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La vie est un cadeau qui peut nous être repris à tout moment

Il y a des périodes dans la vie où tout semble basculer en l’espace de quelques jours. Où les mauvaises nouvelles s’enchaînent avec une…

Marie Suerte · 2026-01-19 14:55 · 0 claps · 7.2 min read
#maladie #mort #instant-présent #vies
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Wiki topics: 🔭 · Astronomy & Space

La vie est un cadeau qui peut nous être repris à tout moment

Photo by Kari Shea on Unsplash

Photo by Kari Shea on Unsplash

Il y a des périodes dans la vie où tout semble basculer en l’espace de quelques jours. Où les mauvaises nouvelles s’enchaînent avec une brutalité déconcertante. Où la mort, habituellement tenue à distance dans notre conscience, vient frapper à notre porte avec insistance.

En fin d’année 2025, j’ai justement vécu l’une de ces périodes. En l’espace d’une semaine, trois personnes de mon entourage ont été gravement frappées par la maladie. Mon beau-père de 65 ans, hospitalisé le jour de Noël pour un AVC léger. Une amie de longue date de la famille, une femme de plus de 60 ans, elle aussi touchée par un AVC sévère. Et une autre de mes amies, 36 ans, mère de trois petites filles, victime d’une rupture d’anévrisme de niveau 4.

Trois vies suspendues. Trois familles basculées dans l’angoisse. Et moi, spectatrice confrontée à une vérité que nous passons notre temps à oublier : nous sommes mortels, terriblement, fragiles et impuissants face à ce genre de situation.

Du jour au lendemain, tout peut s’arrêter.

Certes, cette prise de conscience n’est pas nouvelle. En réalité, nous le savons tous, mentalement. Mais savoir et accepter sont deux choses tellement différentes.

Ces derniers jours, je ne le sais plus seulement dans ma tête. J’ai appris à le ressentir dans mes tripes et dans mon cœur.

Et cette sensation, aussi douloureuse ou angoissante soit-elle, porte en elle un message urgent, un appel à vivre autrement, à ne plus attendre.

Sortir de l’illusion confortable

Nous vivons dans une illusion confortable. Nous savons que nous allons mourir, bien sûr, mais “plus tard”. Nous savons que nos proches peuvent disparaître, mais “pas maintenant”. Nous reportons, nous planifions, nous remettons à demain ce qui pourrait être fait aujourd’hui. “J’ai le temps. Nous avons le temps.”

Et puis soudain, d’un revers, la vie nous gifle, nous rappel à l’ordre.

Mon beau-père se plaignait de douleurs au cœur depuis déjà quelques jours. Mais il ne voulait pas prendre au sérieux ces signaux d’alerte. Il se répétait, comme pour se rassurer : “Ce n’est pas grave, ça va passer”. Jusqu’à ce jeudi 25 décembre où il a fini par se rendre à l’hôpital. Un AVC. Le diagnostic tombe comme un couperet. Le jour où nous sommes censés célébrer la vie, l’amour, la famille, nous nous retrouvons dans les couloirs froids d’un hôpital, confrontés à la fragilité de tout ce que nous tenons pour acquis.

Le contraste est violent. D’un côté, les décorations de Noël, l’excitation, les sourires , la musique joyeuse en fond sonore. De l’autre, les examens médicaux, l’inquiétude qui se lit sur tous les visages, les questions sans réponse immédiate. “Va-t-il s’en sortir ? Gardera-t-il des séquelles ? Comment sera sa vie après ?”

Puis, quelques jours plus tard, le 29 décembre au soir, je scrolle les réseaux sociaux. Et là, coup sur coup, deux autres nouvelles me coupent le souffle.

Mon amie de 36 ans, que je connais depuis mes 13 ans, avec qui j’ai vécu une grande partie de mon adolescence, mes premières découvertes de jeune femme… Une jeune femme pleine de vie et d’énergie ; mariée et mère de trois petites filles…vient de faire une rupture d’anévrisme de niveau 4. Elle est en vie, heureusement, miraculeusement peut-être. Mais l’état est préoccupant. Aura-t-elle des séquelles ? Comment sera sa vie après ? Comment parviendra-t-elle à gérer son quotidien avec ses trois filles ? Je ne peux m’empêcher d’avoir toutes ces questions en tête.

Et puis cette autre amie de la famille, que je connais également depuis l’adolescence. Une femme matûre de plus de 60 ans, épouse, mère et grand-mère. Victime d’un AVC grave. Actuellement en centre de rééducation. Un autre parcours long et incertain qui commence.

En l’espace de quelques jours le peu d’insouciance qu’il me reste vascille. Trois personnes de mon entourage souffrent. Trois vies sont suspendues au-dessus du vide.

Cesser l’illusion de la permanence

Nous construisons nos vies comme si nous étions invincibles. Comme si nous avions tout le temps du monde. Comme si demain était garanti.

Nous planifions à dix ans. Nous remettons à plus tard. “Je le ferai quand j’aurai plus de temps.” “Je lui dirai quand le moment sera plus opportun.” “Je prendrai ces vacances l’année prochaine.” “Je changerai de vie quand les conditions seront réunies.”

Nous vivons comme si la vie était une ressource inépuisable. Comme si nous pouvions puiser indéfiniment dans notre stock de jours sans jamais atteindre le fond.

Mais il n’y a pas de fond infini. Il y a un dernier jour. Pour nous. Pour ceux que nous aimons. Et nous ne savons pas quand ce jour viendra.

Nous sommes éphémères. Pas seulement mortels, mais éphémères. Il y a une différence subtile mais cruciale.

Mortel signifie “qui va mourir un jour, dans longtemps probablement”. Éphémère signifie “qui peut disparaître à tout moment, qui est ici maintenant et peut-être pas demain”.

Accepter notre mortalité, c’est accepter qu’un jour, dans un futur lointain, nous ne serons plus là. Accepter notre nature éphémère, c’est reconnaître que ce jour pourrait être aujourd’hui. Ou demain. Ou dans une heure.

La conscience de notre fragilité est une invitation. Une invitation à vivre différemment, à aimer plus pleinement, à être présent plus intensément.

Combien de “je t’aime” n’avons-nous pas prononcés, pensant avoir le temps plus tard ? Combien de pardons n’avons-nous pas offerts, attendant le “bon moment” ? Combien de gratitudes n’avons-nous pas exprimées, trouvant toujours une raison de reporter ?

La fragilité de la vie nous enseigne qu’il n’y a pas de moment parfait. Il n’y a que maintenant. Le seul moment où nous pouvons dire ce qui doit être dit, et faire ce qui doit être fait, c’est maintenant.

Dites à vos parents que vous les aimez. Pas demain. Maintenant. Appelez cet ami avec qui vous vous êtes disputé. Pas la semaine prochaine. Maintenant. Remerciez cette personne qui a marqué votre vie. Pas quand vous aurez le temps. Maintenant. Parce que demain n’est pas garanti. Ni pour vous, ni pour eux.

Quand la maladie s’installe dans le paysage quotidien

Depuis plusieurs mois déjà, j’ai l’impression d’être entourée par la maladie. Comme si elle s’était installée dans mon paysage quotidien, rappelant constamment sa présence.

Fin octobre, j’apprenais déjà le cancer du sein d’une femme de 42 ans dans mon cercle de connaissances.

En parallèle, la période d’octobre à début décembre a été ponctuée de mon côté par une série d’examen pour vérifier la probabilité d’un cancer dans mon corps. Heureusement, les derniers examens se sont avérés négatifs et rassurants.

Mais ces dernières nouvelles ont amplifié cette sensation d’être cernée, presque assiégée, par la fragilité et la mort.

Une mauvaise nouvelle, on l’encaisse. On se dit que c’est de la malchance, un événement isolé, une exception statistique. Mais quand elles s’accumulent, quand elles frappent coup sur coup, quelque chose se brise dans notre système de défense psychologique.

On ne peut plus se dire “c’est rare”. On ne peut plus se cacher derrière un “ça n’arrive qu’aux autres”. La maladie, l’accident, la mort, ne sont pas des concepts abstraits qui concernent des inconnus lointains. Ils sont là, tout près, ils touchent des gens que nous aimons, des gens de tous âges.

36 ans. 60 ans. 65 ans. Jeunes, moins jeunes, âgés. La maladie ne fait pas de distinction. La vie peut basculer à n’importe quel moment.

Cette familiarité forcée avec la maladie et la mort a changé quelque chose en moi. Aujourd’hui, je ne regarde plus la vie de la même manière. Consciemment mes priorités se réorganisent. Ce qui me semblait important hier paraît soudain dérisoire. Ce que je reportais à demain devient urgent.

Je ne vais pas mentir : tout cela m’a mis un sacré coup au moral. C’est lourd. C’est épuisant émotionnellement. Mais au-delà du choc et du découragement, ces expériences m’obligent à quelque chose de fondamental : prendre conscience.

L’importance de la présence

Nous passons tellement de temps absents de nos propres vies. Physiquement présents mais mentalement ailleurs. À table avec notre famille mais le nez dans notre téléphone. Aux côtés de nos enfants mais la tête dans nos soucis professionnels. Avec nos amis mais déjà en train de planifier la prochaine chose.

La conscience de la fragilité nous ramène au présent. Elle nous rappelle que ce moment avec cette personne est peut-être le dernier. Pas pour nous effrayer, mais pour nous réveiller.

Êtes-vous vraiment là quand vous êtes avec les gens que vous aimez ? Ou êtes-vous juste physiquement présent, en attendant le prochain moment, la prochaine tâche, la prochaine distraction ?

Un appel à vivre maintenant

Ces derniers jours m’ont enseigné quelque chose de fondamental : nous n’avons pas le temps d’attendre. Nous n’avons pas le luxe de reporter. Nous n’avons pas la garantie du lendemain.

Il est urgent d’arrêter de vivre en mode “un jour” “Un jour, je prendrai ces vacances.” “Un jour, je changerai de carrière.” “Un jour, je dirai à cette personne ce qu’elle représente pour moi.” “Un jour, je vivrai vraiment.”

Ce “un jour” est une illusion confortable. C’est notre façon de remettre la vie à plus tard, de différer le bonheur, de reporter l’authenticité.

Mais mon beau-père avait-il prévu de passer Noël à l’hôpital ? Mon amie de 36 ans avait-elle planifié une rupture d’anévrisme ? Bien sûr que non. La vie ne consulte pas nos plannings avant de basculer.

Le “un jour” n’existe pas. Il n’y a que aujourd’hui. Et aujourd’hui est peut-être le seul jour que vous avez.

Profitez de ce merveilleux cadeau qui vous est offert : la vie. Un cadeau précieux, fragile, temporaire.

Et comme tout cadeau précieux, il mérite d’être apprécié, célébré, utilisé pleinement. Pas rangé dans un placard “pour plus tard”. Pas conservé “pour les grandes occasions” mais pris en considération aujourd’hui et maintenant.

Rire plus : ne pas retenir ce rire parce que “ce n’est pas le moment” ou “les gens vont penser…”. Dire plus : des mots d’amour, de gratitude, de reconnaissance. Pas simplement dans votre tête mais aussi à voix haute. Risquer plus : oser réaliser ce projet qui vous fait peur, lancer cette conversation difficile ou mettre en place ce changement que vous reportez. Être présent plus : vraiment là, avec les gens que vous aimez, pendant qu’ils sont encore là. Aimer ceux qui composent votre vie.

Certes, je ne peux pas contrôler le moment où ma vie ou celle de mes proches prendra fin. Je ne peux pas empêcher la maladie de frapper. Je ne peux pas figer le temps pour garder tout le monde en sécurité pour toujours.

Mais je peux choisir comment je vis les jours qui me sont donnés. Je peux choisir d’être présente.

Alors je vous invite, comme je m’invite moi-même, à ne plus reporter. À ne plus attendre le moment parfait. À ne plus tenir la vie pour acquise. Vivons maintenant. Aimons maintenant. Soyons heureux maintenant. Sans plus attendre.

Parce que nous avons la chance incroyable d’être encore en vie. Et cette chance pourrait ne plus être là demain.

Marie Suerte

29/12/25


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