Chronique : les fantômes du passé.
Si une ville vous a vu grandir et passer toutes les étapes de l’adolescence en son sein, vous êtes sûrs d’avoirs de bons et de mauvais…
Chronique : les fantômes du passé.
Si une ville vous a vu grandir et passer toutes les étapes de l’adolescence en son sein, vous êtes sûrs d’y avoir de bons et de mauvais souvenirs. Je disais dans précedemment ue j’avais la flemme de rentrer dans ma ville natale pour différentes raisons, et j’ai cité principalement des raisons pratiques : organisation, transport, déplacements. Mais j’ai peut-être oublié le point de non-retour : les fantômes qui y traînent.

Pourtant, je suis restée là deux jours. DEUX JOURS. Et encore, si je dois compter les heures que j’ai passées entre les quatre murs de ma maison en famille, on peut compter en nombre d’heures les risques d’une malencontreuse affaire ou d’une situation rocambolesque. Mais à Liège, l’espace-temps est une chose bien risible : la ville a son propre fuseau horaire et elle ne vit que pour les comédies dramatiques où chacun se bat pour être au premier rang. Ainsi, en deux jours, il est tout à fait banal, alors que tu es en terrasse, de tomber nez à nez avec une connaissance.
C’était mon cas hier, lorsque j’étais à la table d’un petit bar dans le centre-ville après être sortie du travail et qu’au moment de tourner la tête, je suis face à face (ou face à ventre) avec le bide de Jeanne : elle se tenait là, droite comme un piquet, avec son sourire qui n’avait pas pris une ride. Ça m’a valu un premier cri de joie étonnée, puis un second quand j’ai vu Adèle qui suivait le pas de près derrière. C’était euphorique ! Retrouver des personnes que tu adores, par un complet hasard, sans l’avoir cherché ni demandé. Le moment était un condensé du cliché des meufs qui se sautent dessus à leurs retrouvailles : un bonheur exquis.
Ça, c’est la description qui se rapproche de toute rencontre fortuite qui se passe dans une ville-village comme Liège. Évidemment, le degré de ravissement va dépendre du tête-à-tête et des têtes qui le composent. Quelle n’a pas été ma surprise quand j’ai compris que mon ex que je ne peux pas me voir en peinture — dû notamment au fait que c’est un mec à la la pensée et au coeur médiocre, faible — était juste en face de moi à exister un peu trop fort.
Le corps s’est souvenu de tout ce qu’il a toléré, d’une colère qui a ressurgi et qui était à deux doigts de déborder si elle avait été provoquée. J’imaginais quelques scénarios possibles où il aurait fallu que l’on parle parce qu’on se trouvait à mon lieu de travail et j’étais au poste de vestiaire qui plus est cette fois. C’est-à-dire que s’il venait déposer sa veste, j’aurais professionnellement dû l’accepter — tout en avouant avoir pensé à la lui rendre déchiquetée si ça arrivait. Malheureusement, il n’est pas venu jusque-là. En fait, je le soupçonne même de m’avoir lui-même évitée ; j’ai eu un moment où j’ai levé le regard et il était en train de prendre la direction des vestiaires quand je crois qu’il a eu une fraction de seconde en voyant mon visage avant de faire demi-tour. Peut-être qu’il est moins bête qu’avant, après tout.
Enfin, j’écris ces lignes, non sans me dire qu’il y a encore quelque rancœur à laisser couler, mais avec une pointe de déception de ne pas avoir pu découdre la veste d’un ex aujourd’hui. C’est ça, le problème avec les fantômes du passé : on ne peut pas les tuer, ils sont déjà morts et pourtant, ils continuent d’exister.
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