sourdait une pulsation lumineuse rougeoyante. La petite horde se précipita sur Sheema, qui hurla de douleur lorsque les dents gâtées de ses petits pensionnaires lui entaillèrent les chairs. Heureusement, l’un d’eux lui ouvrît rapidement la gorge, et elle perdit connaissance. Un seul des garçons ne participa pas à la curée. Ses yeux fixés sur la tignasse rousse de Kara, il sauta par-dessus ses camarades anthropophages, et commença à courir. Il ne comprenait pas pourquoi elle s’élevait ainsi dans les airs, et prenait cela pour de la sorcellerie. Après tout, Kara était rousse, et c’était logique de le supposer, mais en fait il s’en fichait. Il était le plus âgé, et devait avoir près de dix-sept ans.
Il était grand, fort, et en rut. Ce qui l’attirait chez la jeune fille, c’était la poitrine naissante sous les haillons crasseux, et la promesse d’un descendance vigoureuse pour la horde. Il commença à courir, sa poitrine se soulevant à peine sous l’effort. Il réduit l’écart en une poignée de secondes, et après un bon prodigieux depuis une légère surélévation du terrain, il attrapa le mollet de Kara, et poussé par l’instinct, mordit dedans à pleines dents. La jeune femme hurla, et le frappa à la tête avec son autre pied, tout en s’élevant d’encore six-mètres, et en prenant de la vitesse, s’éloignant de soixante mètres du laboratoire, passant au dessus de la clôture. L’autre ne lâcha pas, et le harnais de suspension faiblit, redescendant d’un coup de trois mètres. Donnant un coup de bassin violent pour augmenter la puissance de son geste, elle frappa une nouvelle fois le garçon, qui fût légèrement étourdit, et cessa de la mordre, laissant ouvertes deux plaies en croissant de lune sanguinolentes. L’autre allait se rétablir lorsqu’ils heurtèrent un des conifères qui marquait l’entrée du canyon qui bordait le laboratoire, et qui marquait aussi la limite des terres de la Horde. Il s’écrasa cinq mètre plus bas, lourdement, se fêlant sans doute une côte au passage. Immédiatement, le harnais fît un bond de dix mètres dans l’air, et cette fois, Kara cria. Elle était dans une position fort inconfortable, le dos arqué, le haut du corps et les jambes ballant dans le vide. Elle vît alors que deux sangles semblaient pendre de chaque côté de la ceinture, et elle y engouffra les bras. Brutalement, elle se retrouva d’aplomb, les jambes pendantes, quinze mètres au dessus du sol, son altitude maintenant stationnaire. Elle pris encore de la vitesse, allant désormais à la vitesse d’un cheval au galop. Elle jeta un regard autour d’elle, en reprenant une respiration normale, les évènements de ces dernière cinq minutes ayant provoqués chez elle une brusque montée d’adrénaline. Elle allait parvenir à se calmer, à force de contempler l’étendue pelée et désertique du canyon, ou s’accrochaient quelques pins rachitiques, lorsqu’elle aperçu le garçon qui l’avait mordu. Il courrait derrière elle, loin encore, mais il la rattrapait. Elle paniqua quelques secondes, avant de se rappeler qu’elle volait, et qu’il ne pouvait pas l’atteindre. Les parois du canyon défilaient de plus en plus vite. Sa vitesse se stabilisa aux alentours de trente kilomètres à l’heure.
Le garçon suivait toujours.
Kara cessa de se préoccuper du jeune homme lorsque le sommeil la rattrapa, les émotions du matin l’ayant vidé de toute énergie. Le jour s’écoula, et lorsqu’elle ouvrit les yeux, le canyon n’était plus qu’un souvenir, comme le jour.
Mais le garçon était encore là, courant et suant, mais ne s’étant manifestement pas arrêté. La terre autour d’eux était stérile et morte. Rien ne poussait, il n’y avait qu’une étendue chaotique et rocheuse, s’étendant à l’infini vers l’horizon, de tous les cotés. La vitesse constante de l’engin énervait le jeune homme. Il avait vu la fille rousse dormir, et il pensait maintenant que ce n’était pas un sort qu’elle avait lancé, mais l’un dont la femme morte dans les huttes de pierre, avait été capable. Elle avait juste maudit la fille, pour que lui, Sven, de la horde, ne puisse pas l’avoir. Mais il l’aurait, il en avait désormais fait le serment, et il la chevaucherait jour et nuit jusqu’à avoir un fils. C’était une question d’honneur. Et plus la jeune fille s’éloignait, et plus elle paraissait désirable à ses yeux.
La nuit empêchait Kara de voir les yeux du garçon, et c’était mieux ainsi, car ce qu’elle y aurait vu l’aurait empli de terreur, et la nuit n’aurait sans doute pas masqué sa détresse , ce qui en soit aurait été pire. Elle décida de cesser d’y prêter attention, et regarda le ciel au dessus d’elle, filant toujours dans l’air à la vitesse d’un cheval, admirant ainsi le seul objet qui ne s’éloigna ou ne s’approcha pas d’elle. La voûte céleste, qui grâce aux enseignements de Sheema, lui était désormais si familière. Elle se souvînt des leçons d’astronomies. Elle repéra la grande ourse, et la petite, le grand fauve, la princesse en chaire, le chasseur, son chien, l’oie blanche, le serpent, et d’autres encore. Elle se souvenais aussi de ses cours sur les étoiles, des démonstrations de Sheema. D’abord, elle avait fait passer l’éclair dans l’eau, et récolté quelque chose, qui avait rempli une bouteille. Elle lui avait dit que c’était de l’hydrogène, ce dont les étoiles étaient faites. Kara avait judicieusement souligné que les étoiles étaient en feu, et Sheema avait rit, caressé ses cheveux, et lui avait dit de patienter. Elle avait alors remplis d’autres bouteille avec des substances invisibles, puis elle les avaient mises dans une boîte invisible elle aussi. Puis, elle avait appuyé sur quelques lumières qui étaient apparues dans l’air devant elle, et un miracle s’était produit. Un petit disque sombre était apparu, un peu comme un nuage, ou de la terre dans de l’eau. Puis, le disque avait tourné, de plus en plus vite. Alors Sheema avait donné à Kara une paire de ce qu’elle appelait des lunettes, et lui avait dit de les mettre. Au début elle voyait normalement, la petite boule sombre apparue au centre du disque grossissant de plus en plus, mangeant le disque petit à petit. Puis des éclairs étaient apparus dans la boule, et là, ses lunettes devinrent noires, et elle vît, oh merveille ! Une étoile, juste devant elle. Ensuite, les lunettes redevinrent normales, la boîte elle étant devenue plus sombre. Elle voyait le feu qui habitait l’étoile sortir en mince filaments de lumière. Elle demanda alors à Sheema si les étoiles tenaient toutes dans sa boîte, et Sheema avait rît, et …
Et son ventre gargouilla. Elle avait mal au ventre, la faim dévorant son estomac de l’intérieur. La soif aussi la tenaillait, sa peau tannée par le soleil la tiraillant. Elle devait avoir été légèrement brûlée par les rayons de l’astre du jour. Elle regarda une fois de plus sa ceinture, et remarqua des petites poches sur le devant, de chaque coté du disque qui la fermait. Elle en ouvrit une, et découvrît son bonheur : une dizaines de barres alimentaires, identiques à celle que lui donnait Sheema au centre. Dans l’autre poche, il y avait une petite poche transparente, comme une méduse, avec un seul long tentacule. Dedans, il y avait de l’eau. Elle mis un certain temps avant de comprendre comment s’en servir, trop occupé d’abord à avaler deux barres de nourriture. Elle appuya dessus, et de l’eau gicla du tube. Elle plaça alors celui-ci dans sa bouche, et se désaltéra. Une fois fait, elle essaya de se rappeler Sheema. Déjà, son visage s’effaçait. Est-ce qu’on avait vraiment les images des personnes dans notre tête ? Est-ce qu’ils disparaissaient pour toujours quand ils mourraient ? Kara se rendit compte qu’elle avait aimé Sheema, comme on aimait autrefois sa mère, quand le monde était moins dur. L’eau qu’elle avait bu s’écoula alors hors d’elle, s’écoulant de ses yeux sous la forme de larme. Elle les lécha. S’était salé. Mais c’était étrangement réconfortant. Elle éclata alors en sanglant. Derrière elle, courant toujours, le jeune homme écoutait sans comprendre. Pourquoi est-ce qu’une femme faite faisait les mêmes bruits qu’un enfant avec sa bouche ? Il n’en savait rien, mais cela remuait quelque chose en lui. Ses jambes douloureuses, percluses de crampes et tendues, lui semblèrent soudain moins lourdes, et il reprit un peu de rythme, qu’il avait imperceptiblement commencé à perdre depuis quelques heures. Il désirait encore plus la jeune femme, mais cette fois, en plus de la saillir, il voulait lui parler, et lui demander pourquoi elle faisait des bruits d’enfants. Ensuite, il la saillirait encore plus.
Le jour se leva, l’aurore aux doigts roses embrasant les terres ocres du désert de Sargon. Les terres de ce coté-ci du monde avaient été brûlés par le soleil pendant sept siècles, désertées par les hommes, y compris les farouches guerriers de la horde, qui pensaient ces terres maudites, mais qui plus prosaïquement reproduisaient le comportement de leurs ancêtres, qui avaient évités les lieus sans eau. L’air s’échauffa rapidement, et la touffeur de la canicule les enveloppa de son souffle brûlant. L’énergie thermique se réverbérant sur le sol provoquait des ondes de chaleurs, qui rendaient les choses floues et incertaines. Le monde ressemblait à une vaste carcasse roussie, que me soleil s’obstinait à cuire et recuire. Sven était en sueur. Il n’avait ni bu ni mangé depuis un jour, et dans ces conditions, il mourrait s’il ne s’hydratait pas rapidement. Son pagne était humide, il s’était souillé la veille en ne s’arrêtant pas même pour satisfaire à la nature, mais ce n’était déjà plus cela qui maintenait le linge mouillé, c’était l’abondant liquide salé qui s’écoulait de tous les pores de sa peau, et qui goutte après goutte, scandaient l’inéluctable conclusion qu’allait connaître son existence dans ce désert. Kara était aveuglée par le soleil, et elle chercha dans les petites sacoches de la ceinture. Il y en avait bien plus que deux au final, autant qu’elle avait de doigts au mains pour ce qu’elle en savait. Elle trouva une des petites choses que Sheema mettait dans ses oreilles, et elle fit comme elle l’avait vu faire des centaines de fois. Mais il ne se passa rien. Alors elle remis la petite boule brune dans son rangement, et chercha d’autres choses. Il y avait une autre poche à eau, et une autre pour la nourriture. Puis, dans un des petits sacs, elle trouva ce qu’elle cherchait. Il y avait des « lunettes ». Elle les mis sur son nez, et aussitôt, les choses autour d’elles apparurent plus sombre. C’était mieux. Mais elle avait toujours chaud. Elle cherchait dans une autre sacoche, lorsqu’elle aperçu le garçon. Il avait eu l’air redoutable hier, et menaçant cette nuit, mais les ténèbres avaient laissé place à la chaleur écrasante de milles enfers, et ce qu’elle vît lui fit pitié. Il était au bout du rouleau, c’était visible. Des ombres néfastes s’étalaient sous ses yeux, ses cheveux graisseux pendaient de chaque coté de son visage, une barbe naissante perçait une peau brunie par le soleil, et commençant à craqueler comme du cuir. Ses lèvres saignaient, et il aspirait de temps à autre ce qui en sortait, s’aiguillonnant par la douleur, comme avec autant de piqûres d’adrénaline. Mais celles-ci étaient de moins en moins efficaces, et il allait bientôt s’arrêter, incapable d’avancer. Alors Kara fît un geste qu’elle regretta aussitôt. Elle retourna la pochette d’eau ou elle avait bu, et le paquet oblong chût. Kara se dit que même si le paquet touchait le sol, il éclaterait. Mais il tomba et rebondit, projetant de longs jets clairs dans l’air surchauffé, assombrissant de petits arcs de terres jaune pour un instant, avant de s’immobiliser dans la poussière. Elle pensait que l’autre ne saurait pas ce qu’était cette chose, et n’oserais pas s’approcher, mais elle le vît se jeter sur le sac, et essayer de déchirer le plastique avec ses dents. Elle se détourna, et recommença à chercher quelque chose contre cette chaleur, frissonnante, ne sachant reconnaître si du dégoût suscitait cette réaction, ou d’autres sentiments plus inattendus dans sa situation.
Sven n’avait pas réfléchit un seul instant. Il avait vu les arcs de liquide s’écouler de cette chose qui ressemblait à un poumon mort, et n’avait même pas chercher à savoir ce que c’était, trop heureux de pouvoir se désaltérer, quand bien même il eu s’agit de sang menstruel. Quand il mordit dans la chose molle et fraîche, sa peau ne se déchira pas, mais de l’eau coula d’une sorte de queue. Il se rua alors dessus, mais seules quelques gouttes en pendaient encore. Cependant, il compris lui aussi rapidement le mécanisme, et appuya sur la poche d’eau, faisant remonter le fluide mécaniquement le long du tube, et le liquide porteur de vie empli sa bouche, d’une fraîcheur presque insupportable. L’eau était si froide qu’elle lui fît mal, mais il bu jusqu’à en avoir mal a ventre. Puis, de violentes crampes le saisirent, et il fît un effort considérable pour empêcher son estomac de restituer ce qu’il n’aurait jamais dû obtenir. Il ramassa la poche, et passa le tuyau autour de son cou, et fît un nœud, portant son outre comme un collier. Puis, sentant ses forces se répandre de nouveaux à travers ses muscles, il repris sa course. Elle était loin maintenant, un minuscule point à l’horizon, mais maintenant, avec ce qu’il avait bu, il allait pouvoir la rattrapé. Son cerveau embué contenait cependant une question, qui résonnait entre les parois de son crâne : pourquoi avait elle fait ça ? Et la réponse, limpide, lui fit redoubler l’allure. Elle était le jouet de la sorcière ! Et elle l’attendait, lui, Sven ! Sa course aurait laissé sur place une gazelle. Mais il y avait du terrain perdu à regagner, et il faudrait encore des heures. Cependant, pour Sven, cela n’avait plus d’importance.
Dans le lointain, Kara remarqua quelque-chose. Des flèches brillantes, jaillissant à l’orée du désert, perdues dans les volutes de chaleurs du sol agonisant sous la puissance du soleil. N’ayant rien trouvé pour s’abriter du soleil, ou se protéger de sa morsure, Kara pensait être affecté par le mal du soleil, ou ce que Sheema aurait appelé une insolation. Mais elle buvait à intervalles réguliers depuis des heures, et avait même mouillé sa tête deux fois. Il était possible que ce soit un mirage, mais il fallait attendre pour le savoir. Elle continua donc de traverser les airs en direction du diamant brillant à l’horizon, qui ne semblait toujours pas se rapprocher. Si c’était un endroit réel, il devait être très loin, et donc elle ne l’atteindrait peut-être pas aujourd’hui. Il fallait qu’elle s’occupe en attendant, son esprit tournant en rond dans sa tête, la rendant folle. Elle regarda de nouveau dans les sacoches, et repris la petite chose ronde que Sheema avait coutume de mettre dans ses oreilles. Elle l’examina attentivement cette fois, et distingua deux parties à l’objet, une lisse et brillante, et l’autre terne et molle. Elle essaya de mettre l’une puis l’autre partie dans son oreille, et là, quelque-chose se produisit. La partie brillante lui parlait. Et pire que tout, lui parlait avec la voix de Sheema. Elle allait crier et retirer violement l’objet de son oreille, mais au fur et à mesure que Sheema parlait, elle se calma, et écouta, fascinée.
« Kara, tu as enfin réussi à faire fonctionner ton oreillette. Tu m’as reconnue, c’est moi, Sheema. Malheureusement, si tu écoute ceci, c’est que je suis morte. Ne t’en fais pas, je ne suis pas un fantôme, n’ai crainte. Ceci est un enregistrement. L’un des objets que tu me vois manipuler souvent, et dans lequel je parle, capte les vibrations que ma voix provoque dans l’air, comme je te l’ai montré avec l’expérience du caillou dans la mare. Ensuite, il les enregistres sous forme de signaux électriques, puis les retransmets à un appareil qui fait vibrer une lamelle métallique selon la même fréquence que ma voix. Donc, je me suis enregistrée, et tu peu m’entendre. Mais je ne suis plus là. J’espère que tu n’est pas triste, parce que ça ne l’est pas, c’est la vie. Je veut que tu te souvienne de ce que je t’es apprise, et de ce que je t’ai donné en tant qu’être humain, amie, et je l’espère, mère d’adoption. » Il y avait une petite pause dans l’enregistrement à cet endroit, un peu comme si cela c’était arrêté à un moment, et avait repris à un tout autre instant. Ce que confirma Sheema par ses paroles suivantes, légèrement voilées par l’émotion. « Excuse moi, j’ai été un peu trop émotive. J’ai été très heureuses d’être ta préceptrice Kara, mais le temps m’est compté. Vois-tu, je suis une scientifique. La première depuis cinq-cents ans, et la dernière, si mon enseignement ne t’as pas insufflé la curiosité des choses naturelles, et l’esprit d’analyse nécessaire à cette tâche. Vois-tu, je t’ai beaucoup parlé de l’endroit dont je venais, Sargon. » Elle cracha presque le mot, même si s’y mêlaient quelques accents de nostalgie vague. « C’est une ville. Tu n’as pas encore compris ce que c’était, puisque tu vivais dans une structure villageoise semi nomade, mais j’ai déjà fait l’analogie avec ton campement, en te disant qu’il y avait des centaines de huttes à Sargon, et qu’elles étaient aussi hautes que les montagnes, et qu’elles abritaient des milliers de gens. Je t’ai mentie. Non pas que Sargon ne soit pas un genre de campement, non, mais j’ai abaissé volontairement les chiffres, parce que je ne te pensait pas capable de comprendre. Les spires principales de Sargon, les huttes les plus hautes, font seize-mille mètres de haut, ce qui fait qu’elles sont deux fois plus grandes que les plus hautes montagnes du monde. Les plus petites spires secondaires sont aussi hautes que les montagnes d’où tu viens. Et il n’y a pas des milliers de gens à Sargon, mais des millions. Il y a plusieurs milliers de milliers de gens là-bas. Tu vas être très impressionnée, voire terrifiée quand tu te rendra là-bas. Car si j’ai réussi à te donner le harnais, tu dois être en route, peut-être est-tu déjà arrivée. Mais ne t’en fait pas, je ne te laisse pas seule. Dans les sacoches, il y à un objet, qui ressemble à un bracelet, avec des petites bagues. »
Kara fouilla dans le sac, et trouva ce que disait le message. Il y avait cinq trous.
« Enfile tes doigts dans les bagues, tu met le plus grand autour de ton pouce, et les autres à la suite. »
Elle le fit, et quelque-chose de très étrange se produisit. Elle sentit une chaleur sur sa main, et une sorte de liquide gris coula des bagues le long de ses doigts, et sur la paume et le dos de sa main, jusqu’au poignet. L’ensemble se figea comme une seconde peau, d’étranges dessins géométriques blancs ressortant sur la peau grise, marquant la rupture d’avec son bras, et dessinant ses empreintes digitales au bout de ses doigts. Une petite bosse brillante saillait du creux de sa paume.
« Ne crie pas, n’aie pas peur. C’est un gantelet de mon invention. Il te permettra une fois à Sargon, d’accéder à mon laboratoire, d’activer mes objets, et de pouvoir lire mes recherches. Il contient aussi deux armes. Un Taser, un petit éclair qui assomme les gens, et un laser, un rayon de lumière qui brûle les choses, très durement. Tu pourra découper du rocher avec cela, et peut-être te défendre contre des ennemis. J’espère que tu n’en aura pas besoin, mais je ne me fais pas d’illusions. Ce monde est très dur, et je le sais. Pour activer le Taser, tend les doigts devant toi, comme pour griffer quelqu’un, pour le laser, ouvre ta main en écartant tes doigts, sauf le pouce, que tu gardera plié. Ne le fait pas maintenant, tu auras d’autres occasion de t’exercer plus tard. Je vais te dire pourquoi je t’envoie à Sargon, et que je n’y vais pas moi-même. Sargon est une ville, je te l’ai dit, mais une ville fermée. Il existe une barrière, comme les murs de pierre que vous levez contre les bêtes la nuit, mais bien plus haute, et faite de lumière. C’est un mur infranchissable, dans un sens comme dans l’autre, sauf si on passe par-dessus. J’ai un engin volant, autre que cette ceinture, qui me permet d’emporter beaucoup plus de choses, mais il aurait été impossible de t’apprendre à le faire marcher assez rapidement. Le mur empêche les habitants de Sargon de sortir, parce que le dehors est dangereux, et bien entendu, il empêche ce qu’il y a dehors d’entrer. C’est à cause d’une catastrophe qui a eu lieu il y a très longtemps. Les hommes ont fait des choses terribles alors, et pour se protéger des conséquences, les plus puissants des hommes d’alors, ceux qui avaient le pouvoir, se sont enfermés dans des villes comme Sargon. Il y en avait beaucoup, deux douzaines dans le monde, mais elles ont toutes disparues sauf Sargon, qui était la plus solide. Les catastrophes ont duré cent ans. Les habitants de Sargon se sont habitués à ne pas sortir pendant cette période, et quand les communications on été perdues avec les habitants des autres villes, ils ont eu encore moins de raisons de se déplacer. Il restait des gens de science pour travailler sur les résultats de la catastrophe. Cela à duré deux-cent ans, mais les autorités de Sargon, une fois le rapport rendu, s’en moquaient complètement. Les loisirs, la vie dans Sargon, c’est tout ce qui les intéressaient. Il y a quelque chose d’autre qui a motivé les gens de Sargon, c’est l’ordinateur. Les miens sont sans cervelle, mais celui de Sargon est très intelligent, et très savant, plus que moi. Et il contrôle des drones. Les drones sont des machines volantes, qui obéissent à l’ordinateur, et qui protègent la ville des choses pouvant passer par-dessus le mur, mais aussi qui empêchent les crimes dans la ville. La vie à Sargon est dirigée par l’ordinateur, et les citoyens de Sargon on à manger chaque jour, avec suffisamment de variété pour ne jamais se lasser, peuvent s’habiller comme ils le veulent, peuvent danser, faire la fête, boire, se droguer, et assouvir toutes leurs envies, quelles qu’elles soient, parce que l’ordinateur pourvoit à tous leur besoins. Mais ils ne peuvent pas commettre de crime, parce que sinon, ils sont jetés hors de la ville. Les drones emportent les gens par-dessus le mur, et les laissent là, à la merci des vautours, loups et coyotes. Des caméras permettent aux gens de regarder si ils veulent. Mais personne ne le fait jamais. Bref, l’ordinateur dirige tout, et presque rien n’est interdit. J’ai pu assouvir toute la curiosité dont j’ai jamais fait preuve. Dès mon enfance, j’ai toujours pu avoir accès à tout le savoir possible, sans restrictions, jusqu’à ce que je me rende compte que certaines choses n’allaient pas, et que l’ordinateur me mentait sur certaines choses. Le plus gros mensonges était que rien ne pouvait vivre à l’extérieur. Mais les animaux qui mangeaient les criminels vivaient biens eux, même lorsqu’il n’y avait pas de criminels, et les criminels étaient très rare à Sargon. Et j’ai commencé à chercher des réponses par moi-même. J’ai trouvé de vieilles banques de données, des cristaux et mêmes, je n’en revenait pas, des livres, qui racontaient des choses différentes de celles que l’ordinateur me laissait croire. J’ai réclamé des instruments, des locaux, et l’ordinateur me les a fournis au début, puis il a commencé à manipuler mes résultats, détruire mes recherches, saboter le matériel qu’il me donnait. Alors j’ai commencé à me cacher. J’ai fabriqué mes propres appareils, avec des outils très simples au début. Puis j’ai creusé une galerie sous la cité, ou j’ai installé mon laboratoire. Et j’ai créée mes propres drones, pour contrer ceux de l’ordinateur. Enfin, j’ai construit des machines volantes, pour aller à l’extérieur. L’ordinateur ne m’en a pas empêché, et il a même dit aux gens que je mourrais dehors, parce qu’il était impossible de revenir de l’extérieur. J’ai faillit lui donner raison. La première fois que j’ai croisé des gens de l’extérieur, ils m’ont attaqués, ont essayés de me violer et de me dévorer, on brisés mes appareils, et brûlés d’autres. J’ai dû les tuer avec une torche plasmique, et je suis revenue en pilotant mon vaisseau sans instruments. Je me suis presque écrasée dans Sargon, mais comme j’étais revenue, l’ordinateur ma soignée. Alors j’ai pris des précautions pour ma sortie suivante. J’ai emmené ma version du mur, plus petite, et de quoi construire un laboratoire. Je ne l’ai pas fait qu’une fois, oh non, j’ai construit une dizaine de laboratoires. Et j’ai commencé à construire des armes aussi, pour empêcher les autres de m’avoir, mais aussi pour me débarrasser des drones, qui avaient commencés à me suivre. L’ordinateur ne m’en voulait pas. Au sein des murs de Sargon, détruire un drone est un crime, mais dehors, les règles ne s’appliquaient pas. Je pensais au début, naïvement, que mes sorties intéresseraient les gens, mais ils s’en moquaient, et les rares qui aient été curieux, on rapidement changés de hobbies, l’ordinateur leur en donnant toujours de nouveaux. Je faisais mes recherches sur un nombre vaste de sujets, mais j’essayais surtout de percer un secret : celui des règles de ma cité. Le monde extérieur permettait de prendre du recul, physique et intellectuel, avec un monde que je voyais tous les jours. Et j’ai compris certaines choses à propos de l’ordinateur :
1- Il protégeait les humains de l’extérieur
2- Il pensait sincèrement que l’extérieur était mortel
3- Il pensait que les seuls êtres humains vivaient dans Sargon, et que ce qui vivait dehors était purement animal
4- Il se méfiait des choses qui risquaient de mettre en danger les habitants.
5- J’étais l’une de ces choses.
J’ai continué mes recherches pendant des années, sur tous les domaines possibles, me réappropriant des siècles de connaissances humaine. J’ai créée un appareil de scanner cérébral, et j’ai commencé à comparer les animaux avec moi-même, mais aussi les habitants de Sargon. Mon diagramme était différent des autres, et celui des habitants d’avec les animaux. Et j’ai commencé à vous observer, vous et votre tribu. Vos diagrammes collaient avec ceux des habitants, sur de nombreux points, et là, j’ai commencé à enlever des enfants. Il fallait que je vérifie quelque-chose. J’ai commencé à les faire vivre comme des habitants, et ils ont commencés à présenter un profil encore plus semblables. Alors j’ai regardé leur structure génétique, et il m’est apparue qu’elle était étonnamment semblable a celle des habitants. Alors j’ai fait d’autres tests, pour voir s’ils se mélangeaient, et j’ai vu que oui. C’est à cette période que je t’ai trouvée, et que mes problèmes on commencés. Ton profil correspondait au mien, sur beaucoup de points. Je ne me l’expliquait pas, mais c’était gratifiant pour moi, de savoir que je n’était pas unique. Il existait dans Sargon quelques profils proches, mais aucun qui colla aussi bien que le tient. Il signalait des capacités d’apprentissage très importantes, une grande curiosité, une faculté de mémorisation et d’imitation très rare, et une adaptabilité et une imagination encore supérieure. J’étais face à un alter ego, qui pourrait apprendre ce que je savais, voire plus, m’aider, et pourquoi pas, m’apprendre des choses. Je t’ai prise chez moi, sans penser à mal. Mais j’avais oublié le conditionnement primaire de mes pensionnaires, la teneur de mes recherches, et l’ordinateur. Cette découverte m’avait tellement bouleversée. Pendant quatre mois, j’ai passé tout mon temps à t’enseigner, délaissant les autres enfants, me contentant de laisser un drone les nourrir, et de les laisser se distraire. Le plus âgé à commencé à avoir de l’influence sur les autres, son adaptation aux règles de Sargon n’étant pas prégnante, et le fait de le délaisser l’ayant amené à se rabattre sur ce qu’il connaissait. Tu était si différente, si lumineuse, que je n’ai plus eu d’yeux que pour toi. Un jour, je suis rentré à Sargon, avec dans l’idée de vérifier mes recherches, et permettre ainsi que tu rentre avec moi dans la ville, voire d’étendre ce droit à tous les membres des tribus, puisque l’ordinateur devait laisser entrer tous les humains. Mais cela n’as pas marché du tout comme je l’espérait. L’ordinateur à essayé de m’abattre dès que j’ai transféré mes données dans son unité centrale, prouvant que les humains vivaient hors de Sargon, et d’une cité. Il est devenu comme fou. Son programme n’admettait pas cette possibilité, mais je ne le savais pas. Les drones sont partis en masse de la ville, et on attaqué tous mes laboratoires. Mes systèmes de sécurités ont empêchés leur destruction, mais d’autres drones sont en route, pour finir le travail. J’enregistre ceci pour te le donner, parce que pour l’ordinateur, une fois dans la ville, tu sera invisible. Il n’as pas ta signature génétique. Il ne peut pas te cibler et te tuer. Alors qu’il m’a déjà pris en chasse, et qu’il va finir par y arriver. Tu peu sauver mes recherches, et aussi prévenir les gens de Sargon pour l’ordinateur, et la horde. Ils ne te croiront pas, mais tu aura essayé. Ensuite, tu pourra prendre mon matériel, et t’enfuir. J’espère que tu as pu entendre ça, et que tu me comprendra Kara. Je suis presque arrivée maintenant, je vais te donner la ceinture dans quelques minutes. Je souhaite de tout mon cœur que tout ce passe bien pour toi Kara. Je t’aime »
Kara pleurait de nouveau. Elle ne comprenait pas vraiment les derniers mots prononcés par Sheema, pas plus qu’elle n’avait compris l’intégralité du message, mais elle avait saisit l’essentiel, et la tonalité de ces derniers mots avaient raisonnée si fort en elle, qu’elle en pleurait. Ses larmes se séchèrent rapidement cependant, à cause des derniers rayons brûlants du soleil d’une part, ensuite, parce que son esprit formait déjà une analyse de ce qu’elle avait entendu. L’ordinateur était un ennemi. Il fallait éviter les drones. Elle devait aller jusqu’au laboratoire. En regardant le gant, elle su qu’il la mènerait jusque là, si le harnais ne le faisait pas lui-même. Le soleil se couchait. Elle allait devoir prendre du sommeil. Elle ferma les yeux, ayant oublié qu’on la suivait.
Sven était épuisé de courir. L’eau autour de son cou était presque épuisée. La fille ne s’arrêtait pas, et elle s’éloignait de plus en plus. Il allait s’évanouir sil ne mangeait pas rapidement. De là ou il était, il ne pouvait pas voir Sargon. Elle était trop basse sur l’horizon pour se détacher nettement des crêtes montagneuses au loin, et seule Kara, volant à une altitude lui permettant de voir la courbure terrestre, voyait au-delà de l’horizon normal. Il restait les yeux fixés sur la jeune femme, et ne remarqua pas qu’on le suivait. Courant toujours, il se pris les jambes dans une lanière de cuir, et s’écrasa le nez dans la poussière. Autour de lui, dans les rochers, surgirent des formes sombres. Le soleil couchant, projetant des ombres rasantes dans la lumière écarlate, lui amena l’image d’une douzaines d’hommes et de femmes a la peau tannée par le soleils, aux visages durs, et à l’expression farouche. Il eu le temps de penser « la horde » et le noir se fit aussi bien dans ses yeux que dans sont esprit.
Il s’éveilla à cause du soleil qui lui brûlait les yeux, et d’un coup de pied violent dans son estomac. Il vomit de la bile, mais s’éveilla néanmoins instantanément, se jetant sur ses pieds, puis s’écrasant de nouveau dans la poussière à cause des liens qui l’entravaient. Il jura, et essaya à l’aveuglette, de mordre la personne qui l’avait frappé. Une grosse voix rauque rit, puis une main énorme et puissante lui attrapa les cheveux, tirant son visage en direction du propriétaire le la main. C’était un homme de trente ans, barbu, buriné, et tatoué. Un chef de clan.
« Ton nom, merdeux ».
Le parler de la horde ne comprenais pas vraiment ces termes, mais il existait une équivalence. Sven était insulté, il cracha. Il était un homme, pas un enfant. Il reçu un coup de poing en pleine figure. Mais l’autre lui reposa la question d’une autre manière.
« Ton nom, homme. »
C’était mieux. Sven cracha de nouveau, pas en direction de l’homme cette fois, mais pour faire partir le sang de sa bouche.
« Sven, fils de Jorgen, de la tribu des Vanes. »
L’autre haussa un de ses gros sourcils.
« Non, c’est impossible. Les Vanes vivent à des jours et des jours d’ici. Tu n’as pas marché tant que ça. Il n’y avait pas assez d’eau dans ton outre. »
Sven hocha la tête.
« Je venais de moins loin. La sorcière m’avais pris. »
L’autre le lâcha soudain et fît un signe de corne, pour chasser le mauvais œil. Sven s’écrasa une fois de plus dans la poussière, et une boue écarlate se colla à sa plaie ouverte.
« Tu es maudit ! »
Il saisit un coutelas pendant à une lanière de cuir autour de sa taille, et allait ouvrir la orge de Sven, lorsque celui-ci, libérant ses bras de ses liens, lui saisit le poignet.
« Calme toi vieillard, la sorcière ne m’as pas maudit. Elle à maudit une femelle, et je peu la sauver. Je veux que tu m’aide. »
Il lui parla de Kara, de la destruction du laboratoire par des oiseaux de feu, et du sortilège qui la faisait voler. Puis de sa marche sans fin à travers le désert, et comment la jeune femme rousse lui avait donné de l’eau. Le bras d’abord toujours tendu du chef se fit plus hésitant, avant de se replier lentement, et de faire se rejoindre le couteau et son fourreau. Il s’exprima ensuite d’une manière encore suspicieuse, mais curieuse.
« Tu dit que des oiseaux de feu on attaqués la sorcière ? Je croyais qu’ils travaillaient pour elle ? Et cette femelle était la favorite de la sorcière ? »
Sven s’expliqua.
« La sorcière commande des oiseaux de feu, mais apparemment pas tous. Elle n’en a que quelques-uns, et ils ont tous été tués par ceux venus d’au-delà du grand désert. La fille était enfermé à part nous, mais c’est parce qu’elle était faite, comme moi, et que la sorcière ne voulait pas qu’on saille les femelles. »
Le vieux chef barbu fit une grimace de dégoût.
« Quoi ? Cette salope ne voulait pas laisser le cycle se poursuivre ? Pour qui se prenait-elle cette chienne ? C’est vrai ce que tu me dit, que vous l’avez bouffé ? »
Quand Sven acquiesça, il éclata d’un rire énorme et gras.
« Donc, des oiseaux de feu sont venus d’au-delà du désert ? Ça colle avec ce que mes braves ont vus il y a trois nuits. Des milliers de flammes qui ont traversées le ciel de part en part. Elle à dût déplaire à ses maîtres. »
Il cracha par terre et refit le signe des cornes. Sven sourit, et lui parla alors de là ou venait celle qu’ils appelaient tous les deux « sorcière ».
« Elle dit qu’elle vient d’une ville de pierre et d’air dur, ou l’eau jaillit fraîche du sol et des murs, ou les fruits poussent mûrs et abondants toute l’année, et ou les bêtes ne vont jamais. Il n’y fait jamais nuit, et la chaleur de l’hydromel habite toujours ton corps, parce que lui aussi, jaillit des murs, comme la mescaline, le peyotl, le haschich et le pavot. »
Les yeux du vieux chef s’embrasèrent. On lui parlait du paradis des guerriers, là, dans le monde des vivants.
« Est-ce qu’elle était la seule à pouvoir y aller ? Ou est-ce qu’elle pouvait vous y amener ? Tu y es allé ? »
Sven fit non de la tête, mais précisa.
« Elle voulait nous emmener là-bas, nous, et toutes les tribus. Elle disait qu’on pourrait passer si on était « identifiés ». Je ne sais pas ce que ça veut dire, mais c’est en revenant de là-bas que les oiseaux de feu ont attaqués, et qu’on l’a tué. »
Le chef guerrier hocha la tête avec empressement.
« Donc les mortels peuvent y aller, et c’est au-delà du désert. Tu sais d’autres choses sur ce pays ? »
Il repensa à Kara, à la chevelure rousse, et à autre chose, qui y était lié.
« Il y a un mur, un grand mur de feu, qu’on ne peut passer qu’en volant. Mais les oiseaux de feu son mort, et peut-être que la magie est partie avec la sorcière ? »
Il ne savait vraiment pas. Le vieux hochait toujours la tête. Puis il saisit le poignet de Sven.
« Tu a dit que ta putain y allait. Par où est-ce ? »
Sans hésitations, Sven pointa une direction. Le vieux chef branla une dernière fois du chef, et déclara :
« Je vais faire venir les tribus. La horde se rassemblera dans une lune. Soit prêt à nous guider, Sven, fils de Jorgen. »
Il lui tendit le bras, et ils se saisirent mutuellement l’avant bras, à la manière des guerriers.
« Je suis Gwenn, fils de Trakl, et chef des Gumel. Tu est mon invité maintenant, jusqu’au pillage du camp de pierre. »
Et Sven hocha la tête à son tour.
Le vol de Kara touchait à son terme. La nuit était bien avancée, la lune qui s’était levée il y avait quatre heures déjà se couchait presque. Une fausse aurore pointait à l’est, en écho, et les étoiles s’éteignaient doucement. Elles reprendraient de l’éclat dans une heure, brillant de manière incomparable avant que le soleil les éteigne une à une, jusqu’à la nuit suivante. En face d’elle, majestueuse, drapée dans ce qui était armure et parure de lumière, lançant ses flèches à la conquête d’un ciel qui semblait infini, se dressait Sargon. Le spectacle était impressionnant, tellement qu’il confinait à l’intimidation. Le mur formait une jupe violette de quatre-cent mètres de haut, et encerclait la ville comme une muraille antique, sauf qu’elle ne mesurait pas plus de quelques microns d’épaisseur, et offrait une protection incomparablement supérieures aux immenses murs de pierre des anciens. Espacés de trente mètres environs, des relais magnétiques faisaient circuler le flux de plasma en continu autour de la cité. Derrière, les énormes tours de verre et d’acier, s’élevaient de bases gigantesques, faisant passer les réalisations les plus orgueilleuses du passé pour des jouets, et continuaient de s’élancer, apparemment impossible à arrêter, à l’assaut des cieux. Les dimensions de ces constructions étaient si colossales, que même des référentiels naturels tels que les gens, les arbres ou les montagnes peinaient à assurer un point de comparaison suffisant. Des millions de luminaires, bleus et blancs, irradiaient d’une manière presque insoutenable, transformant la cité en un immense phare au milieu des ténèbres. Au pied des gigantesques tours, et enroulés autour d’elles, des milliers de plantes et arbustes, des cascades et des jeux d’eau, des lacs, ruisseaux et fleuves, s’écoulant en circuit fermé. Tout cela était un monde clos, autarcique, destiné à le rester. Sans même le comprendre vraiment, Kara savait tout cela. La ceinture l’avait amené à une altitude de cinq cent mètres, passant largement au dessus de la barrière, mais la laissant avec la sensation terrible d’écrasement provenant des tours. Des milliers de personnes l’aperçurent du coin de l’œil, et s’en désintéressèrent immédiatement, profitant de nouveaux divertissements offerts par l’ordinateur. Sargon ne dormais jamais vraiment. Il n’y avait pas de drones. Les laboratoires de Sheema avaient été une très grosse cible pour l’ordinateur, et les drones n’avaient pas été en nombre suffisants pour tous les détruire. Kara franchit la barrière, passant cent-mètres au dessus, sans déclencher aucune alarme. Elle ne le savait pas, mais des détecteurs de mouvements l’auraient d’ordinaire détectée, et les défenses au sol de la cité, abattue. Mais la ceinture avait bien d’autres fonctions que de voler, et elle brouillait temporairement les défenses de Sargon. Ensuite, elle redescendit lentement, finissant par toucher le sol au milieu d’un parc herbu, planté d’énormes arbres que Kara ne reconnaissait pas, pour n’en avoir jamais vu. C’étaient des saules pleureurs, qui formaient un vaste écran devant un petit lagon d’eau limpide, ou s’ébattaient des poissons parés de couleurs éclatantes. Cependant, elle s’arracha rapidement à la contemplation des merveilles de la cité. Des luminaires éclairaient le parc d’une lumière bleue, mais pas dans cette partie du parc. De plus, la surface plane sur laquelle elle avait atterrie était trop parfaitement lisse, même pour un parc aussi maîtrisé que celui de la cité. Elle chercha un affleurement quelconque au sol. Son gantelet se mis à luire d’une lumière rouge pulsative. Elle balaya le sol, ayant une idée de ce que cela voulait dire. La cadence des battements se modifiait, en fonction de l’endroit ou elle se trouvait. Elle décrivit un cercle, ses jambes flageolantes cédant presque sous son poids, à force de ne l’avoir portée. Les pulsation s’accéléraient au centre. Et là, elle trouva ce qu’elle cherchait. Une pierre, grise et mate, dans laquelle se creusait une légère dépression. Elle plaque dessus le renflement du gantelet, et soudain, la terre se retourna sous-elle. Elle bascula d’un coup dans les ténèbres.
La horde se rassemblait très lentement, mais déjà, les clans les plus proches arrivaient. Cela ne faisait qu’un jour, et il en faudrait encore presque deux fois les doigts des mains pour que tous les clans et tribus soient là. Cependant, la puissance de la Horde déjà se voyait, se sentait. La horde était récente dans les clans. Autrefois, les clans nomades étaient rares, les tribus et clans anciens s’attachant sans qu’on se souvienne pourquoi à des terres arides et sans valeurs. Il existait six grands clans, et des dizaines de tribus, portant des noms de familles, ou de lieux, selon qu’ils étaient issus de ce passé médiocre ou des rejetons de la Horde. Les clans étaient tombés sous la coupe de la Horde un à un, sur une période de vingt ans. Ne lui résistaient que deux clans : ceux des marécages de Lu’an, et ceux des montagnes Alpaca. Les quatre autres, s’étaient la Horde. Le clan d’Ocala, de Kindu i, de Massu Ucha et de Kwas. Plus de trois-cent milles guerriers, et sept-cent milles ventre fertiles. Les impotents, les malades, et les vieux, étaient mangés. Les enfants trop faibles, mangés. La Horde poursuivait les hardes d’aurochs qui fuyaient à travers la plaine aride de Mips, et n’en laissait que des os léchés jusqu’à ce qu’ils soient d’un blanc luisant. Sven, debout sur une colline rocheuse, regardait l’avant-garde de la Horde, les treize tribus qui composaient le clan Massu Ucha, et deux tribus de Kwas. Il y avait là soixante-quinze milles haches, et cent-vingt milles ventres, qui pouvaient porter un arc, ou une fronde. Les femmes de la horde se battaient quand elles n’étaient pas pleines, et elles l’étaient souvent. Les ventres qui étaient pleins étaient restés dans leurs terres, sous la garde de quelques braves qui ne participeraient pas au pillage. Sven avait la gorge en feu, d’avoir bu trop de vin de canne, d’abord, et conté son histoire encore et encore aux nouveaux arrivants, ensuite. Il avait une réputation de chaman déjà, et elle grandissait au fur et à mesure que plus de messagers paraient aux nouvelles vers l’ouest, et en revenaient, amenant de plus en plus de tribus dans leur sillage. Le vieux chef de tribu avait été évincé à l’arrivé de son chef direct, le Khan du clan Massu Ucha. Mais Sven avait bénéficié de cette situation, le Jeune Khan ayant presque son âge, et trouvant son histoire fascinante. Il allait donc la raconter encore cette nuit. Dans son ventre, une sensation froide grandissait, et allait grandir de jour en jour, tandis que toujours plus de guerriers arriveraient. Il voulait Kara, plus que jamais, et de plus en plus. Et il avait beau se noyer dans l’alcool et les femmes de la Horde, il ne pouvait apaiser cette sensation. Il secoua la tête, et descendit de son rocher. Il avait besoin de dormir, s’il voulait conter ce soir.
Kara n’en croyait pas ses yeux. Autour d’elle clignotaient des millions de voyants, sur les paroi du laboratoire. Une table massive, recouverte d’un film blanc lumineux, occupait le centre de la pièce, mais d’autres choses encore reposaient ça et là, dans des armoires, des casiers, sur des tablettes ou des étagères, ou pendaient du plafond. Cela faisait maintenant deux jours qu’elle était là, et elle n’avait pas encore tout vu. A chaque fois qu’elle prenait un objet, elle essayait de la manipuler un instant, mais jamais rien ne se produisait. Au fond de la salle, un grand autel surmonté d’un vaste voile de lumière tourbillonnante l’intimidait, et elle avait décidé d’aller le voir en dernier. En attendant, elle ne trouvait pas non plus à manger ou à boire, et il ne restait pratiquement rien de ses provisions, qu’une barre de nourriture et un peu d’eau, qu’elle faisait durer en en prenant respectivement une bouchée et une gorgée toutes les fois qu’elle ne pouvait plus supporter la faim ou la soif. Dans une boîte qui ressemblait à celle ou elle était enfermée il y avait cinq jours de cela, une drôle de chose dormait. Elle ressemblait à une poupée de fer, d’un homme étrange, avec des pattes d’insectes, et une main sans doigts. Cela lui faisait peur, et elle avait l’impression que son unique œil rouge la regardait. Elle passa une autre journée à prospecter dans le laboratoire, et une fois encore, n’arriva à rien. Elle s’endormit sur le sol, ayant froid, faim et soif, mais ne voulant pas gaspiller sa nourriture et son eau, et n’ayant rien pour se couvrir. Le lendemain, elle s’éveilla exaspérée. La colère la rongeait, et elle commença à frapper le sol dur de ses poings, l’un nu, l’un gainé d’une matière qui lui était inconnue. Elle s’en voulait d’être aussi ignorante comparées à Sheema, et se pris un instant à penser que c’était un piège élaborée de celle-ci pour la faire souffrir. Elle se rappela alors brutalement des événements du laboratoire et du message, et fondit en larme. Se mordant la lèvre à fond, elle fit perler du sang, et rouvrit brutalement ses yeux mi-clos et emplis de larmes. Elle venait d’avoir une illumination. Elle regarda sur le sarcophage transparent de la poupée de fer, et découvrit un creux, semblable à celui de la pierre d’accès du laboratoire. Elle y appliqua sa main gantée, et la porte s’ouvrit dans un sifflement de vapeur, un équilibre des pressions et des températures se faisant entre le caisson réfrigéré, et la salle. Aussitôt la poupée s’anima, avança de trois pas, et se figea de nouveau. Sa tête sans traits pivota vers Kara, et son œil rouge cligna trois fois.
« Bonjour … Maîtresse Kara. Je suis l’androïde de service numéro zéro, zéro, deux. Que puis-je pour vous servir ? »
Kara restait muette de stupéfaction. Elle été tombé sur les fesses, après l’ouverture de la porte, et la sortie de cette… chose. Maintenant, elle essayait de se concentrer, pour que son esprit ne parte pas battre la campagne, pendant que son corps resterait ici, vulnérable face à cette créature de fer.
« Je… »
dit-elle d’une voix rauque. Elle n’avait pas plus usé de sa bouche que de ses jambes en sept jours, et mêmes ses jambes avaient resservies entre temps. Elle se rendit compte combien la soif la tenaillait, à l’insupportable tension que ses cordes vocales asséchées subissaient pour prononcer cette simple syllabe.
« J’ai soif. Donne moi à boire. »
L’œil de la chose clignota deux fois, puis ses pattes arachnéennes s’animèrent d’un mouvement fluide et repoussant d’insecte, et amenèrent « l’androïde » devant une boîte de la taille de celle dont il était sortit. Il appliqua sa main préhensile sur une plaque grise rectangulaire, que Kara n’avait pas remarquée, tant elle était étourdie et abrutie par la soif, et l’objet se dissipa, dévoilant au milieu d’un bloc de brouillard cubique, un plateau sur lequel reposait de la nourriture en barre en grande quantité, et d’où saillait un tube, a coté duquel était posé un récipient. Le pantin de fer s’en saisit, et appliqua le tube sur le rebord du gobelet, le remplis à ras-bord, et s’éloigna de l’objet qui repris sa constitution d’origine. Il tendit le verre plein à Kara, sans en renverser une goutte malgré le niveau de remplissage, dangereusement proche de sa contenance absolue. Elle s’en saisit et ne fut pas aussi experte que la créature, renversant quelques filets d’eau limpide sur le sol, qui s’assombrit un instant avant de reprendre sa couleur normale. Kara releva cela sans en être affecté outre mesure, sa tête pulsant effroyablement, sa gorge brûlée exigeant de l’eau. Elle avala goulûment le breuvage, et tendit le gobelet à l’androïde, qui immédiatement en resservis un autre à Kara, et lui en amena encore d’autres, à un intervalle déterminée, avant de s’arrêter et de dire
« Votre état physique est redevenu acceptable, vous n’avez plus besoin de vous hydrater pour l’instant. Cependant vous avez besoin de vous alimenter, et d’un décontractant musculaire. Quel genre de nourriture voulez-vous ? »
Kara entendit son ventre gronder au même instant, et sentait nettement le vide de son estomac. Elle regarda la poupée de fer et lui demanda avec un regard plein d’espoir.
« Vous avez du pigeon rôti ? ».
Quelques instants plus tard, le pantin lui apporta un pavé blanc fumant, recouvert d’une sorte de sauce sucrée, accompagné d’un cube d’une gelée verte.
« Pigeon rôti et purée de pois et de fèves, accompagnés d’un décontractant musculaire et de compléments vitaminés et glucosés. »
Kara ne comprenait pas la moitié de ce que lui disait la poupée, mais elle savait que cela ne ressemblait pas du tout à du pigeon. Pourtant, l’odeur était la même, et son ventre gargouillant acheva de la convaincre que c’était un aliment acceptable. Lorsqu’elle goûta au plat, elle l’attaqua sans retenu, piochant avec ses doigts dans l’écuelle, délaissant les drôles de bâtons que le pantin avait laissé à côté. Elle se sentit bien, rassasiée, et apaisée, une fois qu’elle eu léché toute la sauce du plat. Avachie sur sa chaise, elle sentit une douce torpeur l’envahir. Pour la seconde fois, elle s’endormit, mais cette fois dans une quiétude presque absolue. L’androïde la souleva doucement du siège, et la plaça dans une sorte de berceau, qui se recouvrit instantanément d’un opercule translucide. Puis il se figea à coté du lit, et attendit qu’elle s’éveilla, et lui donne de nouvelles instructions.
La lune serait là dans cinq jours. Sven avait hâte. Les membres de sa tribu étaient arrivés il y avait deux jours, et son père, Jorgen, avait saisit son bras avec force, lisant dans ses yeux pour percer les mystères que lui, Sven, avait contemplé chez la sorcière. Il n’y avait vu qu’un feu brûlant qui lui était inconnu, et avait laissé retombé son bras le long de son corps, mettant fin au salut des guerriers, et avait baissé sa tête devant le chaman. Les récits de Sven envoûtaient la Horde. Il ne s’était jamais su si volubile, ni éloquent. Ses mots mettaient des flammes dans les cœurs des guerriers, et de l’envie dans celui des femmes. Il avait parlé de richesses infinies, mais aussi des ventres innombrables des femmes sorcières, et de leur beauté, de leur santé, et de leur fertilité, inventant de plus en plus sur le peu qu’il avait entendu. Cependant, il pensait bien qu’un pays ayant donné naissance à une femme si redoutable que la sorcière, devait abriter des richesses telles que mêmes ses mots les plus extravagants, ses mensonges les plus éhontés, ne sauraient recouvrir entièrement. Ses mensonges restaient cohérents entre eux, et il se contentait de coller les besoins de la Horde, qui voulait de la nourriture, des femmes, et des trophées, dans cet ordre. Il y aurait donc des guerriers, mais aussi formidables soient ils, ils plieraient le genoux devant la Horde, et aucun d’eux n’avaient la vigueur et la virilité des guerriers, qui prendraient dix milles de leurs femme sans se reposer, etc. Debout devant le feu, il contait. Devant lui, les Khans de tous les clans étaient là. La Horde était presque toute entière rassemblée dans le désert, obstruant le canyon qui séparait les terres de l’ouest et de l’est comme une muraille inébranlable, faite de chair, d’os et de sang. Les vivres commençaient à manquer, et ce qu’il rajoutait dans les esprits par ses paroles, s’additionnait à ce qui disparaissait des ventres, créant la faim et la rage qui avaient été le moteur de toutes les conquêtes passées. S’était une force, qui transformait l’avidité en courage, et poussait en avant des milliers de guerriers côte à côte, dans une armée tellement vaste qu’on en avait plus vu de telle au monde depuis mille ans. Le grand Kaghan, le khân des khâns, chef de tous les clans, l’écoutait d’une oreille attentive. C’était un géant, à la peau tellement noire qu’elle semblait de charbon, et aux yeux d’un bleu si éclatant que le ciel n’avait jamais reproduit une couleur si pure. Il le fixait intensément, buvant ses paroles par toutes les portes sensorielles de son être, les tams-tams transmettant une vibration, la fumée des feux sur lesquels grillaient les dernières chèvres, une odeur et un goût, et le vent, une sensation, sa personne une image, et sa voix, un récit. Il parlait, et lorsqu’il eu finit, le Khagan se leva, brandit bien haut l’énorme hache de pierre qui était son arme au dessus de sa tête rase, couturée de cicatrices rituelles et peintes de complexes arabesques ocre, pourpres et blanches, en poussant un rugissement de bête sauvage, repris par les Khans, et les dix milles guerriers qui formaient cercle autour du camp principal. Puis, il poursuivit dans le même souffle, hurlant des ordres et des imprécations. Sven le contemplait, ébahit. Le feu qui le brûlait lui-même avait pris, et consumé le Khagan. Le récit l’avait possédé, et le menait désormais, le poussait à agir. Sven palpa sa bouche, repensant au pouvoir que les dieux lui avaient conférés, repensant à Kara, et se disant qu’elle devait être un esprit, ou une déesse elle-même, et qu’elle l’avait enchanté. Les beuglements que poussaient le Khagan n’avaient rien de cris inarticulés et d’imprécations informes. Il galvanisait ses hommes, demandait à sa troupe, sa Horde, de le suivre, pour aller piller les richesse du camp de pierre, et faire régner la Horde sur le monde entier, grâce à la magie qu’ils y trouveraient. Il ajouta quelque-chose qui glaça les sangs de Sven. Il prendrait la putain rousse, et laisserait toutes les autres à sa Horde. Sven avait si bien transmis sont feu, qu’il s’y était brûlé lui-même. Il ne laissa rien transparaître, mais dans son esprit naissait des images de défis, et de meurtre. La réalité le rattraperait bien assez vite.
Kara apprenait vite à se servir du matériel du laboratoire. Elle était bien aussi vive et intuitive que Sheema l’avait suspecté, mais malheureusement pour la défunte scientifique, sa pauvre méthode pédagogique n’avait pas le pareil de la méthode d’apprentissage personnelle de la jeune fille ; l’expérience. Elle essayait tout, et lorsqu’elle rencontrait un échec, changeait de méthode. Elle appris donc rapidement à faire fonctionner l’espace interactif du Laboratoire, qui lui donna accès à toutes les données utiles pour faire fonctionner les appareillages. De plus, elle avait accès à la banque de donnée de Sheema, et à une très ancienne bibliothèque papier. Le contact des livres lui apparaissait paradoxalement plus familier que l’usage de l’environnement ludo-éducatif, malgré l’illettrisme de son peuple, peut-être à cause du caractère intrinsèquement matériel et humain de l’objet. Cependant, elle avait dû se montrer très précautionneuse, les ouvrages menaçant de ruine à chaque geste un peu brusque. Elle savait lire, Sheema lui ayant inculqué l’alphabet en usage à Sargon, à savoir un complexe mélange de phonogrammes et d’idéogrammes, synthèse réussie de plusieurs styles d’écritures d’avant la catastrophe, à la grammaire simple, mais exigeant au niveau de la mémorisation des caractères. Les livres contenaient d’autres symboles, plus anciens, servant de base pour ceux utilisés à Sargon, et retranscrivaient des langues différentes. Mais les notes de Sheema sur le sujet permirent à Kara de saisir rapidement le plus simple d’entre eux, retranscrit uniquement grâce à un série de vingt-six phonogrammes simples. Elle avalait deux tomes par jour, ce qui liquida la maigre bibliothèque de Sheema en trois semaines. En parallèle, elle écoutait des enregistrements concernant le matériel entreposé dans le laboratoire, sorte de fiche descriptive, nomenclature, mode d’emploi et fatras théorique, Sheema n’ayant eu absolument aucune intention de standardiser ses inventions, et s’étant contenté d’enregistrer au fur et à mesure, ses théories, ses expériences, et ses réalisations techniques. Enfin, Kara consultait des diagrammes, et s’imprégnait du vocabulaire technique, des concepts et principes sous-jacents de chaque théorie, qui elle-même sous-tendait le fonctionnement d’un objet. Elle déconstruisait mentalement tout ce qu’elle voyait, décomposait les choses en unités insécables de savoir fondamental, qu’elle réarrangeait à loisir pour le transformer en savoir pratique. Elle passa une lunaison dans le laboratoire, et elle en maîtrisa virtuellement tous les éléments. Être autodidacte lui seyait beaucoup mieux que le tutorat, et elle apprenait bien plus vite seule qu’avec la supervision de quelqu’un. Pendant ce temps, l’androïde la servait, la nourrissait, lui rappelait d’aller se laver et se coucher, et facilitait son apprentissage en plaçant judicieusement des artefacts aux schémas similaires à proximités de ceux que Kara démontait et étudiait. Il organisait l’espace dans lequel elle évoluait, afin d’en optimiser la substance exploitable. Kara savait tout ce qu’elle avait besoin de savoir. Elle pouvait utiliser le matériel de furtivité, de voyage à longue distance, fabriquer de la nourriture et des bâtiments, et utiliser les accessoires de Sheema. Enfin, elle savait sauvegarder les données. Elle plaça dans un caisson les livres de Sheema, et les confia a l’androïde, et le fit monter avec elle dans un des petits vaisseaux de Sheema. Elle disposait de plusieurs cristaux de sauvegarde dans lesquels étaient enregistrées toutes les connaissances glanées par l’infatigable scientifique, qui avait payé de sa vie ses obsessions, et dans la tête de Kara, une carte de la région, et les plans d’un lecteur de cristaux. Elle avait de quoi rebâtir un petit laboratoire dans les montagnes, et comptait s’installer dans une caverne, près des cimes. Elle avait revêtu une combinaison basée sur les mêmes principes que le gantelet, qui recouvrait son corps d’une seconde peau bleu, avec par endroit des bandes blanches, qui étaient autant d’unité lumineuses, stimulantes ou de soin, et portait une paire de lunette à spectre large, comprenant des scanners laser, des faisceaux de rayons X, d’imagerie micrométrique, infrarouges, électro et photosensibles, ainsi qu’un serre-tête qui ramenait sa chevelure rougeoyante en arrière, en maintenant ses cheveux derrière ses oreilles. Le casque agissait comme un filtre environnemental, et sélectionnait et amplifiait les sons qui étaient pertinent en fonction de l’état émotionnel de Kara. Elle sorti du laboratoire par là ou elle était entrée, la capsule prenant tout l’espace, mais guidée comme une balle dans le canon d’un fusil, n’effleurant pas même un infime instant, les parois du tunnel. Lorsqu’elle fût dehors, le chaos la saisit. Et l’horreur commença.
Sven voyait les hommes changés en poussières par la barrière, et il se demandait quelle sorcellerie était-ce là. Lorsque la Horde avait atteint les abords de la cité, sa magnificence avait balayée les promesses les plus fantastiques qu’il avait proféré, et amené les guerriers à le considérer comme un prophète. Le Khagan avait les yeux emplis de haine pour lui, et il savait qu’il mourrait bientôt « dans la bataille », ou d’une quelconque autre manière. Mais rien ne les avaient préparés aux défenses de la ville. Les haches des guerriers ne servaient à rien contre le mur de lumière, ceux qui le touchaient s’enflammaient aussitôt, et ceux qui tentaient de sauter dessus étant immédiatement anéantis, ne laissant rien derrière eux. Les oiseaux de feu aussi étaient là, et ils foudroyaient les guerriers avec des éclairs rouges. Ils n’étaient pas nombreux, mais ils volaient, et les flèches avaient bien du mal à les atteindre, et quand elles les atteignaient, elles se brisaient sur leur peau de pierre. Des tours de pierre assez proches les unes des autres sortaient du mur, mais elles étaient si lisse qu’on ne pouvaient y grimper, et les haches se brisaient contre elles. Mais les choses changèrent soudain. Derrière le mur, des lumières s’élevèrent et retombèrent, avec des grondements de tonnerre. Et soudain, l’incroyable se produisit. Des oiseaux de feu combattaient avec d’autres oiseaux de feu. Au sol, d’étranges insectes, de la taille d’hommes, se battaient avec d’autres insectes, les saisissants avec des pinces, leur lançant des éclairs, ou leur lançant de petites lumières qui éclataient en milles flammes lorsque qu’elles atteignaient quelque-chose. Le combat se rapprochait du mur, à mesure qu’un oiseau de feu plus grand que les autres s’éloignait, entouré d’un essaim de plus petits, qui le protégeaient de ceux qui attaquaient la horde. L’oiseau s’embrasa cependant, et une forme s’envola de lui, et Sven la reconnue. La fille. Elle s’éloigna vers les jardins, dans un coin moins troublés par les combats. Son oiseau de feu tourna un instant sur lui-même, une pluie de débris enflammés mettant le feu aux arbres et à l’herbe, avant de percuter une des tours qui fermait le mur, explosant dans une lumière blanche aveuglante. Des centaines de guerriers furent calcinés par l’explosion, et des débris tranchants en blessèrent des centaines d’autres. Mais en face de la Horde, le mur s’évanouit, comme la brume se dissipe devant le soleil. Le prodige était tel que la stupeur saisit un instant la puissante armée, et sa férocité tempérée par cette crainte superstitieuse. Cependant, des cris de guerres jaillirent bientôt de centaines de gorges, reprisent par des milliers d’autres, et ils se ruèrent à l’intérieur de la cité. Sven fixait intensément l’endroit ou s’était évanouie la silhouette aux cheveux roux, et se mit à courir, criant et brandissant lui aussi sa hache de pierre polie. Non loin, le Khagan le suivait du regard, et tout en broyant les insectes de pierre sur son passage, se maintenait à distance pour le suivre. Lui aussi avait vu l’ange de feu, et le désir qui l’habitait renforçait son courage. Il aurait ce qu’il était venu prendre. Et le conteur, chaman ou pas, serait écrasé, pour s’être trouvé sur son passage.
Les flammes n’atteignaient pas encore la clairière ou Kara se trouvait. Elle activa une fonction sur sa combinaison, et irradiant de son poignet, une petite image apparue, schématisant cette partie de Sargon. Un petit point rouge marquait l’endroit ou se trouvait l’androïde, et donc, les livres, et les enregistrements. Elle analysa rapidement la situation. Une coïncidence incroyable avait fait se mêler des événements qui pris séparément, auraient eu une bien moindre ampleur. Le laboratoire avait été découvert par l’ordinateur, qui avait aussitôt mobilisé des drones pour le détruire, et avait enclenché les défenses du laboratoire. Le vaisseau qu’elle avait pris, bien que furtif, n’était pas blindé, et la concentration de drone autour d’elle, au lieu de la protéger, l’avait desservie, les projectiles perdus ayant atteint l’appareil à un moment ou un autre. Enfin, la Horde avait attaqué. Elle ne savait pas quand ils avaient découvert la cité, ni comment ils s’étaient décidés à l’attaquer, mais ce devait être récemment, puisqu’ils avaient agis comme à l’accoutumé, déployant une force brute inutile devant les défenses de la cité. Mais le fait que l’ordinateur dusse gérer à la fois deux menaces pouvait conduire à une fin extrêmement… Un éclair éblouissant mis fin à ses pensées. Pendant un instant elle n’était plus rien que lumière. Puis cela cessât. Elle regarda dans la direction de l’explosion, ses yeux encore habités par le fantôme de la radiance. Elle s’accoutuma au bout de quelques secondes, et vît quelque chose de très mauvais. Au-delà de la forêt en flammes, d’où jaillissaient des faisceaux de lumières et des projectiles solides, l’immense horizon mauve avait disparus, remplacé par son pendant naturel bleu. Le mur de la cité n’était plus sur cent mètres, laissant libre passage à la horde. Kara retînt un cri. La situation était pire que prévue. Elle regarda de nouveau le petit point rouge, et vit qu’il se déplaçait. Elle songea que si l’androïde avait survécu, il la rejoindrait. Mais elle n’avait pas de moyens de s’enfuir, et elle devait rejoindre les tours pour trouver une échappatoire. En dernier recours, il lui restait la ceinture. Elle décida de marcher d’abord, puis si nécessaire, d’user de la ceinture. L’ordinateur ne la voyait pas, mais les membres de la Horde si, et les flèches ne perçaient peut-être pas le métal, cependant la peau humaine n’était pas si solide. Elle se mit à courir en direction de la spire la plus proche. Derrière elle, le feu s’étendait peu à peu, et les guerriers et les machines suivaient. Sargon allait tomber.
Sven courrait à travers la forêt. Les troncs craquaient à cause de la chaleur, tandis que les feuillages et les rameaux les moins épais s’embrasaient rapidement, les feuilles enflammées, emportées par le vent, s’abattaient dans l’herbe et en enflammait des portions de plus en plus grande. Des animaux de toutes espèces fuyaient à travers le sous-bois ; des chevreuils, daims et cerfs, sangliers, marcassins, Capibaras, kangourous, et d’autres encore, la plupart totalement inconnus en dehors de Sargon depuis sept-cent ans. Il était indifférent à ce pandémonium, suivant à la trace la jeune fille aux cheveux de feu. Il courrait, esquivant instinctivement les bêtes et les arbres, sautant par-dessus le moindre relief du terrain, et avançant au même rythme soutenu que lorsqu’il la pourchassait à travers le désert, une lunaison plus tôt. Les odeurs étaient puissantes, la chair grillait, le bois flambait, et l’odeur indéfinissable du plastique fondu et du métal chauffé à blanc se répandaient, empuantissant l’atmosphère. Des panaches de ténèbres l’enveloppaient de loin en loin, s’élevant d’oiseaux de feu abattus, leurs entrailles grésillantes crachant des étincelles et des produits toxiques. Malgré la fumée le dissimulant, et sa rapidité le distanciant rapidement du gros des combats, il était suivit. Il ne le savait pas, n’y faisant pas aussi attention qu’à l’ordinaire. S’éloignant du cœur de la bataille, il avait donnée au Khagan un répit lui permettant de lui-même chercher la piste de la femme. Maintenant qu’il l’avait lui-même trouvée, il ne lui servait plus à rien. Le puissant guerrier bandait les muscles de son bras droit, préparant son coup, donnant à son geste le maximum d’amplitude, et au moment de lâcher sa hache, perdit son bras d’une manière totalement incompréhensible. Des éclairs avaient jaillit du sous-bois, à sa gauche, traversées les airs et réduis en pulpe son bras, un bruit étrange ayant précédé, similaire du souffle d’un homme dans une sarbacane, répété une douzaine de fois, très vite. Il hurla de douleur, réalisant en un instant qu’une sorte de sort lui avait arraché le bras à hauteur du coude. Il se tourna, les yeux voilés par la douleur, pour tenter de voir ce qui lui avait pris sont bras. C’était une autre de ces choses en pierre, mais celle-ci ressemblait à un homme affreusement contrefait. Son visage n’avait qu’un œil, rouge, sur le coté gauche, et ne comportait ni nez, ni oreilles, ni bouche. Son cou était une colonne vertébrale mise à nue, et son torse avait une forme bizarre, petit et triangulaire. Sa main gauche avait trois doigts, et la droite ressemblait à une calebasse, au bout de laquelle fumait un genre de sarbacane. Ses trois pattes arachnéennes et ses couleurs, jaune rayé noir, finissait de lui donner une allure cauchemardesque et redoutable. La chose releva de nouveau son bras et joua une nouvelle fois sa mélodie étrange. Et le Khagan de la horde ne vît plus jamais rien. Sven s’était retourné, entendant ce bruit de tonnerre si près de lui. La bête étrange se tourna vers lui.
« Bonjour Sven, je suis l’androïde de service zéro, zéro, deux. Tu était en danger, alors mes systèmes de défense se sont activés automatiquement. Tu es l’un des sujets de maîtresse Sheema. Tu dois absolument rejoindre un des laboratoire. Suis moi, maîtresse Kara sais où il y en a un. »
Et la monstruosité pris la tête, ne suivant pas du tout la piste au sol, avançant bien plus vite que lui, et n’hésitant pas un instant. Elle s’arrêta cependant net quelques mètres plus loin, et sa tête fit un demi-tour complet sur l’axe de son cou.
« Suis moi. Tu n’est pas en sécurité ici. Mes indicateurs sont tous dans le rouge, et ce que tu tient dans ta main ne représente même pas une arme de catégorie 4. Les miennes sont de catégorie 2. Elles t’offriront une bien meilleure protection. »
Alors, il lui emboita le pas, plus hébété qu’autre chose, et avide de revoir Kara. Il se posa une question qui commença immédiatement à le travailler ; pourquoi ce monstre appelait la jeune fille maîtresse ? Il courut à sa suite, plus impatient et perdu que jamais.
Kara consultait les plans de Sargon en même temps qu’elle y évoluait en courant. Ses jambes conservaient après cinq mois de sédentarité forcée, l’agilité et la puissance de la coureuse des steppes et des montagnes qu’elle avait été. C’était un tout autre monde, dont elle avait été brutalement arraché, pour être projeté dans celui-ci, qui était meilleur à bien des égards que le sien, et plus terrible à nombre d’autres. Elle savait peu de l’histoire, mais suffisamment désormais pour être à la fois horrifiée et impressionnée devant chaque chose qu’elle voyait. Les gens qui avaient construit cet endroit fuyaient la race humaine, et l’avaient laissée à son sort, croyant qu’elle s’éteindrait hors de ces murs. Ils s’étaient sauvés en en condamnant des millions d’autres. Et contre toute attente, ceux de dehors avaient survécus. Et ils revenaient prendre ce qu’on leur avait volé, près d’un millénaire plus tôt. Le fait qu’elle se dirigeât à toute vitesse vers le musée de la tour principale avait amené ces pensées. Elle ne croisait personnes en dehors des tours. Et une fois à l’intérieur, elle crût bien défaillir. C’était un choc terrible pour elle, qui n’avait jamais vu plus de quelques centaines de personnes en tout. Dans la coursive ou elle se trouvait, l’un des bras secondaire de la tour, des milliers de gens déambulaient, manipulaient des formes et des couleurs flottant dans les airs, respirant dans des tubes et riant bêtement ou se mettant à pleurer soudainement, couraient sur les murs à l’aide de combinaisons semblables à la sienne, planant à l’aide de membranes diaphanes, emplissant tout un espace, d’une hauteur colossale, et d’une étendue que seuls des termes géographiques pouvaient rendre, les dimensions du corridor semblaient identiques à celles du canyon qu’elle avait survolée. Sont arrivée par une porte extérieure suscita quelques regards curieux, voire stupéfaits, mais aucun cri d’alarme ni de peur d’aucune sorte. Les gens n’avaient pas ici l’habitude de voir un coursier les prévenir de l’arrivée de la Horde. Et lorsqu’elle cria son avertissement, les gens ne l’écoutèrent pas. Certains remarquèrent à travers la vitre la forêt brûlant derrière elle, et s’agglutinèrent pour mieux voir. Kara n’avait pas le temps de s’occuper d’eux. Elle devait trouver le musée. Elle courut à travers la foule, bousculant des gens qui protestèrent, totalement abasourdis cette fois, non habitués à un quelconque contact physique non consentit. Elle renversa quelques passant, et provoqua une petite panique, les gens s’écartant sur son passage, et l’invectivant dans la langue que parlait Sheema dans ses enregistrements, et qu’elle comprenait juste assez pour lire des données techniques. Cependant elle n’avait pas besoin de traduction pour comprendre qu’on le lui lançait pas de bénédictions. Elle était en sueur, et paniquée, pas par ce qui la suivait, mais parce qu’elle faisait une crise d’agoraphobie. Trop de gens d’un coup, en une seule fois, et il y en avait encore tellement entre elle et son objectif. Elle allait se recroqueviller et se mettre à pleurer si elle s’arrêtait, et elle redoubla son allure. La porte menant au musée semblait proche sur le plan, mais le point la représentant était si lent qu’elle avait peine à le voir se déplacer. Soudain, derrière elle, d’autre protestation, accompagné cette fois aussi, de cris d’effroi. Une sirène d’alarme commença à sonner, comme lors du bombardement du laboratoire par les drones. Elle se retourna, et vit l’œil palpitant de 002 arriver à sa hauteur, suivit dans son sillage par… Elle se retint de pousser un cri en se mordant la lèvre. Par le garçon qui avait fait tuer Sheema. 002 lui adressa la parole.
« Maîtresse, ou allez-vous ? Je peut vous faciliter la tâche, donnez moi juste vos instructions. »
Pendant ce temps, la sirène qu’il émettait hurlait à tue-tête, et repoussaient comme le pôle d’un aimant en repousse un autre, l’immense foule autour d’eux. Les gens, biens conditionnés, réagissaient à la sirène comme à l’annonce d’un danger. Le garçon agit à cet instant. Il tendit le bras et se jeta sur elle.
Sven était comme fou. Elle n’avait plus rien de la jeune fille de la hutte de pierre. Elle était vêtue comme la sorcière, et ses formes étaient d’autant plus mises en valeur. Cependant elle avait dû acquérir des pouvoirs. Il ne savait que faire au juste, mais il voulait la prendre, et l’emmener. Immédiatement. Le cri de la chose à coté de lui ajoutait à sa confusion. Il se précipita en avant. Une lumière blanche jaillit de la main de la jeune femme, et il pensa avant que le noir ne l’envahisse, avec un mélange de stupéfaction et de crainte « C’est devenu une sorcière ! »
Le Taser. Elle avait utilisé le Taser. Kara était choquée. Elle ne savait pas quel effet cela lui ferait d’utiliser le gantelet pour ce genre de chose, et c’était étrange, entre le sentiment de puissance et le dégoût de soi. Elle n’avait prise aucun risque, cela n’avait été en aucun cas difficile, et elle avait terrassé un homme bien plus fort qu’elle en une seconde. 002 se pencha sur elle.
« Un problème avec Sven maîtresse ? Dois-je le laisser ici ? »
Elle hésita un instant. La sirène hurlant à ses oreilles n’aidait pas à sa réflexion. Un mouvement de recul dans la foule et des cris provenant de la baie vitrée la décidèrent.
« Porte le, et ouvre moi la marche jusqu’au musée ! »
L’androïde s’exécuta. Il se saisit de l’homme comme s’il avait été un enfant, et ainsi chargé, trotta à bonne allure, toute sirène hurlante, Kara suivant derrière lui à courte distance, se dévissant la tête pour tenter d’apercevoir quelque-chose derrière elle. La baie vitrée explosa, et une épaisse fumée noire se déversa à l’intérieur. Des cris qu’elle reconnaissait pour les avoirs entendus depuis sa plus tendre enfance se mêlaient aux cris de terreur et d’effroi des citoyens de Sargon. C’étaient les vociférations guerrières de la Horde. Elle colla au plus près 002, et ils avancèrent en direction du musée.
Les robots de sécurité, plateformes à chenilles, équipés de filets à colle et de Taser entrèrent en action. Malheureusement, la densité était telle dans le couloir qu’ils roulèrent sur un grand nombre de personnes. L’onde de panique qui s’était propagée depuis la baie fracturée, refluait sous celle provoquée par les robots. Personne ne souhaitait finir sous les chenilles des machines, broyés et réduit en purée, ou gravement blessé, choqué par une hémorragie et de graves fractures, qu’aucun médecin électronique ne viendrait soigner, et que les drogues ne feraient qu’empirer. Les guerriers de la horde taillaient dans la masse des habitants assemblés devant eux, plus pour se frayer un passage que par férocité. Les Drones s’étaient entre-détruits dehors, et les arachnides de métal chargées de réguler la proportion de prédateurs canins du parc, n’avaient pas été en mesure de juguler des guerriers musculeux armés de haches, rendus fous par une traversée interminable d’un désert torride, avec juste assez d’eau pour survivre, et sans aucune nourriture. Pour eux c’était vaincre ou mourir. Les robots de sécurité arrivèrent au contact des guerriers. Certains furent foudroyés par les Taser, trop occupés à violer les premières femmes qu’ils voyaient depuis des semaines, ou a manger de la chair humaine encore gorgée de chaleur. Mais d’autres sautèrent sur les nouveaux arrivants, haches levés, poussant des cris de guerre inarticulés. Les haches de pierre polies, maniées par des bras forts et agiles, se brisaient sur les plaques de blindage des machines, mais arrachaient des capteurs, tranchaient des câbles, ou fissuraient des optiques ou des détecteurs. Quelques centaines de guerriers moururent écrasés par la charge des machines de mort de deux tonnes, mais des milliers d’autres les escaladèrent, broyèrent les servomoteurs et les articulations, transformant de redoutables engins de mort en carcasses fumantes. Des murs sortaient des dizaines de drones anti incendie, qui déversaient une mousse chimique à l’odeur écœurante sur les machines, provoquant la rage des guerriers les recouvrant, et allant rejoindre les carcasses calcinées par terre. Les citoyens de Sargon, éberlués par le spectacle, s’étaient pour la plupart figés, contemplant avec horreur et incompréhension ce qui se passait, la mort violente, et en grand nombre, de leur semblables, inconnue d’eux depuis des siècles, le cannibalisme, la destruction de ce qui leur semblait indestructible, le renversement instantané et brutal d’un ordre de huit-cent ans. Lorsque les guerriers de la Horde eurent achevés les dernières machines, concluant ce qui leur avait semblé un rude et glorieux combat, ils se tournèrent avidement vers la population assemblée autour d’eux, tandis que venant du dehors, de plus en plus des leurs arrivaient. Alors, les meurtres, les viols et les pillages commencèrent dans Sargon, et la ville ne connaîtrait plus que cela avant d’être rendue à la poussière et aux cendres.
Kara avait pensé au musée, parce qu’elle s’était souvenue de la phrase de Sheema. Elle avait dit avoir été la dernière scientifique, mais aussi la première en cinq-cents ans. Ses prédécesseurs avaient fait un échantillonnage et une exploration limitée de l’extérieur, l’ordinateur ayant conclu à la complète disparition de l’espèce humaine hors de Sargon d’après ces estimations préliminaires vieilles de cinq siècles. Mais, même s’ils n’avaient pas dû aller bien loin pour faire leur prélèvement, ou du moins n’avoir pas exactement cherchés là ou il le fallait, ces gens avaient dû sortir de la ville, et avaient donc dû vouloir se déplacer de manière sûre et rapide, sans rencontrer d’incident ou de pannes. Et ces engins avaient dû être entreposés au musée. Quand elle-même, 002 et l’homme inconscient dans ses bras franchirent le seuil du musée, elle se demanda ou ils pouvaient bien se trouver, si elle avait raison, et qu’ils soient bien là. Le musée était une salle aussi titanesque que le laissait supposer la structure extérieure de la tour, son volume occupant 80% de sa base, sa voûte montant à plus de quatre-cent mètres de haut, et sa vaste enceinte circulaire faisant près d’un kilomètre de diamètre. Il y avait à l’intérieur de cette immense pièce, aménagée de passerelles, d’escalators et de tapis roulants, des millions d’objets assemblés, de taille et de forme variables, à un point qui frisait l’absurde. Des statues par milliers, certaines de la taille d’une main, posée sur un écrin de velours, d’autre de celle d’un homme, d’autres d’un arbre, et même une gigantesque statue de métal, haute comme rien de ce que Kara avait pu voir de fabriqué hors de Sargon. Il y avait même un vaste pont de pierre au centre de la salle. Défilant silencieusement, des bandeaux de lumières indiquaient les noms des différentes sections : Pont de Brooklyn, Statue de la liberté, Statuaire Pascuane, Outils préhistoriques, Astronautique, Taxidermie, Reconstitution ère KT, Art Moderne, Cinéma…. Kara était désespérée. 002 lui demanda alors.
« Dans quelle section souhaitez vous vous rendre Maîtresse ? »
Elle se tourna vers l’androïde.
« Tu sais ou sont les véhicules d’exploration des expéditions de 2300 ? »
L’œil rougeoyant clignota quelques secondes, et le robot répondit.
« Oui, suivez moi je vous prie. »
Elle emboîta une fois de plus le pas de la formidable création de sa mentor décédée, et le suivit à travers un dédale de passerelle et de sections, dans l’ambiance surréaliste du musée, vide de gens, et violemment éclairé par une lumière provenant de l’ensemble du plafond. Ils arrivèrent au bout d’un temps qui lui paru interminable, dans un espace dégagé, ou trônaient six véhicules tous différents les uns des autres, et de tout ce que Kara avait pu voir dans les diagrammes de Sheema. Ils semblaient archaïques dans leur conception, et malgré leur bon état d’ensemble, Kara doutait de leur fiabilité.
« Sait-tu comment ils fonctionnent 002 ? »
L’androïde répondit immédiatement. Il posa l’homme à terre, et pointa chaque engin du doigt central de sa main mécanique.
« Rover, six roues motrice, motorisation développant une puissance de 1500 kilowatts à l’heure, fonctionne à l’hydrogène liquide. Aile volante, monoplace, pas de carburant puisque sans motorisation, nécessite d’être tractée par un véhicule roulant, flottant ou volant. Hovercraft, véhicule amphibie, fonctionne sur batteries alimentées par un réacteur nucléaire. Navette tri nacelles, vol vertical et horizontal, fonctionne grâce à un réacteur nucléaire, Scout, monoplace, véhicule terrestre, fonc… »
« On prend la navette. »
Elle regarda le robot une seconde, puis demanda.
« Est-ce qu’elle marche ? »
La machine tourna sa tête étrange vers elle.
« Oui, la durée de vie d’un réacteur nucléaire à fusion de cette catégorie, avec un entretien approprié, est de cinq mille ans. Cette cellule n’en a que huit-cents. Cependant, il faut une impulsion très importante pour amorcer la réaction. »
Kara le fixa, les yeux ronds. Il fallait démarrer l’engin avec une source d’énergie externe ! Il allait falloir déplacer la navette mécaniquement, lui donner cette impulsion, et la démarrer. Cela allait prendre un temps fou et … Une explosion retentit. Des robots de sécurité se déversaient au son strident d’alarmes dans le musée. Ils répétaient le mot « intrus » inlassablement. Derrière eux, un grondement de fureur, celui des guerriers de la horde pourchassant leurs ennemis. 002 parla, mais Kara ne l’entendit pas. Le compartiment de son torse s’ouvrit, et il lui tendit la caisse de livres et de cristaux, et lui indiqua la nacelle. Puis, il se dirigea vers la queue de l’appareil, et avant que Kara aie pu faire quoi que ce soit, il connecta son cœur nucléaire à celui de l’engin, et déchargea toute sa puissance dans la navette. Immédiatement, l’androïde se figera comme une statue, redevenant une simple sculpture de métal, chimère entre un homme et autre-chose. Dans la vaste salle qu’était le musée, la loi de l’entropie se vérifiait, les formes organisées que sont l’art et l’architecture dégénérant en éclats de bois, de pierre et de métal, au fur et à mesure que la Horde se confrontait avec les robots de sécurité, qui temporairement du moins, avaient cessés de considérer l’activation d’un des éléments de l’exposition « La dernière expédition à l’extérieur » comme une violation majeure du règlement, pour se préoccuper de la meute vociférante de pillards écumants qui mettaient le feu à des trésors du génie humain, et brisaient des chef d’œuvres plusieurs fois millénaires. Kara contemplait la carcasse inerte de 002 sans rien dire. Elle déconnecta le câble avec lequel il avait effectué le transfert d’énergie, et referma la trappe du moteur. Elle grimpa ensuite dans la nacelle, ou elle plaça précautionneusement la caisse contenant les livres et les banques de données. C’est à cet instant que Sven s’éveilla. Elle se redressa, et s’accrochant d’une main à la commande de fermeture du cockpit, elle se pencha pour le regarder. Elle ne dit rien. Il émergea de sa torpeur, et se rendit compte de la tourmente et des flammes autour de lui. Les cris de guerre, la fureur des combats, tout cela lui parvenait avec une distance infinie. Il fixa son regard sur l’appareil, et après quelques instants, réalisa ce qu’il regardait. Il eu un mouvement de recul en voyant la fille aux cheveux rouge, debout dans un autre oiseau de feu. Les moteurs de celui-ci grondaient, et la jeune femme se tenait droite, immobile, légèrement en retrait, le contemplant avec anxiété. Il réalisa plusieurs choses. Qu’elle n’était pas une sorcière finalement, juste une fille des tribus, perdue comme lui dans ce monde étrange. Ensuite, qu’il n’était pas le seul à avoir peur, car il lisait la crainte dans ses yeux, l’anxiété et l’attente. Enfin, qu’il n’avait rien à faire ici, et qu’il fallait partir. Il se précipita alors en direction des flammes qui ravageaient le musée. Kara sentit quelque-chose se casser en elle. Elle ne saurait jamais ce que c’était exactement. Le cockpit se referma, tandis que dehors la tempête de feu atteignait la carlingue. Son oiseau de feu s’éleva au dessus du brasier, et l’emmena loin, suffisamment pour que tout ce qu’elle venait de vivre passe pour un rêve.
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