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#13 — Tribune : « Ehpad : “L’objectif de cette aventure commune était de fabriquer un tiers-lieu”…

✍️ par François Huguet, chercheur en humanités numériques et joueur de pétanque freelance (en savoir plus) & Marine Royer…

vivesvoies · 2021-10-04 08:11 · 0 claps · 3.1 min read
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#13 — Tribune : « Ehpad : “L’objectif de cette aventure commune était de fabriquer un tiers-lieu” » (🔗www.liberation.fr)

✍️ par françois huguet, chercheur en humanités numériques et joueur de pétanque freelance (en savoir plus) & marine royer designer-chercheure, maîtresse de conférences écolo-sataniste (en savoir plus).

Le 30 septembre 2021, nous avons eu le plaisir de publier un texte au sein du quotidien Libération dans le cadre du forum live Solutions Solidaires (plateforme des solidarités nouvelles). Nous remercions chaleureusement Ariel Kyrou, directeur éditorial de la base de connaissances Solidarum (laboratoire des solidarités de la Fondation Cognacq-Jay) qui nous a poussé à rédiger ce texte.

Il est consultable ici mais nous le reproduisions sur cette page web.

A Nanterre, le 20 juin, France. Céline est bénévole aux Petits Frères des Pauvres. Toutes les deux semaines, elle anime le dimanche un atelier pour un groupe de resident.e.s a l’EPHAD des vignes. (Constance Decorde/Hans Lucas)

A Nanterre, le 20 juin, France. Céline est bénévole aux Petits Frères des Pauvres. Toutes les deux semaines, elle anime le dimanche un atelier pour un groupe de resident.e.s a l’EPHAD des vignes. (Constance Decorde/Hans Lucas)

Forum Solutions Solidaires : Tribune

Ehpad : «L’objectif de cette aventure commune était de fabriquer un tiers-lieu»

Pour Tim Ingold, habiter c’est moins résider, s’installer, avoir un logis, qu’aller, traverser, prendre part à l’enchevêtrement de mouvements qui constituent l’habitation d’un territoire (1). En mars 2021, entre plusieurs périodes de restrictions sanitaires, c’est notamment équipé·es de cette approche de «l’habiter» que nous avons lancé, au cœur de deux établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes, un chantier participatif (2). Ce dernier mobilisait des salarié·es et des résident·es du pôle gérontologique nîmois de la Croix-Rouge, mais également leurs proches, une vingtaine d’étudiant·es en design, les architectes du Collectif Etc, des habitant·es, des associations de Nîmes et l’artiste Bonnefrite. L’objectif de cette aventure commune était de fabriquer un tiers lieu, mais aussi et surtout d’analyser les façons dont un Ehpad peut se penser différemment en s’adossant à ce type de lieux ouverts et «infinis» (3).

Avant ce projet, nous retenions des tiers-lieux leurs capacités à voir naître des communautés agissantes visant toutes à habiter le monde différemment et à construire des possibles. Mais fabriquer les bases de ce qu’un tiers lieu peut incarner au sein d’une maison de retraite nous a ouvert des voies bien plus larges. Effectivement, les personnes qui résident ou travaillent dans les Ehpad connaissent des choses que beaucoup d’entre nous, non coutumiers des mondes du soin, ignorent. Des situations difficiles qui ne sont pas à venir, mais qui se déroulent maintenant, là où vivent ces personnes plus ou moins dépendantes. Pourtant ces mêmes personnes et celles qui en prennent soin s’attachent bien souvent à développer une attention et un apprentissage continuel où elles cherchent à savoir reconnaître qui et quoi, au milieu de ces difficiles situations, définit l’hospitalité et s’efforce de l’incarner, de la faire durer, de lui faire de la place.

Penser l’attention

En ce sens, construire des tiers lieux dans des Ehpad est selon nous un levier privilégié pour penser cette attention et accompagner la transformation de ces lieux de soins en lieux de vie. Ainsi s’efface la frontière entre aidé·es et aidant·es, les résident·es âgé·es devenant acteur·rices de cette construction. En fondant un espace du commun au sein d’un Ehpad en intégrant les résident·es, les professionnel·les et les habitant·es d’un quartier au sein d’un projet de tiers-lieu, on peut constituer un écart par rapport à un certain ronronnement institutionnel. En se laissant la possibilité que ce projet échappe aux logiques de reporting, de marchandisation et de management, on peut même imaginer que ces tiers lieux d’attention commune permettent d’échapper à la léthargie institutionnelle et renforcent le lien social au sein des quartiers où ils sont implantés.

Pour ce faire, il reste néanmoins à accepter l’idée que les manières dont on travaille, dont on construit, dont on vit dans un Ehpad évoluent vers plus d’horizontalité. Il faut porter une vision de la vulnérabilité qui ne soit pas «déficitaire, mais, tout au contraire, inséparable d’une nouvelle puissance régénératrice des principes et des usages» (4). C’est à cette condition que l’on pourra changer l’image et la réalité des Ehpad et des tiers lieux qui pourraient les peupler.

(1) Une brève histoire des lignes de Tim Ingold, Editions Zones sensibles (2011)

  1. Ce projet a bénéficié des financements d’AG2R La Mondiale, du programme Fabriques de territoires (ANCT), de la Conférence gardoise des Financeurs pour la perte d’autonomie (CFPPA) ainsi que de dons de toile denim d’Atelier Tuffery, plus ancien tailleur de jean’s français.

(3) Lieux Infinis, Construire des bâtiments ou des lieux ?, Encore Heureux, Editions B42 (2018)

(4) Le soin est un humanisme de Cynthia Fleury, Gallimard (2019)

📅 Article rédigé avec ❤️ le lundi 4 octobre 2021.


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