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La ville est un monstre oppressant qui dévore ses habitants.

C’est un vrai choc, quelque chose de violent qui te prend la gueule. C’est comme une morsure à laquelle je ne m’attendais pas.

Guillaume · 2025-11-10 11:24 · 0 claps · 2.2 min read
#histoire-courte #chronique #life #villes #monstre
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La ville est un monstre oppressant qui dévore ses habitants.

C’est un vrai choc, quelque chose de violent qui te prend la gueule. C’est comme une morsure à laquelle je ne m’attendais pas.

Il y a 48 heures j’ai quitté ma commune du Nord Finistère pour (re)venir habiter en Ville, à Rennes précisément. La ville je connais bien puisque j’y ai vécu de nombreuses années dans différents pays : Nottingham, Montréal et Paris entre autres. Cependant, aujourd’hui c’est un peu différent, je reviens après deux années passées à Tréflaouénan, petite commune du Nord Finistère peuplée par plus ou moins 500 habitants, capitale française de l’échalote et de l’artichaut.

Je vous laisse imaginer le choc. Le choc des sons, des odeurs, du rythme… Tout me chamboule. C’est comme de danser une chorégraphie qu’on croyait connaître, dont on se rappelle vaguement les mouvements et pour laquelle tout sort dans le désordre. Y’a de l’idée bien sûr mais ce n’est pas terrible. De plus tout le monde autour se rend vite compte de la supercherie…

Comment dépasser cette personne : sur la gauche, la droite, sur le trottoir ou directement sur la route ? Est-ce une bande cyclable d’ailleurs ou une voie de bus ? Ai-je même le temps de dépasser sans risquer de gêner ce grand gaillard qui arrive en face d’un pas décidé ?

Bref, ici tout va très vite. Dans un ouvrage hommage à sa grand-mère Bretonne, Régis Delanoë explique que dans le passé, à la campagne « tout s’écoulait au rythme des saisons, du soleil et du carillon des cloches ». Aujourd’hui à Rennes tout a bien changé puisque la vie semble rythmée par la sonnerie des portes du métro, les coups de klaxon et les pintes qui trinquent pendant l’happy-hour.

Loin de moi l’idée d’idéaliser le pays du Léon que Flaubert lui-même qualifiait « d’ennuyeux à périr ». J’ai bien conscience que les couleurs, les fleurs et la douceur ambiante de la campagne ne sont pas le quotidien des ruraux. Les paysages de Gauguin n’existent que sur les boîtes de biscuits Traou Mad.

Cependant force est de constater qu’ici tout est gris. Le minéral est partout et les tentatives de quelques bailleurs sociaux de colorer en orange ou rose pâle des tours ici et là ne réussissent pas à égayer la ville (ce n’est d’ailleurs pas leur rôle).

Après avoir vécu deux ans dans une zone fortement agricole ce n’est pas simple de se confronter à toute cette différence, cette promiscuité constante et ces habitudes qui ne sont plus les miennes. Ce sentiment s’en ira probablement très vite et la chorégraphie me reviendra facilement laissant place à une habitude voire une lassitude.

Aujourd’hui, pour la première fois de ma vie, je mesure combien la ville est un monstre froid. Vais-je réussir à m’y faire ? Ou mieux, dompter la bête ? On fait le bilan dans un an.


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