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L’Aconcagua (6962m), le plus accessible des sommets difficiles

Il est 4h du matin et il fait -25 degrés à “Colera”, le dernier camp d’altitude, à environ 6000 mètres. Mettre des crampons prend 20…

Jean-François Caillard · 2022-01-21 08:30 · 15 claps · 8.0 min read paywalled
#aconcagua #alpinisme #trekking #argentina #mountaineering
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L’Aconcagua (6962m), le plus accessible des sommets difficiles

Le dernier segment de l’Aconcagua, depuis “Independancia” à 6400 mètres d’altitude (Credit Zach Lowry)

Le dernier segment de l’Aconcagua, depuis “Independancia” à 6400 mètres d’altitude (Credit Zach Lowry)

Il est 4h du matin et il fait -25 degrés à “Colera”, le dernier camp d’altitude, à environ 6000 mètres. Mettre des crampons prend 20 minutes au lieu de 2, à cause du froid et du manque d’oxygène. Vous avez 3 couches de vêtements techniques en bas et 6 en haut, lampe frontale, cagoule, casque, piolets et 4 litres d’eau protégées du gel dans votre sac à dos. Si tout se passe bien, vous reviendrez à la tente dans 14h, épuisé, en ayant conquis le plus haut sommet des Amériques et de l’hémisphère sud.

L’Aconcagua fait partie des fameux «7 summits» mondiaux, comme le Kilimandjaro, dont l’ascension récente facile fait, en comparaison, figure de promenade du dimanche à la Sainte Victoire. Côté incroyable, les paysages sont vraiment grandioses, encore plus marquants que ceux de Tanzanie. C’est un des rares (quasi) 7000m faisable en une dizaine de jours si vous arrivez en partie acclimatés à l’altitude. Les argentins sont très sympa et vous y rencontrerez des alpinistes du monde entier. Côté face, c’est très exigeant physiquement, 3 fois plus cher que le Kili ou le Mont Blanc, c’est loin, car il faut se rendre à Mendoza, 1000km à l’Ouest de Buenos Aires, qui est mal connecté (compter plus de 24h pour s’y rendre depuis l’Europe). C’est dangereux car il y a des morts tous les ans (mais moins que dans le massif du Mont Blanc), et le Parc n’est en ce moment ouvert que peu de mois par an, en janvier et février seulement pour 2022. Il faut donc être très motivé.

Tout commence sur internet, pour se décider et choisir comment y aller. Il est fortement déconseillé de le faire seul, même en ayant beaucoup d’expérience, mais on peut y aller avec quelqu’un qui l’a déjà fait, un guide privé par exemple. On peut surtout y aller avec une agence locale. Les 4 organisations principales ont leurs tentes déjà montées aux camps de base et aux camps d’altitude, ils font plusieurs dizaines de groupes par saison : AMG, Inka, Grajales, et Aconcagua Vision (qui est en partie Suisse). Ils proposent des packages entre 17 et 21 jours, qui commencent à partir de $4500 environ, hors voyage et entrée du parc. Nous n’évoquerons ici que la voie “normale”, la plus facile, par le nord, notamment car c’est la seule ouverte en 2022.

Au camp de base principal, Plaza de Mulas, on reconnait bien les dômes permanents des 4 principales agences.

Au camp de base principal, Plaza de Mulas, on reconnait bien les dômes permanents des 4 principales agences.

Plusieurs autres organisations plus petites proposent des expéditions, comme Patagonicas, qui propose des ascensions à partir de 11 jours, ce que j’ai fait, ou Juan Herrera, qui assure également des prestations logistiques, tout comme Grajales : ils vous proposent alors de transporter vos bagages par mules au Camp de base, où vous serez nourris et hébergés, ce qui est une formule flexible et plus accessible, si vous avez un guide avec vous. Si vous avez recours à un guide privé ou à une compagnie plus petite, c’est probablement à l’un d’entre eux que sera sous-traitée cette partie logistique. Au total, environ 3.000 personnes arrivent au sommet chaque année.

Vallée des Horcones et le sommet au fond, depuis Confluencia (DR)

Vallée des Horcones et le sommet au fond, depuis Confluencia (DR)

La préparation de son équipement prend du temps et doit être méticuleuse mais on peut louer beaucoup de choses à Mendoza. De là, il faut compter 2 jours faciles jusqu’au camp de base principal de l’Aconcagua, Plaza de Mulas. Le premier jour, vous avez 3h de route jusqu’à Penitentes, l’entrée du parc, où vous devrez vous acquitter des $800 de droits d’entrée du parc si vous n’êtes pas argentin, par la magnifique et mythique Nationale 7, puis 3h environ de marche superbe jusqu’à Confluencia (3.300m), le premier camp qui est au début de la spectaculaire vallée des Horcones. Vous aurez certainement confié l’essentiel de vos bagages à des mules à l’entrée du parc, que vous verrez vous dépasser, pour les récupérer au Camp de base. Le deuxième jour, c’est environ 8h de marche facile et très spectaculaire, même si cela monte jusqu’à 4.400m. L’accueil à Plaza de Mulas est surprenant : les tentes “dômes” de chaque organisation sont des véritables salles à manger où l’on boit et l’on mange bien, il y a des douches chaudes, des toilettes, du wifi, un bar… On dort en tente, mais c’est le grand luxe par rapport aux camps d’altitude. Vous aurez aussi droit à une petite consultation médicale obligatoire avec un médecin qui mesurera notamment votre taux d’oxygène dans le sang et votre rythme cardiaque pour vérifier que vous êtes apte à l’ascension.

Ensuite, il faut s’acclimater à l’altitude, c’est toute la difficulté, sinon la route est très simple : 3 nuits aux camps d’altitude (Canada, Nido, puis Colera ou Berlin), et un dernier jour pour faire le sommet. Les problèmes d’acclimatation sont divers : tachycardie, maux de tête, étourdissements, problèmes de digestion (diarrhées, crampes d’estomac), risques d’oedème… Vous saurez vite si vous “passez” bien, l’idéal étant d’arriver déjà acclimaté, soit depuis un autre sommet, soit en ayant dormi quelques nuits en tente hypoxique avant de partir. Il est conseillé de mesurer son pouls et son taux d’oxygène tous les jours (un oxymètre de pouls coute 20 euros). Il va tomber progressivement, jusqu’à probablement 70% à 6000 mètres d’altitude. En-dessous, c’est pas bon.

Les guides et porteurs mettent moins de 12h pour aller de Plaza de Mulas au sommet et retour

Les guides et porteurs mettent moins de 12h pour aller de Plaza de Mulas au sommet et retour

Donc pour s’acclimater, on peut aller porter des bagages aux camps d’altitude, ou aller faire un sommet à côté. Regardez bien ce qui est proposé si vous passez par une organisation : certaines agences ont des tentes déjà installées et des porteurs inclus pour la nourriture, sinon, il faut porter les tentes, la tambouille et de quoi la préparer, soit plus de 10kg en plus de votre sac à dos qui doit déjà frôler les 20kg (équipement d’altitude, sac de couchage -25 degrés, tapis, piolet…). S’il faut un porteur, cela va de $150 à $330 par étape et par tranche de 20kg, donc rapidement cher, d’où l’intérêt de faire des “portages”. Sans compter qu’il n’y a pas d’eau à Canada (on en redescend de Nido) et qu’il faut en prévoir au moins 5 litres par jour et par personne. C’est notamment le secret de l’acclimatation. Les américains sont fans du Diamox pour mieux gérer l’altitude, un diurétique qui a des effets secondaires, et qui oblige à boire encore plus.

On peut se reposer (pour s’acclimater) par exemple un jour à Plaza de Mulas et un jour à Nido de Condores. Il est déconseillé de se reposer à Colera, le dernier camp, car on dort mal et il fait froid à 6000m, ça peut être très venteux. On y trouve de la neige, qu’on fait fondre pour faire de l’eau, mais tout y est beaucoup plus compliqué.

Montée au premier camp d’altitude, Canada, au fond le glacier qui surplombe le camp de base

Montée au premier camp d’altitude, Canada, au fond le glacier qui surplombe le camp de base

Les couchers de soleil sont magnifiques aux Camps d’Altitude, ici Canada.

Les couchers de soleil sont magnifiques aux Camps d’Altitude, ici Canada.

Il faut compter de 3h à 4h de marche entre chaque camp d’altitude : on a du mal à monter plus de 200m par heure. On pourrait ainsi imaginer faire directement Plaza de Mulas à Nido en une journée mais pour cela, il faudrait arriver très acclimaté. Ces ascensions ne sont ni techniques, ni très difficiles : la charge du sac et l’altitude constituent les principales difficulté. Il faut bien monter sa tente à chaque camp (sauf si l’agence l’a pré-installée) car ça peut souffler fort. Vous aurez largement le temps de vous promener et de lire aux camps d’altitudes, il faut prendre de quoi s’occuper. On doit faire ses besoins dans des sacs plastiques qui doivent être ramenés à Plaza de Mulas, un délice.

Le lever de soleil commence une heure après le début de l’ascension

Le lever de soleil commence une heure après le début de l’ascension

La vraie grosse difficulté de l’Aconcagua, c’est donc le sommet : une journée de 7 à 9h d’ascension pour les gens normaux, et 4 à 5h de descente. On part de nuit, il fait froid, mais vous n’avez besoin que d’un petit sac à dos avec notamment de quoi boire et manger, l’essentiel des bagages restant dans la tente à Colera. Si tout va bien, vous serez gratifiés d’un superbe lever de soleil avec une vue qui va jusqu’au Pacifique peu de temps après le départ, et vous aurez fait les 400 premiers mètres du dénivelé, jusqu’à un point appelé Independencia (voir carte), en 3h environ.

Ensuite, ça se corse. Un long “ridge” d’environ 3h, relativement plat, jusqu’à “Cavas” à 6700m. Enfin, ce sera le dernier tronçon, le plus escarpé et douloureux, la fameuse “Canaleta”, qui fait environ 250m de dénivelé mais qui prend plus de 2h, l’esprit embrumé par le manque d’oxygène, jusqu’au graal du sommet. Où je n’ai rien vu, il neigeait fort. Mais l’altimètre indiquait bien qu’on était au sommet… En revanche, il faut compter près de 5h pour redescendre et c’est très pénible, les jambes sont lourdes, et retrouver sa tente à Colera est bien mérité.

La vallée des Horcones, en direction de la sortie du Parc

La vallée des Horcones, en direction de la sortie du Parc

Le lendemain, on retourne à Plaza de Mulas, où la douche fait un bien fou, en 4h environ. Le surlendemain, on va en 7h jusqu’à la sortie du parc, où un véhicule devrait vous ramener la nuit tombée à Mendoza. Jolie petite ville, quelques bars et caves très sympa, et vous reprendrez ensuite l’avion plein de beaux souvenirs.

En conclusion, c’est véritablement une expédition unique et des souvenirs éternels… mais très exigeante à tous les points de vue, il faut vraiment se préparer physiquement avant de partir si on veut atteindre le sommet… Cela dit, le parc et toutes les étapes précédentes offrent déjà des paysages incroyables qui valent le déplacement, donc vous en prendrez plein les yeux si vous n’arrivez pas en haut, ou si vous êtes juste là pour accompagner.

Et pour la suite ? Plein de beaux sommets dans les Andes à tenter, comme le Chimborazo en Equateur… Et d’autres accessibles dans la liste des “7 summits” comme le Mont Elbrouz en Russie, le Denali en Alaska, le Puncac Jaya en Indonésie… ou encore le Pic Lenine (Russie) considéré comme le 7000m le plus simple. Pour les 8000m même “faciles” comme Broad Peak au Pakistan ou le Cho Oyu au Nepal, cela demande encore au moins 3 fois plus d’argent et de temps, bref une autre histoire.

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