Antisémitisme 101 pour Québécois
Ce texte est écrit par deux Québécois à l’intention de leurs concitoyens.
Antisémitisme 101 pour Québécois

Ce texte est écrit par deux Québécois à l’intention de leurs concitoyens.
Nous sommes respectivement issus des cultures catholique et musulmane, mais ne croyons ni en Yahvé, ni en Allah, ni en Jésus, ni en Dieu le Père. Notre objectif est simplement de déconstruire certains mythes tenaces et de rappeler des réalités importantes pour le Québec.
Mythe no 1 : « Israël se querelle avec ses voisins depuis toujours »
L’État d’Israël n’existe que depuis 1948 ; il est donc historiquement incorrect de prétendre qu’il est en conflit « depuis toujours ». Ce qui remonte à des millénaires, c’est l’antisémitisme. La création de l’État d’Israël fut en grande partie une réponse occidentale aux horreurs de l’Holocauste. Que l’on juge aujourd’hui cette création légitime ou non ne change rien à la réalité incontournable : Israël est un État démocratique reconnu internationalement. D’ailleurs, tous les pays ont des squelettes dans leur placard. L’Allemagne est aujourd’hui un partenaire économique majeur, malgré les atrocités commises durant la Seconde Guerre mondiale. Les jeunes Allemands ne sont pas responsables des crimes de leurs grands-parents. Aujourd’hui, il faut accepter le droit d’Israël d’exister.
Mythe no 2 : « Israël mène un génocide à Gaza »
Le terme « génocide » est juridiquement encadré. L’utiliser à tort revient à en vider le sens. Les récentes actions militaires israéliennes répondent directement au massacre gratuit perpétré le 7 octobre 2023 par le Hamas : 1200 civils israéliens ont été assassinés, des viols filmés et documentés ont été commis, ainsi que la prise en otage de 251 personnes, dont plusieurs restent détenues aujourd’hui. Israël a toujours affirmé que ses opérations militaires cesseraient dès la libération des otages. Les pertes civiles à Gaza sont tragiques, mais elles résultent principalement de la stratégie cynique du Hamas, qui utilise les Gazaouis comme boucliers humains afin de ternir la réputation internationale d’Israël. Blâmer uniquement Israël, c’est méconnaître la lourde responsabilité du Hamas dans ce drame.
Mythe no 3 : « L’attaque d’Israël contre l’Iran était gratuite »
Israël n’a pas attaqué le peuple iranien, mais les infrastructures nucléaires et militaires de la République islamique. Selon plusieurs sondages indépendants, entre 75 % et 85 % des Iraniens souhaitent aujourd’hui la chute de ce régime, qui réprime les femmes, exécute les opposants politiques et finance des groupes terroristes comme le Hamas, le Hezbollah et les Houthis. Avant 1979, l’Iran était une société laïque et moderne. Depuis la révolution islamique, les ayatollahs appellent ouvertement à l’éradication d’Israël. Ce régime était sur le point d’obtenir suffisamment d’uranium enrichi pour fabriquer une arme nucléaire et affirmait vouloir l’utiliser à cette fin. Les frappes israéliennes contre ces installations constituaient donc un acte de légitime défense. D’ailleurs, renverser la République islamique bénéficierait autant aux Iraniens qu’à l’ensemble du Moyen-Orient et à l’Occident.
Mythe no 4 : « Israël est une théocratie qui ne vaut pas mieux qu’une autre »
Israël n’est pas une théocratie, mais une démocratie, la seule véritable au Moyen-Orient. Les femmes de toutes cultures et religions y jouissent des mêmes droits et libertés que les hommes, et les homosexuels n’y subissent aucune discrimination légale. Israël garantit l’égalité formelle devant la loi pour tous ses citoyens, sans distinction de religion ou d’origine. Les musulmans représentent plus de 18 % de la population israélienne.
Mythe no 5 : « Il suffit de regarder Outremont pour voir que les Juifs sont intégristes »
Les Juifs hassidiques d’Outremont constituent une communauté ultra-orthodoxe qui ne représente pas l’ensemble des Juifs montréalais (ashkénazes, séfarades, traditionnalistes, conservateurs, ultra-conservateurs, réformistes, etc.). D’ailleurs, ces juifs ultra-orthodoxes sont souvent opposés à l’existence même de l’État d’Israël, sous prétexte que, dans la Torah, « le retour sur la terre d’Israël ne doit pas se faire avant l’arrivée du Messie ». Pour beaucoup de Juifs, leur identité est davantage culturelle que religieuse. Certains, comme le célèbre auteur Sam Harris, s’identifient à la fois comme juifs et athées. Il est injuste de réduire une communauté entière à sa frange la plus conservatrice ou stigmatisée.
Réalité no 1 : Le Québec n’échappe pas à l’antisémitisme
Les Juifs font partie intégrante du tissu social montréalais depuis des siècles. Pourtant, leur contribution reste largement méconnue du public : Léa Roback, qui a soutenu et fondé des mouvements syndicaux avec Michel Chartrand ; Victor Goldbloom, grand artisan du dialogue des cultures au Québec. Même Leonard Cohen, chanteur mondialement reconnu, a tardé à être pleinement apprécié ici. Des familles comme les Bronfman, Steinberg, Reitman, Goodman, Azrieli, Belzberg, Cummings, Greenberg et Segal ont joué un rôle central dans l’économie québécoise et apporté des contributions majeures dans les domaines médical, éducatif, technologique et culturel. Phyllis Lambert, figure incontournable de l’architecture, et Phoebe Greenberg, fondatrice du centre PHI, restent encore trop peu connues.
Réalité no 2 : Les Québécois juifs sont désormais engagés pour la laïcité
Bien que les premiers militants souverainistes et les Juifs québécois aient connu des tensions historiques, les événements du 7 octobre ont rappelé que la laïcité demeure le meilleur rempart contre l’intégrisme religieux. Aujourd’hui, les Juifs partagent avec les autres Québécois un engagement profond envers la laïcité de l’État. Tous souhaitent une séparation nette entre l’État et les institutions religieuses. La foi doit demeurer une affaire strictement privée, et les manifestations prosélytes, comme les prières, n’ont pas leur place dans l’espace civique ou public.
L’antisémitisme contemporain, au Québec comme ailleurs, prend souvent les traits séduisants du progressisme décolonialiste. Cet « islamogauchisme » — mélange de bonne conscience anticoloniale et d’aveuglement volontaire — infiltre nos sphères éducatives, médiatiques et politiques.
Dans l’Iran des années 1970, la gauche avait naïvement soutenu l’ayatollah Khomeini avant d’être décimée dès son arrivée au pouvoir. Le modus operandi des islamistes est d’abord de s’allier à la gauche pour accéder au pouvoir, puis de détruire le système démocratique qui les y a menés.
Tirons enfin les leçons de l’histoire et évitons de reproduire cette erreur.
Nos concitoyens juifs sont aujourd’hui des alliés précieux dans notre combat commun pour la laïcité et contre certaines dérives du multiculturalisme canadien ghettoïsant.
Romain Gagnon, ingénieur québécois de culture catholique Mandana Javan, physicienne québécoise de culture musulmane
메타데이터
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