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đŸ‡«đŸ‡· Corps non conformes au mode d’emploi

Maladie, altérité, inadéquation

Ɓukasz Ratajczak · 2025-10-30 08:01 · 0 claps · 10.2 min read
#essai #honte #tendresse #intimité
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đŸ‡«đŸ‡· Corps non conformes au mode d’emploi

Maladie, altérité, inadéquation

Partie I. Le manuel de l’incompatibilitĂ©

« Mon corps est un laboratoire social. »

(Paul B. Preciado, Testo Junkie)

Marseille. Salle d’attente, cabine impersonnelle, lumiĂšre crue dans les yeux, chaises alignĂ©es comme sur une photo de catalogue — et pourtant, ici, tout semble usĂ©, Ă©rodĂ© par l’usage quotidien. L’air sent le gel antiseptique, la poussiĂšre et la sueur. Dans ma main, un ticket avec mon nom — encore une fois, les prĂ©noms inversĂ©s. J’essaie de m’expliquer au guichet, mais la fonctionnaire fait un geste : « Le systĂšme va vous retrouver, ne vous inquiĂ©tez pas. »

À l’intĂ©rieur, il fait froid. Le bruit des portes rĂ©sonne contre les murs comme un Ă©cho qui ne revient jamais. J’entre dans le cabinet sur la dĂ©fensive, dĂ©jĂ  armĂ© d’une stratĂ©gie de communication. Mon français est correct, mais chaque fois qu’il s’agit du corps, les mots me manquent.

  • OĂč avez-vous mal ?

Je ne sais pas comment dĂ©crire une douleur qui est Ă  la fois lieu et mĂ©moire, Ă  la fois corps et honte. Je commence par le technique : « le bras », puis j’essaie d’ajouter quelque chose sur la fatigue, mais je lis dĂ©jĂ  dans les yeux du mĂ©decin une impatience familiĂšre — extraire le cas du rĂ©cit, Ă©viter tout contexte. Je tente une nouvelle approche, je cherche d’autres mots, je dĂ©cris un symptĂŽme
 mais j’ai l’impression d’entrer dans un mode d’emploi Ă©tranger. Le mĂ©decin clique, demande des infos sur la famille, les allergies, les antĂ©cĂ©dents mĂ©dicaux. Les mots m’échappent, glissent dans la traduction. Mon corps — objet, dossier, numĂ©ro de SĂ©curitĂ© sociale.

Preciado Ă©crivait : « Mon corps est un laboratoire social. » Parfois, j’ai l’impression que le mien n’est qu’un cas Ă  signaler, une statistique Ă  intĂ©grer dans un systĂšme. Le cabinet mĂ©dical est un lieu oĂč l’individualitĂ© fond — la douleur devient symptĂŽme codĂ©, l’angoisse : paramĂštre, la peur : protocole.

L’incomprĂ©hension commence dĂ©jĂ  dans la langue. Je parle trop bas, j’utilise le mauvais temps verbal, j’oublie le nom d’un mĂ©dicament. Le mĂ©decin ne demande pas le contexte, seulement l’intensitĂ© de la douleur. Le langage du corps n’existe pas dans ce systĂšme oĂč chaque mot doit entrer dans une case. J’essaie d’ajouter : « cette douleur revient dans les moments de stress », mais je comprends aussitĂŽt que cette phrase n’a pas sa place dans un formulaire.

Je sors du cabinet avec le sentiment d’ĂȘtre illisible — intraduisible. Pourtant, sur le papier, tout est en rĂšgle : l’ordonnance, la signature, le rendez-vous de contrĂŽle. Mais Ă  l’intĂ©rieur, il reste un vide Ă©trange. Qui suis-je pour le systĂšme de santĂ© ? Un ensemble d’indicateurs, un cas Ă  traiter, non Ă  comprendre.

Marseille regorge de ces corps — Ă©trangers, queer, hors catalogue. Ce n’est pas seulement la langue qui rĂ©siste, mais aussi le genre, l’apparence, l’accent, la dĂ©marche. Chaque dissonance est un obstacle de plus, chaque diffĂ©rence gĂ©nĂšre questions ou impatience.

Les systÚmes nous lisent à travers des normes, des statistiques, des procédures. Jamais ils ne demandent comment on vit dans un corps qui ne rentre dans aucun moule.

Je pense Ă  d’autres textes, d’autres voix. Anne Boyer Ă©crivait : « Le corps est un archive d’erreurs mĂ©dicales. » Chaque visite devient une nĂ©gociation : jusqu’à quel point puis-je rester moi-mĂȘme, et Ă  partir de quand ne suis-je plus qu’un cas sans description prĂ©vue ?

Je me demande :

Peut-on ĂȘtre soi-mĂȘme quand on est seulement un « cas clinique » ?

Dans un systĂšme qui me reconnaĂźt par un code, un numĂ©ro, une catĂ©gorie, est-il possible d’avoir un corps qui n’appartient qu’à soi — intraduisible, inclassable, hors manuel ?

Ou bien est-ce justement dans cette inadĂ©quation que se cache une libertĂ© discrĂšte — ĂȘtre illisible pour le systĂšme, mais sauvĂ© pour soi-mĂȘme ?

Partie II. La honte a une température

« Le corps n’est pas ce que nous en faisons, mais ce qu’il devient dans le regard des autres. »

(Jean-Luc Nancy, Corpus)

La piscine municipale, en pĂ©riphĂ©rie de Marseille, sent le chlore, la sueur, et l’enfance des autres. Je suis assis sur un banc dans le vestiaire, habillĂ© trop longtemps, comme toujours, espĂ©rant que la foule se disperse. Le carrelage est froid, les dalles mouillĂ©es collent sous les pieds, la lumiĂšre est trop blanche pour dissimuler quoi que ce soit. Mes doigts serrent la serviette trop fort, comme si elle pouvait me protĂ©ger de ce qui va forcĂ©ment arriver : se dĂ©shabiller jusqu’à la peau, exposer son corps au regard public.

La honte dans ces lieux-lĂ  n’a pas d’ñge. Elle remonte Ă  l’enfance, Ă  Varsovie : les vestiaires de l’école primaire, les douches aprĂšs le sport, le claquement des casiers en mĂ©tal. Les autres garçons Ă©taient plus rapides, plus forts, leurs corps plus fluides dans le mouvement. Moi, je restais toujours Ă  l’écart, comme si ma honte avait une tempĂ©rature — les joues en feu et un froid mordant sous les pieds. Le pire, c’était le regard des autres : jugeant, distrait, parfois cruel dans son silence. Nancy a Ă©crit que « le corps n’est pas ce que nous en faisons, mais ce qu’il devient dans le regard des autres. » Pendant des annĂ©es, je n’ai vu en moi qu’un inventaire d’erreurs : trop pĂąle, trop maigre, trop indĂ©fini.

Aujourd’hui, la piscine de Marseille n’est qu’un Ă©cho de ces scĂšnes passĂ©es, mais les mĂ©canismes, eux, n’ont pas changĂ©. Je retire mes vĂȘtements, les pose sur le banc, j’observe mon corps Ă  distance — comme s’il appartenait Ă  un autre. Ici une cicatrice, lĂ  une courbe, ailleurs des poils qui n’étaient pas lĂ  avant, une tache d’étĂ©. Chaque dĂ©tail prend une nettetĂ© excessive, comme si la lumiĂšre du vestiaire Ă©tait l’Ɠil de quelqu’un capable de nommer toutes mes imperfections. Un corps qui ne correspond Ă  aucun mode d’emploi — ni mĂ©dical, ni social.

Je pĂ©nĂštre dans l’eau avec un sentiment de soulagement : c’est le seul endroit oĂč l’on peut devenir flou, diffus, sans contours. L’eau accueille le corps tel qu’il est, sans juger, sans poser de questions, sans Ă©tiqueter. Mais mĂȘme lĂ , sous la surface, la mĂ©moire de la honte persiste. Chaque sortie du bassin, chaque retour au vestiaire est une remontĂ©e vers ces carreaux froids, ce regard trop perçant, trop impuni.

La honte enseigne la vigilance, mais aussi l’auto-surveillance — celle qui ne permet jamais d’oublier son corps, mĂȘme un instant. Je sais comment cacher mes mains, comment me tenir pour masquer, comment feindre l’assurance, mĂȘme quand tout en moi tremble. Le corps devient un champ de rĂ©sistance : chaque dĂ©shabillage est un geste d’exposition au jugement, chaque refus — une tentative de prĂ©server sa propre sensibilitĂ©.

Parfois, je pense Ă  la honte comme Ă  une chaleur qu’on pourrait transformer en tendresse envers soi-mĂȘme. Peut-ĂȘtre qu’en touchant ces endroits avec plus de douceur, je cesserai d’ĂȘtre aussi dur envers moi. Peut-ĂȘtre qu’en regardant mon corps non pas Ă  travers le prisme du regard des autres, mais Ă  travers mes propres mains — j’y dĂ©couvrirai quelque chose de digne d’ĂȘtre acceptĂ©. L’eau enseigne la douceur, peut-ĂȘtre est-ce pour cela que j’y reviens si souvent.

Peut-on transformer la honte en tendresse envers soi-mĂȘme ?

Peut-on choisir son corps, mĂȘme si lui ne nous a pas choisis ?

Ou peut-ĂȘtre que la honte, si elle ne devient pas un piĂšge, peut ĂȘtre la premiĂšre Ă©tape vers une relation Ă  soi-mĂȘme, oĂč il ne faut plus ĂȘtre parfait — juste prĂ©sent, mĂȘme si ce n’est qu’au bord du bassin, les doigts crispĂ©s sur une serviette.

Partie III. Les micro-violences du quotidien

« Le corps est un champ de bataille. »

(Judith Butler)

Marseille, fin d’aprĂšs-midi. Le tramway est plein Ă  craquer. Je reste assis, le tĂ©lĂ©phone Ă  la main, essayant de dissimuler la fatigue qui s’étale dans mon corps comme une brume trop dense. Louis appelle.

  • Tu as l’air Ă©puisĂ© — dit-il avant mĂȘme que je parle. — Tu as dormi un peu, cette nuit ?

Dans sa voix, il n’y a pas de mĂ©chancetĂ©. C’est plutĂŽt une tendresse devenue habitude, un rĂ©flexe appris avec la proximitĂ©, cette proximitĂ© qui, parfois, cesse d’ĂȘtre douce et devient un instrument de pouvoir. Je rĂ©ponds trop vite, sur la dĂ©fensive. Je me justifie de mon propre corps. Puis je passe les minutes suivantes Ă  dissĂ©quer cet Ă©change : Ă©tait-ce une simple remarque, un reproche, ou le signe que je me suis laissĂ© aller un peu trop ?

La micro-violence n’a pas de manifeste. Elle se faufile : dans un ton, dans un regard, dans une phrase anodine. « Tu as pris du poids ? », « Tu as quelque chose sur le visage », « Cette chemise ne te va pas. » Ce ne sont pas des attaques ouvertes, mais de minuscules blessures qui ne laissent pas de trace visible. Elles s’accumulent pourtant dans le corps, jusqu’à former une nouvelle couche de peau — plus dure, moins sensible, toujours prĂȘte Ă  se dĂ©fendre.

Judith Butler Ă©crivait : « Le corps est un champ de bataille. » Longtemps, j’ai cru que cela signifiait une lutte contre le systĂšme, les normes, ce qui vient de l’extĂ©rieur. Aujourd’hui, je comprends que le champ de bataille, c’est aussi la maison, le couple, la relation la plus proche. Chaque phrase, chaque jugement, chaque remarque, mĂȘme dite avec bienveillance, peut atteindre un endroit oĂč le corps garde dĂ©jĂ  d’anciennes cicatrices : la honte, la peur, l’ironie apprise.

Les moments les plus difficiles sont ceux oĂč je me dis que je ne devrais pas y penser. « Il dit ça par souci pour toi », « il veut ton bien », « il est juste fatiguĂ©. » Mais le corps, lui, ne comprend pas les rationalisations. Le corps se souvient de tout : le regard du professeur Ă  l’école primaire, la remarque d’une mĂšre sur le dos voĂ»tĂ©, le sourire d’un camarade qui a effleurĂ© mon Ă©paule en disant : « Avec toi, il faut toujours faire attention, tu es si fragile. »

La violence du langage dans l’intimitĂ© agit lentement — non pas dans l’explosion, mais dans la rĂ©pĂ©tition. Plus on est liĂ© Ă  quelqu’un, plus ses mots deviennent votre voix intĂ©rieure. À force, on n’a plus besoin d’un critique extĂ©rieur : on le porte sous la peau, on se parle Ă  soi-mĂȘme avec ses phrases.

Je me demande : peut-on exister hors du regard des autres ? Peut-on retrouver un corps qui, pendant des annĂ©es, n’a Ă©tĂ© que le projet de quelqu’un d’autre — d’un partenaire, d’une famille, d’une sociĂ©tĂ© ?

Peut-ĂȘtre la seule issue est-elle d’apprendre Ă  reconnaĂźtre la micro-violence avant qu’elle ne devienne censeur intĂ©rieur — et lĂ , poser une limite, choisir soi, ne serait-ce que par un geste : enfiler encore une fois cette chemise qu’on aime, malgrĂ© tout ce qu’on en dit.

Le corps est un champ de bataille, mais il peut aussi ĂȘtre un lieu de rĂ©sistance.

Peut-on exister en dehors du regard des autres ?

Peut-ĂȘtre pas tout Ă  fait.

Mais on peut essayer — en choisissant chaque jour, dans les dĂ©tails les plus infimes, soi-mĂȘme plutĂŽt que les attentes des autres.

C’est peut-ĂȘtre la forme la plus silencieuse, et la plus essentielle, de la tendresse.

Partie IV. L’amour pour les dissonants

« Il y a une fissure en toute chose, c’est par lĂ  que la lumiĂšre entre. »

(Leonard Cohen, Anthem)

SoirĂ©e Ă  Marseille. La fenĂȘtre est entrouverte, l’air reste tiĂšde mĂȘme aprĂšs le coucher du soleil. Louis s’allonge prĂšs de moi, effleure mon Ă©paule, caresse l’aspĂ©ritĂ© de mon coude, sans poser de question. Je connais ce geste — doux, prĂ©cautionneux, et pourtant sĂ»r de lui. Il contient une forme de consentement : Ă  mon corps tel qu’il est, Ă  chaque cicatrice, chaque pli, chaque manque et chaque excĂšs. Pendant des annĂ©es, j’ai redoutĂ© cette intimitĂ© : l’exposition de zones que les autres ont transformĂ©es en objet de honte, de moquerie, ou d’indiffĂ©rence.

Cette fois, c’est diffĂ©rent. Louis ne me regarde ni avec pitiĂ©, ni avec curiositĂ©, mais avec affirmation. Je lis dans ses yeux un sourire qui contient tout : une tendresse pour ma peau, une admiration pour mes cicatrices, une acceptation de l’asymĂ©trie qui, autrefois, me faisait le plus mal.

Cohen chantait : « Il y a une fissure en toute chose, c’est par lĂ  que la lumiĂšre entre. »

Je commence Ă  comprendre que ces fissures ne sont pas des dĂ©fauts, mais des ouvertures. C’est par elles que passe la lumiĂšre — d’abord celle de la tendresse, puis celle de l’amour.

L’intimitĂ©, dans cette relation, ne consiste pas Ă  nier les « imperfections », mais Ă  les inviter Ă  partager l’espace. Je dĂ©couvre en moi une volontĂ© nouvelle : ne plus cacher mon corps dans la pĂ©nombre, ne plus le protĂ©ger du toucher, ne plus m’excuser de ma diffĂ©rence. L’amour pour les dissonants est comme un nouvel alphabet — il m’apprend une autre langue du contact, oĂč chaque endroit du corps peut ĂȘtre aimĂ©, mĂȘme ceux que la honte habitait depuis toujours.

Ici, il ne s’agit pas de rĂ©parer, de guĂ©rir, ou de retrouver une normalitĂ©. Il s’agit d’ĂȘtre lĂ , ensemble, dans toute l’étendue de l’expĂ©rience. Louis ne m’aime pas malgrĂ© — il m’aime grĂące Ă . GrĂące Ă  mes fragilitĂ©s, mes peurs, mes rĂ©cits de maladie, mes moments de faiblesse. Chaque rencontre entre nous est un peu une fĂȘte, un peu une routine, un peu un acte de courage — celui de rester auprĂšs de quelqu’un qui ne rentre dans aucun manuel.

Le corps comme lieu de rencontre — ni parfait, ni indemne, mais vrai. Ce qui ne figure pas dans les instructions devient ici un passage pour la lumiĂšre. Je me permets la faiblesse, l’inconfort, les larmes qui ne sont plus des motifs de honte, mais des invitations Ă  la proximitĂ©. L’amour pour les dissonants est un acte politique, mais avant tout une intimitĂ© — un murmure paisible : « tu es suffisant. »

Un amour peut-il ĂȘtre vrai s’il n’englobe pas tout ce que nous sommes ?

Peut-on ĂȘtre vraiment proche de quelqu’un en laissant des morceaux de soi Ă  l’extĂ©rieur ?

Ou peut-ĂȘtre que l’amour le plus profond est celui qui inclut aussi les fissures — car c’est par elles que la lumiĂšre entre, rĂ©vĂ©lant l’autre dans sa totalitĂ©, dans son inadĂ©quation au monde.

Peut-ĂȘtre que c’est pour les dissonants que l’amour a le plus de place.

đŸ‡«đŸ‡· À la lectrice, au lecteur francophone

Le prĂ©sent essai, Ă©crit par Ɓukasz Ratajczak, est une mĂ©ditation profondĂ©ment personnelle sur la corporĂ©itĂ©, la honte, la marginalitĂ© et l’amour queer. Mais c’est aussi, dans sa forme, un texte intimement liĂ© Ă  une culture linguistique, affective et historique — celle de la jeunesse polonaise grandie dans les annĂ©es postcommunistes, et celle d’un expatriĂ© vivant aujourd’hui Ă  Marseille, en couple avec un Français.

Certains Ă©lĂ©ments du texte original s’enracinent dans des rĂ©fĂ©rences culturelles spĂ©cifiques au contexte polonais :

Les vestiaires d’école, les cours d’éducation physique dans les Ă©coles publiques, les rĂšgles implicites de la masculinitĂ© scolaire.

La bureaucratie médicale polonaise, sa violence sourde, son langage administratif.

Les formes de honte et de jugement du corps, ancrĂ©es dans une sociĂ©tĂ© souvent normĂ©e, conservatrice, oĂč l’altĂ©ritĂ© (queer, Ă©trangĂšre, non performante) reste marginalisĂ©e.

Le texte bascule ensuite dans un espace de traduction existentielle : vivre entre deux langues, deux cultures, deux conceptions du soin et du regard. Il ne s’agit pas seulement de traduire du polonais vers le français, mais aussi de passer d’un systùme de sens à un autre.

Certaines expressions ont Ă©tĂ© volontairement adaptĂ©es, transposĂ©es ou assouplies pour que le texte garde sa musicalitĂ© et son intensitĂ© Ă©motionnelle en français — sans trahir la vĂ©ritĂ© de l’auteur. D’autres rĂ©fĂ©rences (comme les citations de Preciado, Nancy, Butler ou Cohen) ont Ă©tĂ© maintenues ou retrouvĂ©es dans leurs traductions officielles, lorsqu’elles existaient, ou fidĂšlement reformulĂ©es.

Ce texte est un tĂ©moignage vibrant, mais aussi une offrande linguistique : il nous rappelle que certains corps ne rentrent dans aucun formulaire, qu’aucune langue ne peut tout dire — et que c’est prĂ©cisĂ©ment lĂ  que la littĂ©rature commence.


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