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Bo (5782) : Que signifie ce rite pour nous ?

Le message de l’agneau pascal pour notre génération

Et je te bâtirai sur le saphir · 2022-04-26 10:38 · 0 claps · 5.0 min read
#philon #pessah #pâques #thora #obs
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Bo (5782) : Que signifie ce rite pour nous ?

Le message de l’agneau pascal pour notre génération

Partie II — Le sacrifice de l’agneau pascal en tant que symbole de la naissance de la nation d’Israël

Philon d’Alexandrie, par André Thevet — André Thevet (1502–1509): Les vrais pourtraits et vies des hommes illustres grecz, latins et payens (1584)https://archive.org/details/lesvraispourtrai01thev, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=12233681

Philon d’Alexandrie, par André Thevet — André Thevet (1502–1509): Les vrais pourtraits et vies des hommes illustres grecz, latins et payens (1584)https://archive.org/details/lesvraispourtrai01thev, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=12233681

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2.1. La naissance d’une nation libre de prêtres

**Philon d’Alexandrie interprète le sacrifice de l’agneau pascal effectué sur le Mont du Temple par les Israélites comme étant un sacrifice de remerciement envers D.ieu en commémoration de nous avoir fait sortir d’Egypte, et d’avoir fait de nous des hommes libres¹. La liberté a été symboliquement acquise à Ghilgal, où les enfants d’Israël ont célébré leur première fête de Pesaḥ², et cet épisode a été choisi par nos Sages en tant que hafṭara du premier jour de Pesaḥ. Ghilgal, selon [Flavius Josèphe](https://fr.wikipedia.org/wiki/Flavius_Jos%C3%A8phe)**, est étymologiquement rattaché à la liberté³ :

*« L’endroit où Josué avait établi son camp fut appelé Galgala. Ce nom signifie libérant : car, ayant passé le fleuve, ils se sentaient désormais affranchis des maux éprouvés en Égypte et dans le désert. » (Antiquités judaïques, V, 1 : 11)*

Il se pose, désormais, dans notre esprit cette question : pourquoi nous avoir fait de nous des hommes libres en sortant d’Egypte ? D.ieu nous informera par la suite qu’il nous a fait sortir d’Egypte pour cette raison : « vous serez pour moi un royaume de prêtres et une nation sainte. » Or, il semble que le sacrifice de l’agneau pascal en Egypte a permis la constitution de cette nation de prêtres. En effet, comme l’explique Philon, tout le peuple, en faisant le sacrifice de l’agneau pascal, sont devenus comme des prêtres :

« […] à la Pâque dont il est question ici, tout le peuple est honoré du sacerdoce, car tous agissent pour eux-mêmes dans l’accomplissement du sacrifice. Pour quelle raison ? Parce que, en premier lieu, c’était le début de ce genre de sacrifice, les Lévites n’ayant pas encore été élus à la prêtrise, et un temple pas érigé. Et en second lieu, parce que le Sauveur et Libérateur, qui seul conduit tous les hommes à la liberté, les a jugés (tous) également dignes de participer au sacerdoce et aussi à la liberté, puisque tous ceux qui étaient de la même nation avaient témoigné d’égale piété […] En troisième lieu, parce qu’un temple n’avait pas encore été construit. Il montra que la cohabitation de plusieurs bonnes personnes dans la maison était un temple et un autel, afin que dans les premiers sacrifices de la nation personne ne se trouvât avoir plus qu’un autre. En quatrième lieu, il jugea juste et convenable qu’avant de choisir les prêtres particuliers, il accordât le sacerdoce à toute la nation, afin que la partie soit ornée par le tout, et non le tout par une partie — surtout l’élément populaire. Et Il a permis à la nation, comme la toute première chose à faire, de préparer de ses propres mains et d’abattre le sacrifice de la soi-disant Pâque (comme) le commencement des bonnes choses. Et Il a décidé qu’il n’y a rien de plus beau que le fait que le culte divin soit accompli par tous en harmonie. Et aussi que la nation puisse être un exemple archétypal pour les gardiens du temple et les prêtres et ceux qui exercent le grand sacerdoce dans l’accomplissement des rites sacrés. » (Philon d’Alexandrie, Quaestiones et solutiones in Exodum, I : 10 [traduit à partir de la traduction en anglais proposée par Ralph Marcus (1953)]).

Ainsi, de manière symbolique, selon Philon, les demeures des Hébreux sont devenues comparables à des autels sur lesquels on pouvait apporter des sacrifices. Répandre le sang sur les poteaux et le linteau des portes des maisons devient un acte tout à fait semblable à celui de répandre le sang des sacrifices sur l’autel. Alors, à l’instar Philon, nous pouvons comprendre que l’ordre d’avoir recours à un agneau ne présentant aucun défaut comme correspondant à l’exigence d’apporter des sacrifices ne présentant aucun défaut physique à D.ieu. De plus, la période d’attente entre le 10 et le 14 Nisan pourrait être compris, d’après Philon, comme étant une période de préparation spirituelle pour les enfants d’Israël, afin qu’ils puissent accomplir l’acte du sacrifice avec attention et dans la pureté, et non dans la précipitation.

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Références bibliographiques et notes additionnelles

[1] De specialibus legibus, II, XXVII : 146 ; et Quaestiones et solutiones in Exodum, I : 4.

[2] Josué 5 : 10.

[3] Le Rav Zadoc Kahn explique que Ghilgal vient du mot gallothy, qui signifie « j’ai fait rouler », du fait que, en ordonnant la circoncision des enfants d’Israël à cet endroit, D.ieu a « fait rouler » (écarté) ce qu’Il appelle « l’ignominie de l’Egypte ». Il est indéniable qu’il s’agit de l’explication du pešaṭ. Néanmoins, comme nous le verrons, l’explication proposée par Flavius Josèphe ne paraît pas si inappropriée si nous replaçons les évènements de Ghilgal dans leur contexte.

[4] Exode 19 : 6 (traduction libre)

[5] Quaestiones et solutiones in Exodum, I : 12.

[6] Cette idée selon laquelle les maisons des Israélites en Egypte sont devenues comme des autels est également évoquée par Rav Yosef (Talmud Bavli, traité Pesaḥym, 96a), qui pense qu’il y avait trois autels en Egypte : le linteau des portes et les deux poteaux. En fait, le Rav Samuel Belkin (Philo and the Oral Law, p. 61–65) montre que, sur ce point, Philon est globalement en accord avec les Thanaʾym (les docteurs de la Mishna). En effet, eux également pensaient que tout le peuple devait sacrifier l’agneau pascal lui-même, et chacun apportait un couteau au Temple pour accomplir cet acte. Seulement, seul le prêtre pouvait répandre le sang, comme il est écrit : « Ils se tinrent à leur place selon leur règle, conformément à la loi de Moïse, homme de D.ieu ; les prêtres versaient le sang que leur passaient les Lévites. Car il y en avait beaucoup dans l’assemblée qui ne s’étaient point sanctifiés, et les Lévites étaient chargés d’immoler les sacrifices pascaux pour tous ceux qui n’étaient pas purs, afin de les consacrer à l’Éternel. » (II Chroniques 30 : 16–17). Ce passage est sans doute une bonne base scripturaire pour montrer que, symboliquement, la nation entière d’Israël est devenue comme des prêtres en Egypte pour accomplir le sacrifice de l’agneau pascal et pour répandre le sang sur leurs autels : les poteaux et le linteau de leurs demeures. Le Rav Pr. Yonathan Grossman (dans son article “The Korban Pesach — Sacrifice or Feast?”, sur le site de la yeshiva de Har Etzion : https://torah.etzion.org.il/en/korban-pesach-sacrifice-or-feast) explique que le fait que les demeures des Israélites soient devenues comme des autels peut nous permettre de comprendre (1) l’interdiction de retirer la viande de l’agneau pascal de la maison (Exode 12 : 46) puisqu’il est interdit de retirer la viande de l’autel avant sa consommation effective ; (2) l’interdiction de consommer du ḥâméṣ pendant la fête de Pesaḥ car il est interdit d’apporter du ḥâméṣ sur l’autel (voir Lévitique 2 : 11–12) ; (3) l’obligation de consommer de la maṣṣa avec la viande de l’agneau pascal, du fait que les sacrifices étaient souvent offerts avec des maṣṣoth ; et (4) la prescription de rôtir la viande de l’agneau pascal dans sa maison peut être liée au fait que les sacrifices étaient consumés sur l’autel.

[7] Quaestiones et solutiones in Exodum, I : 7.

[8] Ibid. : 2.

[9] Philon compare le fait de s’abstenir de rentrer en contact avec l’impureté durant cette période à l’interdiction d’entrer sur le parvis du Temple sans s’être lavé les pieds.


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