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Le Havre à travers l’objectif de Swiffer Roux : “Bruit silencieux”

Livre photographique

Jean-Fabien in SHOOTANDTALK · 2024-08-10 22:30 · 0 claps · 10.8 min read
#photography #analog-photography #belgique #art-books #le-havre
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Le Havre à travers l’objectif de Swiffer Roux : “Bruit silencieux”

Livre photographique

A Noiseless Noise © Swiffer Roux

A Noiseless Noise © Swiffer Roux

(English version Below)

Dans l’univers de la photographie contemporaine, où le numérique règne en maître, le dernier projet de Swiffer Roux se démarque comme un témoignage de la puissance durable de l’analogique. Son livre, “A Noiseless Noise”, offre une perspective singulière sur la ville portuaire du Havre, né d’une tragédie personnelle et hanté par les musiques de PJ Harvey et de Nick Cave ainsi que par les influences de la scène photographique belge.

Ce voyage n’était pas planifié. C’était une échappatoire, une réponse presque impulsive à une série de pertes personnelles qui ont poussé l’auteur à chercher une forme de réconfort mais aussi un changement de décor.

Entre mai et juillet, j’ai perdu pas mal de gens autour de moi. À force d’aller aux enterrements, d’accompagner des potes, je pense qu’à un moment donné mon cerveau a un peu buggé. Alors t’as envie de faire autre chose, t’as envie de partir, de foutre le camp.

A Noiseless Noise © Swiffer Roux

A Noiseless Noise © Swiffer Roux

Le choix du Havre est venu d’une source inattendue — un ami qui venait de perdre sa sœur. L’expérience positive de ce dernier dans la ville, jouant avec son groupe dans un petit bistrot appelé ‘*Chez Lily*’, l’a convaincu qu’il pourrait y trouver ce dont il avait besoin.

Armé d’un arsenal d’appareils photo vintage et de pellicules rares, le photographe s’est lancé dans son odyssée photographique. Sa liste d’équipement ressemble d’ailleurs à une capsule temporelle de la photographie analogique :

J’avais quatre appareils photo avec moi, du plus ancien, l’Agfa Synchro Box des années 50, au Pentax Espio des années 90, un Minolta autofocus, un Ricoh FF1, et l’Olympus OM-10”, explique-t-il. “Côté pellicules, j’avais de l’APX de chez Agfa en 400 ISO, du Fomapan 400, et j’ai aussi utilisé du Washi F, une pellicule française faite à partir de films de radiographie pulmonaire. Ça donne un truc complètement blanchâtre, un peu mortel j’avoue, mais qui dans des conditions de tempête, de pluie, a donné des résultats vraiment intéressants.

Cette combinaison unique d’équipement et de pellicules, couplée à l’état d’esprit de Swiffer Roux, a donné naissance à une série d’images qui capturent Le Havre d’une manière trouble. Le projet, cependant, n’a pas commencé comme un livre. Il a évolué organiquement, guidé par l’intuition de Roux et les retours de ses pairs.

J’avais étalé mes tirages sur ma table et je trouvais qu’il y avait une logique dans ce que j’avais imprimé. J’ai fait une sélection en me disant — si je présente ça, il faut que ça raconte quelque chose. Crée-toi une série, crée quelque chose, et on verra ce que ça donne.

A Noiseless Noise © Swiffer Roux

A Noiseless Noise © Swiffer Roux

La transformation d’une série de photographies en un livre a été progressive, nourrie par les échanges avec la scène photographique belge. Swiffer Roux a passé des mois à affiner sa sélection et sa mise en page, utilisant Lightroom pour créer des maquettes et sollicitant constamment l’avis d’autres photographes et amis.

J’ai beaucoup discuté avec d’autres photographes, des mecs qui avaient créé leur fanzine aussi”, explique-t-il, “j’ai repris les bouquins de différents potes photographes que je suis toujours et j’ai regardé tous leurs bouquins pendant des semaines. Je pense que j’ai feuilleté deux, trois, quatre fois leurs bouquins.

A Noiseless Noise © Swiffer Roux

A Noiseless Noise © Swiffer Roux

A Noiseless Noise © Swiffer Roux

A Noiseless Noise © Swiffer Roux

A Noiseless Noise © Swiffer Roux

A Noiseless Noise © Swiffer Roux

Parmi ses influences, Swiffer Roux cite notamment *Simon van Steenwinckel et ses cahiers photographiques créés avec Halogénure “C’était trois cahiers complètement différents et le format m’intéressait. Je pense que le format est lié surtout à leur livre, le choix du papier également, le choix que la couverture soit fort texturée m’intéressait beaucoup.” D’autres aussi, comme Mathieu Van Assche, Gil Barez, Jérémie Denis, David Ameye, Nathalie hannecart, Aurélie Bay l’ont inspiré ou aidé dans sa reflexion. Une large partie de ces rencontres viennent de sa fréquentation assidue de la galerie “[l’Enfant Sauvage](https://www.enfantsauvagebxl.com/a-propos)*” ( tenue de main de maître par Pauline Caplet).

Pour structurer son projet, Roux a fait appel à des professionnels de la scène belge. “Je me suis fait aider par Antonio Jimenez, qui est cité dans le bouquin, qui fait justement des lectures d’images à l’Enfant Sauvage”, précise-t-il. “Je vais très très régulièrement dans cette galerie, je crois que ce sont leurs expos que je partage le plus.

Le processus n’a pas été sans défis. “Un grand merci à Jérémie Denis qui fût d’une grande aide pour la mise en page”. A chaque étape, le photographe devenu apprenti éditeur a dû faire face à des doutes concernant le coût et sa capacité à mener le projet à terme. Mais il a persévéré, motivé par les mêmes conseils qu’il donne à ses élèves en tant qu’enseignant : :

Tu as mis de l’argent de côté, fais-toi plaisir. Tu es en train de dire aux gamins de l’école que quand il y a un projet, il faut le faire, alors vas-y, va jusqu’au bout.

Le résultat est un livre qui reflète non seulement Le Havre, mais aussi la nature profonde de l’auteur. De la couverture noire sur noir au titre et aux crédits discrets, chaque aspect du design du livre reflète sa personnalité et son approche de l’art.

A Noiseless Noise © Swiffer Roux

A Noiseless Noise © Swiffer Roux

La musique a joué un rôle crucial dans l’expérience de prise de vue et la sélection finale des images. L’album ‘*Carnage*’ de Nick Cave a fourni la bande-son du séjour au Havre, tandis que l’œuvre de PJ Harvey a influencé la conception du livre et la sélection des images.

Le titre, ‘Le bruit silencieux’ (A Noiseless Noise en anglais), c’est le dernier titre du dernier album de PJ Harvey”, explique-t-il . “Le bruit “, on le retrouve très souvent dans la photographie très souvent et on est entouré de tous ces bruits silencieux également. Le titre parle beaucoup d’absence et je pense qu’à ce moment-là, c’était un peu ça.

Maintenant que le livre a pris son envol, il se trouve fasciné par son parcours. Il est disponible à la galerie L’Enfant Sauvage et au *Musée de la Photographie à Mont-sur-Marchienne*, recevant des retours positifs qui le surprennent et l’encouragent à la fois.

Ce livre, pour moi, c’est comme un tatouage. Tu le prépares, tu économises pour le faire, et après tu vis avec. Il vit maintenant sa propre vie, chez des gens que je ne connais pas, et ça, ça me fascine.

L’influence de la scène belge se ressent également dans la diffusion du livre. Il mentionne un petit magazine wallon, “Rawette”, qui s’intéresse à son travail. “C’est sur toute une série d’une double expo complètement accidentelle… Normalement ça devrait paraître soit dans le prochain numéro ou peut-être celui d’après.” Cette collaboration illustre l’intégration de Swiffer dans le tissu créatif belge, où son travail trouve un écho et un soutien qui dépassent les frontières nationales.

A Noiseless Noise © Swiffer Roux

A Noiseless Noise © Swiffer Roux

“A Noiseless Noise” est plus qu’un simple livre de photos. C’est une expérience multi-sensorielle qui invite les lecteurs à s’y engager à leur manière. Comme le suggère l’auteur : “Le meilleur moment pour regarder ce bouquin ? En écoutant un bon disque, avec un thé, un café ou un bon alcool, un truc raffiné. Et peut-être qu’on va regarder les 5 premières images, les 5 premières pages, et puis on va arrêter. On reviendra dessus après.

En créant “A Noiseless Noise”, Swiffer Roux n’a pas seulement produit un portrait contrasté du Havre, mais a également élaboré une œuvre intime qui aborde les thèmes de la perte, de l’absence et du pouvoir thérapeutique de l’art. C’est un témoignage de l’attrait durable de la photographie analogique à l’ère numérique, et de la capacité des images à capturer non seulement ce que nous voyons, mais aussi ce que nous ressentons. À travers ce projet, Swiffer Roux démontre également la richesse et l’importance des échanges au sein de la communauté photographique belge, qui a joué un rôle crucial dans la réalisation de cette œuvre singulière.

“A Noiseless Noise “ 30 photos argentiques Disponible à L’Enfant Sauvage Bxl et à la boutique du Musée de la Photographie, Charleroi au prix de 15€

Le Havre Through Swiffer Roux’s Lens: “A Noiseless Noise”

In the realm of contemporary photography, where digital reigns supreme, Swiffer Roux’s latest project stands out as a testament to the enduring power of analog. His book, “A Noiseless Noise”, offers a unique perspective on the French port city of Le Havre, born from personal tragedy and haunted by the music of PJ Harvey and Nick Cave, as well as influences from the Belgian photography scene.

This journey was unplanned. It was an escape, an almost impulsive response to a series of personal losses that pushed him to seek a form of comfort but also a change of scenery.

A Noiseless Noise © Swiffer Roux

A Noiseless Noise © Swiffer Roux

Between May and July, I lost quite a few people around me. After a while of going to funerals and supporting friends, I think your brain starts to glitch a bit. So you want to do something else, you want to leave, to get the hell out.

The choice of Le Havre came from an unexpected source — a friend who had recently lost his sister. This friend’s positive experience in the city, playing with his band at a small bistro called ‘Chez Lily’, convinced Roux that he might find what he needed there.

A Noiseless Noise © Swiffer Roux

A Noiseless Noise © Swiffer Roux

Armed with an arsenal of vintage cameras and rare film stock, the photographer set out on his photographic odyssey. His equipment list reads like a time capsule of analog photography:

I had four cameras with me, from the oldest — an Agfa Synchro Box from the 50s, to a Pentax Espio from the 90s, a Minolta autofocus, a Ricoh FF1, and an Olympus OM-10,” he explains. “For film, I had APX from Agfa in 400 ISO, Fomapan 400, and I also used Washi F, a French film made from lung X-ray film. It gives this completely whitish, almost deadly look, but in stormy, rainy conditions, it gave really interesting results.

This unique combination of equipment and film stock, coupled with Roux’s state of mind, resulted in a series of images that capture Le Havre in a hazy manner. The project, however, didn’t start as a book. It evolved organically, driven by Roux’s intuition and the feedback from his peers.

A Noiseless Noise © Swiffer Roux

A Noiseless Noise © Swiffer Roux

I spread the prints out on my table and found a logic in what I had printed,” Roux says. “I made a selection, thinking — if I present this, it needs to tell something. Create a series, create something, and we’ll see what it does.

The transformation from a series of photographs to a book was gradual, nurtured by exchanges with the Belgian photography scene. Roux spent months refining his selection and layout, using Lightroom to create mock-ups and constantly seeking feedback from fellow photographers and friends.

A Noiseless Noise © Swiffer Roux

A Noiseless Noise © Swiffer Roux

I had a lot of discussions with other photographers, friends who had created their own fanzines,” Roux explains. “I revisited the books of various photographer friends I follow, and I looked through all their books for weeks. I think I flipped through their books two, three, four times.

Among his influences, Roux cites *Simon van Steenwinckel and his photographic notebooks created with L’Œil d’Eugène. “They were three completely different notebooks, and the format interested me. I think the format is mainly linked to their book, as well as the choice of paper, and the highly textured cover really interested me a lot.*”

To structure his project, Roux called upon professionals from the Belgian scene. “I got help from Antonio Jimenez, who is mentioned in the book, who does image readings with a gallery called l’Enfant Sauvage,” he specifies. “I go to this gallery very regularly, I think their exhibitions are the ones I share the most.”

The process wasn’t without its challenges. Roux faced doubts about the cost and his ability to see the project through. But he pushed on, motivated by the same advice he gives to his students as a teacher:

You’ve set money aside, treat yourself. You’re telling the kids at school that when there’s a project, you have to see it through, so go on, go all the way.

The result is a book that reflects not just Le Havre, but also the author’s deep nature. From the black-on-black cover to the discreet title and credits, every aspect of the book’s design mirrors the photographer’s personality and approach to his craft.

A Noiseless Noise © Swiffer Roux

A Noiseless Noise © Swiffer Roux

Music played a crucial role in shaping both the experience of shooting and the final selection of images. Nick Cave’s album ‘*Carnage*’ provided the soundtrack for Roux’s time in Le Havre, while PJ Harvey’s work influenced the book’s conception and image selection.

The title, ‘A Noiseless Noise’, is the last track on PJ Harvey’s latest album,” Roux explains. “Noise, as I said at the beginning, is often found in photography, and we’re surrounded by all these silent noises as well. The title speaks a lot about absence, and I think at that moment, that’s what it was about.

Now that the book is out in the world, Roux finds himself fascinated by its journey. It’s on display at the L’Enfant Sauvage gallery and the Museum of Photography in Mont-sur-Marchienne, receiving positive feedback that both surprises and encourages him.

This book, for me, is like a tattoo. You prepare it, you save up to do it, and then you live with it. Now it’s living its own life, with people I don’t know, and that fascinates me.

The influence of the Belgian scene is also felt in the distribution of the book. Roux mentions a small Walloon magazine, “Raouet”, which is interested in his work. “It’s about a series of completely accidental double exposures… It should normally appear either in the next issue or maybe the one after.” This collaboration illustrates Roux’s integration into the Belgian creative fabric, where his work finds resonance and support that transcends national borders.

“A Noiseless Noise” is more than just a photo book. It’s a multi-sensory experience that invites readers to engage with it on their own terms. As the author suggests: “The best time to look at this book? While listening to a good record, with a tea, a coffee, or a good alcohol, something refined. And maybe we’ll look at the first 5 images, the first 5 pages, and then stop. We’ll come back to it later.

In creating “A Noiseless Noise”, Swiffer Roux has not only produced a contrasted portrait of Le Havre but has also crafted an intimate work that addresses themes of loss, absence, and the therapeutic power of art. It stands as a testament to the enduring appeal of analog photography in a digital age, and the ability of images to capture not just what we see, but what we feel. Through this project, Swiffer Roux also demonstrates the richness and importance of exchanges within the Belgian photographic community, which played a crucial role in the realization of this singular work.


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