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#LEADERS — De Station F au G20 : la vision de Chrystèle Sanon pour réinventer l’éducation et…

Entrepreneure, enseignante, lobbyiste internationale et fondatrice de Qwampus, Chrystèle SANON défend une vision profondément humaine de…

mindrush · 2026-05-26 05:42 · 0 claps · 9.5 min read
#edtech #entrepreneuriat #inclusion #innovation #education
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#LEADERS — De Station F au G20 : la vision de Chrystèle Sanon pour réinventer l’éducation et l’entrepreneuriat

Entrepreneure, enseignante, lobbyiste internationale et fondatrice de Qwampus, Chrystèle SANON défend une vision profondément humaine de l’innovation. C’est mon camarade de promotion à l’Executive Master de l’École Polytechnique, Louvenor JEAN-PIERRE — lui-même au parcours particulièrement inspirant entre entrepreneuriat, technologie et engagement international — qui nous a mis en relation. Une recommandation précieuse tant la richesse de la réflexion de Chrystèle dépasse les frontières habituelles de l’edtech.

Dans cet échange pour MIND THE GAP, elle revient sur la transformation de l’éducation, les limites du modèle académique français, l’impact vertigineux de l’intelligence artificielle et l’émergence de nouveaux profils d’entrepreneurs. De Station F aux groupes de travail du G20, en passant par l’OCDE et les écosystèmes africains de l’innovation, elle partage une vision lucide, engagée et profondément tournée vers l’action.

« Je rêve des campus depuis toujours »

Nicolas Jambin : Avant de parler d’IA, d’éducation ou d’entrepreneuriat, j’aimerais que tu te présentes. Ton parcours est assez atypique.

Chrystèle Sanon : Atypique, oui, probablement. Aujourd’hui, je dirais surtout que je suis passionnée par l’entrepreneuriat et par l’innovation. Et j’essaie de servir ces deux sujets de plusieurs façons.

D’abord, il y a mon activité entrepreneuriale. J’ai créé une entreprise qui s’appelle Qwampus — avec un “W”, parce qu’il faut quand même sonner startup un minimum. (rires) Nous développons des outils pour les incubateurs, les accélérateurs, les écosystèmes d’innovation. Concrètement, on a conçu un Incubation Management System qui permet de digitaliser l’accompagnement des porteurs de projets.

Mais il y a aussi une deuxième dimension qui est essentielle pour moi : la transmission. J’enseigne l’entrepreneuriat, le leadership, l’innovation, dans des écoles de commerce, d’ingénieurs, de management. Et plus j’enseigne, plus je me dis qu’on devrait diffuser ces compétences beaucoup plus largement.

Enfin, depuis quelques années, j’assume un troisième rôle : celui de lobbyiste de l’entrepreneuriat. Le mot est mal compris en France, mais je le revendique. Je défends l’idée que l’entrepreneuriat est un outil d’émancipation économique.

Nicolas Jambin : Ce qui frappe dans ton parcours, c’est justement cette capacité à naviguer entre plusieurs mondes : la startup, l’enseignement, les institutions internationales…

Chrystèle Sanon : Oui, et finalement tout ça est cohérent. Aujourd’hui, je travaille avec des organisations comme l’OCDE ou le Startup20 du G20. Mon obsession, c’est toujours la même : comment créer des environnements qui permettent à davantage de personnes d’entreprendre, d’innover et d’apprendre.

Et puis j’ai un vrai amour du monde académique. Je rêve des campus depuis toujours. J’ai une fascination presque américaine pour ces lieux où l’on croise des chercheurs, des entrepreneurs, des étudiants, des artistes… Je trouve que le campus de Saclay est extraordinaire pour ça.

Station F, Xavier Niel et la fabrique des communautés

Nicolas Jambin : Tu as aussi vécu l’aventure Station F de l’intérieur.

Chrystèle Sanon : Oui, très tôt même. J’ai développé Qwampus au sein de l’incubateur HEC à Station F. Et j’avais une double casquette : incubée d’un côté, parce que je montais une startup tech sans être moi-même issue de la tech… et de l’autre, ambassadrice de la communauté entrepreneuriale.

Le staff de Xavier Niel avait compris quelque chose d’essentiel : mettre 4 000 entrepreneurs dans un bâtiment de 34 000 m² ne suffit pas à créer une communauté. La collaboration ne se décrète pas.

Donc ils avaient sélectionné certains entrepreneurs pour faire le lien entre les équipes de Station F et les fondateurs. J’en faisais partie. On travaillait sur les besoins réels des entrepreneurs, sur les dynamiques collectives, sur l’amélioration des services.

A la Station F, 65 nationalités sont représentées.

A la Station F, 65 nationalités sont représentées.

Nicolas Jambin : Station F a aussi beaucoup travaillé sur l’inclusion.

Chrystèle Sanon : Absolument. Et ça, on ne le dit pas assez. Tout le monde connaît le Founders Program, mais peu de gens parlent du Fighters Program, destiné notamment aux réfugiés ou aux personnes sans domicile.

C’était une vraie innovation sociale. Une manière de dire : l’entrepreneuriat n’est pas réservé à une élite blanche, masculine, diplômée et parisienne.

Et franchement, ça comptait énormément dans la vision initiale de Xavier Niel. Derrière l’image médiatique de Station F, il y avait aussi cette volonté de démocratiser l’accès à l’innovation.

La Station F a été fondée par Xavier Niel et est dirigée par Roxanne Varza.

La Station F a été fondée par Xavier Niel et est dirigée par Roxanne Varza.

« L’école française doit se reconnecter aux réalités économiques »

Nicolas Jambin : Tu travailles depuis longtemps sur la transformation des systèmes éducatifs. Selon toi, qu’est-ce qui ne fonctionne plus aujourd’hui ?

Chrystèle Sanon : Il y a plusieurs choses. Mais la première, c’est probablement la déconnexion avec les réalités économiques.

On continue à transmettre des savoirs comme si les environnements de travail n’avaient pas radicalement changé. Or le monde évolue extrêmement vite : les métiers, les organisations, les technologies, les attentes des entreprises…

Et paradoxalement, plus je voyage, plus je constate que ces enjeux sont universels.

“Que ce soit en Europe, en Afrique ou dans les pays du Golfe, on retrouve les mêmes interrogations.”

Nicolas Jambin : Tu critiques aussi parfois la composition du corps professoral.

Chrystèle Sanon : Oui, mais avec beaucoup de respect pour le monde académique. Je suis fascinée par la recherche. J’aimerais moi-même faire un PhD un jour.

Simplement, lorsqu’on enseigne l’entrepreneuriat, on parle d’une science de l’action. Et dans une science de l’action, les praticiens sont essentiels.

Aujourd’hui, les grandes écoles sont soumises à des logiques d’accréditation qui favorisent naturellement les profils académiques. C’est compréhensible. Mais cela crée parfois des programmes conçus davantage par des chercheurs que par des opérateurs de terrain.

Or l’entrepreneuriat, ça ne s’apprend pas uniquement dans les livres.

Nicolas Jambin : Tu insistes beaucoup sur la notion d’expérimentation.

Chrystèle Sanon : Parce que c’est le cœur du sujet. La connaissance est partout désormais. Avec ChatGPT, Gemini ou Claude, l’accès à l’information devient quasi instantané.

La vraie question n’est plus : “Sais-tu ?” La vraie question devient : “Que fais-tu de ce que tu sais ?”

Et ça change tout.

« L’IA est un bouleversement sans commune mesure »

Nicolas Jambin : Justement, parlons d’intelligence artificielle. Est-ce que l’essor actuel de l’IA est comparable à la révolution numérique des années 2000 ?

Chrystèle Sanon : Non. Honnêtement, non.

La digitalisation des années 2000 consistait principalement à transposer des contenus existants vers des supports numériques. On gagnait du temps, on changeait certains outils, certaines organisations.

L’IA, elle, transforme profondément les modes de production, les collaborations, la vitesse d’exécution, les processus cognitifs eux-mêmes.

C’est beaucoup plus profond.

Nicolas Jambin : Tu vas jusqu’à parler de transformation anthropologique.

Chrystèle Sanon : Oui, parce qu’il y a une dimension presque existentielle. L’IA modifie notre rapport à la mémoire, au savoir, à l’effort intellectuel.

Je vois déjà chez certains étudiants une forme de dépendance cognitive émergente. Ils savent qu’une réponse existe “quelque part dans le cloud”. Donc ils ressentent moins le besoin de mémoriser, de structurer ou de relier les connaissances.

C’est vertigineux.

Qwampus modernise l’accompagnement entrepreneurial

Qwampus modernise l’accompagnement entrepreneurial

Nicolas Jambin : Et pourtant, paradoxalement, beaucoup ne comprennent pas vraiment ce qu’est l’IA.

Chrystèle Sanon : Exactement. Et c’est extrêmement préoccupant.

Quand je demande à des étudiants de Master ce qu’est l’intelligence artificielle, la plupart répondent : “un algorithme”, “une base de données”, “une machine”.

Mais l’IA est une famille de technologies. Le machine learning n’est qu’un sous-ensemble. Il y a aussi la computer vision, les modèles génératifs, la compréhension du language…

On vit entourés d’IA sans savoir les nommer.

Et ça, dans une démocratie, c’est un problème.

Esprit critique, médias, économie : les grands absents

Nicolas Jambin : J’ai parfois l’impression que notre système éducatif continue à enseigner comme il y a trente ans.

Chrystèle Sanon : Je partage ce constat.

Nicolas Jambin : Pour moi, il y a trois grands sujets insuffisamment enseignés aujourd’hui : le décodage des médias, l’économie et la compréhension des technologies.

Chrystèle Sanon : Oui. Et ces trois sujets sont liés par une même compétence fondamentale : l’esprit critique.

Ce qui manque souvent aux étudiants, ce n’est pas la donnée. C’est la capacité à articuler les connaissances, à arbitrer dans les zones grises, à construire une pensée personnelle.

L’IA sait déjà très bien régurgiter des contenus. Donc si nous nous contentons de former des individus capables de restituer des connaissances… nous sommes déjà dépassés.

Une pédagogie hybride associant vidéo , outils collaboratifs et apprentissage axé sur la pratique.

Une pédagogie hybride associant vidéo , outils collaboratifs et apprentissage axé sur la pratique.

« Il n’y a pas d’opposition entre business et impact »

Nicolas Jambin : Tu travailles aussi beaucoup sur les Objectifs de Développement Durable. Comment intégrer ces enjeux dans la formation entrepreneuriale ?

Chrystèle Sanon : D’abord en expliquant qu’il n’existe pas de contradiction naturelle entre business et impact.

Je vois souvent chez les étudiants une opposition caricaturale : d’un côté les “capitalistes”, de l’autre les “humanistes”.

Mais adresser un enjeu lié aux ODD, c’est souvent adresser un marché mondial.

Si tu travailles sur l’éducation, la santé, l’eau, l’énergie ou l’inclusion, tu réponds à des besoins massifs.

Et surtout : pour avoir de l’impact, il faut des ressources. Donc il faut créer de la valeur économique.

« Il n’y a pas d’opposition entre business et impact »

« Il n’y a pas d’opposition entre business et impact »

Nicolas Jambin : Tu défends une vision assez pragmatique de l’impact.

Chrystèle Sanon : Oui, totalement. L’impact ne doit pas être une posture morale. Il doit être une stratégie de transformation concrète.

On aurait probablement intérêt à avoir davantage de personnes bien intentionnées qui construisent des entreprises solides… plutôt que de laisser certains milliardaires financer uniquement des fusées pour aller passer le week-end dans l’espace. (rires)

« Personne n’est “out” pour entreprendre »

Nicolas Jambin : Tu utilises parfois l’expression “entrepreneur improbable”. Qui sont-ils ?

Chrystèle Sanon : C’est amusant parce que ce terme me dérange presque aujourd’hui. Parce qu’il suppose qu’il existerait des profils “naturellement faits” pour entreprendre… et d’autres non.

Or je ne crois pas du tout à ça.

Je n’ai jamais rencontré quelqu’un à qui j’aurais pu dire honnêtement : “Toi, tu ne peux pas entreprendre.”

En revanche, certaines personnes doivent développer davantage certaines compétences : l’endurance, l’observation du marché, la vente, la gestion financière…

Mais personne n’est disqualifié par essence.

Nicolas Jambin : Tu élargis d’ailleurs beaucoup la définition de l’entrepreneuriat.

Chrystèle Sanon : Oui, parce que mon expérience commence chez Lagardère, où j’ai travaillé sur la diversification des activités presse au moment de la révolution numérique.

Et là, je me suis rendu compte qu’il existait énormément d’intrapreneurs : des gens qui n’étaient pas fondateurs de startup, mais qui avaient un vrai mindset entrepreneurial.

Quand Paris Match développe des accords avec Getty Images ou imagine de nouveaux modèles économiques face à l’effondrement du papier, c’est déjà de l’entrepreneuriat.

Aujourd’hui, avec la gig economy, le freelancing, les mutations du travail… ces compétences deviennent utiles à tout le monde.

Le studio de Qwampus combine une expertise pédagogique et des compétences de production.

Le studio de Qwampus combine une expertise pédagogique et des compétences de production.

À quoi ressemblera l’éducation en 2035 ?

Nicolas Jambin : Si on se projette en 2035, à quoi pourrait ressembler un système éducatif réellement aligné avec les enjeux du XXIe siècle ?

Chrystèle Sanon : Je crois énormément aux modèles d’apprentissage inversé.

On fonctionne encore beaucoup avec un schéma où l’école définit un programme théorique, puis l’étudiant va éventuellement le confronter à l’entreprise.

Et si on faisait l’inverse ?

Et si l’expérience réelle devenait le point de départ de l’apprentissage ?

J’ai récemment échangé avec quelqu’un qui travaillait sur cette idée : les étudiants commencent par des missions concrètes en entreprise, puis le contenu pédagogique est recomposé en fonction des problèmes rencontrés sur le terrain.

Je trouve ça passionnant.

Nicolas Jambin : Parce que ça reconnecte immédiatement l’apprentissage à la réalité.

Chrystèle Sanon : Exactement. On règle plusieurs problèmes d’un coup : l’alignement avec les besoins économiques, l’apprentissage par l’action, l’assimilation des compétences…

Et surtout, cela redonne un rôle central à l’enseignant.

Parce qu’avec l’IA, le professeur ne peut plus être uniquement un transmetteur de savoirs. En revanche, il devient plus essentiel que jamais comme coach, mentor, accélérateur d’apprentissage.

Et ça, je trouve ça magnifique.

Chrystèle Sanon s’est engagée pour les Objectifs de Développement Durable (ODD) de l’ONU.

Chrystèle Sanon s’est engagée pour les Objectifs de Développement Durable (ODD) de l’ONU.

« Le monde académique ne doit pas se sentir menacé »

Nicolas Jambin : Si tu devais conclure avec un message aux institutions éducatives ?

Chrystèle Sanon : Je dirais qu’il ne faut surtout pas que le monde académique se sente attaqué par ces transformations.

Je comprends très bien la difficulté. Les institutions ont construit leur légitimité pendant des décennies, parfois des siècles. Elles reposent sur des savoirs, des méthodologies, des corps professoraux extrêmement solides.

Donc l’idée de devoir se réinventer en permanence peut être déstabilisante.

Mais je pense qu’il faut créer davantage de cellules d’expérimentation. Des espaces où des enseignants volontaires pourraient tester de nouveaux formats pédagogiques.

Parce que beaucoup le font déjà, discrètement.

Personnellement, je n’enseigne jamais exactement le même cours d’une année sur l’autre. Ce n’est pas possible. Les étudiants changent, le monde change, les outils changent.

Et finalement, c’est peut-être ça la vraie mission de l’éducation au XXIe siècle : apprendre à évoluer sans perdre son humanité.

Propos recueillis par Nicolas Jambin pour MIND THE GAP by mindrush.

#LEADERS, c’est le programme de mindrush qui met en lumière celles et ceux qui transforment leur secteur grâce à des idées nouvelles, des projets audacieux et un impact réel.

Si votre parcours, votre vision et votre engagement correspondent à cet esprit, venez raconter votre histoire, partager vos convictions et inspirer une communauté en quête de sens et de changement. Nous serions ravis d’échanger avec vous : https://www.mindrush.co/contact


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