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Emmanuel Macron, le roi têtu

Un gâcheur d’opportunité historique

Savinien · 2026-02-12 11:36 · 0 claps · 5.5 min read
#emmanuel-macron #néolibéralisme #égocentrisme #france #citoyenneté
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Emmanuel Macron, le roi têtu

Un gâcheur d’opportunité historique

Emmanuel Macron n’est pas un criminel de guerre. Ce qu’on peut dire de lui n’a rien à voir avec ce qu’on a écrit sur Vladimir Poutine. Mais c’est précisément parce qu’il incarne une catégorie radicalement différente qu’il a une place ici : celle des démocrates gâcheurs d’opportunités historiques.

Cette catégorie a deux visages.

Le premier est aimable. C’est celui d’un leader élu, à durée de mandat limité, dirigeant d’un pays ayant une politique sociale qu’il s’engage à défendre, comme il s’engage à stimuler l’économie dans le souci de développer l’emploi, la croissance et le bien-être de ses concitoyens. Vous n’approuvez pas ses idées, ou ses méthodes ? Il a été élu, c’est ça la démocratie.

Le second est flou. C’est le visage d’un type qui accède au pouvoir à une époque dangereuse, et qui au lieu de mettre sa jeunesse, son dynamisme et son intelligence au service d’une politique inventive à la hauteur de défis d’ampleur inédite se complait dans des recettes d’un autre temps. Dans les grands périls, les mauvais hommes aux mauvais endroits pourrissent la situation. Ils empêchent les manœuvres hardies et font perdre leur camp.

Le moment était exceptionnel.

Mai 2017. Emmanuel Macron arrive au pouvoir dans un contexte inédit. Au niveau mondial : dérèglement climatique désormais indéniable, raréfaction des ressources énergétiques et dérive de la finance — illustrée quelques années plus tôt par la crise des subprimes. Au niveau français : morosité économique dans une Europe elle-même atone, institutions grippées et montée inexorable de l’extrême droite. Les tensions nationales et internationales allaient manifestement s’accentuer. On entrait dans une crise historique inédite, questionnant l’humanité tout entière.

Emmanuel Macron était jeune, semblait pouvoir être transgressif, renverser les barrières partisanes, faire travailler ensemble les compétents de tous bords. Il bénéficiait d’un capital politique exceptionnel : élu avec 66% des voix, il disposait d’une large marge de manœuvre et d’une attente collective de renouveau.

Ce dont la France avait besoin à ce moment précis, ce n’était pas d’un homme providentiel qui connaît par avance les solutions, qui protège ou rassure. C’était d’un dirigeant capable d’écoute, de respect scrupuleux des institutions et de langage de vérité, enclenchant une dynamique collective permettant de prendre des décisions difficiles. À une époque où le profit et la captation des richesses font partie du problème, on avait aussi besoin d’exemplarité dans le rapport à l’argent et au pouvoir.

Ce qu’il aurait pu faire.

Disposant des pouvoirs étendus que donne la Constitution française au Président de la République, Mr Macron aurait pu les utiliser pour lancer deux chantiers :

D’abord, un diagnostic national trans-partisan sur les défis de notre temps : crise climatique, économique, financière, énergétique, disparition progressive du travail humain, accroissement des inégalités, vieillissement, délitement du système de santé… Sans diagnostic clair, impossible d’explorer les pistes de traitements, de dégager les priorités et de permettre à tous de prendre conscience des efforts nécessaires. Le problème de notre époque, c’est qu’on propose des solutions idéologiques sans nommer la maladie autrement que par ses symptômes convenus (“baisse du pouvoir d’achat”, “croissance en berne”, “immigration”) qui ne disent rien des problèmes de fond.

Ensuite, analyser les limites de nos institutions : comment relever ces défis et prendre des décisions difficiles tout en renforçant la république ? En quoi notre pratique actuelle n’est-elle pas assez démocratique, quelles solutions pour que ça s’améliore, et quels garde-fous pour ne pas re-dériver ? Pourquoi les partis, expression du peuple selon notre constitution, sont-ils devenus des obstacles ? Comment choisir des représentants sincèrement préoccupées par l’intérêt collectif, plus que par leur destin personnel ?

On parle ici de chantiers sérieux, pas de débats pour occuper le peuple, comme l’a été le “Grand Débat” organisé à la va-vite pendant la crise des Gilets Jaunes. Des questions précises soigneusement préparées par des personnalités indépendantes irréprochables, des échanges ouverts, méthodiques, équilibrés, organisés et productifs… Un long travail à l’issue duquel on aurait pu soumettre aux citoyens la validation par référendum d’une liste de défis prioritaires et de pistes à travailler pour y faire face. Le but n’étant pas d’approuver des réformes bâclées, mais de dégager les priorités nationales et les grandes lignes sur la façon de s’organiser pour les résoudre.

Imaginez la dynamique dont auraient pu bénéficier les futurs parlementaires et ministres : une feuille de route transpartisane… une incitation à explorer des pistes audacieuses… Imaginez la force qu’un tel mandat aurait pu donner à nos représentants pour porter la voix de la France à l’extérieur…

Ce qu’il a fait à la place.

Mr Macron a profité de la dynamique sur laquelle il avait surfé — le rejet des partis — pour imposer sa vision personnelle : une “politique de l’offre” néolibérale avec une touche de social “à la française”, assez classique. Il a renforcé jusqu’à la caricature la lecture “présidentialiste” de la Constitution française qui permet de concentrer les pouvoirs. Il a lancé quelques initiatives censées être participatives — conventions citoyennes, “Grand Débat national” — qui n’ont abouti à rien de concret et ont donc décrédibilisé un peu plus la parole politique.

Il s’est entêté à résoudre seul une équation impossible : comment concilier la protection sociale française avec un système néolibéral qui gouverne le monde et avec une crise économique et énergétique mondiale qui plombe l’économie ? Résultat : le déficit public français est passé de 2,3% du PIB en 2018 à 5,8% en 2024 — la plus forte augmentation de la zone euro. Les voisins connaissent les mêmes problèmes : vieillissement, Covid, guerres, crise énergétique et contexte international morose… Mais la France, sous l’impulsion d’un homme, s’est embourbée dans l’ornière de la dette.

La dissolution de l’assemblée nationale de juin 2024 qui a stupéfié les français a-t-elle été le fruit d’un calcul politicien aventureux — un écran de fumée avant que le débat budgétaire ne mette en lumière un déficit embarrassant — ou d’une impulsivité navrante à ce niveau de l’état ? Qu’importe la réponse, les deux hypothèses sont également tristes.

Le front républicain.

Lors des élections législatives résultant de cette improbable dissolution, les résultats du 1er tour faisaient craindre une victoire du Rassemblement National, un parti classé à l’extrême droite. Contre toute attente, le raz de marée attendu ne s’est pas produit.

Depuis 1997, le score de l’extrême droite au premier tour des élections françaises monte inexorablement. Mais au second tour, une partie des électeurs se rallie par défaut à un candidat éloigné de leur camp pour éviter que l’extrême droite arrive au pouvoir. On appelle cela le “front républicain”. L’expression est mauvaise — dire à certains électeurs qu’ils sont “anti-républicains” est une faute politique qui renforce leur sentiment d’exclusion et nourrit le vote protestataire — mais le message envoyé est clair — “ je vous rejoins malgré nos divergences : tenez en compte”.

Jacques Chirac, après avoir spectaculairement bénéficié du “front républicain” en 2002, a poursuivi une politique partisane. Emmanuel Macron a fait la même chose en pire. En pire, parce que l’époque a changé, le mécontentement s’est aggravé et l’attitude rassembleuse aurait dû être exemplaire. Au lieu de cela, il s’est entêté dans l’affirmation du bien-fondé de ses convictions personnelles. Résultat : un Président discrédité à l’intérieur qui ne peut plus avoir aucun poids à l’extérieur. Un budget 2026 voté dans la souffrance et qui n’exprime aucun cap. Et des sondages qui donnent l’extrême droite largement gagnante aux prochaines élections nationales.

Le bilan.

Emmanuel Macron laissera derrière lui un pays plus fragmenté, plus endetté, plus proche que jamais de basculer à l’extrême droite. Il laissera dix années charnières gâchées au moment précis où la France et l’Europe avaient besoin d’une refondation démocratique pour affronter les défis du siècle.

S’il est un roi têtu, c’est aussi avec la complicité de nos médias. La presse lui applique le traitement qu’elle applique à tous les dominants : un mélange de critiques sans complaisance et d’omniprésence imposée. Son image, ses propos, ceux de son entourage saturent l’espace public. Sa communication est parfaitement intégrée au le monde du spectacle néolibéral. Et l’intelligence qui consisterait à inventer une nouvelle façon d’organiser la vie publique reste inaudible au milieu de cette farce.

Frères et sœurs de France et du monde : unissons-nous contre les hyperactifs qui se rêvent un destin d’homme providentiel.

La semaine prochaine : Donald Trump, l’empereur du carnaval


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