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Le doctorat, entre passion et maltraitance : une immersion dans la souffrance des jeunes chercheurs

1. Introduction

Marie Hindenoch · 2025-04-13 07:12 · 0 claps · 7.0 min read
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Le doctorat, entre passion et maltraitance : une immersion dans la souffrance des jeunes chercheurs

1. Introduction

Le doctorat, souvent perçu comme le sommet de la formation universitaire, est fréquemment idéalisé comme une période d’épanouissement intellectuel et de contribution significative à la recherche. Cependant, derrière cette image valorisante se cachent des réalités moins reluisantes. En France, de nombreux doctorants font face à des conditions de travail précaires, à des relations hiérarchiques déséquilibrées et à des situations de harcèlement, tant moral que sexuel. Ces expériences, loin d’être isolées, révèlent des dysfonctionnements structurels au sein du milieu académique.​

Une enquête menée par Adèle B. Combes (2021) auprès de 1 877 doctorants a mis en lumière que 20 % d’entre eux ont été victimes de harcèlement moral, souvent perpétré par leur directeur de thèse. De plus, 25 % ont rapporté avoir vécu des situations à connotation sexiste ou sexuelle au cours de leur doctorat (Combes, 2021). Ces chiffres alarmants soulignent l’ampleur du problème et la nécessité d’une prise de conscience collective.​

Le harcèlement en milieu universitaire ne se limite pas à des comportements individuels inappropriés ; il est souvent le reflet d’une culture institutionnelle qui tolère, voire perpétue, des dynamiques de pouvoir abusives. Les structures hiérarchiques rigides, le manque de régulation et l’absence de mécanismes de soutien efficaces contribuent à créer un environnement propice aux abus (Le Monde, 2022).​

Face à cette réalité, il est impératif d’examiner les mécanismes qui sous-tendent la souffrance des doctorants et de proposer des pistes pour améliorer leurs conditions de travail et de formation. Cet article se propose d’analyser les facteurs institutionnels et culturels qui favorisent la maltraitance des doctorants, en s’appuyant sur des études récentes et des témoignages, afin de mettre en lumière les enjeux et les défis à relever pour instaurer un environnement académique plus sain et équitable.​

2. Le doctorat : entre passion et précarité

2.1. Un statut professionnel hybride

En France, le statut des doctorants varie en fonction des modalités de financement et des conventions établies avec les institutions d’accueil. Certains bénéficient d’un contrat doctoral, qui est un contrat de travail à durée déterminée de droit public, d’une durée de trois ans, offrant une rémunération et une protection sociale (Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, 2022). D’autres doctorants, notamment ceux en sciences humaines et sociales, peuvent ne pas avoir de financement dédié, les obligeant à cumuler des activités salariées pour subvenir à leurs besoins, ce qui allonge la durée de leur thèse et accroît leur précarité (Université Paris-Saclay, 2020).​

2.2. Des conditions de travail exigeantes

Les doctorants sont souvent confrontés à une charge de travail importante, incluant la recherche, la rédaction de la thèse, la participation à des colloques, et parfois l’enseignement. Cette multiplicité de tâches, combinée à des attentes élevées en termes de productivité scientifique, peut engendrer un stress significatif. De plus, l’absence de reconnaissance institutionnelle et la précarité des contrats contribuent à une insécurité professionnelle, affectant le bien-être des doctorants (Le Monde, 2023).​

2.3. Impact sur la santé mentale

La pression constante pour produire des résultats, l’isolement lié à la nature du travail de recherche, et l’incertitude quant à l’avenir professionnel peuvent avoir des répercussions sur la santé mentale des doctorants. Des études ont mis en évidence une prévalence élevée de troubles anxieux et dépressifs parmi cette population, soulignant la nécessité de mettre en place des dispositifs de soutien psychologique adaptés (Le Monde, 2023).​

3. Dynamiques de pouvoir et violences symboliques

3.1. Une relation asymétrique

La relation entre le doctorant et le directeur de thèse est souvent caractérisée par une asymétrie de pouvoir. Le directeur détient une autorité académique et institutionnelle, influençant non seulement l’orientation de la recherche, mais aussi les opportunités professionnelles futures du doctorant. Cette position dominante peut conduire à des situations où le doctorant se sent contraint de se conformer aux attentes du directeur, même si cela va à l’encontre de ses convictions ou de ses intérêts de recherche (Haag, 2017).

3.2. La violence symbolique dans le milieu académique

Pierre Bourdieu définit la violence symbolique comme une forme de domination exercée de manière inconsciente, où les dominés acceptent les normes imposées par les dominants comme légitimes (Bourdieu & Passeron, 1970). Dans le contexte académique, cette violence se manifeste par l’intériorisation par les doctorants des normes et attentes de leurs directeurs, souvent au détriment de leur autonomie et de leur bien-être. Par exemple, un doctorant peut accepter des charges de travail excessives ou des critiques dévalorisantes, les percevant comme des étapes nécessaires à sa formation, sans remettre en question leur légitimité.​

3.3. Les conséquences sur le parcours doctoral

Les dynamiques de pouvoir et les violences symboliques peuvent avoir des répercussions significatives sur le parcours doctoral. Elles peuvent engendrer du stress, de l’anxiété, voire conduire à l’abandon de la thèse. De plus, elles peuvent limiter la créativité et l’innovation, en contraignant les doctorants à suivre des chemins tracés par leurs directeurs, au lieu d’explorer de nouvelles pistes de recherche. Il est donc essentiel de reconnaître ces dynamiques et de mettre en place des mécanismes pour les atténuer, afin de favoriser un environnement académique plus équitable et respectueux.​

4. Harcèlement et maltraitance : une réalité institutionnelle

4.1. Une prévalence préoccupante

Les enquêtes récentes mettent en lumière l’ampleur du phénomène. Selon une étude menée par le Réseau National des Collèges Doctoraux (RNCD), 11 % des doctorants expriment une insatisfaction liée à leur expérience doctorale, notamment en raison d’un encadrement jugé inadapté ou de conditions de travail difficiles (Sorbonne Université, 2022). Par ailleurs, une enquête de l’Université de Lorraine révèle que 20 % des doctorants ont été confrontés à des situations de harcèlement moral, souvent de la part de leur directeur de thèse (Le Monde, 2022).​

4.2. Des mécanismes institutionnels permissifs

Plusieurs facteurs institutionnels contribuent à la persistance du harcèlement dans le milieu académique. La relation hiérarchique entre le doctorant et son directeur de thèse, combinée à l’absence de formation spécifique des encadrants en matière de gestion des relations humaines, crée un terrain propice aux abus de pouvoir (Sorbonne Université, 2022). De plus, la culture du silence et la crainte de représailles dissuadent souvent les victimes de signaler les comportements inappropriés. Les procédures de signalement, lorsqu’elles existent, sont parfois perçues comme inefficaces ou biaisées, renforçant le sentiment d’impunité des auteurs de harcèlement (Le Monde, 2023).​

4.3. Des conséquences délétères pour les doctorants

Les effets du harcèlement sur les doctorants sont multiples et profonds. Ils peuvent entraîner une détérioration de la santé mentale, une perte de confiance en soi, voire un abandon du doctorat. Une enquête menée par l’Université de Lorraine indique que 20 % des doctorants ont interrompu leur thèse en raison de conditions de travail dégradées, incluant le harcèlement (Le Monde, 2022). Ces situations ont également un impact sur la qualité de la recherche produite et sur l’attractivité des carrières académiques.​

5. Initiatives et dispositifs de soutien

5.1. Mesures institutionnelles pour prévenir le harcèlement

De nombreuses universités ont instauré des cellules d’écoute et de signalement destinées à recueillir les témoignages des victimes ou témoins de violences, de discriminations ou de harcèlement. Par exemple, Sorbonne Université a mis en place un portail dédié aux risques psychosociaux, à la discrimination et au harcèlement, offrant des informations et des contacts utiles pour les doctorants confrontés à de telles situations (Sorbonne Université, 2022). De même, l’Université Paris-Saclay dispose du dispositif Dalida, un service de veille, d’écoute et d’accompagnement pour sa communauté universitaire (Université Paris-Saclay, s.d.).

Ces initiatives visent non seulement à traiter les cas de harcèlement, mais également à sensibiliser l’ensemble de la communauté universitaire aux enjeux liés aux violences sexistes et sexuelles. Des campagnes de formation et de prévention sont régulièrement organisées pour informer et éduquer les étudiants et le personnel sur ces questions (Université Paris-Saclay, 2020).​

5.2. Rôle des associations et collectifs de doctorants

Outre les mesures institutionnelles, des associations étudiantes et des collectifs de doctorants jouent un rôle essentiel dans la lutte contre le harcèlement en milieu académique. Ces organisations offrent un espace de parole et de soutien pour les doctorants, les aidant à partager leurs expériences et à trouver des solutions collectives aux problèmes rencontrés. Elles collaborent souvent avec les institutions pour co-construire des dispositifs de prévention et d’accompagnement adaptés aux réalités du terrain (Campus Matin, 2023).​

5.3. Évaluation de l’efficacité des dispositifs et perspectives d’amélioration

Bien que ces initiatives constituent des avancées significatives, leur efficacité dépend largement de leur mise en œuvre concrète et de leur accessibilité pour les doctorants. Il est impératif que ces dispositifs soient largement diffusés et que les doctorants soient informés de leur existence et de leur fonctionnement. De plus, une évaluation régulière de ces mesures est nécessaire pour identifier les éventuelles lacunes et les axes d’amélioration. L’implication active des doctorants dans l’élaboration et l’évaluation de ces dispositifs peut contribuer à leur pertinence et à leur efficacité accrues.​

6. Conclusion

Le doctorat, souvent perçu comme une période d’épanouissement intellectuel, peut se transformer en un parcours semé d’embûches pour de nombreux doctorants. Les témoignages et études récents révèlent une réalité préoccupante : précarité, harcèlement, isolement et violences symboliques jalonnent le quotidien de certains jeunes chercheurs (Combes, 2021; Le Monde, 2022).​

Les initiatives mises en place par certaines institutions, telles que les cellules d’écoute ou les dispositifs de signalement, constituent des avancées notables. Cependant, leur efficacité demeure conditionnée par une réelle volonté institutionnelle de reconnaître et de traiter ces problématiques en profondeur (Sorbonne Université, 2022).​

Il est impératif de repenser le système doctoral en France, en valorisant le mentorat bienveillant, en assurant une formation adéquate des encadrants et en garantissant des conditions de travail décentes pour les doctorants. La recherche ne peut prospérer que dans un environnement où respect, éthique et bien-être sont au cœur des préoccupations.​

Références

Bourdieu, P., & Passeron, J.-C. (1970). La reproduction. Éléments pour une théorie du système d’enseignement. Les Éditions de Minuit.​

Campus Matin. (2023, mars 8). 5 actions pour prévenir les violences et discriminations sur les campus. https://www.campusmatin.com/vie-campus/experience-etudiante/pratiques/5-actions-pour-prevenir-les-violences-et-discriminations-sur-les-campus.html

Combes, A. B. (2021). Comment l’université broie les jeunes chercheurs. Précarité, harcèlement, loi du silence. Autrement.​

Haag, P. (2017). Analyser et évaluer la relation entre doctorant et directeur de thèse. Émulations — Revue de sciences sociales, (21), 1–15.​

Le Monde. (2022, janvier 25). Dans la recherche, une culture de la souffrance favorise les abus de pouvoir sur les doctorants. https://www.lemonde.fr/campus/article/2022/01/25/dans-la-recherche-une-culture-de-la-souffrance-favorise-les-abus-de-pouvoir-sur-les-doctorants_6110839_4401467.html

Le Monde. (2023, février 23). La France doit se mobiliser contre le harcèlement moral dans les laboratoires de recherche. Le Monde. https://www.lemonde.fr/sciences/article/2023/02/23/la-france-doit-se-mobiliser-contre-le-harcelement-moral-dans-les-laboratoires_6163011_1650684.html​

Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. (2022). Le financement doctoral. https://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/fr/le-financement-doctoral-46472​

Sorbonne Université. (2022). Le doctorat et harcèlement dans la recherche. https://www.sorbonne-universite.fr/le-doctorat/vie-pratique-et-ressources/le-doctorat-et-harcelement-dans-la-recherche​

Université Paris-Saclay. (2020). Qu’est-ce qu’être doctorant ? https://www.universite-paris-saclay.fr/recherche/doctorat-et-hdr/quest-ce-quetre-doctorant​

Université Paris-Saclay. (s.d.). Dispositif de signalement — Dalida. https://www.universite-paris-saclay.fr/dispositif-de-signalement-dalida


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