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Nourrir les riches OU nourrir l’humanité ?

Note préliminaire

France Lamontagne · 2025-11-19 22:32 · 1 claps · 11.2 min read
#justice-sociale #economy #inégalités #capitalisme #richesse
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Nourrir les riches OU nourrir l’humanité ?

Photo de Kevin Dunlap sur Unsplash

Photo de Kevin Dunlap sur Unsplash

Note préliminaire

Cet article est un exercice purement rhétorique. La réallocation des ressources mondiales décrite ici nécessiterait une révolution planétaire qui transcenderait les structures économiques et politiques actuelles. L’objectif n’est pas de proposer un plan d’action réaliste, mais d’illustrer avec précision les mécanismes d’allocation qui privent délibérément l’humanité de la possibilité de se nourrir et se loger dignement. Les chiffres qui suivent démontrent que ce n’est pas un problème de rareté, mais un choix collectif d’allocation des ressources.

Comprendre un trillion de dollars

Un trillion de dollars représente 1 000 milliards, soit 1 000 000 000 000 dollars. Pour visualiser cette somme:

a) si vous convertissiez un trillion de dollars en billets de un dollar placés bout à bout, la ligne s’étendrait sur 150 millions de kilomètres — la distance Terre-Soleil est de 150 millions de kilomètres. Un trillion de dollars en billets d’un dollar permettrait donc un aller complet jusqu’au Soleil.

b) un trillion de dollars en pièces d’un dollar pèserait 1 milliard de kilogrammes — l’équivalent de 10 000 baleines bleues.

c) si vous dépensiez 1 million de dollars par jour, il vous faudrait 2 740 ans pour épuiser un trillion de dollars. Vous auriez commencé à dépenser sous l’Empire romain et vous ne seriez toujours pas à court d’argent aujourd’hui. La réalité derrière les chiffres

Pendant que ces sommes circulent dans l’économie mondiale, 735 millions de personnes vivent en situation d’insécurité alimentaire sévère. Le coût pour éliminer cette faim : 800 milliards de dollars par an selon l’ONU.

À Jakarta, en Indonésie, des communautés entières vivent sur des montagnes de déchets hautes de plusieurs dizaines de mètres. Les familles fouillent quotidiennement ces amoncellements toxiques pour récupérer plastiques et métaux revendables. Les enfants grandissent en respirant les émanations de décomposition, développant maladies respiratoires et infections chroniques. Le coût estimé pour assainir ces sites et reloger ces populations dans des conditions décentes : quelques milliards de dollars.

En Inde, plus de 10 millions de personnes travaillent dans des conditions d’esclavage moderne — briqueteries, mines, agriculture. Enchaînées par des dettes perpétuelles transmises de génération en génération, ces familles travaillent 14 heures par jour pour des salaires de misère. Les enfants commencent à travailler dès 6 ans. Le coût estimé pour libérer ces travailleurs forcés et leur fournir formation professionnelle et réinsertion: environ 20 milliards de dollars.

Ces situations ne persistent pas par manque de ressources mondiales. Elles persistent par l’allocation délibérée des ressources ailleurs que sur les besoins essentiels de l’humanité. À ce titre, les dépenses militaires sont le cas parfait de sommes dépensées dans un objectif destructeur en lieu et place d’être investies dans le bien-être de l’humanité.

La preuve par l’exemple: les pays sans armée

Environ 23 pays souverains n’ont aucune force armée permanente. Leur expérience démontre concrètement ce qu’une réallocation des ressources militaires vers l’humain peut accomplir.

Quatre de ces pays figurent dans le top 10 mondial de l’espérance de vie. Monaco, sans armée, arrive premier au monde avec 87 ans d’espérance de vie. Liechtenstein: 84,8 ans. Islande: 83,1 ans. Vatican: 84,2 ans. Le Costa Rica, qui a aboli son armée en 1949, atteint 80 ans — dépassant les États-Unis malgré un PIB par habitant sept fois inférieur.

Les chiffres étatsuniens illustrent le paradoxe. Budget militaire de 916 milliards de dollars annuels. Espérance de vie : 79,1 ans. Rang mondial : 58e. Le pays qui dépense le plus en armement au monde se classe derrière le Costa Rica en espérance de vie.

L’explication se trouve dans l’allocation. Costa Rica investit 8% de son PIB en éducation contre moins de 5% aux États-Unis. Le pays offre des soins de santé universels couvrant 82% de la population pour 7,3% de son PIB. Les États-Unis dépensent 10% de leur PIB en santé — le plus au monde — pour des résultats inférieurs. La différence ? Le Costa Rica a réalloué l’argent des armes vers l’humain. Résultat : les Costa-Ricains pauvres vivent plus longtemps que les Américains pauvres.

L’Islande présente des résultats similaires. Sans armée depuis 1869, elle est membre de l’OTAN mais sans forces permanentes. Espérance de vie : 83,1 ans. Mortalité infantile : 1,4 pour 1000 naissances — troisième meilleure au monde. Taux de pauvreté : 4,9%, le plus bas de l’OCDE. Système de santé universel. Éducation gratuite jusqu’à l’université.

Ces pays ne sont pas des utopies. Ils ont bien sûr des problèmes, des défis, des inégalités. Mais ils démontrent qu’investir dans la santé, l’éducation et le bien-être plutôt que dans les armes produit des populations qui vivent plus longtemps, en meilleure santé, et dans de meilleures conditions. Les 2,7 trillions de dollars de dépenses militaires mondiales annuelles financent des systèmes qui ne construisent rien, ne soignent personne, ne nourrissent personne. Vingt-trois pays prouvent qu’une autre allocation est possible.

Les flux actuels : où va tout cet argent ?

Chaque année, l’économie mondiale génère et dépense des sommes considérables dans plusieurs secteurs principaux:

Industrie médicale mondiale : 11,18 trillions de dollars (2024)

Cette somme ne représente pas uniquement des soins légitimes. Environ 60–70 % finance un système iatrogène: maladies chroniques gérées mais jamais guéries, complications rentables, sur-prescriptions créant addictions, interventions esthétiques perpétuelles. Les 30–40 % restants (environ 4 trillions) couvrent soins d’urgence, traumatologie, et traitements aigus réellement nécessaires.

Armement mondial: 2,7 trillions de dollars (2024)

Les dépenses militaires mondiales ont atteint un record historique. Les États-Unis représentent 997 milliards à eux seuls — 37 % du total mondial. La Russie a augmenté ses dépenses de 38 % en un an. Ces sommes financent bombes, missiles, chars, avions de combat, etc. Elles ne construisent rien, ne nourrissent personne, ne soignent personne.

Industrie de la viande: 1,43 trillions de dollars (2024)

La production industrielle de viande transforme les céréales qui pourraient nourrir directement les humains en protéines animales moins efficaces nutritionnellement. Pour produire 1 kg de bœuf, il faut 15 kg de céréales. L’industrie génère aussi 14,5 % des émissions mondiales de GES et consomme 70 % de l’eau douce agricole.

Tabac: 950 milliards de dollars (2024)

L’industrie du tabac génère près d’un trillion de dollars annuellement en produisant une substance addictive qui détruit la santé, crée des maladies chroniques pulmonaires et cardiovasculaires, et tue 8 millions de personnes par an. Pure extraction de profits sur la dépendance et la maladie.

Alcool: 1,8 trillions de dollars (2024)

L’industrie de l’alcool génère des profits massifs sur une substance qui crée dépendance, détruit des foies, déchire des familles, et tue 3 millions de personnes par an. Les coûts sociaux et sanitaires — violence domestique, accidents, maladies chroniques — sont externalisés sur les systèmes de santé publique pendant que les profits sont privatisés.

Casinos et jeux d’argent: 550 milliards de dollars (2024)

L’industrie du jeu crée des dépendances pathologiques, ruine des familles entières, et opère comme un transfert massif d’argent des pauvres vers les propriétaires de casinos. Les populations vulnérables sont ciblées systématiquement. L’industrie ne produit aucune valeur réelle — c’est pure extraction.

Publicité mondiale: 775 milliards de dollars (2024)

Trois quarts de trillion dépensés annuellement pour manipuler les gens à acheter des choses dont ils n’ont pas besoin, créer des insécurités artificielles, et générer une surconsommation perpétuelle. L’industrie publicitaire ne produit rien, ne nourrit personne, ne construit rien. Elle existe uniquement pour créer des besoins artificiels et extraire davantage d’argent des consommateurs.

Subventions aux combustibles fossiles: 7 trillions de dollars (2024)

Selon le Fonds Monétaire International, les gouvernements mondiaux subventionnent l’industrie pétrolière à hauteur de 7 trillions par an. Nous payons collectivement, par nos impôts, pour accélérer notre propre extinction. Ces subventions financent la destruction active de l’habitabilité planétaire pendant que leurs bénéficiaires accumulent des profits records.

Industrie de la beauté mondiale: 670 milliards de dollars (2024)

L’industrie de la beauté — cosmétiques, soins de la peau, parfums, produits capillaires — génère près de trois quarts de trillion annuellement en vendant l’insécurité corporelle, principalement aux femmes. Crèmes anti-âge à 200$, sérums miracles, standards de beauté impossibles créés par la publicité elle-même. Une industrie bâtie sur la fabrication systématique d’anxiétés autour du vieillissement et de l’apparence. La plupart de ces produits peuvent être fabriqués à domicile pour quelques dollars. L’extraction de profits repose entièrement sur la conviction manufacturée que nous sommes insuffisants tels que nous sommes.

Sport professionnel: 170 milliards de dollars (2024)

Les ligues sportives professionnelles, droits de diffusion télévisée, et sponsoring génèrent 170 milliards annuellement. Salaires de dizaines de millions pour quelques milliers d’athlètes d’élite pendant que les infrastructures sportives communautaires tombent en ruine, que les programmes sportifs scolaires ferment par manque de fonds, et que l’épidémie d’obésité explose. L’argent existe pour le sport — mais il finance le spectacle pour les masses plutôt que l’activité physique des masses.

Fast-fashion: 150 milliards de dollars (2024)

L’industrie de la mode jetable — Zara, H&M, Shein, Forever21 — extrait 150 milliards annuellement en vendant des vêtements délibérément conçus pour ne pas durer. Production par travailleurs exploités en Asie, vêtements à 5$ de qualité médiocre, rotation constante forcée par les tendances Instagram. Ciblage systématique des jeunes et des pauvres qui veulent “avoir l’air” à la mode. Pendant ce temps, les riches achètent des pièces de qualité qui durent vingt ans. Pure extraction des précaires vers les propriétaires de marques milliardaires. Bonus négatif : 10 % des émissions mondiales de carbone.

Programmes spatiaux gouvernementaux: 135 milliards de dollars (2024)

Les gouvernements mondiaux investissent massivement dans l’exploration spatiale pendant que des milliards de personnes manquent d’eau potable sur Terre.

Total annuel des flux parasitaires identifiés : 27,66 trillions de dollars

D’où vient cet argent

Ces 27,66 trillions ne tombent pas du ciel. Ils proviennent directement des citoyens ordinaires:

Secteur médical: primes d’assurance payées par employés et employeurs, impôts finançant systèmes publics de santé, paiements directs des patients, dettes médicales contractées par familles.

Secteur militaire: budgets de défense financés intégralement par impôts des contribuables.

Industrie de la viande: achats directs des consommateurs en épiceries et restaurants, subventions agricoles gouvernementales (encore nos impôts).

Tabac, alcool, casinos: achats directs des consommateurs, taxes d’accise gouvernementales.

Publicité: coûts incorporés dans le prix de tous les produits de consommation — vous payez la publicité chaque fois que vous achetez quelque chose.

Subventions pétrolières: budgets gouvernementaux financés par impôts des contribuables.

Beauté: achats directs des consommateurs — crèmes, cosmétiques, soins capillaires, parfums payés de nos poches.

Sport professionnel: achats de billets, abonnements télé sportifs, marchandisage — financés par les fans ordinaires.

Fast-fashion: achats compulsifs de vêtements jetables par les consommateurs, particulièrement les jeunes et les précaires.

Programmes spatiaux: budgets gouvernementaux financés par impôts.

Résultat: l’argent part des poches des travailleurs, transite par ces industries, et les profits extraits remontent vers les ultra-riches. C’est un système de pompage ascendant parfaitement organisé.

La concentration au sommet

Pendant que ces flux massifs circulent, une petite minorité accumule richesse sur richesse.

En 2024, les 2 769 milliardaires mondiaux possédaient une richesse combinée de 15 trillions de dollars. En une seule année, leur richesse a augmenté de 2 trillions — soit 5,7 milliards de dollars par jour.

Les dix hommes les plus riches ont gagné en moyenne 100 millions de dollars par jour en 2024. Même s’ils perdaient 99% de leur richesse du jour au lendemain, ils resteraient milliardaires.

Cette concentration de la richesse dans les mains de la classe des hyper-riches s’accélère. En 2023, il y avait 2 565 milliardaires. En 2024: 2 769. Soit 204 nouveaux milliardaires — presque quatre par semaine. À ce rythme, le monde comptera au moins cinq trillionaires d’ici une décennie.

Pendant ce temps, selon la Banque mondiale, le nombre de personnes vivant dans la pauvreté n’a pratiquement pas changé depuis 1990.

Ce qu’il faudrait réellement

Pour nourrir toute l’humanité (9 milliards de personnes) pendant un an: environ 9,9 trillions de dollars.

Pour loger décemment toute l’humanité pendant un an: environ 13,5 trillions de dollars.

Total nécessaire pour nourrir ET loger chaque être humain: 23,4 trillions de dollars par an.

Pas seulement les pauvres. Pas seulement les affamés. Tout le monde. Les 9 milliards d’humains. Nourriture et logement garantis comme droits universels. Le travail devient alors un choix — pour le plaisir, pour les voyages, pour le luxe — non plus une obligation de survie.

La réallocation possible

Première source: flux actuels gaspillés

Si nous réallouions simplement l’argent qui circule déjà dans des circuits destructeurs ou inutiles:

Médical iatrogène (70% de 11,18 trillions): 7,826 trillions Militaire: 2,7 trillions Viande industrielle: 1,43 trillions Tabac: 0,95 trillions Alcool: 1,8 trillions Casinos/jeux: 0,55 trillions Publicité: 0,775 trillions Subventions pétrolières: 7 trillions Beauté: 0,67 trillions Sport professionnel: 0,17 trillions Fast-fashion: 0,15 trillions Spatial: 0,135 trillions

Total disponible pour réallocation: 24,156 trillions de dollars

Deuxième source: contribution des ultra-riches

En estimant conservativement que les milliardaires génèrent 3–5% de rendement annuel sur leur richesse de 15 trillions, leurs profits nets monétisables se situent entre 450 et 750 milliards par an.

Leur gain réel de valeur nette en 2024 était de 2 trillions. Ce gain pourrait être capté par taxation appropriée sans toucher à leur capital existant.

Le calcul final

Besoins: 23,4 trillions

Réallocation flux actuels: 24,156 trillions

Surplus: 0,756 trillions (756 milliards)

La réallocation des flux parasitaires dépasse les besoins de 756 milliards. Nous n’avons même pas besoin de toucher à la richesse des milliardaires. Nous n’avons même pas besoin de prélever leurs profits annuels.

La simple réallocation des flux destructeurs existants suffit non seulement à nourrir et loger toute l’humanité, mais génère un surplus de trois quarts de trillion.

La démonstration est complète et brutale : l’argent existe, en abondance. Le problème n’est pas la rareté. C’est l’allocation.

La question n’est pas de savoir si nous avons les ressources

Nous les avons.

La question est: pourquoi choisissons-nous collectivement d’allouer 27+ trillions annuellement à:

Gérer des maladies chroniques perpétuelles plutôt que prévenir et guérir; Fabriquer des armes qui détruisent plutôt que des infrastructures qui construisent; Produire de la viande inefficacement plutôt que nourrir directement les humains; Détruire des poumons et créer des dépendances au tabac; Détruire des foies et des familles avec l’alcool; Ruiner des vies par le jeu pathologique; Manipuler les gens par la publicité pour créer des besoins artificiels; Subventionner massivement la destruction de l’habitabilité planétaire; Vendre l’insécurité corporelle aux femmes via l’industrie de la beauté; Enrichir quelques milliers d’athlètes d’élite pendant que les infrastructures sportives communautaires s’effondrent; Produire des vêtements jetables qui alimentent l’exploitation et la destruction environnementale; Explorer Mars plutôt que résoudre la misère terrestre; Permettre à 2 769 personnes d’accumuler 15 trillions.

Pendant que 735 millions ont faim, des millions vivent sur des décharges toxiques, et des millions d’autres travaillent en esclavage moderne ?

Un choix qui maintient délibérément l’humanité entière dans un système où la survie elle-même — se nourrir, se loger — reste conditionnelle au travail, à l’obéissance, à la participation à un système qui enrichit quelques milliers pendant que des milliards peinent.

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Prologue

BIBLIOGRAPHIE : QUAND LES PRÉDICTIONS RENCONTRENT LA RÉALITÉ Les futurologues optimistes KEYNES, John Maynard. “Economic Possibilities for our Grandchildren” (1930) Prédiction: En 2030, grâce aux gains de productivité, nous travaillerions 15 heures par semaine et consacrerions notre temps aux arts, à la culture, et au développement personnel. TOFFLER, Alvin. “The Third Wave” (La Troisième Vague, 1980) Prédiction: La société post-industrielle de l’information libérerait l’humanité du travail aliénant. L’automatisation créerait l’abondance et permettrait une civilisation des loisirs où le travail créatif remplacerait le labeur. RIFKIN, Jeremy. “The End of Work” (La Fin du Travail, 1995) Prédiction: L’automatisation rendrait le travail humain obsolète. Cette transition mènerait soit à une catastrophe sociale, soit à une société du temps libre si les gains étaient redistribués. ILLICH, Ivan. “Tools for Conviviality” (La Convivialité, 1973) et “Medical Nemesis” (Némésis médicale, 1975) Analyse critique: Contrairement aux optimistes technologiques, Illich avertissait que les institutions modernes — y compris médicales — deviendraient contre-productives, créant plus de problèmes qu’elles n’en résolvaient. Son concept d’iatrogénèse sociale reste central pour comprendre comment les systèmes censés nous servir nous asservissent. Ce qui s’est réellement produit Ils avaient tous raison sur un point: la capacité productive de l’humanité a explosé. Nous générons une richesse sans précédent historique. Les chiffres le démontrent: plus de 27 trillions de dollars circulent annuellement dans l’économie mondiale, largement suffisant pour garantir nourriture et logement à chaque être humain. Mais ils se sont tous trompés — sauf Illich qui pressentait le piège — sur un point crucial: l’allocation. La richesse n’a pas été partagée. Elle a été concentrée. Au lieu d’une civilisation des loisirs, nous avons obtenu:

  • 2 769 milliardaires possédant 15 trillions de dollars
  • 735 millions de personnes en insécurité alimentaire sévère
  • Maintien artificiel de la précarité pour forcer la participation au système
  • Création systématique de nouveaux besoins et dépendances (médicalisation excessive, insécurité corporelle manufacturée, obsolescence programmée)
  • Augmentation du temps de travail au lieu de sa diminution

L’erreur fondamentale des futurologues optimistes: ils ont assumé que les gains de productivité seraient automatiquement redistribués, que la rationalité économique mènerait naturellement à l’amélioration collective. Ils n’ont pas anticipé que le système capterait intégralement la richesse générée pour la concentrer au sommet, tout en maintenant délibérément la majorité dans un état de besoin perpétuel. L’abondance existe. Elle est simplement accaparée. Ce n’est pas un problème de production. C’est un problème d’allocation. Et l’allocation est un choix.


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