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Après chaque nuit vient le jour

Mes parents veulent que je passe quelques jours chez eux, dans les Landes. Ils ont tout prévu, mais savent-ils que leur grenier est habité…

Shatanel · 2023-01-22 15:13 · 0 claps · 14.9 min read
#voyage #rencontre #lumière #voie
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Après chaque nuit vient le jour

Le réveil sonne. 11 h. Trop tôt. Je l’éteins, et ferme les yeux. J’ai à peine le temps de replonger dans mes rêves que l’alarme retentit à nouveau. 11 h 10. Bon, il faut que je bouge.

Je m’assois au bord du lit, et m’étire longuement. Je suis éblouie. Maudits volets cassés. Ils laissent entrer beaucoup trop de lumière.

J’observe ma valise, encore ouverte et dégueulante de vêtements. L’enveloppe avec les billets de train est posée sur mon bureau. J’avais reçu la lettre une semaine plus tôt. D’une écriture fine, on pouvait y lire :

Ma fille,

Sans nouvelles de ta part, nous avons appris par d’autres chemins, que dernièrement, tu t’étais laissée aller. Nous savons que les choses n’ont pas toujours été simples pour toi, et ne voulons pas que tu perdes de vue l’essentiel. Aussi, nous avons décidé de te prêter notre maison de vacances, dans les Landes. Tout sera prêt pour t’accueillir, tu n’as pas de mourrons à te faire. Tu trouveras tes billets — aller et retour — dans l’enveloppe, un taxi fera le trajet entre la maison et la gare. Tout est propre et les placards seront pleins à ton arrivée. Un double des clés t’attendra dans le pot de fleurs que tu nous avais fabriqué étant petite. Nous souhaitons que tu profites du séjour et surtout, que tu te détendes. Essaie de te reconnecter avec ce qui est essentiel pendant ces quelques jours.

Ne nous en veux pas d’avoir pris une telle initiative,

Tes parents, qui pensent à toi

Je m’habille, et avale un bol de céréales avant de m’atteler à la lourde tâche : terminer mes bagages. Je regarde l’heure : 11 h 50. Le train est à 12 h 27, et la gare est à 5 minutes à pied seulement.

À 12 h 13, je parviens enfin à fermer ma valise. Il est temps de partir. J’enfile mes chaussures, et m’arrête devant mon porte-manteau. Est-ce qu’il fait froid, dans les Landes ? Dans le doute, je décide d’emporter mon trench.

J’arrive à la gare à 12 h 22. J’espère que le train n’aura pas de retard. Il n’en a pas, et à 12 h 27 précise, le crissement des roues sur les rails annonce le départ.

« Bienvenue à bord de votre train à destination de Bordeaux Saint-Jean. Il desservira la gare d’Angoulême. »

C’est parti pour 3 h de voyage, et une correspondance. Ce qu’il ne faut pas faire pour rassurer ses parents, je vous jure.

Le paysage défile sous mes yeux. Tantôt des immeubles, tantôt de beaux bâtiments en brique, et tantôt de la verdure. Souvent de la verdure. Les forêts de pins me font replonger dans mes souvenirs. Je repense à ma vie, il y a quelques années. Quand j’étais sûre de moi, sûre de mon avenir. Puis à cette nouvelle, qui a tout gâché.

« Votre train est arrivé à destination de Mont-de-Marsan. Nous espérons que vous avez effectué un agréable voyage. »

Perdue dans mes pensées, le trajet s’est fait plutôt rapidement. Il est 15 h 52. Le taxi m’attend juste devant la gare, à l’arrêt-minute. On est parti pour trente minutes de trajet, me dit-il.

On quitte Mont-de-Marsan, et l’on entre dans les bois. Beaucoup de bois. On passe par un village, puis à nouveau les bois, pour terminer par des petites routes, d’abord en bitume, puis en terre.

« Et votre GPS arrive encore à vous guider, ici ? » Je demande au conducteur.

« Haha ! Bien sûr que non ! Mais vous savez, je les connais bien, vos parents. »

« Comment ça ? »

« On est arrivé ! On en parlera à votre retour, si vous voulez bien. J’ai un autre client à aller chercher. »

Je descends du taxi. Je n’avais encore jamais visité leur maison de vacances. Elle est très jolie. En pierres claires, avec un toit de tuiles rouge. Elle se trouve dans une clairière, et partout autour, on ne voit que des arbres. Il fait très bon, et je me dis que mon trench était surement de trop.

Le chauffeur me lance « à vendredi », et s’en va. Je regarde la voiture s’éloigner jusqu’à ce qu’elle tourne, et disparaisse de mon champ de vision.

Je suis seule.

Tout est très calme.

Les oiseaux chantent.

Il est 16 h 25. Le soleil brille encore au-dessus des arbres, et donne aux lieux un côté très apaisant.

Je repère le petit pot en terre cuite usé et bancale que j’avais confectionné lors d’un atelier poterie en classe de CM2. Il est rempli de cailloux, et au milieu je trouve les clés.

La porte grince légèrement en s’ouvrant. Dans la maison flotte un doux parfum de roses. Comme annoncé dans la lettre, tout est propre, et j’ai tout ce qu’il faut dans les placards pour me faire à manger. Mes parents ont laissé un mot sur la table ronde, dans l’entrée :

Nous nous doutons que tu as prévu de quoi t’occuper dans ta valise, mais si l’envie te prend de te détacher des écrans, tu découvriras de nombreux loisirs dans l’armoire à côté du fauteuil.

Ils me connaissent tellement bien. Évidemment que je comptais passer la majeure partie de mon temps sur mon ordinateur.

Mes parents ont été suffisamment judicieux pour retirer l’étiquette du boitier, affichant le précieux code wifi. En revanche, ils n’avaient pas imaginé que je penserais à emporter un câble !

Le reste de la journée consiste à scroller sur mes divers réseaux sociaux. À donner mon avis un peu partout, et m’énerver sur des réflexions qui me semblent absurdes. Lorsque je lève enfin les yeux de mon écran, il fait nuit, dehors. Il est 21 h 46.

J’entreprends d’allumer les lumières, et remarque que deux ampoules sont grillées. Celle de l’entrée, et celle de la salle à manger. Bravo les parents. Vous n’avez pas pensé à tout, finalement.

Bon, faisons à manger. Des pâtes, ça ira bien pour le premier soir. De toute façon, je devrais forcément trouver autre chose pour les autres jours. Encore une fois, mes parents avaient bien compris que je ne voudrais pas perdre de temps à manger équilibré, et ils n’ont laissé qu’une seule portion de pâtes. Je remarque aussi, maintenant que je suis dans la cuisine, qu’ils ont posé, bien en évidence sur le comptoir, trois livres : « Cuisine healthy », « Livre de recettes ultra-simples » et « Cuisine d’ailleurs : vers de nouveaux horizons ».

Mon repas engloutit, je retourne me lover dans le fauteuil, mon ordinateur sur les genoux. J’ouvre à nouveau mes réseaux sociaux, puis je me fige.

J’entends du bruit. Au-dessus de moi.

Je ne connais pas la maison, et tout le monde sait que les sons d’un lieu auxquels nous ne sommes pas encore habitués peuvent surprendre. Peut-être qu’une fouine a élu domicile dans le grenier.

Inquiète, je tente de faire comme si de rien n’était. Souvent, le calme revient, puis ça repart de plus belle. Parfois comme des bruits de pas, puis un son plus sourd, comme si une bestiole sautait, là-haut.

À 2 h 59, quand je décide d’aller me coucher, tout est silencieux.

Je me réveille à 9 h 14. J’ai passé une nuit plutôt agréable, mais la maison n’étant pas équipée de volets, le beau temps du mois de mai m’oblige à ouvrir les yeux plus tôt que prévu.

Bon. Première journée dans cette maison. Mes parents veulent que je me change les idées. Qu’est-ce que je pourrais bien faire ? Je cherche dans l’armoire désignée dans leur mot. Dedans, je trouve des livres, des jeux de société, des puzzles, tout ce qu’il faut pour peindre, des cartes de randonnées et un télescope. Soit. Essayons.

Je tire doucement une boite de puzzle, soucieuse de ne pas faire tomber quoi que ce soit. Un puzzle de 500 pièces, représentant des lanternes chinoises s’envolant sous un ciel étoilé. Pourquoi pas.

Quand je m’y mets, il est 10 h 02. Je construis le tour du puzzle, tri quelques pièces, puis me demande si je n’aurais pas manqué de réponses de mes amis sur ForceBook. Alors, à 10 h 28, je fais une pause. J’ai de nombreux messages. Rien d’important, mais tout de même, je dois y répondre. C’est mon ventre qui me fait lever les yeux de mon écran à 14 h 57 en me faisant comprendre que je devrais manger quelque chose.

Je me dirige vers la cuisine, mais je m’arrête avant de passer la porte. Un détail me fait froid dans le dos. Je vois deux ampoules posées sur la petite table ronde dans l’entrée. Elles ne se trouvaient pas ici, hier. Instinctivement, j’allume. Les lumières qui ne fonctionnaient pas ont été réparées.

Je ne comprends pas. Quelqu’un est venu ici ? Juste pour changer des ampoules ? Quelqu’un qui détiendrait la clé, puisque j’avais tout fermé à double tour avant d’aller me coucher. Soudain, je ne me sens plus en sécurité, dans cette maison. Je fouille dans toutes les pièces à la recherche d’autres anomalies, mais ne trouve rien. Quand je décide de retourner à la cuisine, mon pied trébuche sur une longue tige. Celle qui sert à ouvrir la trappe pour se rendre au grenier.

Nouveau frisson. Je n’ai plus entendu aucun bruit provenant de l’étage depuis hier soir, mais si quelqu’un s’était introduit dans la maison par le toit ? Je veux en avoir le cœur net.

Je prends une lampe torche, empoigne la tige, et tire la plaque. L’échelle glisse doucement, mais bruyamment au sol. J’attends quelques minutes que le silence s’installe à nouveau et guette le moindre son. Tout est bien calme. Alors je commence mon ascension.

La tension monte à chaque échelon. Jusqu’à ce que je passe enfin la tête à travers le trou. Je regarde rapidement tout autour. La lumière s’infiltre entre les tuiles, et l’on y voit plutôt clair. C’est un grenier, tout ce qu’il y a de plus normal. Avec un sol poussiéreux et des toiles d’araignées qui pendent des poutres. Mes parents l’ont laissé entièrement vide, et rien ne fait penser qu’une personne aurait pu s’y trouver le jour précédent. Je décide de monter complètement, pour chercher des traces d’animaux. Je repère rapidement quelques petites crottes, et suis tout de suite rassurée.

Ça n’explique toujours pas les ampoules réparées, mais au moins, personne ne s’est introduit dans le grenier. Ce soir, je fermerais la porte de ma chambre à clé avant de dormir. Je verrai bien, demain, si je trouve à nouveau quoi que ce soit d’étrange.

L’après-midi, je fais un rapide tour à l’extérieur. J’aperçois quelques écureuils, et le calme de la campagne m’apaise, mais je repense très vite aux conversations que j’avais en cours. Il est déjà 16 h 7, mes amis vont se demander pourquoi je ne réponds pas. Alors je rentre, et passe le reste de ma journée sur les réseaux sociaux.

À 21 h 38, alors que je cherche la motivation à me lever du fauteuil, j’entends à nouveau de l’agitation dans le grenier. Maintenant que je sais qu’il ne s’agit que d’animaux, je n’y prête que peu d’attention. Jusqu’au moment où un son en particulier se démarque des autres. Je reconnais un bruit de verre brisé. Comme si quelque chose de fragile était tombé au sol, là-haut. Le problème, c’est que le grenier était complètement vide, et rien qui ne s’y trouvait n’aurait pu provoquer ce bruit.

Je me retrouve figée, à nouveau parcourue de frissons. Il se passe des choses étranges dans cette maison. Quelques secondes de silence suivent cet évènement, puis un nouveau son très particulier me glace le sang. C’était comme une plainte, un soupir.

Les yeux écarquillés, je n’ose pas bouger. Je crains de faire du bruit, de me faire remarquer. Mais très vite, je me ressaisis. Je veux comprendre. Personne n’a pu entrer dans le grenier, je n’ai constaté aucune ouverture suffisamment grande, plus tôt, dans la journée. Peut-être un animal avait ramené un objet fragile dans son museau ? Peut-être la plainte était le cri d’une chouette ? Je dois savoir.

Alors je me lève, récupère la lampe torche que j’avais laissée dans l’entrée, empoigne une bouteille en verre pour me défendre au besoin, et me rends sous la trappe. J’écoute à nouveau. J’entends un frottement, mélangé au bruit de verre brisé. Comme si quelqu’un était en train de balayer les morceaux cassés. Non. Ça ne peut pas être quelqu’un. Je m’imagine des choses, mais tous ces sons peuvent trouver une explication.

J’attrape la tige, et tire la plaque. Le son s’arrête d’un coup. Et un détail m’interloque. Le grenier est éclairé. Il n’y avait aucune ampoule, lorsque je m’y étais rendue plus tôt, dans la journée.

Je me sens en danger. Un animal ne peut pas produire une telle lumière. Il doit forcément y avoir quelqu’un. De toute façon, il est trop tard pour faire marche arrière. Si quelqu’un se trouve vraiment dans le grenier, je suis déjà repérée.

« Il y a quelqu’un ? » Je demande d’une voix tremblante.

Aucune réponse. Aucun bruit.

« Je suis armée, alors ne tentez rien qui pourrait me faire peur. »

La lumière vacille légèrement, et j’entends un cliquetis, comme des verres qu’on cognerait doucement l’un contre l’autre.

« Ne bougez pas ! » Je crie presque.

Et plus rien ne bouge.

« Je vais monter. Je vous le rappelle, je suis armée, alors ne tentez rien ! » Je répète.

J’attends quelques instants, et comme plus rien ne bouge, je pose ma lampe torche au sol et commence à escalader l’échelle, avec précaution. Mon cœur bat à cent à l’heure. Je tremble de tout mon corps. Je sers fermement la bouteille, prête à agir.

Après une éternité, je passe finalement ma tête dans le trou, et me fige.

Ce n’est pas un animal. Mais ce n’est pas une personne non plus. C’est… je ne sais pas, ce que c’est. Mais ça n’a pas l’air méchant. Ça se tient debout, les mains jointes devant lui. C’est petit, son corps, habillé d’un long manteau beige, ne doit pas faire plus d’un mètre. Ça a un nez tout rouge, et des oreilles pointues, partant à l’horizontale de chaque côté de sa tête toute ronde. Mais le plus étrange, ce sont ces longues tiges noires, comme des poils très épais, qui poussent dans son dos, s’étirent jusqu’au plafond, et qui se terminent toutes par une lanterne.

Ça ne bouge pas. Ça attend. Au sol, un peu plus loin, je vois une ampoule brisée.

« Qu’est-ce que… qui êtes-vous ? » Je demande.

La chose ne répond pas. Elle ne bouge pas. Elle baisse les yeux sur l’ampoule brisée, et doucement, me pointe du doigt.

« Quoi ? Moi ? Qu’est-ce que tu veux ? »

La créature fouille dans un petit sac qu’elle porte en bandoulière. Il est rempli d’ampoules qui brillent. Elle en prend une, et me la tend.

« C’est pour moi ? »

Aucune réaction. Je termine de monter l’échelle, et m’approche doucement. Je n’ai pas peur. Je me sens même plutôt rassurée. Du bout des doigts, j’attrape l’ampoule, et laisse échapper un petit cri quand, dans un « pouf », l’être mystérieux disparait.

L’ampoule que je tiens dans la main brille toujours, mais beaucoup moins fort. Dehors, j’entends une voix, qui ressemble à celle de la plainte entendue plus tôt :

« Ouhou ! »

Je devine que la créature m’appelle de l’extérieur de la maison.

Je pose la bouteille en verre dans le grenier, et redescends sans lâcher l’ampoule. Plus j’avance vers la porte d’entrée, plus l’éclat de l’ampoule scintille fort.

J’ouvre, et vois la chose qui m’attend à l’orée du bois. Elle lève un bras et l’agite en l’air en m’invitant à nouveau à la suivre.

« Ouhou ! »

Sans même réfléchir, je me dirige vers elle, et lui emboite le pas lorsqu’elle pénètre dans la forêt. Elle éclaire le chemin.

Je ne sais pas pendant combien de temps je la suis, comme ça, enjambant les branches mortes et repoussant les feuilles qui me chatouillent le visage. Jusqu’au moment où le « pouf » retentit à nouveau, et je me retrouve seule, au milieu du bois, et dans le noir.

Je me sens affolée. Je réalise que je viens de suivre un être très étrange dans la nuit, à travers la forêt, sans savoir où j’allais, et sans rien emporter pour m’éclairer ou me repérer. L’ampoule que je tiens dans la main est éteinte, et je n’ai emporté ni lampe torche ni téléphone. Je me sens bête. Est-ce que j’ai rêvé ? Est-ce que j’ai halluciné ? Est-ce que je deviens folle ?

Il n’y a personne ici, je ne sais même pas comment sortir du bois. J’entends un grattement derrière moi, un cri dans les arbres, je crois apercevoir des yeux, dans la pénombre. Je suis effrayée, abattue. C’est toujours pareil. D’abord, je me sens bien, je pense avoir trouvé la voie, être sûre d’où je vais, et d’un coup, plus rien. Le vide, le néant. Je suis perdue, et je ne retrouverais jamais mon chemin. Cette soirée ressemble à ma vie.

Je voulais être cordiste, travailler en hauteur, avoir l’impression de côtoyer les cieux. Mais ce foutu corps m’a privé de mon rêve. Naïve, je crois que tout ira bien, mais le destin offre toujours le pire scénario.

Les larmes me montent aux yeux. D’un coup, je me rends compte qu’il fait presque froid, sous les arbres. J’abandonne. De toute façon, je serais incapable de retourner seul à la maison.

« Ouhou ! »

Le cri, bien qu’éloigné, m’apaise instantanément. L’ampoule dans ma main brille à nouveau d’un faible éclat. Je tourne sur moi-même, et m’arrête du côté où l’ampoule scintille le plus. J’avance doucement, difficilement. Je trébuche, me prends des branches dans le visage. Plus d’une fois, je tombe. Mais je me relève, rassurée de ne pas avoir brisé l’ampoule, ma seule source de lumière, et je continue. Finalement, j’aperçois une plaine à travers les arbres. Une plaine éclairée d’une douce lumière bleutée. Différente de celle diffusée par la créature. Je parviens à m’extirper du bois, et lève les yeux, émerveillée.

Là, au-dessus de moi, un ciel magnifique s’étend à perte de vue. Pas une seule zone d’ombre, les étoiles l’éclairent d’un bout à l’autre. Je peux voir la profondeur des cieux, et la Voie lactée. Le bleu se mélange au jaune et au blanc, et crée comme un superbe tableau, parsemé de poussière stellaire.

J’entends le cliquetis caractéristique se rapprocher. Je ne quitte le ciel des yeux que lorsque la lumière du petit être m’en masque les détails. Je suis ébloui par toutes ces lanternes. Et par l’ampoule dans ma main, qui brille de mille feux. La créature me regarde calmement, avant de s’enfoncer à nouveau dans la forêt. Il s’arrête un peu plus loin, et m’appelle.

« Ouhou ! »

Il est temps de rentrer.

La douce lumière du soleil me fait ouvrir les yeux. J’ai peu dormi, mais je me sens en pleine forme. Je prends mon petit déjeuner sur la petite table, à l’extérieur, en écoutant le chant des oiseaux. Il me reste trois jours ici. Je dois profiter de ce que l’endroit a à m’offrir. Aussi, je décide de me préparer des sandwichs, et de partir en randonnée. Je ne sais pas quelle heure il est, mais je n’ai pas besoin de savoir. Je suis bien, heureuse. Peu importe qu’il soit 9 h 1 ou 10 h 38. Je sais que nous sommes le matin, et que j’ai toute la journée devant moi.

Je prends un des plus petits parcours, parce que j’ai conscience que mon corps ne supporterait pas un trop long trajet. Mais ce n’est pas grave. Je continue à mon rythme. Le chemin de randonnée me fait passer devant la prairie sur laquelle j’ai pu admirer le ciel la nuit dernière. C’est moins loin de la maison que je ne le pensais, et je pourrais y retourner le soir avec le télescope.

Je n’allume pas l’ordinateur de la journée. Les deux jours suivants non plus, d’ailleurs. Je me promène, je lis au soleil, et je me prépare de bons repas. J’ai même terminé le puzzle. Et une fois la nuit tombée, armée du télescope, je me rends sur la prairie, et j’admire les étoiles. Pas un seul nuage ne couvrira le ciel durant ces quelques nuits.

C’est avec un petit pincement au cœur que je fais ma valise, ce vendredi. Je n’ai pas très envie de retourner dans mon appartement. La campagne va me manquer.

Le taxi se gare devant la maison. L’homme qui m’avait emmené ici il y a cinq jours descend. Il est en avance, et nous décidons de nous asseoir au soleil et de boire un verre de limonade avant de prendre la route.

« Moi aussi, je l’ai vu. » Me dit-il.

Surprise, je comprends tout de suite de quoi il veut parler.

« Vos parents n’ont pas de voiture, et quand ils sont en vacances ici, ils m’appellent toujours lorsqu’ils ont besoin de se déplacer. »

Il boit une gorgée de limonade, et reprend :

« Forcément, pendant les trajets, on apprend à faire connaissance, on raconte nos vies, ce qu’on fait, ce qu’on aurait voulu faire. Et puis un jour, je ne sais pas pourquoi, je me mets à leur parler mon divorce, et le chagrin qui l’a suivi, et qui ne me quittait plus. Alors, comme ils rentraient chez eux, ils ont insisté pour que je passe quelques jours ici, et que je profite de l’air de la campagne. »

La suite, je la devinais. Lui aussi avait rencontré l’étrange petit être, et lui aussi, avait pu se libérer de sa peine.

« C’est toujours difficile de rentrer chez soi après pareille expérience. Mais tu verras, ça ne sera plus comme avant. Et puis… je suis sûre que tes parents seront ravis de te prêter à nouveau la maison. »

Je range nos verres, ferme la porte, cache à nouveau la clé dans le pot, et monte dans la voiture.

Épilogue

Chers parents,

Merci pour ce court séjour dans les Landes. C’était une expérience merveilleuse. Ma vie a repris, à la fois comme avant, et à la fois différente. Je fais plus de choses, chaque jour. Je suis beaucoup moins pressée par le temps, beaucoup moins stressée. Je n’ai pas fait réparer mon volet. Finalement, être réveillée par la lumière du soleil, ça me va. Je passe parfois des journées entières sans aller une seule fois sur un réseau social. Mes amis comprennent très bien. Eux aussi, font des pauses, de temps en temps. Et puis, j’ai trouvé une nouvelle vocation. Je veux être photographe. Je veux voyager et montrer à tous la beauté du monde.

Vous m’aviez caché que vous aviez un télescope ! Le ciel est magnifique sur la plaine, à côté de votre maison de vacances. Si vous me le permettez, j’y retournerai volontiers pour observer les étoiles, de temps à autre.

Je vous rendrais bientôt visite chez vous, c’est promis.

Votre fille qui vous remercie encore

P.S. Vous ne m’aviez pas dit que votre grenier était si bien éclairé, la nuit.


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