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COVID-19 et pêche au homard: a-t-on sauvé la mise?

Au tiers de la saison de pêche au homard des Îles-de-la-Madeleine, l’écart de prix continue de se creuser par rapport à l’an dernier.

Hélène Fauteux · 2020-06-03 20:01 · 19 claps · 3.8 min read
#îles-de-la-madeleine #pêche #homard #économie
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COVID-19 et pêche au homard: a-t-on sauvé la mise?

Photo: Getty Images

Photo: Getty Images

Au tiers de la saison de pêche au homard des Îles-de-la-Madeleine, l’écart de prix continue de se creuser par rapport à l’an dernier.

Le prix moyen pondéré selon les volumes est en baisse de 25 % après trois semaines de pêche.

Il est de 5,09 $ la livre contre 6,85 $ pour la même période de l’an dernier.

Le prix payé à quai est passé de 5,01 $ à 4,08 $ la semaine dernière, alors que les captures totales de plus de 5 000 000 de livres sont elles-mêmes en hausse de 22 %, selon les données de l’Office des pêcheurs de homard des Îles.

« Les prix qui étaient sur la pente descendante semblent s’être stabilisés depuis le début de la semaine, commente Ruth Taker, directrice générale de la Coopérative des pêcheurs Cap Dauphin. Et j’espère qu’ils vont remonter un peu d’ici la fin de semaine. »

De son côté, le directeur général de Fruits de Mer Madeleine Pierre Déraspe constate également une stabilisation du prix.

Il est d’ailleurs d’avis que la saison 2020 se poursuivra jusqu’au terme des neuf semaines réglementaires, malgré les inquiétudes initiales d’une fin abrupte en raison de la pandémie de COVID-19.

« Nous n’avons pas d’inventaire chez Fruits de Mer Madeleine ; ça veut dire que ça va bien, explique M. Déraspe. On vend à mesure. Mes clients en prennent tout le temps comme par les années passées. On est au milieu de la 4e semaine, on est donc sûr de se rendre jusqu’au milieu de la 6e et de là, on est pas mal sûr de se rendre jusqu’à la fin. Ce n’est pas la catastrophe qu’on appréhendait. »

Engouement des Québécois

Photo: Lobster Council of Canada

Photo: Lobster Council of Canada

Le directeur général de l’Association québécoise de l’industrie de la pêche (AQIP), Jean-Paul Gagné, se félicite pour sa part de l’engouement des consommateurs pour le homard du Québec.

Les efforts de promotion en collaboration avec les grandes chaines d’alimentation IGA, Metro et Provigo ont porté fruit, souligne-t-il.

« Dans les épiceries ils en manquent, rapporte M. Gagné ; j’ai rarement vu ça depuis que je suis là. Il y a des files d’attente. On a même enregistré un record de vente de homard de 4 000 livres en deux jours, dans une petite poissonnerie de rien du tout! »

Cela dit, le dg de l’AQIP admet que le homard à 4 $ la livre, ce n’est pas l’idéal ni pour les pêcheurs, ni pour les acheteurs.

« C’est sûr que le prix n’est pas assez élevé ni pour l’un, ni pour l’autre ; jusqu’à présent on a versé à quai 25 M $ en trois semaines, contre 28 M $ pour la même période de l’an dernier. Il faut dire qu’il y a plus de homard quand même et si on se rend jusqu’au bout de la saison, ça devrait être bon pour l’économie des Îles. »

À ce propos, Ruth Taker fait remarquer que c’est la concurrence des Maritimes qui fait le plus mal.

Elle déplore que les acheteurs de Terre-Neuve et du Cap Breton aient fait tomber le prix du marché en tardant à contingenter leurs pêcheurs.

« Ils auraient dû le faire dès le départ, soutient-elle, parce que tu ne peux pas gérer ce que tu ne contrôles pas. Malheureusement, le mal est fait. »

Meilleur prix en Gaspésie

Photo: Le Devoir / Steven Melançon

Photo: Le Devoir / Steven Melançon

De son côté, le président de l’Office des pêcheurs de homard, Pascal Chevarie, questionne les stratégies de commercialisation des acheteurs des Îles.

Il fait remarquer que les pêcheurs de la Gaspésie ont reçu 4,50 $ la livre la semaine dernière, soit 10 % de plus que les Madelinots, parce que les captures y seraient moins élevées.

« Ça veut dire qu’il reste de la place sur le marché pour le homard des Îles, mais pourquoi le monde de Montréal et de Québec ont de la misère à le trouver?, questionne le capitaine de La Mer du Nord. Ce n’est pas normal avec un bateau qui s’y rend directement ; tu remplis un container et t’as même pas besoin de passer par la route. Il y a une opportunité-là et les acheteurs ne la prennent pas. »

M. Chevarie croit que les acheteurs madelinots préfèrent maintenir leur lien d’affaires avec les États-Unis, même si les prix n’y sont pas compétitifs, pour ne pas perdre leur part de marché en sortie de crise.

« Ils font 80 % de leurs ventes aux États-Unis qui n’a pas de prix, plutôt que de se virer de bord vers le Québec où l’offre ne répond pas à la demande, se désole le président de l’Office. Ils le passent à Pier 99, un intermédiaire ; c’est plus facile de vendre mais pas le plus payant. »

Autrement, Pascal Chevarie reconnait qu’il est rassurant de savoir que la saison de pêche suivra probablement son cours jusqu’à la fin, malgré la crise économique de la COVID-19.

« Mais à quel prix? Ça, c’est une autre affaire. J’espère que ça va remonter ; que ça ne va pas continuer de baisser encore d’une piastre. »


메타데이터
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