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Bitcoin est-il de droite ou de gauche ?

Par Damien Theillier

Beef&Bitcoin · 2026-03-23 18:51 · 0 claps · 3.4 min read
#bitcoin #french #politics #austrian-economics
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Bitcoin est-il de droite ou de gauche ?

Par Damien Theillier

Sur les réseaux sociaux comme X, le débat sur l’appartenance politique de Bitcoin fait rage. Est-il un outil de l’extrême droite libertarienne ou un instrument de libération pour la gauche ? Les discussions sont souvent houleuses, les positions caricaturales, et chacun semble y projeter ses propres convictions, transformant la conversation en un dialogue de sourds.

Classer Bitcoin sur l’échiquier politique traditionnel est une tâche bien plus ardue qu’il n’y paraît. La difficulté tient en grande partie à la confusion générale qui entoure les concepts mêmes de “droite” et de “gauche”, dont les définitions ont évolué et se sont parfois inversées au fil des siècles. Appliquer ces étiquettes mouvantes à un protocole numérique mondial et décentralisé mène souvent à des conclusions hâtives et contradictoires.

Au-delà des clichés il convient d’explorer la véritable nature politique de Bitcoin, un objet qui défie nos catégories habituelles.

1° La boussole politique est cassée

Analyser Bitcoin à travers le prisme de la “droite” et de la “gauche” est une impasse, car ces catégories sont devenues inadaptées.

Premier constat : le spectre politique actuel, dans la plupart des pays occidentaux, se résume bien souvent à une opposition sur la manière de gérer l’État et de dépenser l’argent qu’il crée. Le débat ne porte plus sur les fondements du pouvoir, mais sur son administration.

Le second constat, aussi simple que déstabilisant, est que la gauche et la droite (je parle ici de catégories politiques et non culturelles) sont étonnamment similaires : deux faces d’une même pièce étatiste. La droite de gouvernement, tout en défendant la liberté économique, n’hésite pas à restreindre la liberté personnelle et sociétale sur des sujets comme le mariage ou l’immigration. À l’inverse, la gauche de gouvernement se fait la championne des libertés personnelles mais s’acharne à limiter la liberté économique par la régulation, la fiscalité et la planification.

Malgré leurs querelles de façade, ces deux camps partagent une foi commune dans le même outil : le pouvoir de l’État pour imposer leur vision du monde. Qu’il s’agisse d’imposer un modèle de mariage unique (traditionnel ou pour tous) ou de dicter une politique migratoire (subventionnée ou interdite), la solution passe invariablement par la contrainte légale. Dans cette dialectique, aucune place n’est laissée à ceux qui défendent une idée plus radicale : celle de moins d’intervention de l’État.

2° L’ADN de Bitcoin n’est pas idéologique, mais cryptographique : la défense de la vie privée.

Conçu par Satoshi Nakamoto au lendemain de la crise financière de 2008, Bitcoin incarne les principes de liberté et de propriété de soi. C’est une technologie qui permet aux individus de se soustraire à la coercition monétaire en leur rendant le contrôle souverain de leur patrimoine. Dans la finance traditionnelle, on ne possède jamais réellement ses actifs : ce sont toujours des créances détenues par des intermédiaires. Bitcoin, lui, restaure la propriété directe.

Cette idée s’inscrit dans la philosophie Cypherpunk, qui postule que la liberté passe par la propriété de soi, des fruits de son travail et de sa vie privée. Ce mouvement de militants de la liberté numérique utilise la cryptographie de manière proactive pour défendre la vie privée face à la surveillance des États et des entreprises. Leur conviction est que, dans un monde numérique, la vie privée n’est pas un luxe mais une condition essentielle à la liberté. Ils ne se contentent pas de demander des droits ; ils construisent les outils pour les garantir.

Le “Cypherpunk’s Manifesto” d’Eric Hughes (1993) est sans équivoque :

“Nous, les cypherpunks, sommes voués à l’édification de systèmes anonymes. Nous défendons notre droit à la vie privée avec la cryptographie, des systèmes de messagerie anonyme, des signatures numériques et de l’argent électronique.”

L’origine cypherpunk de Bitcoin n’est ni une révolte populiste, ni un projet économique, mais la création d’un outil technique pour garantir un droit fondamental à l’ère numérique : une vie privée transactionnelle.

Conclusion : un outil au service de chacun

Au terme de cette analyse, Bitcoin se révèle être un objet paradoxal : il est fondamentalement apolitique en tant qu’outil neutre, mais porteur d’une charge politique puissante. Bitcoin réalise la promesse d’une propriété dont la jouissance est garantie non par un État, mais par les lois de la cryptographie. De ce point de vue, il incarne un idéal de liberté que chacun peut s’approprier pour servir ses propres fins, quelle que soit sa “couleur” politique.

Le véritable clivage politique ne se situe donc pas entre la gauche et la droite politiques, deux camps qui, en définitive, partagent une même défiance envers le marché libre et un penchant pour l’interventionnisme étatique. La distinction fondamentale, la plus structurante, se trouve entre la liberté, fondée sur le consentement, la vie privée et les interactions volontaires, et la coercition, exercée par la contrainte de l’État.

Finalement, la question n’est peut-être pas de savoir si Bitcoin est de droite ou de gauche, mais s’il nous offre une chance de dépasser ce clivage.

Voir ma page : https://beefandbitcoin.org/fr/


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