Projets renouvelables : comment mettre tout le monde d’accord ?
Alors que des solutions compétitives existent tout de suite, pourquoi traînons-nous toujours des pieds pour les déployer à grande échelle ?
Projets renouvelables : comment mettre tout le monde d’accord ?
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Alors que la nécessité de décarboner notre énergie fait globalement consensus et que des solutions fiables et compétitives existent tout de suite, pourquoi traînons-nous toujours des pieds pour les déployer à grande échelle ? Premier chapitre d’une série de réflexions sur les chemins possibles pour accélérer le déploiement des énergies renouvelables.
Le réchauffement climatique est une préoccupation majeure pour 80% des Français, tous âges confondus, dans les grandes villes comme dans les territoires ruraux. Ce qui n’était hier encore qu’un léger murmure du GIEC se manifeste aujourd’hui très concrètement sous nos toits, au cœur de nos forêts, dans le lit de nos rivières, et ce sera pire demain. Alors que ce constat fait globalement consensus et que des solutions existent pour contribuer à enrayer le phénomène, pourquoi traînons-nous toujours des pieds pour les déployer à grande échelle ?
Face aux dérèglements du climat qui accélèrent sous nos yeux, réduire nos émissions de GES est une de nos priorités, notamment dans le secteur de la production d’énergie, secteur qui émet le plus de CO2 à l’échelle mondiale. Cette nécessité de décarboner l’énergie, tout le monde ou presque la partage en France mais les trajectoires pour y parvenir divergent et les positions se radicalisent partout.
A ma gauche, les inconditionnels des renouvelables. A ma droite, les chantres du tout nucléaire qui regrettent qu’on ne s’y soit pas totalement converti. Et au milieu, ceux qui démontrent par de solides études, comme les Futurs énergétiques 2050 de RTE Réseau de Transport d’Electricité et l’Avenir des infrastructures gazières de la Commission de régulation de l’énergie, qu’il faudra compter sur toutes les solutions existantes et à venir pour espérer décarboner la France d’ici 2050.
Ce débat, stérile, qui oppose l’atome aux énergies renouvelables, qui gâche quelques dîners, électrise les plateaux TV et les réseaux sociaux, ce débat-là n’intéresse pourtant plus les Français pour qui les moyens importent moins que la fin : substituer aux énergies fossiles des énergies totalement décarbonées, le plus rapidement possible.
Parmi les solutions figurent l’éolien et le solaire que l’exécutif espère accélérer avec la loi du 10 mars 2023. Des projets renouvelables qui présentent l’avantage d’être déjà opérationnels et de plus en plus compétitifs, en attendant le développement du nouveau programme nucléaire. Sobriété, efficacité énergétique, gaz renouvelables et géothermie compteront aussi dans une France décidément bénie des Dieux du vent, du soleil et des sols fertiles.
Oui mais voilà, si 73% des Français se déclarent favorables au développement des énergies renouvelables, les nombreux recours déposés (70% pour les projets éoliens terrestres et presque 100% pour l’offshore selon un cabinet d’avocat spécialisé) interrogent la méthode.
La France tout entière serait-elle atteinte du fameux syndrome « Not in my backyard » (surtout pas chez moi) qui consiste à approuver une démarche du moment qu’elle s’applique ailleurs ? Ce serait prendre les Français pour ce qu’ils ne sont pas car si la préservation des paysages et de la biodiversité motive de nombreuses réserves, elle s’explique aussi par le désir légitime et croissant des citoyens et des élus de s’approprier « leur » énergie.
Réunions, débats, concertations, enquêtes, consultations, plateformes de vote… Les outils ne manquent pas pour créer les conditions du dialogue autour d’un projet renouvelable, mais leur utilisation tardive, quand le développeur a déjà identifié son terrain d’implantation et délimité son cadre technique, laisse peu de place à la négociation. C’est pire encore si le projet est porté par « Paris » ou un actionnariat privé extérieur au territoire.
De ce fait, un nouveau modèle se dessine dans lequel les collectivités et leurs émanations (sociétés d’économie mixte locales et syndicats d’énergie) jouent un rôle central, depuis l’élaboration des projets jusqu’à leur gouvernance. La loi du 10 mars 2023 devrait favoriser la changement d’échelle de ce modèle puisqu’elle confie désormais aux communes la responsabilité d’identifier elles-mêmes leurs zones d’accélération EnR.
Capables d’appréhender finement les besoins énergétiques, les spécificités économiques et écologiques complexes de leurs territoires, les communes ont par ailleurs un effet d’entraînement décisif, leur participation active étant un gage de confiance pour emporter l’adhésion des habitants, puis celle de l’administration.
Car avec cette impulsion locale, les nouvelles installations ne sont plus simplement des projets de production d’énergie décarbonée techniquement et économiquement viables. Ils deviennent des projets cohérents et démocratiques de développement des territoires auxquels les Préfets sont sensibles (à condition qu’ils bénéficient dans le même temps des moyens adaptés pour instruire les dossiers). Jugez plutôt : Selon l’ADEME, un projet EnR à gouvernance locale obtient entre 2 et 3 fois plus de retombées économiques locales directes qu’un projet EnR classique privé sur une durée de vie de 20 ans.
Les développeurs le savent, un nouveau projet renouvelable n’est pas (ou plus) une partie d’échecs où chaque adversaire déplace ses pièces, mais une noble mission diplomatique de laquelle toutes les parties prenantes doivent sortir gagnantes : les citoyens, les élus, les propriétaires fonciers, les exploitants agricoles, les clients industriels, les investisseurs… et l’État bien entendu.
Pour ce faire, il faut battre la campagne jusque dans le grenier des granges, arpenter les couloirs de la CNPN et des DREAL, assister jusqu’à pas d’heure aux conseils municipaux et communautaires, bref, tendre l’oreille et mouiller la chemise. Pour comprendre le regard intime que portent les élus et les habitants sur leur territoire, identifier le plus tôt possible l’évolution des besoins non plus d’une commune mais des intercommunalités, entendre et comprendre la vraie nature des objections, lever les freins invisibles, créer des synergies entre les communes et faire converger des mondes aux approches et temporalités différentes par la pédagogie, la transparence, la franchise et le compromis.
Combler le retard pris dans le développement des #EnR en France est à ce prix.
메타데이터
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