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Parcoursup, an zéro : c’était la « génération test ».

Alors que Parcoursup entame sa saison 2, que sont devenus les personnages de sa série ? Six mois après, retour sur la… génération test.

Adrien · 2019-01-27 17:51 · 0 claps · 14.7 min read
#génération-test #parcoursup #admission-post-bac #lycée #france
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Parcoursup, an zéro : c’était la « génération test ».

[embed]Précédemment dans « Génération Test » : Et c’est reparti. Trois mois après la fin de la saison 1, Parcoursup reprend, avec des nouveautés appréciables, qui vont réduire le caractère anxiogène de la procédure.medium.com

Parcoursup a ouvert ses portes ce mardi, pour une deuxième saison. Autant dire une première, tant l’an zéro a été émaillé de craintes, tant l’anxiété de la nouveauté a été grande, tant le système a été fait au fil de l’eau. Mardi a démarré la première vraie saison de Parcoursup, où la plateforme pourra fonctionner à plein régime, où les problèmes auront été fixés, où les jeunes n’auront — il faut l’espérer —pas à faire face au stress, à l’attente qu’a subi notre génération, les 2000, la « génération test ».

C’est dans ce contexte que, six mois après les avoir quittés à l’issue des résultats du baccalauréat, j’ai tenu à faire le bilan de Parcoursup pour les gens de ma classe, ceux qui ont fait ces 37, désormais 38 épisodes de « Génération Test ». Deux jours après la rentrée scolaire, certains avaient ainsi repris depuis déjà une semaine, tandis que d’autres ne commenceront que le lundi suivant, mais aucun lycéen de ma classe dont j’ai encore contact est sans formation.

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Retrouvailles

Pour arriver à mes fins, j’ai pris le temps, au mois de septembre, d’envoyer un message, un appel, à tous mes ex-camarades de classe, aux personnes de ma classe de Terminale (et ayant eu le bac, c’est mieux). Un message simple, pour embrayer sur le sujet de l’orientation : « Comment s’est passé ta rentrée ? »

C’est ainsi que j’ai pu avoir des nouvelles de plus de la moitié de mes ex-collègues, des personnes ayant vécu cette série. Malheureusement, je n’ai pu garder contact qu’avec une moitié de ma classe, l’autre vadrouillant désormais aux quatre coins de France sans que j’aie leur numéro de téléphone. Telle est la dure loi des études supérieures, où les élèves, désormais étudiants, sont répartis aux quatre coins de France et de Navarre.

Heureusement pour moi, le lycée a organisé cette année, pour la première fois, une cérémonie de remise du diplôme du baccalauréat, à la veille des vacances de Noël. Ce qui m’a permis de prendre des nouvelles de ceux avec qui je n’en avais justement pas. À la fin, il ne reste que six personnes (sur 36) dont je n’ai pas de nouvelles, malheureusement. Il faut espérer qu’elles se plaisent dans leurs études.

Certains ont peut-être préféré quitter l’enseignement supérieur public, à l’instar de cet élève qui en décembre voulait faire 42, l’école d’informatique gratuite de Xavier Niel, mais est finalement parti dans le privé, dans l’une des rares écoles informatiques du département. Pour lui, Parcoursup ne servait à rien — il savait qu’il était pris avant même la divulgation des vœux sur Parcoursup — mais en juin, il était toujours loin en file d’attente pour les écoles de Toulouse.

Dans ce lot de lycéens dont je n’ai pas de nouvelles, deux étaient sans affectation à la fin juin. Sept personnes étaient en effet toujours dans le doute lors des épreuves du baccalauréat, dont on n’avait pas de nouvelles au troisième conseil de classe. Et parmi elles, deux élèves de bac SI, qui voulaient partir dans des BTS ou DUT en mécanique ou informatique, et dont je ne sais pas la suite.

Les élèves en détresse

Les cinq autres élèves qui n’avaient rien en juin ont eu la formation qu’ils voulaient… ou presque. À l’instar de Cédric, qui souhaitait aller en licence maths ou SVT et était encore en attente lors du précédent conseil de classe. Il a été pris en licence SVT, ou plutôt, dans le portail y débouchant, à l’Université de Bordeaux, au terme de mois d’attente. Idem pour le bachelier qui voulait initialement aller en prépa, et au final était même en attente dans une licence montpelliéraine. Lors du conseil de classe du second trimestre, celui où les profs devaient — théoriquement — émettre leurs avis sur les vœux des élèves, on avait dit sur son cas qu’il ne servait à rien d’espérer. « Quand ils ont vu ça, pour eux c’est mort. Tu vois, j’ai même fait un cercueil pour me souvenir ! » ai-je écrit dans l’**épisode 18. **Lui aussi est à l’Université de Bordeaux, dans le second portail de sciences proposé par la fac, même si cela ne correspondait pas à ses désirs. Peut-être y est-il passé par la phase complémentaire, qui permet aux étudiants de s’inscrire là où il reste de la place, comme plusieurs élèves de mon groupe de TD du premier semestre ont pu le faire ?

Dans ces Terminales qui n’avaient pas de réponse à la fin, on trouve aussi A., l’élève que je suis depuis le début de l’année, véritable fil rouge de la série. Elle a été acceptée à la mi-juillet… à Corbeil-Essonnes, à un millier de kilomètres de là. Pour rappel, elle voulait aller à tout prix en BTS audiovisuel option métiers du son. Pour cela, elle a fait un stage à France Bleu Périgord, et elle avait surtout mis dix vœux de BTS à travers la phrase, de Bayonne à Marseille, d’Angoulême à Corbeil-Essonnes… malgré ses notes moyennes en physique, qui avaient fait dire au conseil de classe qu’elle devait changer d’avenir. Résultat : le jour des résultats de Parcoursup, elle est refusée définitivement pour la moitié de ses vœux, et reste en attente sur cinq d’entre eux (cf. **épisode 25, avec son portrait). Le tout, avec une grande disparité dans l’attente : elle n’est que 20ème à Bayonne, contre plus de centième dans la région parisienne. Mais la file d’attente a évolué plus rapidement en Île-de-France qu’au pays basique, et c’est ainsi qu’après deux mois d’une très longue attente, elle est donc acceptée à Corbeil-Essonnes**, alors qu’elle restait cinquième à Bayonne. Elle a accepté directement et définitivement, partant donc à la recherche d’un logement, qu’elle a trouvé là aussi. Néanmoins, j’ai appris sur le tard qu’elle n’est pas inscrite dans un BTS, mais dans une remise à niveau BTS, une année propédeutique permettant une remise à niveau pour les étudiants n’ayant pas le niveau ou n’étant pas passé par l’option Arts (qui n’était pas dispensé dans notre lycée). Et cette remise à niveau n’offre pas de passe-droit pour aller en BTS l’an suivant. Cette année, A. va donc devoir repasser par Parcoursup, en espérant que cette formation de remise à niveau lui permette d’avoir le BTS audiovisuel dont elle rêvait. Un soulagement, alors qu’on lui avait dit de ne pas rêver lors du troisième conseil de classe, sous-entendu : va voir ailleurs.

« Va voir ailleurs », on l’a aussi dit à un autre élève qui voulait partir dans les mêmes formations qu’A. Alors qu’il a plus ou moins les mêmes notes qu’A, lui était considérablement plus loin dans la file d’attente, et s’en était plaint à la PP en mai… mais contrairement à A., il n’a pas eu la chance d’être accepté, à Corbeil-Essonnes ou ailleurs. Au contraire, il avait même été refusé sur tous ses vœux, sauf un… et a dû passer par la phase complémentaire, où il a trouvé (ou on lui a proposé) **une licence en musicologie, pour rester dans le domaine du son. Ce n’est pas ce qu’il voulait… Résultat : il s’est réorienté **dès la rentrée en licence physique, à Pau. Et d’après les dires de ses amis, ce n’est toujours pas ce qu’il veut… Mais l’année est bien entamée, donc il passera probablement par la session 2019 de Parcoursup, cette année, pour retenter un BTS… ou abandonner son idée.

Autre élève à avoir changé d’orientation : C. Elle est sportive de bon niveau régional, et souhaitait logiquement aller en STAPS, la licence pour devenir prof de sport. Problème : cette licence est l’une des rares à avoir eu recours au tirage au sort l’an dernier, et est toujours aussi demandée (+17 % de vœux cette année). Ne souhaitant pas s’éloigner de sa région (elle est espoir au club de rugby du département), elle a également mis de nombreuses formations diverses, à Bordeaux, à Agen, à Périgueux, à Toulouse : licence SVT, DUT Génie biologique diététique… Et non. Le 22 mai, elle n’a aucune proposition, et paraît loin en file d’attente. Cela l’a fait hésiter, et avant d’avoir le bac, elle me confiait vouloir même changer de formation et partir en BPJEPS, une formation payée, même du niveau du bac. Il lui faudra attendre près de six semaines avant d’obtenir une réponse, en STAPS à Bordeaux : un « Oui si », nouveauté permise par la loi ORE, soit une acceptation… à condition de subir des cours supplémentaires. Au final, j’ai appris avant la rentrée qu’elle a été acceptée à la mi-juin en licence SVT à Agen. Elle a finalement renoncé à la licence STAPS, pour pouvoir continuer sa progression au SUA, le club de rugby d’Agen (en Top 14 actuellement), ce qu’elle n’aurait pu faire à Bordeaux.

Même cas pour l’élève qui voulait faire licence AES [Administration Économique et Sociale]. Le 22 mai, il était pourtant très loin dans la liste d’attente (~2000/2600) et avait été refusé sur presque tous ses autres vœux. Il faut dire que son dossier l’a carrément plombé, étant perturbateur, ou comme dit la PP, « quand il veut, il peut ». Mais à l’issue du bac, il m’a envoyé un message pour me dire qu’il a été en pris en AES. Je l’ai recontacté récemment, et il me confirme sa venue en AES… mais est plus nuancé :

« [Les études] m’intéressent beaucoup mais les métiers ça ne m’intéresse pas donc bon… […] Peut-être l’année prochaine je serai avec toi en fac de maths »

Un propos qu’il m’a confirmé plusieurs fois, lors de rencontres spontanées à Bordeaux, toutes les facs étant regroupées sur le même campus. Cette année, il veut la finir, mais il partira l’an prochain en portail de sciences à l’Université de Bordeaux, comme les deux élèves mentionnés précédemment.

C’est aussi le jeu de l’orientation : parmi les 60 % d’échec parfois brandi contre l’université, on trouve également des gens qui se sont réorientés, qui se sont perdus et préfèrent partir. On verra bien l’année prochaine s’il est toujours dans sa licence d’économie.

Tel est le devenir des étudiants que Parcoursup avait laissé de côté : en licence, ou en classe de remise à niveau, souvent déjà partis de la formation que la plateforme leur avait proposé. Ce n’est pas un problème de Parcoursup — le problème était le même avec Admission Post-Bac, son précédesseur — , mais ici un échec de l’ensemble du système d’orientation et d’éducation en France, où les aspirations des élèves ne vont pas avec les aspirations et les disponibilités des formations, où les élèves vont dans des filières sans avoir de réflexion d’orientation avant, et en subissent les conséquences par la suite. L’exemple le plus frappant est le cas d’un ami, non présent dans ma classe, donc dans cette série, mais qui était néanmoins en bac S. Sans grande idée au moment-même de valider ses vœux sur Parcoursup, il a eu son bac, et est parti en BTS tourisme, là où Parcoursup l’a amené. Au bout de trois semaines… il est parti, non pas dans une formation, mais à l’usine. Et le voilà, avec son bac S pour seul diplôme (avec le brevet), à trier des prunes pour une entreprise de pruneaux d’Agen. Cet été, il travaillera pour le parc d’attractions du département. Et il ne reprendra probablement pas les études, étant découragé par le travail qu’il a déjà donné pour avoir son bac S, que ses parents lui ont forcé à faire, alors qu’il voulait faire un bac technologique. Voilà là un véritable échec de l’orientation, un des nombreux encore aujourd’hui, de ces élèves qui décrochent à la sortie du lycée, sans véritable formation, car étant en bac général. Comment peut-on motiver ces élèves à poursuivre leurs études, si le système ne les y encourage pas ?

Les placés

Tout n’est pas noir dans le tableau de ma classe, bien au contraire. De nombreux élèves ont eu la formation qu’ils voulaient, ou du moins, une qui leur correspond. La plupart des élèves qui faisaient Sciences de l’Ingénieur sont ainsi partis en DUT (même si ce dernier est supposément pour les bacheliers technologiques…), souvent en Génie mécanique et productique, ou en Informatique, aux quatre coins du Sud-Ouest de la France, à Gradignan, à Rodez, à Tarbes, à Figeac. Un élève de SI a réussi à intégrer une prépa intégrée en aéronautique, à Toulouse, qu’il qualifie de « difficile » mais dont il tire de nombreux profits. « Faut s’accrocher… » Idem pour cette personne de ma classe, qui part faire une prépa intégrée… à Nice, dans le technopôle réputé Sophia. La différence de niveau a été un pas difficile à passer, mais il supporte. À l’inverse, un trublion de classe est parti dans un BTS de proximité, en technico-commercial.

Le tableau est plus éclectique dans l’autre groupe de classe, ceux des SVT de ma classe (m’y compris).

Parmi les autres personnages récurrents de la série, L., l’élève qui voulait faire du droit à Pau… va faire du droit à Pau. Acceptée dès le début (sa fac boycottant Parcoursup), elle n’a pas changé d’avis depuis… et a réussi à se trouver un logement.

La « tête blonde » de ma classe (tel qu’elle était désignée dans mes épisodes), cette élève qui n’avait mis que des vœux non scientifiques, au grand désespoir d‘un certain professeur principal secondaire qui au conseil de classe du second trimestre jurait sur la cohérence de ses études, est partie en licence psychologie à Bordeaux, où elle se plait beaucoup.

Parmi les autres, une élève est un des deux portails de sciences de l’Université de Bordeaux, voulant finir en licence chimie. Une redoublante, ayant eu son bac, est partie en licence SVT à Agen, comme C. ; une autre a suivi son BPJEPS, un brevet de préparation aux métiers sportifs. Je l’ai croisée récemment, où elle m’a confirmé son futur parcours d’études, déjà bien cadré dans sa tête : à l’issue de cette formation d’un an, elle se spécialisera dans l’associatif, puis dans le coaching, via des modules de vingtaines d’heures de cours dispensés par des organismes et associations, avec pour objectif final de devenir coach sportive, là où le second PP (encore lui) se plaignait du fait qu’elle fasse des études sans objectif. Enfin, un troisième redoublant ayant eu son bac… a réussi le concours d’entrée en école de gendarmerie, et travaille désormais (même s’il n’avait rien obtenu sur Parcoursup).

Enfin, cinq personnes n’ont tout simplement pas eu leur bac. Une personne était déjà redoublante, et part donc dans la vie active. Un autre ira bosser, en intérim cette année — il ne retentera pas une seconde chance, et fera parti des 20% de sans-bac de sa génération. Les trois autres redoublent, alors qu’ils avaient leurs vœux sur Parcoursup avant le bac, en BTS, une formation… sélective.

Également, O., l’élève que j’ai aidé lors des rattrapages du baccalauréat (et qui l’a eu), et qui était sans formation à sept semaines de la rentrée, a elle eu une formation. Par la phase complémentaire, elle a accédé à un DUT sciences et génie des matériaux dans une province de la région. Elle s’y plait.

À l’inverse, une étudiante étant partie en PACES a elle abandonné ses études, et est partie dans une dépression avant même la fin du premier semestre, en raison du caractère très anxiogène et particulier de la première année de médecine, où il faut être parmi les X premiers pour pouvoir passer en seconde année, quand bien même on ait plus de 14/20, en raison du numerus clausus.

[embed]À LIRE — Première année commune aux études de santé, expérience personnelle L’expérience d’une étudiante ayant finie sa PACES avec succès, sur son blog Medium personnel. Lisa, sur Since 1997

L’an prochain, cette politique du quota sera supprimée, pour tenter de résoudre le problème de la dépendance qui va prendre de plus en plus de problème dans la société. En attendant, les étudiants, cette année, et en 2019 encore, doivent encore passer par cette filière, cette année démoralisante, déshumanisante… et déprimante.

Fin.

Faire le bilan du devenir des gens de ma classe de Terminale, c’est voir l’éclectisme des situations individuelles, et malheureusement souvent des conséquences qu’a l’algorithme de Parcoursup dans nos vies. Certes, avec Admission Post-Bac, c’était pis : le tirage au sort, pour les licences non-sélectives, menait à des situations ubuesques d’élèves de bon niveau se voyant recalé de l’université. Mais cela n’a pas fixé les injustices de notre système d’orientation français. Des élèves qui ne savent pas où aller, à qui on ne demande de s’orienter que quelques mois avant le bac, se retrouvent au final parfois réorientés, alors même que la loi ORE avait pour objectif de ne pas continuer dans cette voie-là. Il suffit de voir ma classe pour apercevoir ce constat, cet objectif inachevé : des personnes abandonnent, se retrouvent dans des formations de proximité, parfois loin de leurs espérances, car leurs vœux n’ont pas été résolus. Il y a certes une part de responsabilité dans ce crash. Même si les algorithmes locaux n’ont pas été publiés, et donc qu’on ne sait pas comment les élèves ont été triés, on sait que les notes, les bulletins scolaires des trimestres de première et terminale ont joué. Toutefois, il a été montré que la localisation a pu jouer un rôle dans l’affectation de certains élèves, via les quotas de résidents non-locaux qui étaient parfois très forts (1 % pour ma formation…), que le lycée-même a pu jouer, selon qu’il y ait eu boycott du jugement de l’élève par le PP ou non… Et ces futilités ne changent pas le cœur du problème, qui est celui de l’orientation scolaire en France. Nombreux sont ceux qui partent en S car cela leur ouvre plus de portes, même s’ils échouent dans les matières scientifiques, nombreux sont ceux qui, comme moi, n’ont pas réfléchi à leur orientation avant les quelques mois de la procédure Parcoursup. Nombreux dans ma classe étaient ceux qui n’avaient pas d’idée de formation à l’automne, alors que les conseillers d’orientation sont théoriquement là pour cela. Nombreux sont toujours ceux qui dans ma promotion d’université n’ont pas d’idée de métier à faire plus tard. Pour toutes ces personnes-là, le système APB ou Parcoursup ne peut être que décourageant, car les portes vont se fermer en raison d’un mauvais dossier, d’une absence de motivation, ou car les portes prises n’auront pas été celles qui collent avec les aspirations de l’élève. Sans véritable politique d’orientation de la part des ministères, qui ne se base pas que sur la recherche volontaire via des sites comme terminales2017–2018.fr ou celui de l’ONISEP, il y aura encore de nombreux cas d’échecs à l’université, en BTS, ces élèves qui sont orientés là où il y a de la place par manque d’aspirations.

Un premier pas va être fait avec le nouveau baccalauréat en France, à compter de 2021. Plus de filière, mais des spécialités à prendre, ce qui va casser inexorablement l’effet opportuniste des portes ouvertes par une filière. Le lycéen devra réfléchir plus tôt à son orientation, et ne pas changer entre temps. C’est là un mal pour un bien, ou plutôt un bien pour un mal : être forcé à réfléchir à son orientation… quitte à ce que cela soit très tôt. Accompagné d’une véritable politique de remise à niveau pour les étudiants motivés — chose qui semble engagée avec les « Oui, si » qui tendent à se développer, surtout l’an prochain avec le nouveau décret licence qui permettra de moduler ces dernières —, le nouveau bac permettra de relancer une politique d’orientation des lycéens, qui sera probablement plus efficace que celle, actuelle, consistant à envoyer au casse-pipe les élèves n’ayant pas réussi scolairement et socialement.

D’ici là, il faut regarder les choses en face. Ma classe, certes une classe d’un lycée de campagne, avec un taux d’échec au bac de plus de 20 %, n’est plus. Les élèves sont partis chacun de leur côté, dans des formations qui leur plaise, mais qui pour le tiers d’entre eux n’étaient pas là où ils voulaient aller initialement. Certains ont quitté les sciences, après un bac S, et réussissent. D’autres, pourtant promis à un avenir radieux, ont « échoué », selon la terminologie officielle. Le point commun de tous ces désormais étudiants : avoir vécu la première saison de Parcoursup, une plateforme dont on ne connaissait même pas le nom en début d’année, changée d’un coup après un été médiatiquement catastrophique. Nous avons été trimbalé selon les décisions du pouvoir, sans avoir un vrai calendrier visible sur l’année. La conséquence : des conseillers d’orientation qui ne savent pas, et ne peuvent donc prodiguer des conseils sur des stratégies d’orientation, des professeurs principaux qui travaillent à la place des conseillers d’orientation, sans pouvoir préparer les dossiers, des proviseurs qui ont dû improviser pour satisfaire les décisions gouvernementales, des élèves à qui on n’aurait donné aucun calendrier — si je n’avais pas été là pour le faire. Comme écrit dans le précédent épisode, après cette année de rodage, Parcoursup tournera vraisemblablement mieux. Moins d’attente, plus de références pour faire ses choix : la génération 2001 ne vivra pas tout à fait les mêmes situations que nous, même si subsistera les scènes de stress à l’écriture (inutile) des projets de formation motivé, d’anxiété à l’attente des résultats, de colère à la vue des nombreux refus de la part des établissements d’enseignement supérieur. Fallait-il pour autant nous faire subir les quatre mois de procédure, les messages en vue de nous faire perdre espoir sur Parcoursup, et toutes ces pseudo-procédures dans le but de vérifier si cela allait marcher ? « Tout le monde a peur que cela ne marche pas. » titrais-je dans l’**épisode 11** de cette série. Cela a marché, mais à quel prix.

Toujours est-il que désormais, mes ex-camarades de classe ont donc leur avenir entre leurs mains. Qu’ils soient en licence SVT à Agen, en portail de sciences à l’université de Bordeaux, en IUT à Tarbes, Figeac, en BTS à Marmande ou Paris, en prépa à Toulouse ou à Nice, en BPJEPS, en licence droit ou physique à Pau, ils sont dans leur univers désormais, celui de la vie étudiante. Pour beaucoup, adieu Parcoursup (en attendant la sélection des concours d’ingénieur ou de master). Chacun vit désormais sa vie, après avoir partagé cette année de Terminale un peu particulière. Nous étions la génération test. Et moi ? **Je suis en licence maths, à Bordeaux.**

Une partie de ma classe de Terminale, à l’occasion d’une photographie pour la presse, dans le cadre d’un voyage scolaire effectué en mars 2018.

Une partie de ma classe de Terminale, à l’occasion d’une photographie pour la presse, dans le cadre d’un voyage scolaire effectué en mars 2018.

Remerciement particulier à A., et à tous les élèves de ma classe ayant vécu l’aventure.


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