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REPENSER LA SOUVERAINETÉ AFRICAINE PAR LA CULTURE

Par Sofiane AKICHI

Sofiane AKICHI · 2026-07-17 11:43 · 0 claps · 2.8 min read
#culture #politique #afrique
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REPENSER LA SOUVERAINETÉ AFRICAINE PAR LA CULTURE

Par Sofiane AKICHI

L’Afrique ne rattrapera pas, avant longtemps, les puissances militaires ou industrielles qui structurent encore largement l’ordre géopolitique mondial. Ce constat, souvent vécu comme une fatalité ou une défaite, mérite d’être retourné : plutôt que de courir après un hard power hors de portée à court et moyen terme, le continent gagnerait à investir pleinement le champ où il dispose déjà d’un avantage comparatif majeur : la culture.

Non pas comme supplément d’âme à la géopolitique, mais comme instrument à part entière de souveraineté.

Le hard power, une impasse stratégique pour l’Afrique

Construire une puissance militaire ou industrielle capable de peser dans l’ordre international actuel suppose des décennies d’investissements continus, une base technologique autonome et des marges budgétaires que peu d’États africains peuvent aujourd’hui dégager sans arbitrer au détriment de priorités plus immédiates comme l’éducation, la santé et les infrastructures de base. Ce n’est pas une question de volonté, mais de faits : viser le hard power en priorité revient à entrer dans une compétition où le retard structurel est tel qu’il absorbe des ressources sans offrir de retour stratégique proportionné dans un délai raisonnable. Cela ne signifie pas que le continent doive renoncer à toute ambition de puissance, mais que la hiérarchie des leviers mobilisés mérite d’être repensée.

La culture comme actif stratégique sous-exploité

Le continent africain dispose d’un patrimoine culturel d’une richesse et d’une diversité exceptionnelles et largement plébiscité au-delà de ses frontières. Cette influence culturelle réelle, mesurable jusque dans les industries créatives mondiales, reste pourtant cantonnée à une valorisation économique ponctuelle : exportations culturelles, tourisme, quelques succès individuels retentissants. Elle n’est que rarement pensée et mobilisée comme un instrument cohérent de politique étrangère et de positionnement international. Il y a là un décalage frappant entre l’ampleur du rayonnement culturel africain et la modestie des stratégies publiques qui l’accompagnent.

Des précédents qui font référence

Deux exemples, souvent cités mais rarement pris au sérieux comme modèles transposables, illustrent ce que peut produire une stratégie culturelle assumée. La Corée du Sud a fait de la Hallyu – la vague culturelle coréenne portée par la musique, le cinéma et les séries ; une politique culturelle délibérée, appuyée sur des décennies d’investissement public, et transformée en levier diplomatique et économique de premier plan. Les États-Unis, de leur côté, doivent une part significative de leur influence mondiale du XXe siècle à Hollywood, dont le rayonnement culturel a précédé, accompagné et consolidé leur puissance sur d’autres registres. Dans les deux cas, le soft power culturel n’est pas le fruit du hasard ou d’un simple foisonnement créatif spontané : c’est une stratégie structurée, financée et pensée sur le temps long.

Le chaînon manquant : l’ingénierie culturelle

C’est précisément ici que se situe l’obstacle principal du continent africain – non pas un déficit de talent ou de richesse culturelle, dont l’abondance n’est plus à démontrer, mais l’absence de professionnels capables de transformer cette richesse en filière structurée.

Monter un projet culturel à 360 degrés, construire un montage financier capable de mobiliser des investisseurs, articuler une offre culturelle à une stratégie de diplomatie publique : ces compétences d’ingénierie culturelle restent rares sur le continent et dans la diaspora. Tant que la culture continue d’être perçue par nos États comme un ensemble de métiers artistiques isolés plutôt que comme un secteur économique et diplomatique à part entière, ce potentiel considérable restera largement inexploité.

Repenser les critères de souveraineté

Il devient nécessaire d’élargir la définition même de ce que recouvre la souveraineté, en y intégrant pleinement la dimension culturelle aux côtés des critères plus classiques. Cela suppose plusieurs chantiers concrets : la formation d’ingénieurs culturels capables de porter des projets de bout en bout ; l’intégration explicite de la culture dans les stratégies diplomatiques nationales et régionales, notamment au niveau de l’Union africaine et des organisations sous-régionales comme la CEDEAO ; la mise en place de mécanismes de financement dédiés aux industries créatives et le développement d’une coopération Sud-Sud structurée sur ces questions, permettant de mutualiser expertises et bonnes pratiques entre régions partageant des défis similaires.

La souveraineté ne se limite pas aux frontières défendues, aux armées ou aux réserves de matières premières. Elle peut aussi se construire par le récit, l’image et la création, à condition de s’en donner les moyens structurels. L’Afrique dispose déjà de la matière première culturelle nécessaire à cette ambition. Ce qui reste à construire, ce sont les compétences, les institutions et les politiques publiques capables de la transformer en puissance durable.


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