6 étapes pour créer un projet qui ne finira pas au cimetière des bonnes idées
En tant que chef d’entreprise, entrepreneur, responsable d’institution ou manager, nous sommes tous passés par là : ce moment où il faut…
6 étapes pour créer un projet qui ne finira pas au cimetière des bonnes idées
En tant que chef d’entreprise, entrepreneur, responsable d’institution ou manager, nous sommes tous passés par là : ce moment où il faut donner vie à un projet. Qu’il s’agisse d’un bien ou d’un service, d’un produit numérique ou physique, d’une refonte ou d’une création pure.
Mais nous n’arrivons pas tous avec le même bagage. Par où commencer ? Quelles sont les étapes ? Existe-t-il des méthodes éprouvées ?
Et lorsque le projet ne rencontre pas les résultats escomptés, nous ne savons que trop rarement identifier où se situe le ou les maillons faibles du processus. Alors laissez-moi vous présenter (ou vous faire une petite piqûre de rappel) les grandes étapes de la création d’un projet, pour maximiser vos chances de succès lors de votre prochain défi.
Votre première escale : la découverte

C’est probablement l’étape que l’on est le plus tenté d’omettre. Faute de temps, de budget, ou par simple incompréhension de sa réelle plus-value. Or, c’est possiblement l’une des causes qui peut mener un projet à l’échec.
Mon expérience professionnelle m’a amené à rencontrer plusieurs chefs d’entreprise et équipes business convaincus de « connaître leur public cible ». Quelle ne fut pas leur surprise lorsqu’un simple workshop de co-construction de proto-personas et de besoins utilisateurs a révélé qu’ils ne ciblaient tout simplement pas le bon profil. Le phénomène se retrouve tout autant du côté des institutions : on pense s’adresser à « tous les citoyens » ou à « tous les usagers », alors qu’un même service est en réalité utilisé par des publics aux réalités très différentes (un jeune actif, un senior, un aidant, une personne en situation de précarité numérique, etc.).
Il existe pourtant un grand nombre de méthodes pour récolter ces précieuses informations :
- Le benchmark : analyser ce que fait la concurrence (ou des acteurs comparables) pour identifier standards et opportunités.
- Les sondages : recueillir rapidement des données quantitatives auprès d’un large échantillon.
- Les interviews : explorer en profondeur les motivations, contextes et freins d’un utilisateur.
- Les workshops stakeholders : rassembler les parties prenantes internes pour aligner les connaissances et les hypothèses.
- L’analyse analytics (quand disponible) : observer le comportement réel des utilisateurs existants plutôt que ce qu’ils déclarent.
- …
Cette étape vous éclaire sur quatre questions fondamentales :
- Qui est mon (ou mes) public(s) cible(s) ?
- Quoi : quels sont leurs besoins réels ?
- Comment : dans quels contextes, à quels moments, dans quelles conditions interagissent-ils ?
- Pourquoi adoptent-ils certains comportements ? Où se bloquent-ils ?
Armé de toutes ces connaissances, vous avez une idée bien plus claire de l’intérêt que votre idée suscitera chez vos futurs clients ou usagers. Vous disposez à ce stade de tout ce qu’il vous faut pour passer à l’étape suivante : conceptualiser votre projet.
On retrousse ses manches : la conceptualisation

Riche de toutes ces informations, il est temps de donner forme à votre produit ou service. Mais par où commencer ?
J’ai souvent constaté que cette étape était réduite à quelques croquis rapides sur un bout de papier, ou à un cahier des charges rédigé d’une traite. Parfois même par une seule personne.
Pourtant, c’est précisément le genre de moment où il faut savoir s’arrêter et prendre le temps de concevoir sa solution. Avec ses collaborateurs, par exemple, autour de workshops d’idéation. Ces ateliers sont non seulement des moments précieux à vivre en équipe, mais surtout un puits inépuisable d’idées : chacun apporte sa propre vision, sa propre approche. Dans une institution, inclure les agents de terrain à ces ateliers est souvent particulièrement riche : ce sont eux qui connaissent les cas concrets, les exceptions, les irritants du quotidien. L’imagination collective peut générer des idées aussi innovantes que surprenantes. Parfois même LE petit plus qui vous démarquera de la concurrence.
Dans la boîte à outils, on trouve par exemple :
- L’atelier de stratégie : aligner la vision, les objectifs et les priorités avant de plonger dans les solutions.
- Le design studio : un format collaboratif où chaque participant esquisse ses propres idées avant de les confronter en groupe.
- Le card sorting : faire classer des contenus ou fonctionnalités par les utilisateurs pour faire émerger une structure intuitive.
- La conception de personas : transformer les données de la découverte en archétypes concrets qui guideront les décisions.
- Les ateliers d’idéation : générer un maximum d’idées en équipe avant de converger vers les plus prometteuses.
- …
Voilà ! Vous avez désormais une image bien plus précise de ce que vous voulez et de la manière dont cela fonctionnera. Il est temps de mettre tout ça au propre et de lui donner sa véritable forme.
Donner forme à l’idée : le design

Vous le devinez directement sur le schéma : ce n’est normalement pas la seule fois où vous passerez par cette étape.
Vous remarquerez également que nous ne passons pas directement au développement. C’est pourtant le choix que font certains chefs de projet : attaquer le vif du sujet sans plus attendre. Pour se rendre compte, après une longue période de rush et une grande partie du budget dépensée, que le public ne répond pas aussi bien que prévu. Cette situation vous est-elle familière ?
Alors, qu’a-t-on oublié ? Qu’a-t-on à notre disposition ?
- Le wireframing : une maquette schématique et épurée qui fixe la structure et la hiérarchie de l’information avant d’aborder le visuel.
- Le prototypage : une version interactive (cliquable) permettant de simuler le parcours et les interactions réelles.
- La rédaction des chartes (graphique, éditoriale, UX) : poser les règles de cohérence qui guideront toutes les décisions suivantes.
- L’analyse experte : un regard spécialisé qui confronte le design aux bonnes pratiques et heuristiques reconnues.
- …
Cette étape sert à mettre son idée au propre, certes, mais surtout à la préparer pour être testée. Et pour cela, rien de tel qu’un MVP (Minimum Viable Product) : une version simplifiée de votre idée qui évite de brûler tout votre budget dès le premier coup. Une commune qui souhaite digitaliser une démarche administrative, par exemple, aura tout intérêt à proposer d’abord une version pilote sur une seule procédure plutôt que de refondre l’ensemble de son portail d’un coup. De cette manière, toute modification ou changement de direction pourra se faire avec bien plus de fluidité et de rapidité.
Prendre des raccourcis à court terme en fonçant dans la réalisation peut faire gagner du temps et de l’argent sur l’instant, mais peut en coûter bien davantage à moyen et long terme : instabilité du système, surcoûts de maintenance, dépendances techniques, difficulté voire impossibilité d’améliorer le projet en l’état… Les imprévus sont nombreux.
Cela vaut donc la peine de prendre un peu plus de temps à ce stade… et au suivant.
Premier contact avec la réalité : le testing

Votre MVP est prêt ? Il est temps de le confronter au réel et de le soumettre à un groupe de testeurs soigneusement sélectionnés.
Si vous n’avez ni le temps ni le budget pour ce genre d’exercice, rien ne vous empêche de l’organiser en mode guérilla: rapidement, avec un groupe d’utilisateurs disponibles sur le moment. Mieux vaut parfois faire avec ce que l’on a que ne rien faire du tout.
En revanche, si vous voulez tirer le maximum de cette phase, il est essentiel de bien sélectionner vos testeurs. On veillera donc à réunir par exemple :
- Des représentants de vos publics cibles
- Des profils d’âges différents
- Des niveaux d’expérience variés dans le domaine (par exemple : habitués ou non au numérique pour un projet d’application ; gros utilisateurs d’un service précis, etc.)
- …
C’est grâce à cette phase que nous pourrons ensuite revenir à l’étape de design, afin de peaufiner à chaque itération le produit ou le service. L’objectif : s’assurer non seulement qu’il répond au besoin, mais surtout qu’il est bien compris et utilisable par vos utilisateurs.
Là encore, de nombreux outils sont disponibles selon les situations :
- Les tests utilisateurs individuels ou collectifs : observer de vrais utilisateurs réaliser des tâches concrètes sur le prototype.
- Les interviews post-test : approfondir le ressenti, les incompréhensions et les attentes après la mise en situation.
- Les tests A/B : comparer deux versions d’un même élément pour identifier celle qui fonctionne le mieux, chiffres à l’appui.
- Le tree testing : vérifier si votre arborescence (menus, catégories) permet réellement aux utilisateurs de trouver ce qu’ils cherchent.
- L’eye tracking : analyser où le regard des utilisateurs se pose, dans quel ordre, et ce qui est réellement vu ou ignoré.
- …
Dès que tous les voyants sont au vert, il ne reste plus qu’à passer à la suite…
Place à l’action : le développement

Comparé à beaucoup, vous arrivez à cette phase avec un avantage considérable : une préparation solide, des hypothèses validées, un design éprouvé. L’heure n’est plus à la réflexion mais au passage à l’action.
Pour autant, cette phase ne se résume pas à « coder ce que le designer a prévu ». C’est un moment où de nouvelles questions émergent, et où certaines vérifications croisées peuvent éviter bien des mauvaises surprises au lancement. Dans la boîte à outils de cette phase, on retrouve notamment :
- L’analyse experte : un regard spécialisé (UX, ergonome, développeur senior) pour traquer les incohérences et écarts aux bonnes pratiques.
- L’évaluation cognitive : vérifier que la charge mentale imposée à l’utilisateur reste raisonnable.
- Le check d’accessibilité (référentiel WCAG) : garantir l’accès à tous. Pour les institutions publiques comme pour de nombreuses entreprises, c’est aussi une obligation légale croissante — notamment avec l’European Accessibility Act entré en application en juin 2025.
- Les tests de performance et de compatibilité : s’assurer que l’expérience reste fluide sur différents appareils, navigateurs et qualités de connexion.
- …
Cette phase, bien menée, ne fait pas que livrer un produit : elle prépare sa longévité.
Ne sous-estimez jamais l’écoute

Lorsque votre produit ou service est lancé, le réflexe serait de se dire que ce beau projet est enfin terminé. Au suivant !
Ce serait passer à côté d’un formidable atout : l’écoute de vos utilisateurs. Les besoins évoluent, parfois changent radicalement avec le temps. Si vous n’y consacrez ni temps ni budget, au mieux vous passerez à côté de belles opportunités auprès d’un public déjà conquis. Au pire, votre projet s’éteindra de lui-même, lentement, sans que personne ne sache vraiment pourquoi.
Cette phase mobilise elle aussi un éventail d’outils complémentaires :
- Les analytics (Google Analytics, Matomo, Plausible…) : mesurer quantitativement les usages et les parcours réels.
- Les statistiques de comportement (Hotjar, Microsoft Clarity…) : heatmaps, enregistrements de sessions, analyse des clics.
- Les questionnaires de satisfaction : NPS, CSAT, SUS pour des mesures récurrentes et comparables dans le temps.
- Les journaux de bord (diary studies) : capter les irritants qui n’apparaissent qu’à l’usage prolongé.
- Les interviews de suivi : comprendre comment le produit s’intègre (ou non) dans le quotidien des utilisateurs.
- Le micro-feedback in-app : poser la bonne question, au bon moment, au bon endroit.
- L’analyse du support et des réseaux sociaux : une mine d’or souvent négligée de signaux faibles.
- …
C’est cette écoute continue qui nourrit la boucle « Améliorer » de votre processus, et qui permet à votre projet de rester pertinent dans la durée. Au lieu de vieillir prématurément.
Que retenir de tout ce processus ?
Un projet réussi n’est pas le fruit d’une inspiration géniale lancée au pas de course, mais d’un processus structuré où chaque étape prépare et valide la suivante. Découvrir, conceptualiser, designer, tester, développer, écouter : six escales qui, prises au sérieux, transforment votre idée en un produit ou service qui dure. Qu’il s’agisse d’une offre commerciale, d’un outil interne ou d’un service à destination du public.
Un grand merci pour le temps que vous avez consacré à la lecture de cet article et, surtout, pour votre participation au sondage. Votre contribution va considérablement m’aider à faire avancer mes recherches, et chaque réponse compte réellement.
Si les sujets liés à la création de projet et à l’UX vous intéressent, n’hésitez pas à rejoindre mon réseau sur LinkedIn : https://www.linkedin.com/in/ludovicsaufnay/. J’y partage des réflexions, des retours d’expérience et des ressources autour de ces thématiques.
À bientôt pour de nouveaux échanges !
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