đ«đ· Corps non conformes au mode dâemploi
Maladie, altérité, inadéquation
đ«đ· Corps non conformes au mode dâemploi
Maladie, altérité, inadéquation
Partie I. Le manuel de lâincompatibilitĂ©
« Mon corps est un laboratoire social. »
(Paul B. Preciado, Testo Junkie)
Marseille. Salle dâattente, cabine impersonnelle, lumiĂšre crue dans les yeux, chaises alignĂ©es comme sur une photo de catalogue â et pourtant, ici, tout semble usĂ©, Ă©rodĂ© par lâusage quotidien. Lâair sent le gel antiseptique, la poussiĂšre et la sueur. Dans ma main, un ticket avec mon nom â encore une fois, les prĂ©noms inversĂ©s. Jâessaie de mâexpliquer au guichet, mais la fonctionnaire fait un geste : « Le systĂšme va vous retrouver, ne vous inquiĂ©tez pas. »
Ă lâintĂ©rieur, il fait froid. Le bruit des portes rĂ©sonne contre les murs comme un Ă©cho qui ne revient jamais. Jâentre dans le cabinet sur la dĂ©fensive, dĂ©jĂ armĂ© dâune stratĂ©gie de communication. Mon français est correct, mais chaque fois quâil sâagit du corps, les mots me manquent.
- OĂč avez-vous mal ?
Je ne sais pas comment dĂ©crire une douleur qui est Ă la fois lieu et mĂ©moire, Ă la fois corps et honte. Je commence par le technique : « le bras », puis jâessaie dâajouter quelque chose sur la fatigue, mais je lis dĂ©jĂ dans les yeux du mĂ©decin une impatience familiĂšre â extraire le cas du rĂ©cit, Ă©viter tout contexte. Je tente une nouvelle approche, je cherche dâautres mots, je dĂ©cris un symptĂŽme⊠mais jâai lâimpression dâentrer dans un mode dâemploi Ă©tranger. Le mĂ©decin clique, demande des infos sur la famille, les allergies, les antĂ©cĂ©dents mĂ©dicaux. Les mots mâĂ©chappent, glissent dans la traduction. Mon corps â objet, dossier, numĂ©ro de SĂ©curitĂ© sociale.
Preciado Ă©crivait : « Mon corps est un laboratoire social. » Parfois, jâai lâimpression que le mien nâest quâun cas Ă signaler, une statistique Ă intĂ©grer dans un systĂšme. Le cabinet mĂ©dical est un lieu oĂč lâindividualitĂ© fond â la douleur devient symptĂŽme codĂ©, lâangoisse : paramĂštre, la peur : protocole.
LâincomprĂ©hension commence dĂ©jĂ dans la langue. Je parle trop bas, jâutilise le mauvais temps verbal, jâoublie le nom dâun mĂ©dicament. Le mĂ©decin ne demande pas le contexte, seulement lâintensitĂ© de la douleur. Le langage du corps nâexiste pas dans ce systĂšme oĂč chaque mot doit entrer dans une case. Jâessaie dâajouter : « cette douleur revient dans les moments de stress », mais je comprends aussitĂŽt que cette phrase nâa pas sa place dans un formulaire.
Je sors du cabinet avec le sentiment dâĂȘtre illisible â intraduisible. Pourtant, sur le papier, tout est en rĂšgle : lâordonnance, la signature, le rendez-vous de contrĂŽle. Mais Ă lâintĂ©rieur, il reste un vide Ă©trange. Qui suis-je pour le systĂšme de santĂ© ? Un ensemble dâindicateurs, un cas Ă traiter, non Ă comprendre.
Marseille regorge de ces corps â Ă©trangers, queer, hors catalogue. Ce nâest pas seulement la langue qui rĂ©siste, mais aussi le genre, lâapparence, lâaccent, la dĂ©marche. Chaque dissonance est un obstacle de plus, chaque diffĂ©rence gĂ©nĂšre questions ou impatience.
Les systÚmes nous lisent à travers des normes, des statistiques, des procédures. Jamais ils ne demandent comment on vit dans un corps qui ne rentre dans aucun moule.
Je pense Ă dâautres textes, dâautres voix. Anne Boyer Ă©crivait : « Le corps est un archive dâerreurs mĂ©dicales. » Chaque visite devient une nĂ©gociation : jusquâĂ quel point puis-je rester moi-mĂȘme, et Ă partir de quand ne suis-je plus quâun cas sans description prĂ©vue ?
Je me demande :
Peut-on ĂȘtre soi-mĂȘme quand on est seulement un « cas clinique » ?
Dans un systĂšme qui me reconnaĂźt par un code, un numĂ©ro, une catĂ©gorie, est-il possible dâavoir un corps qui nâappartient quâĂ soi â intraduisible, inclassable, hors manuel ?
Ou bien est-ce justement dans cette inadĂ©quation que se cache une libertĂ© discrĂšte â ĂȘtre illisible pour le systĂšme, mais sauvĂ© pour soi-mĂȘme ?
Partie II. La honte a une température
« Le corps nâest pas ce que nous en faisons, mais ce quâil devient dans le regard des autres. »
(Jean-Luc Nancy, Corpus)
La piscine municipale, en pĂ©riphĂ©rie de Marseille, sent le chlore, la sueur, et lâenfance des autres. Je suis assis sur un banc dans le vestiaire, habillĂ© trop longtemps, comme toujours, espĂ©rant que la foule se disperse. Le carrelage est froid, les dalles mouillĂ©es collent sous les pieds, la lumiĂšre est trop blanche pour dissimuler quoi que ce soit. Mes doigts serrent la serviette trop fort, comme si elle pouvait me protĂ©ger de ce qui va forcĂ©ment arriver : se dĂ©shabiller jusquâĂ la peau, exposer son corps au regard public.
La honte dans ces lieux-lĂ nâa pas dâĂąge. Elle remonte Ă lâenfance, Ă Varsovie : les vestiaires de lâĂ©cole primaire, les douches aprĂšs le sport, le claquement des casiers en mĂ©tal. Les autres garçons Ă©taient plus rapides, plus forts, leurs corps plus fluides dans le mouvement. Moi, je restais toujours Ă lâĂ©cart, comme si ma honte avait une tempĂ©rature â les joues en feu et un froid mordant sous les pieds. Le pire, câĂ©tait le regard des autres : jugeant, distrait, parfois cruel dans son silence. Nancy a Ă©crit que « le corps nâest pas ce que nous en faisons, mais ce quâil devient dans le regard des autres. » Pendant des annĂ©es, je nâai vu en moi quâun inventaire dâerreurs : trop pĂąle, trop maigre, trop indĂ©fini.
Aujourdâhui, la piscine de Marseille nâest quâun Ă©cho de ces scĂšnes passĂ©es, mais les mĂ©canismes, eux, nâont pas changĂ©. Je retire mes vĂȘtements, les pose sur le banc, jâobserve mon corps Ă distance â comme sâil appartenait Ă un autre. Ici une cicatrice, lĂ une courbe, ailleurs des poils qui nâĂ©taient pas lĂ avant, une tache dâĂ©tĂ©. Chaque dĂ©tail prend une nettetĂ© excessive, comme si la lumiĂšre du vestiaire Ă©tait lâĆil de quelquâun capable de nommer toutes mes imperfections. Un corps qui ne correspond Ă aucun mode dâemploi â ni mĂ©dical, ni social.
Je pĂ©nĂštre dans lâeau avec un sentiment de soulagement : câest le seul endroit oĂč lâon peut devenir flou, diffus, sans contours. Lâeau accueille le corps tel quâil est, sans juger, sans poser de questions, sans Ă©tiqueter. Mais mĂȘme lĂ , sous la surface, la mĂ©moire de la honte persiste. Chaque sortie du bassin, chaque retour au vestiaire est une remontĂ©e vers ces carreaux froids, ce regard trop perçant, trop impuni.
La honte enseigne la vigilance, mais aussi lâauto-surveillance â celle qui ne permet jamais dâoublier son corps, mĂȘme un instant. Je sais comment cacher mes mains, comment me tenir pour masquer, comment feindre lâassurance, mĂȘme quand tout en moi tremble. Le corps devient un champ de rĂ©sistance : chaque dĂ©shabillage est un geste dâexposition au jugement, chaque refus â une tentative de prĂ©server sa propre sensibilitĂ©.
Parfois, je pense Ă la honte comme Ă une chaleur quâon pourrait transformer en tendresse envers soi-mĂȘme. Peut-ĂȘtre quâen touchant ces endroits avec plus de douceur, je cesserai dâĂȘtre aussi dur envers moi. Peut-ĂȘtre quâen regardant mon corps non pas Ă travers le prisme du regard des autres, mais Ă travers mes propres mains â jây dĂ©couvrirai quelque chose de digne dâĂȘtre acceptĂ©. Lâeau enseigne la douceur, peut-ĂȘtre est-ce pour cela que jây reviens si souvent.
Peut-on transformer la honte en tendresse envers soi-mĂȘme ?
Peut-on choisir son corps, mĂȘme si lui ne nous a pas choisis ?
Ou peut-ĂȘtre que la honte, si elle ne devient pas un piĂšge, peut ĂȘtre la premiĂšre Ă©tape vers une relation Ă soi-mĂȘme, oĂč il ne faut plus ĂȘtre parfait â juste prĂ©sent, mĂȘme si ce nâest quâau bord du bassin, les doigts crispĂ©s sur une serviette.
Partie III. Les micro-violences du quotidien
« Le corps est un champ de bataille. »
(Judith Butler)
Marseille, fin dâaprĂšs-midi. Le tramway est plein Ă craquer. Je reste assis, le tĂ©lĂ©phone Ă la main, essayant de dissimuler la fatigue qui sâĂ©tale dans mon corps comme une brume trop dense. Louis appelle.
- Tu as lâair Ă©puisĂ© â dit-il avant mĂȘme que je parle. â Tu as dormi un peu, cette nuit ?
Dans sa voix, il nây a pas de mĂ©chancetĂ©. Câest plutĂŽt une tendresse devenue habitude, un rĂ©flexe appris avec la proximitĂ©, cette proximitĂ© qui, parfois, cesse dâĂȘtre douce et devient un instrument de pouvoir. Je rĂ©ponds trop vite, sur la dĂ©fensive. Je me justifie de mon propre corps. Puis je passe les minutes suivantes Ă dissĂ©quer cet Ă©change : Ă©tait-ce une simple remarque, un reproche, ou le signe que je me suis laissĂ© aller un peu trop ?
La micro-violence nâa pas de manifeste. Elle se faufile : dans un ton, dans un regard, dans une phrase anodine. « Tu as pris du poids ? », « Tu as quelque chose sur le visage », « Cette chemise ne te va pas. » Ce ne sont pas des attaques ouvertes, mais de minuscules blessures qui ne laissent pas de trace visible. Elles sâaccumulent pourtant dans le corps, jusquâĂ former une nouvelle couche de peau â plus dure, moins sensible, toujours prĂȘte Ă se dĂ©fendre.
Judith Butler Ă©crivait : « Le corps est un champ de bataille. » Longtemps, jâai cru que cela signifiait une lutte contre le systĂšme, les normes, ce qui vient de lâextĂ©rieur. Aujourdâhui, je comprends que le champ de bataille, câest aussi la maison, le couple, la relation la plus proche. Chaque phrase, chaque jugement, chaque remarque, mĂȘme dite avec bienveillance, peut atteindre un endroit oĂč le corps garde dĂ©jĂ dâanciennes cicatrices : la honte, la peur, lâironie apprise.
Les moments les plus difficiles sont ceux oĂč je me dis que je ne devrais pas y penser. « Il dit ça par souci pour toi », « il veut ton bien », « il est juste fatiguĂ©. » Mais le corps, lui, ne comprend pas les rationalisations. Le corps se souvient de tout : le regard du professeur Ă lâĂ©cole primaire, la remarque dâune mĂšre sur le dos voĂ»tĂ©, le sourire dâun camarade qui a effleurĂ© mon Ă©paule en disant : « Avec toi, il faut toujours faire attention, tu es si fragile. »
La violence du langage dans lâintimitĂ© agit lentement â non pas dans lâexplosion, mais dans la rĂ©pĂ©tition. Plus on est liĂ© Ă quelquâun, plus ses mots deviennent votre voix intĂ©rieure. Ă force, on nâa plus besoin dâun critique extĂ©rieur : on le porte sous la peau, on se parle Ă soi-mĂȘme avec ses phrases.
Je me demande : peut-on exister hors du regard des autres ? Peut-on retrouver un corps qui, pendant des annĂ©es, nâa Ă©tĂ© que le projet de quelquâun dâautre â dâun partenaire, dâune famille, dâune sociĂ©tĂ© ?
Peut-ĂȘtre la seule issue est-elle dâapprendre Ă reconnaĂźtre la micro-violence avant quâelle ne devienne censeur intĂ©rieur â et lĂ , poser une limite, choisir soi, ne serait-ce que par un geste : enfiler encore une fois cette chemise quâon aime, malgrĂ© tout ce quâon en dit.
Le corps est un champ de bataille, mais il peut aussi ĂȘtre un lieu de rĂ©sistance.
Peut-on exister en dehors du regard des autres ?
Peut-ĂȘtre pas tout Ă fait.
Mais on peut essayer â en choisissant chaque jour, dans les dĂ©tails les plus infimes, soi-mĂȘme plutĂŽt que les attentes des autres.
Câest peut-ĂȘtre la forme la plus silencieuse, et la plus essentielle, de la tendresse.
Partie IV. Lâamour pour les dissonants
« Il y a une fissure en toute chose, câest par lĂ que la lumiĂšre entre. »
(Leonard Cohen, Anthem)
SoirĂ©e Ă Marseille. La fenĂȘtre est entrouverte, lâair reste tiĂšde mĂȘme aprĂšs le coucher du soleil. Louis sâallonge prĂšs de moi, effleure mon Ă©paule, caresse lâaspĂ©ritĂ© de mon coude, sans poser de question. Je connais ce geste â doux, prĂ©cautionneux, et pourtant sĂ»r de lui. Il contient une forme de consentement : Ă mon corps tel quâil est, Ă chaque cicatrice, chaque pli, chaque manque et chaque excĂšs. Pendant des annĂ©es, jâai redoutĂ© cette intimitĂ© : lâexposition de zones que les autres ont transformĂ©es en objet de honte, de moquerie, ou dâindiffĂ©rence.
Cette fois, câest diffĂ©rent. Louis ne me regarde ni avec pitiĂ©, ni avec curiositĂ©, mais avec affirmation. Je lis dans ses yeux un sourire qui contient tout : une tendresse pour ma peau, une admiration pour mes cicatrices, une acceptation de lâasymĂ©trie qui, autrefois, me faisait le plus mal.
Cohen chantait : « Il y a une fissure en toute chose, câest par lĂ que la lumiĂšre entre. »
Je commence Ă comprendre que ces fissures ne sont pas des dĂ©fauts, mais des ouvertures. Câest par elles que passe la lumiĂšre â dâabord celle de la tendresse, puis celle de lâamour.
LâintimitĂ©, dans cette relation, ne consiste pas Ă nier les « imperfections », mais Ă les inviter Ă partager lâespace. Je dĂ©couvre en moi une volontĂ© nouvelle : ne plus cacher mon corps dans la pĂ©nombre, ne plus le protĂ©ger du toucher, ne plus mâexcuser de ma diffĂ©rence. Lâamour pour les dissonants est comme un nouvel alphabet â il mâapprend une autre langue du contact, oĂč chaque endroit du corps peut ĂȘtre aimĂ©, mĂȘme ceux que la honte habitait depuis toujours.
Ici, il ne sâagit pas de rĂ©parer, de guĂ©rir, ou de retrouver une normalitĂ©. Il sâagit dâĂȘtre lĂ , ensemble, dans toute lâĂ©tendue de lâexpĂ©rience. Louis ne mâaime pas malgrĂ© â il mâaime grĂące Ă . GrĂące Ă mes fragilitĂ©s, mes peurs, mes rĂ©cits de maladie, mes moments de faiblesse. Chaque rencontre entre nous est un peu une fĂȘte, un peu une routine, un peu un acte de courage â celui de rester auprĂšs de quelquâun qui ne rentre dans aucun manuel.
Le corps comme lieu de rencontre â ni parfait, ni indemne, mais vrai. Ce qui ne figure pas dans les instructions devient ici un passage pour la lumiĂšre. Je me permets la faiblesse, lâinconfort, les larmes qui ne sont plus des motifs de honte, mais des invitations Ă la proximitĂ©. Lâamour pour les dissonants est un acte politique, mais avant tout une intimitĂ© â un murmure paisible : « tu es suffisant. »
Un amour peut-il ĂȘtre vrai sâil nâenglobe pas tout ce que nous sommes ?
Peut-on ĂȘtre vraiment proche de quelquâun en laissant des morceaux de soi Ă lâextĂ©rieur ?
Ou peut-ĂȘtre que lâamour le plus profond est celui qui inclut aussi les fissures â car câest par elles que la lumiĂšre entre, rĂ©vĂ©lant lâautre dans sa totalitĂ©, dans son inadĂ©quation au monde.
Peut-ĂȘtre que câest pour les dissonants que lâamour a le plus de place.
đ«đ· Ă la lectrice, au lecteur francophone
Le prĂ©sent essai, Ă©crit par Ćukasz Ratajczak, est une mĂ©ditation profondĂ©ment personnelle sur la corporĂ©itĂ©, la honte, la marginalitĂ© et lâamour queer. Mais câest aussi, dans sa forme, un texte intimement liĂ© Ă une culture linguistique, affective et historique â celle de la jeunesse polonaise grandie dans les annĂ©es postcommunistes, et celle dâun expatriĂ© vivant aujourdâhui Ă Marseille, en couple avec un Français.
Certains Ă©lĂ©ments du texte original sâenracinent dans des rĂ©fĂ©rences culturelles spĂ©cifiques au contexte polonais :
Les vestiaires dâĂ©cole, les cours dâĂ©ducation physique dans les Ă©coles publiques, les rĂšgles implicites de la masculinitĂ© scolaire.
La bureaucratie médicale polonaise, sa violence sourde, son langage administratif.
Les formes de honte et de jugement du corps, ancrĂ©es dans une sociĂ©tĂ© souvent normĂ©e, conservatrice, oĂč lâaltĂ©ritĂ© (queer, Ă©trangĂšre, non performante) reste marginalisĂ©e.
Le texte bascule ensuite dans un espace de traduction existentielle : vivre entre deux langues, deux cultures, deux conceptions du soin et du regard. Il ne sâagit pas seulement de traduire du polonais vers le français, mais aussi de passer dâun systĂšme de sens Ă un autre.
Certaines expressions ont Ă©tĂ© volontairement adaptĂ©es, transposĂ©es ou assouplies pour que le texte garde sa musicalitĂ© et son intensitĂ© Ă©motionnelle en français â sans trahir la vĂ©ritĂ© de lâauteur. Dâautres rĂ©fĂ©rences (comme les citations de Preciado, Nancy, Butler ou Cohen) ont Ă©tĂ© maintenues ou retrouvĂ©es dans leurs traductions officielles, lorsquâelles existaient, ou fidĂšlement reformulĂ©es.
Ce texte est un tĂ©moignage vibrant, mais aussi une offrande linguistique : il nous rappelle que certains corps ne rentrent dans aucun formulaire, quâaucune langue ne peut tout dire â et que câest prĂ©cisĂ©ment lĂ que la littĂ©rature commence.
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