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Vingt questions à : David Sedaris

par Nick Hilden, pour Playboy le 10 juillet 2026, adapté par @dov

@dov · 2026-07-13 09:00 · 0 claps · 9.6 min read
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Vingt questions à : David Sedaris

par Nick Hilden, pour Playboy le 10 juillet 2026, adapté par @dov

Quelques jours après m’être entretenu avec l’iconique essayiste David Sedaris au sujet de son nouveau livre, The Land and Its People, une carte postale — la première que je recevais depuis peut-être vingt ans — est arrivée dans ma boîte aux lettres. Elle provenait d’une élégante papeterie et était signée John Derian ; sur une face figurait une illustration de champignons, tandis que sur l’autre il me remerciait pour notre conversation et me recommandait, sans que je le lui aie demandé, une boutique de ma ville qu’il qualifiait de « pas ouf… mais où on peut trouver de jolies choses ».

Sedaris, roi de l’humour en demi-teinte, est souvent cité aux côtés des grands essayistes et humoristes des quarante dernières années. Il excelle à dénicher le comique dans les situations les plus improbables — par exemple en recommandant une boutique « pas ouf » dans une ville qui n’est même pas la sienne. Dans The Land and Its People, il parvient aussi à en trouver dans l’achat d’un slibard en même temps qu’il réfléchit à la mort de son père ; il évoque son agacement à devoir s’occuper de son compagnon après une opération, l’application Duolingo et le cancer de la gorge, ou encore se tâte sur la meilleure façon de manger un pneu de camion.

À l’occasion de la sortie de ce nouveau recueil d’essais, Playboy a retrouvé Sedaris pour évoquer ces joies inattendues.

Le monde vous paraît-il plus étrange que jamais ?

Je dirais que oui. Et je ne pense pas être le seul. J’imagine que le monde semble plus étrange à énormément de gens — probablement à la majorité. Même si l’on laisse de côté la politique : il y a cinq ans, si vous aviez parlé d’intelligence artificielle, personne n’aurait vraiment su de quoi vous parliez.

Quelle est la chose la plus difficile lorsqu’on écrit sur sa propre vie ?

Mon Dieu… le plus difficile, c’est que je ne me trouve pas moi-même intéressant. Or il faut bien que je le sois pour que quelqu’un ait envie de tourner la page. Le vrai défi, c’est donc de croire qu’à un certain niveau je peux intéresser quelqu’un.

Et écrire sur les proches, alors même qu’il vous arrive d’être assez impitoyable ?

Mes histoires seraient tellement plus riches si je pouvais y inclure certains faits que je m’interdis de raconter, parce que ça blesserait des gens ou les afficherait au vu du monde. Souvent, je me prends à rêver de vivre dans un de ces films de science-fiction où tout le monde est mort sauf moi ; quelles choses extraordinaires j’écrirais alors.

Vous racontez votre rencontre avec le pape François. Qu’y avait-il de plus étrange dans cette rencontre ?

Le plus étrange, c’était surtout d’avoir rencontré Chris Rock la veille. Il y avait un dîner avant l’audience, en présence de Chris Rock. J’avoue que c’est lui qui m’a laissé sans voix et m’a profondément impressionné — bien plus que le pape. J’arrivais pas à réaliser que je me trouvais dans la même pièce que Chris Rock.

Cela ne plaide pas vraiment pour les talents de divertisseur du pape.

Disons que j’arrivais à croire que j’étais dans une pièce avec le pape ; mais avec Chris Rock, non.

Votre endroit préféré… et celui que vous avez le moins aimé ?

Le Japon, sans hésiter. J’y vais tous les deux ans, à Tokyo, et c’est pour moi le meilleur endroit au monde. Le pire ? Probablement la Tanzanie : chaleur, humidité, et cette impression que tout le monde essaie de vous soutirer de l’argent. L’Égypte n’est pas loin derrière. Là-bas, chacun semble marcher dans une combine ; c’est jamais ennuyeux, mais juste épuisant.

Dans un des essais, vous découvrez que votre père vous a menti pendant des années. Comment l’avez-vous vécu ?

J’ai pas été surpris plus que ça. Je l’en savais capable. Je n’aurais jamais pu dire sincèrement : « J’arrive pas à croire que tu m’aies fait ça. » La chose humiliante, c’est que je lui écrivais chaque année une lettre de remerciement — j’étais le seul à le faire — et qu’il ne les refusait pas. Il voulait bien la lettre de remerciement ; il voulait juste rien me donner pour la mériter.

Vous abordez des sujets lourds comme le deuil. Le plus difficile ?

Éviter les clichés et le sentimentalisme. Ce sont les deux pièges majeurs. Regardez Calvin Trillin : lorsqu’il a écrit sur la mort de sa femme Alice, il n’a jamais eu recours à la moindre formule toute faite. J’admire énormément sa retenue. Son livre est une véritable masterclasse en sobriété.

Parmi vos treize recueils, avez-vous un texte préféré ?

Aujourd’hui, je dirais « H.C. Goodyear ». C’est un texte de mon dernier livre, consacré à mon amitié avec Don Erickson. Écrire sur l’amitié est extrêmement difficile, mais je crois y être parvenu avec celui-là. En le relisant à voix haute pendant ma tournée, je n’ai repéré que deux phrases à supprimer ; quant au reste, je serais très étonné si je parvenais un jour à écrire quelque chose de meilleur.

Et un livre que vous retireriez volontiers de la circulation ?

Oui : « Naked », mon deuxième livre. Il est trop chargé, trop démonstratif. On sent quelqu’un qui essaie désespérément d’être drôle et qui donne des coups de coude dans les côtes du lecteur à chaque phrase. C’est embarrassant.

Jusqu’où faut-il respecter les faits lorsqu’on écrit sur sa vie ?

Le plus possible. Certains estiment qu’on ne devrait pas raconter des scènes vécues entre soi et soi, puisqu’il n’y a personne pour les confirmer. Sans aller jusque-là, il y a du vrai là-dedans. Quand j’écris pour The New Yorker, tout est vérifié, absolument tout. Je ne vois pas ce que je pourrais faire de plus.

Lisez-vous les critiques ?

Jamais. Ça ne me semble pas juste de lire les bonnes critiques sans lire aussi les mauvaises.

Votre humour est très absurde. Que signifie être un humoriste absurde à l’époque de Trump ?

C’est un âge d’or. L’absurde vous est livré chaque jour sur un plateau. Parfois il faut le débusquer ; aujourd’hui, il suffit d’ouvrir le journal.

Que pensez-vous des démocrates ?

Je suis épuisé par leur vertu ostentatoire et les tests de pureté qu’ils font passer. Tout cela me fatigue et j’ai pas l’impression que cela nous ait menés nulle part. Les remontrances permanentes, les polémiques sur le changement de nom des écoles, l’obsession de sujets qui comptent peu pour la plupart des gens… Je déteste l’extrême droite et l’extrême gauche. En fait, disons que je déteste tout le monde.

Être drôle tout le temps, est-ce fatigant ?

Quand je suis en tournée, pas du tout. Si des gens viennent pour m’écouter, mon job, c’est bien de les divertir. Je peux activer ou désactiver ce mode très facilement. En revanche, lorsque quelqu’un me tend un de mes livres à dédicacer, je me dois d’être entièrement présent pour cette personne ; sinon, j’ai l’impression d’avoir échoué à un test fondamental.

Une question que vous ne supportez plus ?

« Ramassez-vous encore des déchets ? » Évidemment que oui ! C’est comme demander : « Marchez-vous encore dix miles ? » Si vous me voyez pas en fauteuil roulant, la réponse est forcément oui. Alors parfois je réponds : « Non, je suis Capricorne », et on passe à la question suivante.

Un conseil pour les jeunes hommes d’aujourd’hui ?

Lâchez votre téléphone. J’ai l’impression d’être le seul à regarder encore autour de moi ; partout, je ne vois que des gens penchés sur leur écran. C’est peut-être une réponse de vieux grinchon, mais j’ai 69 ans : je ne peux répondre qu’en vieux.

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You’ve expressed a lot of displeasure with the political situation over the past decade. What do you think should be done now?

I think everybody should go to the polls during the midterm, and I think they should vote, and I mean everybody. I blame everything on people who didn’t vote in the last election. People who sat that out for whatever bullshit reason. More than doing something about Trump, something needs to be done about people who sit at home and sit it out, and either feel like it’s rigged, or feel like their vote doesn’t make a difference. I’ve always felt like it’s the least you can do.

Your humor tends to be pretty absurdist. What’s it like to be an absurdist in the era of Trump?

It always just means you’re having a heyday, you know what I mean? It’s just being handed right to you every single day. If you’re looking for absurd…I mean, there are times when you have to really hunt for something, and then there are times when all you have to do is open the newspaper, and this is just one of those times. All you gotta do is open the newspaper.

Is there anything from the news this last year that you thought was particularly hilarious?

Oh, yeah, tons of things. Let’s see… gosh, I mean, the thing is, I was listening to some podcast the other day, and they were talking about things that Trump had done only like four months ago that we’ve completely forgotten about. Sending the National Guard into different cities, you know? I was listening to this podcast, and I thought, oh, right! I would have forgotten all about that. So much has happened, I would have forgotten all about it.

One thing that’s interesting to me in the paper today that I was all caught up in — it’s this guy who’s running for office in Oregon. Or is he just trying to pass a bill? That would make animal cruelty of any kind illegal, so you wouldn’t be able to spray for pests and you wouldn’t be able to hunt or fish. And the article was just saying how Republicans are seizing on this and saying, see, this is how crazy Democrats are. They want to take away your right to hunt and fish. But the guy who’s doing it is not registered with either party, right? So he’s not a Democrat, but then it doesn’t make sense, because he’ll still be painted as one.

You take swipes at people and ideas across the political spectrum. What do you think of the Democrats?

I just get exhausted by the virtue signaling and purity tests. I just find all of that exhausting, and I feel like it hasn’t gotten us anywhere. And I just feel like it’s really important to turn away from that. I mean, isn’t everyone tired of that? The scolding, and the lunacy of renaming schools and concentrating on shit that just doesn’t matter to most people. I mean, I hate the far right and the far left. I hate everybody.

You know Stephen Colbert. What do you think of his show being cancelled and the attacks on Kimmel?

Even though networks can make the case that shows like that lose a lot of money, I don’t think we have any reason to believe them when they say that’s why they’re taking the shows off the air. It seems the shows are disappearing because Donald Trump doesn’t like them, because he doesn’t like being made fun of. And I think it’s kind of naive on his part. You know, the same way that people will ban a book. Like, a school will ban a book, but no kid is getting the idea to transition from a book, you know? It’s such a sweet idea that kids are going to the library and getting their ideas from books. They’re not. They’re getting their ideas from TikTok. And nobody’s watching TV. Very few people watch TV. They watch clips of something on YouTube, but they’re not turning on the TV and running to sit in front of it the way that Donald Trump is. So it’s naive on his part to think that he could ever silence all criticism of him, because hating him is a nice industry. It’s a money-making industry.

Getting back to you, does being funny and having to be “on” all the time ever get tiring?

When I go on a book tour, a lecture tour, that doesn’t bother me any. If you’re around people and it’s your job to entertain them, I do. I can turn it off as easily as I turn it on. But I think it’s called for. If I’m signing books and someone comes up to get a book signed, I completely need to be on, and I completely need to be engaged, and I completely need to be focused on them. They have every right to expect that, and if I don’t deliver that, then I feel like I failed in a really fundamental way.

You’ve done a lot of tours and interviews over the years. Is there any question that you can’t stand?

Yeah. “Are you still picking up trash?” Because I wrote about picking up trash, and I guess the reason it bothers me is, of course I’m still doing it. Do you know what I mean? Like, of course I am. Like, “Are you still walking ten miles?” Of course I am. Unless I’m in a wheelchair — unless you see me in a wheelchair — I’m doing those things. It’s often what people say, like, “Did you pick up any trash in Memphis today?” I just hate that question. So sometimes when people ask, “Are you still picking up trash?”, I’ll just say, “No, I’m a Capricorn,” and then next question.

You wrote about learning to appreciate being naked 30 years ago. Now, three decades on, how do you feel about being naked?

Oh, the same way I felt before I went. I mean, I don’t even like to be naked in the bathtub, if I can help it. You know, I’m completely uncomfortable being naked. I like to be fully dressed at all times. It didn’t work in the long term. You know, just for the time that I was there, it came to work. I stopped noticing other people’s nudity, which meant that I had stopped noticing my own.

Do you have any advice for the young men of today?

Gosh. It’s just tired, old advice, but it’s: get off your phone. I’m the only one paying attention anymore, and all I see are people looking at their phones, so I need something better to notice when I’m noticing things. I worry that it’s just an old-person answer, but I don’t know, I’m 69, so what can I do?


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