L’appel de la forêt — deuxième partie
La route est droite entre Bitche et Sturzelbronn. Franz me précède et me guide en direction de notre rendez-vous. Nous passons le…
L’appel de la forêt — deuxième partie

Lynx sur la route de Hutzelof
La route est droite entre Bitche et Sturzelbronn. Franz me précède et me guide en direction de notre rendez-vous. Nous passons le surréaliste et massif camp militaire et ses champ de tirs, la maison du gardien des eaux * et les fameuses vaches écossaises et arrivons dans un mini hameau où résident Frédéric et sa famille ainsi que quelques autres habitants.
Nous nous installons dans une terrasse qui donne sur la forêt pour discuter. Habitant ici depuis 12 ans et dans l’énergie de la quarantaine, Frédéric amène l’enthousiasme de la bifurcation et une approche originale non seulement du métier de bûcheron, qu’il pratique à cheval, mais aussi de la vie locale qu’il a choisi. Il est aussi éleveur laitier, boulanger (son pain est super bon!) et s’investit à la mairie.
Il a commencé comme éducateur et coordinateur d’un lieu via l’équithérapie notamment, puis il a créé son entreprise d’entretien des forêts à cheval. Il a passé pas mal de temps à sécuriser les 10000 hectares de forêt d’Ile de France comme les fameux rochers de la forêt de Fontainebleau. Et un beau jour, il en a eu marre des approches plus ou moins vertueuses de la gestion forestière industrielle et de la vie en Ile de France et par plusieurs hasards guidés, il s’est retrouvé à faire des projets autour de la forêt et du tourisme à Sturzelbronn.
Frédéric a fait sa place dans la communauté même si ce n’est pas simple tous les jours d’être un vrai faux néo rural (asbouk?). Son investissement dans la communauté est pourtant fort, y compris au niveau de la mairie et ses 170 administrés. Comment créer du lien quand l’individualisme domine dans nos sociétés et que certains récits locaux enferment? Par la contrainte? Il me relate : “En Île de France, on est tous, soit célibataire géographique, soit tu viens chercher du boulot pour un moment repartir. Donc, tu es obligé de faire avec l’autre, qui n’est pas forcément comme toi. Mais, il vient d’ailleurs. Et c’est là où c’est hyper enrichissant, et on a encore des liens, on crée des super liens, on n’est pas sur les espèces de jalousies, de querelles de villages”
Frédéric est au milieu de la forêt matin midi et soir, c’est une source d’étonnement, souvent de bonheur et aussi quelquefois de limite en termes d’horizon, littéralement. Quand il sort de la forêt pour aller vers Strasbourg, le contraste et le changement permettent d’apprécier une perspective plus ouverte qui peut lui manquer parfois.
Depuis plusieurs années en tant que bûcheron son cheminement dans les bois se fait aussi de plus en plus subtile. “Mon rapport à la forêt, ce serait l’observation. La compréhension et… un peu l’intervention. Mais aujourd’hui, je suis beaucoup plus dans une phase d’observation.”
Il travaille de plus en plus en sylviculture avec un forestier et intervient de moins en moins. Il constate que cette approche permet une meilleure résilience des arbres et des émergences fertiles. Ses anecdotes sont superbes ! “ il y a un forestier qui disait qu’en forêt, il faut savoir bronzer sans prendre de coups de soleil. Et du coup, et c’est vrai, le rayon du soleil, s’il traverse la forêt et touche le sol directement, sans passer par un tas de feuilles, eh ben déjà c’est perdu. Et ça réchauffe le sol. Dans toutes les coupes rases et autres.” Nous évoquons le concept de libre évolution de la forêt, assez proche de la réserve intégrable qui est non loin de chez lui et qu’il connaît bien. Il s’agit de laisser la forêt évoluer sans gestion de l’homme, ce qui permet aussi aux vivants de reprendre un espace de liberté. Il se projette plutôt bien dans cette approche alors que cela remettre forcément en cause une partie de son mode d’existence.
Le soleil s’est déjà couché progressivement pendant que nous parlions et Franz est rentré quand Frédéric me propose de visiter ses installations. Il dispose d’une étable et quelques vaches en pleine forme qui fournissent du lait pour la communauté et aussi un magnifique four à pain. Parmi ses nombreuses initiatives, il est devenu depuis quelque temps boulanger. Avec du pain de qualité en farine bio, plus besoin de prendre la route pour Bitche. J’aurais en plus l’honneur de repartir avec un pain maison à mon retour à Metz deux jours plus tard.
Peu habitué aux horaires du coin et alors que j’allais tenter (échec assuré) d’aller dîner vers 21h, je suis généreusement invité à partager un repas avec la famille. Nous poursuivons la conversation qui devient plus intime sur nos modes de vie respectifs et nos quelques projections familiales vers des futurs plus ou moins souhaitables et des temps de plus en plus incertains.
Il est temps pour moi de laisser mes hôtes du jour avec en tête pleins de tranches de vie d’une journée exceptionnelle en forêt et avec les habitants du coin. Je retraverse prudemment la quasi ligne droite vers Bitche en faisant attention aux animaux assez nombreux vers le camp militaire qui peuvent traverser à n’importe quel moment. Demain je rencontre Denis et Tanguy qui vont m’accompagner, sur la ligne Maginot, au château de Falkenstein et dans le fameux Colorado Alsacien. J’ai hâte!
NB: de retour à Paris quelques jours plus tard j’ai eu le temps de déguster l’excellent pain de Frédéric que je recommande et je reçois un message incroyable avec une photo de Lynx égaré au milieu de la route du Hutzelhof…
La carte du voyage🗺
**https://www.openstreetmap.org/user/maximee/traces/11313217**
A suivre…


메타데이터
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