Captage carbone — Entre solutionnisme et désillusion
Présenté comme un levier indispensable pour atteindre la neutralité carbone, le captage de CO₂ joue un rôle crucial au sein du GIEC.
Captage carbone — Entre solutionnisme et désillusion
Présenté comme un levier indispensable pour atteindre la neutralité carbone, le captage de CO2 joue un rôle crucial au sein des scénarios du GIEC. Principalement répandue aux US, cette technologie peine toutefois à contrebalancer les émissions mondiales et sert majoritairement à l’industrie fossile.

Un site de captage carbone situé auprès d’une centrale à charbon à Houston (Texas) © Michael Stravato
9,4 tonnes, telle est l’empreinte carbone d’un français en 2023. Au total, la France a émis plus de 644 millions de tonnes équivalent CO2 sur la même année, ce qui revient à faire soi-même 300 millions de fois l’aller-retour entre Paris et New York en classe économie.
Face à ces chiffres, l’impuissance vis-à-vis du dérèglement climatique semble presque garantie. Mais il existe une solution présentée comme prometteuse pour se débarrasser de ces tonnes innombrables de CO2 ou plutôt pour les renvoyer à leur origine, c’est-à-dire dans le sol.
Il est question du captage carbone. Cet ensemble de technologies permet d’absorber le CO2 directement depuis l’atmosphère, ou dans le cadre d’un processus de combustion industrielle. Le gaz est ensuite stocké ou réutilisé à d’autres fins. Ces différentes technologies figurent aujourd’hui dans la majorité des scénarios climatiques du GIEC qui considère leur déploiement “inévitable” pour atteindre l’objectif de la neutralité carbone.
Les États-Unis, champions du captage
De l’autre côté de l’Atlantique, les États-Unis se placent aujourd’hui premier en termes d’investissements dans les différentes technologies de captage. 19 sites sont actuellement en opération et captent plus de 22 millions de tonnes de CO2 par an. En parallèle, environ 200 projets sont en développement. Une stratégie différente de l’Europe ou seuls quatre sites sont opérationnels avec une capacité de captage qui frôle les 6 millions de tonnes.
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En vue du bilan carbone américain, cette divergence peut sembler compréhensible, les États-Unis émettant le double des émissions européennes avec près de 6 milliards de tonnes équivalent CO2 en 2023. Un calcul comparatif qui oppose les capacités de captage aux émissions dresse cependant un bilan plus que mitigé : actuellement, les États-Unis parviennent à capter seulement 0,37% de leurs émissions carbone. Une capacité loin de contribuer significativement aux scénarios avancés par le GIEC qui incluent dans leurs calculs un captage de “10 Milliards de tonnes par an dans le monde d’ici 2050”.
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Capter du carbone, mais pour du pétrole
Si certains projets stockent le gaz définitivement en profondeur, d’autres en font un usage direct pour leur activité pétrolière. Concrètement, le processus de “Récupération assistée de pétrole” (RAP) consiste à injecter du CO2 dans des réserves de pétrole à plusieurs centaines de mètres de profondeur. Il permet de libérer le fluide pétrolier avant de l’acheminer à la surface.
La majorité des sites américains de captage appartiennent ainsi à des entreprises comme la raffinerie de Port Arthur au Texas ou la multinationale pétrolière Conocophillips. Des acteurs clés du domaine des énergies fossiles. Selon Mark Jacobson, professeur d’ingénierie environnementale à l’université de Stanford, le captage permet à l’industrie fossile de poursuivre son activité sous le couvert d’une chaîne de production dite à faible émission. “Nous, (les sites pétroliers, ndlr), extrayons autant de CO2 que nous en émettons. Par conséquent, nous devrions être autorisés à continuer de polluer et d’exploiter les mines”, caricature le scientifique.
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En misant sur ce type de technologies encore peu matures et non pas sur les puits de carbone naturels “on risque de retarder, voire d’éliminer la possibilité d’atténuer le dérèglement climatique”, explique Lou Stührenberg, doctorante à l’École des Mines Paris. Spécialisée dans l’étude des scénarios d’atténuation du dérèglement climatique recensés par le GIEC, elle insiste également sur les dangers liés au stockage comme les “fuites ou les risques sismiques”.
La baguette magique des calculs du GIEC
Malgré une réalité contrariée, le captage carbone reste au cœur de la plupart des modèles du cinquième rapport du GIEC. “Sur les 114 scénarios permettant de rester sous les 2°C, 104 reposent sur des émissions négatives”, détaille Stührenberg avant d’ajouter que “le captage carbone, c’est un peu la baguette magique qui permet au GIEC de boucler ses calculs et de faire des recommandations aux gouvernants sans qu’il soit nécessaire d’avancer des mesures d’atténuation trop axées sur la décroissance”.
Dans son sixième rapport, l’organisme onusien nuance toutefois sa position, indiquant que le captage “peut avoir de nombreux rôles complémentaires mais ne peut pas se substituer à des réductions importantes des émissions”.
Un avenir incertain
Avec les États-Unis en tête des capacités de captage et des investissements, la technologie repose massivement sur la volonté américaine. Une volonté jusqu’à présent bipartisane, mais qui risque de basculer en vue des déclarations du Président Trump. Entre la devise “Drill, baby drill” qui encourage le forage, et l’absence des technologies de captage carbone au sein de l’agenda politique, le futur reste flou pour un secteur qui sème le doute sur son réel apport face au dérèglement climatique.
MÉTHODOLOGIE :
Nous avons étudié l’ensemble des sites de captage en développement et en opération dans le monde, en croisant les données américaines du National Energy Technology Laboratory et de la Clean Air Task Force, avec celles de l’Agence internationale de l’énergie. Elles portent sur l’année 2023.
Pour notre calcul (FIG 2), nous avons été limités par l’absence de données sur les émissions de carbone américaines en CO2 uniquement, et non pas en CO2 équivalent. Le CO2 restant très majoritaire au sein des gaz à effet de serre, le calcul continuerait toutefois d’afficher une disproportion majeure entre le CO2 capté et les GES émis.
Marine DULUARD & David STRUEDER
메타데이터
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