← Back to list

Le frisson de Paris.

Eduardo Muylaert

Eduardo Muylaert · 2024-02-06 20:35 · 43 claps · 1.7 min read
#paris #pluie #écrivain #frisson #avertissement
Open on Medium ↗

Le frisson de Paris.

Eduardo Muylaert

Un frisson parcourt mon être chaque fois que je pose pied à Paris, comme si chaque visite était à la fois une première et une ultime découverte. Initialement, c’était le rêve, la vision édulcorée de cette ville lumière, cliché bien imparfait. Non, ce n’est pas la bohème de Montmartre, avec ses maisons closes et ses cabarets de travestis, qui m’a attiré. C’est plutôt l’écho des mémoires d’Henry Miller et d’Anaïs Nin, de Man Ray et Lee Miller, de Picasso et Dora Maar, ainsi que de Bataille et la même Dora Maar, ou encore les séances d’électrochocs prescrites par le docteur Jacques Lacan à Théodora Markovitch, alias Dora Maar. Sartre et Simone de Beauvoir restent indémodables. Barbara et Juliette Gréco, toujours présentes par leur musique. Le Quartier Latin, bien qu’il ne soit plus celui d’antan, demeure un passage obligé. Mais pour véritablement connaître Paris, il faut y voir la pluie tomber, remplissant de reflets les rues, les trottoirs et la Seine, humidifiant les passants et faisant éclore les parapluies qui se frôlent, agressifs ou tendres, à l’image des rencontres humaines. Au-delà des éclats lumineux, solaires ou apaisés, ce sont surtout les ombres, terrifiantes ou parfois bienveillantes, qui invitent à la contemplation plutôt qu’à la simple exhibition, révélant que c’est dans les nuances qu’il faut se perdre pour apprendre à voir, à comprendre, à ressentir. Pour moi, Modiano incarne l’essence même de l’écrivain parisien : les rues et les cafés qu’il dépeint semblent plus réels que ceux que mes yeux voient. Explorer ses œuvres, c’est plonger dans l’histoire, se remémorer les menaces et les tristesses de la Seconde Guerre mondiale, qui, loin d’avoir disparu, cherchent constamment à ressurgir pour nous tourmenter. Il est essentiel de lire Camus, véritable antidote contre l’autoritarisme et la sottise. Et de savourer Molière, nos faiblesses étant les mêmes depuis l’Ancien Régime : vanité, avarice, misanthropie. L’incendie de Notre-Dame a été interprété comme un signe des temps, peut-être un ultime avertissement à une humanité qui n’a pas encore réussi à éradiquer la famine et la guerre, et qui, au contraire, commence à épuiser les dernières ressources qui nous ont nourris pendant des siècles. Je me demande s’il nous reste encore du temps. Ainsi, je repars, porté par une autre sorte de frisson. Hélas.

(Texte rédigé en 2019, mais toujours d’actualité.)


메타데이터
post_id
b071bc68294a
slug
le-frisson-de-paris-b071bc68294a
url
https://medium.com/@edu_50326/le-frisson-de-paris-b071bc68294a
canonical_url
https://medium.com/@edu_50326/le-frisson-de-paris-b071bc68294a
author_url
https://medium.com/@edu_50326
status
ok
fetched_at
2026-07-10 23:42:37