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Comme dans un film

épisode 16 du podcast Croissant Croissant

Manuel Doré · 2025-04-20 06:44 · 0 claps · 8.8 min read
#berne #suisse
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Comme dans un film

épisode 16 du podcast Croissant Croissant

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Dans cet épisode, on va se balader dans la vieille ville de Berne, le printemps est là, il faut beau, les températures s’adoucissent, alors ça fait vraiment du bien de passer du temps dehors. Ces dernières années je trouvais les hivers toujours trop longs, mais cette année, c’est passé plutôt vite. Alors on y va.

J’ai la chance de venir dans la vieille ville de Berne presque tous les jours pour y travailler. Je dis que j’ai de la chance, car la vieille ville est vraiment magnifique, elle est d’ailleurs classée depuis 1983 au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Elle est relativement préservée de la modernité, en terme d’architecture et d’urbanisme je veux dire, car bien sur il y a l’eau courante et l’électricité. Mais en dehors de ça, on se croirait ici, vraiment dans le passé. Les rues sont pavées, il y a de vieilles fontaines colorées, et des arcades dans presque toutes les rues. On trouve aussi des oriels, ce sont ces fenêtres en encorbellement qu’on peut voir en façade ou à l’angle d’un bâtiment. En fait ici ça ressemble au décor d’un film ou d’une série d’animation japonaise dont l’histoire se déroulerait quelque part en Europe à une période révolue. En marchant simplement et en étant attentif et curieux à l’architecture ou à l’urbanisme on peut vite s’oublier, se laisser imprégner, et voyager un moment à travers un monde imaginaire, fictionnel, fantasmé comme on veut, ça change vraiment les idées.

Je suis venu à Berne pour la 1ère fois je crois en 2008, et la ville m’a tout de suite plu. Je trouvais son style plutôt exotique, si je puis dire. Je suis originaire de l’ouest de la France, et Berne ressemble à une ville d’Europe centrale, et moi à l’époque je n’étais jamais allé autant à l’est, alors à mes yeux c’était vraiment nouveau et surprenant.

D’abord c’est le coté très calme qui m’a interpellé. Aujourd’hui, je ne trouve plus la ville si calme que ça, je me suis sûrement juste adapté. Je trouvais la vieille ville aussi un peu austère, mais je trouvais que ça avait beaucoup de charme. Et ce sentiment vient sûrement de la couleur des murs des bâtiments. Ils sont majoritairement en grès, ça leur donne une couleur entre le gris et le vert. C’est très beau comme couleur mais aussi un peu fade, c’est un genre de pastel. Ça donne à la ville un caractère très particulier. Difficile à décrire, mais je dirais quand même que c’est une sorte d’élégance sobre, ou une jolie tristesse, comme une association de plusieurs humeurs qui en créerait une nouvelle jusque là inconnue.

Aujourd’hui, je suis un peu moins attentif à cette image que j’avais de Berne. Mais j’adore quand même retrouver cette atmosphère quand je marche en ville, en étant simplement conscient et contemplatif.

Quand on arrive de la gare, l’accès principal de la vieille ville se fait par la Spitalgasse, rue de l’hôpital en français, bien qu’il n’y ait pas d’hôpital ici. Auparavant par contre, on trouvait ici la Christofelturm, la tour de Christophe. Et de part et d’autre il y avait les remparts, on passait sous l’arche de la tour pour entrer en ville. Je n’ai pas pu faire cette expérience moi même car la tour a été démolie en 1865. Elle prenait beaucoup de place et se situait dans un endroit stratégique juste en face de la gare, alors pour des raison de circulation, de modernisation des infrastructures de la ville, elle a été détruite. Mais des vestiges ont été dégagés lors de différentes phases de travaux dans la gare, et aujourd’hui ils sont visibles dans le passage souterrain.

Ces remparts était en fait la 3ème génération de rempart. Ils ont été construits vers 1344. La première enceinte de la ville se situait au niveau de La Zytglogge, ou la grosse horloge, et a été construite dès la création de la ville à la fin du 12ème siècle.

Bon, pour le moment on entre à peine en ville, on est situé au Loeb Egge, à l’angle du magasin Loeb. Ici commencent les arcades de la ville, et sur la première colonne des arcades il y a une plaque curieuse. Dessus est gravée la liste toute les Berne, situées aux Etats-Unis. Comme New York, la Nouvelle Orléans, ou New Rochelle, il y a 13 villes qui ont été nommé New Bern ou simplement Bern. Il y a aux Etats-unis plus de 5000 lieux qui portent un nom d’origine suisse, comme Vevay dans l’Indiana, Neuchatel dans le Kansas, ou Lucerne en Californie.

Au bout de la rue on arrive sur la Bärenplatz, la place des ours. Mais juste avant sur la gauche, au sol, on peut trouver une Stolperstein. C’est une plaque de laiton fixée au sol. J’ai découvert ces plaques à Berlin, mais on en trouve en fait dans toute l’Europe. Ces plaques de 10cm sur 10, sont situées sur le trottoir face à un immeuble ou une habitation. Et elles rappellent qu’à ces endroits ont vécu des personnes qui ont été déportées ou arrêtées par les nazis.

Même si la Suisse n’a pas été envahie par l’Allemagne on trouve ici tout de même 37 Stolpersteine, dont 5 à Berne qui ont été posé en 2023. Et celle de SpitalGasse ou nous sommes, nous indique, qu’ici à vécu Lucien Leweil-Woog, né en 1896, arrêté à Paris, là ou il vivait, puis déporté, et mort à Auschwitz le 25 novembre 1943.

On marche un peu plus loin, on arrive sur la Bärenplatz face à la Käfigturm. Dans le passé c’était une prison et elle se situait au niveau de la 2ème enceinte de la ville lorsque la 1ere ne fut plus suffisante à cause de l’expansion vers l’ouest. Sous la tour il y a une arche, qui laisse aujourd’hui passer les bus et les trams, mais c’était la porte d’entrée de la ville avant que la Christofelturm soit construite. Mais nous on va à droite, vers la Bundesplatz ou Place Fédérale, et on se trouve face au Bundeshaus ou palais fédéral. C’est le siège du Conseil fédéral et de l’Assemblée fédérale. Pour comparer à la France, ce serait à la fois le Palais de l’Élysée, Matignon et l’assemblée nationale réunis dans le même bâtiment. À sa base il y a 3 arches qui sont les portes d’entrées du palais, au dessus on trouve 6 colonnes qui soutiennent un fronton triangulaire, et enfin au sommet on trouve la coupole gigantesque en cuivre. C’est un bâtiment qui est emblématique de Berne et très impressionnant.

L’adresse du palais fédéral est un hyper surprenante, on pourrait penser que sur la Bundesplatz, le Bundeshaus porte le numéro 1. Mais pas du tout, le numéro est 1 est occupé par la Banque Nationale Suisse. Donc le numéro 2 c’est sûrement l’adresse du palais fédéral, non plus, c’est l’adresse d’une filiale d’UBS, encore une banque. Le Palais Fédéral porte seulement le numéro 3. On en déduit ce que l’on veut, mais c’est quand même un symbole assez fort.

On vient d’observer le bâtiment depuis la place fédéral, mais de l’autre coté, il y a une terrasse qui est accessible au public. Il suffit de contourner le Bundeshaus, et de descendre quelques marches. Et on se retrouve face à une vue impressionnante. Il y a le quartier de Marzili en contre-bas, avec la rivière, juste en face il y a le Gurten qui est la colline qui domine la ville. Et au loin on a une vue incroyable sur les Alpes, et notamment l’Eiger, le Mönch, et la Jungfrau, qui sont 3 montagnes voisines dont les reliefs sont facilement reconnaissables. Elles culminent à environ 4000m d’altitude et se situent à 60km d’ici. Ce sont des sommets mythiques pour les bernois et les bernoises. Et l’Eiger lui est mythique pour les alpinistes du monde entier. Sa face nord que l’on aperçoit depuis Berne est un des challenges d’escalade les plus durs des Alpes. C’est 1600m de dénivellation, Sans être alpiniste on peut s’en approcher au niveau du village de Grindelwald, qui est littéralement au pied de l’Eiger.

On revient à Berne, et on continue de marcher sous les arcades, on est maintenant dans Marktgasse, la rue du marché. Et on passe devant la 1ère fontaine. Dans la vieille ville il y en a énormément, les plus fameuses sont au milieu des rues, et souvent ornées de sculptures colorées, en hommage à la culture locale, ou aux personnalités qui ont fait l’histoire de la ville. Quand l’eau courante n’arrivait pas dans chaque foyer, c’était la source d’approvisionnement. Il y en a tous les 150 ou 200m, elles font vraiment parties du paysage urbain.

Et la 1ere à laquelle on fait face, met en scène Anna Seiler. On la voit en train de verser de l’eau dans une coupelle. Il faut dire que cette femme a créé au 14eme siècle ce qui est aujourd’hui le principal hôpital de la ville. Il a eu plusieurs noms et a plusieurs fois déménagé en près de 700ans, c’est l’Inselspital, ou l’hôpital de l’île.

C’est un des 5 hôpitaux universitaires de Suisse, et il employait en 2012 près de 8000 personnes.

Il y a 11 fontaines un peu spéciales ou remarquables, elles ont été réalisées au 16ème siècle par un sculpteur qui s’appelle Hans Gieng et jusqu’à aujourd’hui elle ont conservées leur aspect d’origine. Celle d’Anna Seiler en fait partie, mais il y a aussi par exemple la Chindlifresser brunnen, c’est du suisse allemand et ça veut dire littéralement la fontaine du bouffeur d’enfants. On peut la voir sur la Kornhausplatz, et effectivement, la statue représente un personnage mangeant un enfant, tandis que d’autres enfants attendent leur tour dans un sac aux pieds de l’ogre.

Dans Kramgasse, on trouve la fontaine de Zähringen, en hommage au fondateur de la ville. La statue qui surplombe le bassin représente un ours en armure. L’ours est vraiment représenté partout à Berne.

Entre La Kornhausplatz et la Kramgasse, on trouve la Zitglogge, la tour de l’horloge en francais. C’est probablement le bâtiment le plus connu de la ville. Elle a été construite en 1220, et se trouvait alors être une porte dans les 1ères fortifications de la ville. Mais en 1405 un incendie, a détruit les 3/4 de la ville dont la tour. Après cet incendie, les maisons qui étaient auparavant en bois on été reconstruite en pierre. Et c’est le grès qui a été choisi, et c’est toujours le grès que l’on trouve encore aujourd’hui, avec cette couleur si particulière. Il provient de différents endroits de Suisse, mais une partie vient des carrières de Ostermundigen, située dans l’agglomération même de la ville.

C’est aussi après cet incendie de 1405, que des arcades ont été incorporées dans presque chaque rue, pour ça Berne est très spéciale, car en tout il y a 6 km d’arcades.

On passe sous l’arche de la Zitglogge, mais de l’autre coté, sur le mur du coté rue de l’édifice, il a été installé des urinoirs, c’est très bizarre de les avoir placés ici. Car en les utilisant on urine littéralement sur le bâtiment historique.

En allemand de Suisse, il y a souvent des mots français qui sont utilisés, mais pour urinoir ou vespasienne comme on dit en France, les suisses eux ont choisi le mot pissoir. Qui est un mot très français, mais dont j’ai appris l’existence ici à Berne.

On pourrait continuer dans Kramgasse, mais je préfère prendre la Brunngasse. Une petite rue en arc de cercle qui a beaucoup de charme. C’est ici que le terrible incendie dont on a parlé précédemment aurait démarré.

Si on regarde les plaques des noms de rue, on se rend compte qu’elles ne sont ici pas bleues, comme il est d’usage en Suisse, non. Dans la vielle ville il y a 5 quartiers qui ont chacun une couleur, rouge, vert, jaune, blanc et noir. Et les plaques des rues, sont aux couleurs de leur quartier respectif.

L’origine de ces couleurs date de 1798 lorsque les troupes françaises de Napoléon envahissaient la Suisse. Le pays est même renommé république helvétique. Et il est dit que pour aider les soldats français à se repairer dans la ville après avoir trop bu, il aurait été décidé de créer 5 secteurs en leur donnant tout simplement des noms de couleurs.

En allant au bout de la Brunngasse, j’arrive dans Rathausgasse, ou la rue de la mairie. D’ici on peut commencer à prendre des petites ruelles seulement accessibles aux piétons, on peut comme ça traverser la vieille ville par ses axes les plus calmes. Alors dans Rathausgasse je prends la petite Schaalgässchen, je traverse la Kramgasse, et m’engouffre dans Münstergässchen, on arrive sur la place de la cathédrale, je tourne à gauche en restant sous les arcades. Après quelques dizaines de mètres on peut observer les horlogers de la boutique Uhrsachen travailler. On ne les dérange pas longtemps, de toutes façons ils ont l’air très concentrés et difficilement perturbables. On continue de descendre la rue, toujours sous les arcades, et on arrive dans Junkerngasse. C’est une rue avec peu de commerce, donc peu de passage, donc extrêmement calme, descendre la rue sous les arcades ici est très apaisant.

En allant jusqu’au bout de la rue on arrive sur le pont le pont de Nydegg. Et en contre bas, au bord de l’Aar se trouvent là ou les 1eres pierres de la ville ont été posées en 1191.

On est remonté dans le temps avec cette petite ballade, en partant de la gare. J’espère que c’était intéressant et divertissant.


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