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Recherche de la Personne by Maurice Zundel Action, vol. 18, no. 10, October 1956, pp. 451–455.

Originally published in the Kataeb magazine ACTION, Maurice Zundel’s Recherche de la Personne is a hard-to-find essay, one that deserves to…

frontlebanon · 2025-08-25 17:00 · 0 claps · 9.7 min read
#theology #personalism #philosophy
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Recherche de la Personne

by Maurice Zundel Action, vol. 18, no. 10, October 1956, pp. 451–455.

Originally published in the Kataeb magazine ACTION, Maurice Zundel’s Recherche de la Personne is a hard-to-find essay, one that deserves to be read today as much as when it first appeared in October 1956. That is why I have retyped it here, to make it accessible again.

Recherche de la Personne is not a political treatise in the ordinary sense, but a spiritual meditation on what it means to be truly human.

In this essay Zundel confronts the tensions between authority and freedom. His reflections challenge totalitarian ideologies, insisting that authentic liberty is a duty rooted in responsibility, love, and interiority.

RECHERCHE DE LA PERSONNE

Par Maurice ZUNDEL

Le devoir de la liberté

Quand l’homme est fatigué d’être homme, il rêve de dictature et quête une dispense de vivre.

En l’absence d’une orientation spirituelle qui donnerait au travail, organiquement réparti entre corporations solidaires, un visage humain, en l’affaiblissement du sens des responsabilités sous le masque de l’anonymat, en la confusion inextricable de l’économique et du politique, de l’individu et de la personne, on conçoit sans peine qu’une volonté puissante et chargée de tout paraisse contenir une chance de salut.

Tout le problème est de savoir si la contrainte, nécessaire à certaines heures pour prévenir les excès d’une licence effrénée — et légitime dans ces limites — peut à elle seule fonder un ordre humain.

On ne saurait le nier avec trop de rigueur : la liberté est un devoir, l’autorité a justement pour mission d’en rendre possible l’avènement et d’en assurer la plénitude, en réduisant les servitudes matérielles qui paralysent son essor. L’autorité est comme un sacrement de liberté. On a cessé de le comprendre par avoir oublié qu’être libre c’est être maître de soi et non esclave de toutes ses fantaisies.

L’être, en effet, n’est pas amorphe. Il a un sens, une direction, et sa valeur ne se maintient et ne s’accroît qu’en l’accomplissement des exigences dont le faisceau constitue sa nature : toute liberté joue sur un fond de nécessité et les gestes même les plus gratuits ne laissent pas d’obéir à certaines convenances.

L’homme ne saurait donc conquérir son autonomie en refusant un ordre raisonnable, mais en devenant au contraire intérieur à lui pour le rendre intérieur à soi.

Les servitudes naturelles qui pèsent sur notre vie doivent être détendues, non par la révolte qui les aggrave, mais par l’Amour qui les réalise en les dépassant.

Ce n’est pas encore assez, en effet, de subir son travail, de faire son ouvrage en acceptant une contrainte inévitable, pour agir en homme. Autrement la machine l’emporterait sur nous. Il s’agit bien plutôt, à travers les nécessités qui conditionnent notre existence, de faire cette trouée de lumière qu’ouvre l’adhésion de l’âme à la pensée mystérieuse qui se joue dans l’univers.

Le monde, il est vrai, nous donne parfois l’impression du chaos, mais c’est sans doute que nous ne sommes pas encore assez silencieux pour entendre la divine mélodie qui faisait sourdre du cœur de François le Cantique du soleil.

Quoi que nous puissions connaître d’ailleurs du plan suivant lequel se déroulent les événements cosmiques, s’il l’homme est responsable, c’est qu’il a une réponse à donner : vous l’avez mis à la chaîne et vous me montrez les œuvres que vous avez faites avec sa servitude et votre orgueil. J’aimerais mieux des âmes libres et des visages illuminés par le sourire.

Une civilisation n’est haute par la qualité des monuments qu’elle forme et non par la hauteur des édifices qu’elle construit.

Si la liberté doit faire ses preuves avant d’atteindre sa maîtrise, encore faut-il qu’elle dispose d’une atmosphère qui n’annule point son effort. Et la société doit lui assurer ce climat indispensable à son développement. Elle ne peut évidemment accomplir là, à la place de l’individu, la décision intime qui conditionne l’épanouissement de sa personnalité, mais elle peut et elle doit créer une ambiance qui la favorise, en subordonnant rigoureusement toutes les ressources dont elle dispose à la primauté de l’esprit. Il n’existe pas pour autre chose, et la mission essentielle des hommes d’État consiste, précisément, à garantir, par des institutions appropriées, la pleine indépendance de cette vie intérieure, qui est l’unique trésor de l’humanité.

Les quelques chefs de gouvernements dont la parole compte, dont les décisions vont orienter le destin des nations, en sont-ils conscients, sont-ils prêts à se soumettre aux exigences de l’esprit, à sacrifier leur popularité, leur réélection, leur goût du pouvoir, leur bien-être, s’il le faut, à leur vie, comme des millions de jeunes l’ont fait sur leur commandement, pour qu’enfin la terre soit habitable et que l’homme ait le droit d’être humain ?

S’ils y sont résolus, ils seront assurément confrontés avec des problèmes difficiles ; il leur faudra proposer des réformes fondamentales et demander à leurs peuples, avec des sacrifices de prestige, certains renoncements qui pourront paraître onéreux, mais qui n’atteindront, en définitive, que les privilèges injustifiables d’une infime minorité. S’ils viennent au contraire, autour du tapis vert, comme mandataires d’intérêts particuliers, ils y apporteront des plans tout faits, d’apparence irréprochable, que les plus puissants imposeront aux plus faibles, en y ménageant juste ce qu’il faut d’omissions pour permettre le jeu des abus, et l’on aura découvert d’on ne sait quel mystère, auréolé des plus beaux sentiments généreux et complices, nous précipitera dans la prochaine guerre mondiale, où périront ces richesses mêmes, que l’on se flattait de sauver, et où la vie humaine, que l’on n’aura pas voulu sauver, sera soumise à de telles tortures que les survivants se demanderont si ce n’est pas un crime de mettre au monde des enfants destinés à de tels ou à de pires massacres.

Propriété personnelle et communautaire

L’animal est une vie sans issue : son existence dans le groupe et ses motivations sont commandées par ses instincts vitaux. C’est le biologique pur. Or l’homme ne saurait se réduire à une réalité exclusivement biologique. Ses dimensions sont complexes et toutes doivent le manifester et l’épanouir. Il doit dépasser le biologique, car il est tension vers un au-delà, bref transcendance. Cette transcendance qui arrache l’homme à son animalité définit sa dimension communautaire. Et il n’y a communauté que là où il y a amitié et amour. Si j’approfondis ma subjectivité par une espèce d’introspection attentive, je découvre ma solitude et dans cette solitude je fais l’expérience de l’humain, c’est-à-dire de cette exigence irrésistible de me donner aux autres par un acte de persévérante assistance. La solitude révèle à la fois mon isolement et ma socialité : par elle, je me sens communauté, mais communauté humaine.

Cette communauté humaine n’est donc ni ruche d’abeilles ni fourmilière. L’homme n’est pas un organe à quoi un organisme collectif confère une signification. Il n’est en tant que personne le support d’une valeur ; et une communauté personnaliste n’a point de réalité en tant que collectivité : la conscience collective est une illusion. La personne est la première et l’ultime réalité. La démocratie personnaliste est donc aussi éloignée d’un socialisme totalitaire que d’une démocratie personaliste fondée sur des structures idéales. Certains philosophes se sont déjà ingéniés à construire des Républiques idéales. Platon n’a-t-il pas écrit une « République » où trois classes composaient une société idéale ? Pour lui, artisans et laboureurs sont indispensables, qu’ils doivent fournir armes et nourriture à une armée composée d’athlètes de choix qu’organise une classe supérieure de magistrats philosophes. Aux plus beaux qu’on destinait les plus vaillants soldats, on destinait les plus belles femmes en vue d’une progéniture d’élite. Cette société où l’individu n’a de sens que dans et par le tout, où l’homme figure à une place que son physique lui assigne n’est qu’une collectivité que la force étouffe.

Or, on ne saurait, avec justice, imputer à la personne une responsabilité partielle. Dans une communauté où le droit se fonde sur la personne, la responsabilité de celle-ci doit être totale ou n’être pas. Un régime royaliste est par conséquent une monstruosité aussi bien qu’un régime de magistrats philosophes. Assumant toutes responsabilités, un dictateur devient irresponsable vis-à-vis de ses sujets, donc absurde dans une société communautaire. Une vraie société est celle où chacun se reconnaît totalement responsable, où il n’y a pas de dernier responsable. Or, ce qui me révèle ma dimension communautaire c’est mon élan vers l’intériorité lequel me permet d’approfondir ma solitude. Dans ma solitude personnelle je me sens comme entouré d’un halo de généralité, je me sens en rayonnement vers l’autre, et ce rayonnement est amour. La communauté, donc, n’existe que par la transcendance dont l’unique moteur est l’amour.

Si donc l’homme est ensemble personne et communauté, si la seule transcendance le soustrait au biologique pur et le personnalise, ce devoir demeure de favoriser son essor selon vers les vraies valeurs, et ce devoir incombe à chacun de nous. Les exigences vitales lient la personne à la matérialité. Estomac creux n’a pas d’oreille, dit-on ; ajoutons qu’estomac creux répugne à toute poésie aussi. La faim et la misère annihilent tout amour et toute transcendance, incitent les pauvres à haïr les riches. Il nous faut donc assouvir les besoins physiologiques de toute personne afin de lui permettre de manifester ses besoins proprement humains. On ne peut guère, sans hypocrisie, demander à un affamé d’avoir le culte de l’amour et de la générosité, le sentiment ne remplit pas l’estomac. L’homme doit assurer à tout homme une marge de sécurité matérielle ; et la propriété personnelle ne devra être qu’un « espace de sécurité mis au service d’un espace de générosité ».

Ce qui exclura toute division de la société communautaire. L’approfondissement de ma solitude manifestera mon identité aux autres solitudes. Dans ce sens, le Marxisme est une conception incomplète de l’homme. Il l’arrache à sa solitude pour le livrer à une solitude encore plus étrangère et plus écrasante : celle d’une collectivité déterminée qui s’épuise au travail et agonise dans la misère. Mais a-t-on le droit d’affirmer l’existence de deux humanités opposées, l’une malheureuse et l’autre heureuse, l’une asservie et l’autre jouissant dans l’oisiveté ? Non. Le Marxisme est une philosophie du désespoir qu’un faux christianisme a suscitée. Une solution urgente et pratique s’impose. Les mots seuls sont inefficaces. Seule l’action résoudra les difficultés où s’empêtre l’humanité d’aujourd’hui. Ni attitudes favorables, ni logomachies érigeant des châteaux en Espagne, mais reconnaissance de la personne humaine, et responsabilité totale par un recours immédiat à notre intériorité, par l’approfondissement de notre solitude.

Morale et politique

« Il est vain de songer à faire de la dignité humaine le suprême intérêt d’une nation, sans d’abord raisonnablement satisfaire les besoins matériels de tous et de chacun, de manière à ne pas permettre la mobilisation du désespoir contre la paix, intérieure ou extérieure, en donnant aux fauteurs de trouble la possibilité de se faire acclamer comme sauveurs.

Le pain d’abord. Celui d’aujourd’hui, celui de demain et de toute la vie, car la faim de l’humanité ne peut s’assouvir comme celle de la bête. La quiétude de ses viscères est empoisonnée par l’angoisse de son esprit. Il est assez engagé dans le temps pour subir la récurrence inexorable des besoins que le temps fait renaître ; il en est trop dégagé pour s’écouler au rythme du présent, pour s’identifier avec l’instant, sans songer au passé, sans anticiper l’avenir : un regard intemporel fait peser sur chaque moment tout le poids de sa durée. Son passé fournit à son avenir des arrières d’inquiétude qui menacent son présent et il ne peut se rassasier, aujourd’hui, si la famine lui est promise pour demain.

…ET TOUTES LES NÉCESSITÉS

Le pain d’abord, et toutes les nécessités dont il est le symbole : le vêtement, la maison, la famille, l’hygiène, le repos. À l’égard de ce minimum vital tous les hommes ont un droit égal et inaliénable. Et aucun titre de propriété ne saurait prévaloir contre son exercice réel, efficace, universel, en ayant égard, bien entendu, à la diversité des circonstances qui exigent plus ou moins pour obtenir le même résultat.

MAIS PAS SEULEMENT LE PAIN

Le pain d’abord, assurément, mais pas seulement le pain. Il est clair, en effet, que le rôle de l’intelligence ne peut se borner à exaspérer nos besoins matériels, en ruinant la sécurité du présent par l’incertitude de l’avenir, de telle sorte que nos nécessités physiques constituent notre unique horizon. Son pouvoir de « survoler » le temps vise, au contraire, à nous en affranchir, et révèle, tout ensemble, notre impuissance à ne pas enfermer dans la durée de notre aptitude à vivre de l’éternité. En exigeant que chacun soit assuré du nécessaire, ses prévisions ne tendent qu’à nous en épargner le souci, en nous permettant d’introduire, jusque dans la recherche du bien-être corporel indispensable, la gratuité et la liberté qui sont l’apanage de l’esprit, de telle sorte qu’en gagnant notre pain nous gagnions réellement notre vie. »

Le mysticisme patriotique

Les nations ne pourront jamais s’en étendre, si chacune s’érige en absolu, en voulant demeurer le seul arbitre de ce qui lui est dû, si chacune s’octroie le monopole du génie, de la sagesse ou de la vertu, si chacune oppose, aux ajustements requis par les circonstances, les exigences inflexibles de son honneur menacé.

Ce n’est pas que nous entendions méconnaître la valeur des nationalités ni le droit d’aucune d’entre elles à s’affirmer. Nous sommes, au contraire, résolument partisans de tout ce qui pourrait porter atteinte à leur intégrité. Nous considérons comme un bienfait inspiré que l’âme des nations se manifeste dans leurs richesses de langues et de coutumes, de visions et de différences. Mais nous sommes certains que le problème des minorités ne pourra se résoudre qu’en leur reconnaissant une autonomie suffisante pour qu’elles se sentent vraiment chez elles dans les organismes politiques plus vastes où elles sont comprises. Aussi bien, l’uniformité est-elle souvent, à notre sens, le plus sûr moyen de compromettre l’unité. Ce n’est donc pas par tiédeur envers les possibilités culturelles que chacune peut offrir, que nous refusons de reconnaître à aucune une valeur absolue et que nous repoussons le mysticisme patriotique autant que le mysticisme de classe, de régime, de race ou de parti : c’est simplement parce qu’il n’y a, pour nous, de culture qu’au service de l’esprit et de mystique que par rapport à Dieu.

Les droits des nations sont les droits de l’esprit : il n’y en a pas d’autres. Pour chacune, la seule ambition légitime est donc d’assurer, à chaque citoyen, le maximum de chances pour le plein développement de sa vie spirituelle, en préservant celle-ci de toutes les servitudes qui peuvent, du dehors, entraver sa liberté. Là, se termine l’œuvre de la cité, là est la fin de l’État, car le bien de l’homme est intérieur à l’homme et relève de cette création personnelle qui demeure le secret de la conscience.

« L’essentiel est que nous nous rencontrions tous dans la recherche et l’amour de la Vérité ; il n’est pas nécessaire que nous y parvenions par les mêmes chemins. »* — *Maurice Zundel

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