INTERVIEW : Regard d’un naturopathe sur la complémentarité entre deux approches de santé.
Sur le terrain, il a été constaté que certains patients délaissent les médicaments de l’hypertension artérielle et du diabète pour se…
INTERVIEW : Regard d’un naturopathe sur la complémentarité entre deux approches de santé.
Sur le terrain, il a été constaté que certains patients délaissent les médicaments de l’hypertension artérielle et du diabète pour se tourner vers les remèdes indigènes non contrôlés. Cette pratique entraine généralement des complications de la maladie. A l’occasion d’une activité “Bien Vieillir”, le projet a fait venir Dr. TANKIOU, un naturothérapeute, reconnu par le ministère de la santé publique, et ayant déjà travaillé avec d’autres institutions. Il revient sur la relation entre la médecine moderne et la médecine traditionnelle dans le contexte camerounais.

Dr. TANKIOU Jean Pierre, Naturo-thérapeute
Je suis le docteur Tankiou Jean-Pierre, naturo-thérapeute et praticien de santé. De base, je suis journaliste et pendant que je m’intéressais à la médecine de nos pères (ancêtres), le Président de la République, à travers le gouvernement, avait sollicité qu’on nous reverse à la faculté de médecine où nous avons passés 4 ans en santé publique avec le Pr. INONI Daniel LANTOUM. Après quatre ans, il nous a envoyé continuer notre formation auprès du dermatologue, le professeur KOUEKE, avec qui j’ai passé 12 ans. Nous avons beaucoup travaillé sur la vénéréologie et autres affections qui pouvaient attaquer non seulement la peau, mais aussi la santé et l’humain.
« Les deux médecines, moderne et traditionnelle, devraient se compléter. […] Il faut avancer main dans la main, de manière scientifique, pas de spéculations. »
Je parle de naturopathe, parce que je ne prescris pas les molécules chimiques, mais les molécules naturelles. Je suis tradipraticien de santé de par mes parents. Je suis issu de la famille des “Kouh ghan” à Bangoua (Ouest Cameroun). C’est là où m’a été enseignée la véritable médecine traditionnelle. On parle de “Kouh ghan Leh gou”, c’est-à-dire, l’édificateur de l’être et du monde. Je suis également directeur du cabinet royal de Bangoua, donc je suis ancré dans la tradition, ancré dans la médecine traditionnelle, mais avec pour socle la médecine traditionnelle scientifique, c’est-à-dire qu’on avance des choses qui peuvent être démontrables, qui peuvent être explicables, quoiqu’on n’explique pas tout en tradition.
Avec votre expérience, que pensez-vous de la relation entre médecine moderne et médecine traditionnelle ?
En réalité, les deux médecines devraient se compléter. La médecine moderne a déjà beaucoup d’avancées dans le domaine de la recherche et du développement des molécules. Il reste néanmoins vrai que cette médecine a encore des molécules qui ont des effets indésirables très graves, et c’est là que la médecine traditionnelle peut venir compléter avec tout cet arsenal de connaissances que nos aïeux avaient. Mais, une fois qu’on constate qu’il y a une méthode traditionnelle qui marche, nous invitons les scientifiques de tout bord, science médicale, science anthropologique, science pharmaceutique, à s’unir pour qu’on puisse examiner tout cela, afin de mettre à la disposition des patients des médicaments moins toxiques, de bonne qualité et plus efficaces.
« La vraie méthode de lutter contre le charlatanisme, c’est de former les gens à la vraie médecine traditionnelle. »
Le projet VIHeillir intervient dans les zones rurales et semi-rurales. Dans ces zones, beaucoup de populations se tournent encore vers la médecine traditionnelle et beaucoup tombent sur les charlatans. Comment pensez vous que les deux médecines peuvent se compléter pour venir au secours des patients qui souffrent de maladies chroniques?
Je voudrais d’abord vous dire merci d’attirer l’attention sur la multiplication des charlatans en zone rurale et dans le domaine de la médecine traditionnelle. Avec l’avènement de la loi sur la médecine traditionnelle, que nous voulons déjà saluer avec beaucoup de joie parce que l’Etat va encadrer cette médecine, les charlatans vont disparaitre d’eux-mêmes quand le secteur sera bien organisé. Moi j’ai toujours dit que la vraie méthode de lutter contre le charlatanisme c’est de former les gens à la vraie médecine traditionnelle. Si on forme et on informe les gens, les charlatans vont disparaitre. En ce qui concerne la collaboration entre les deux médecines pour la prise en charge des maladies chroniques, ma présence aujourd’hui à une de vos activités témoigne déjà de cette bonne collaboration. Il faudrait que mes collègues de la naturopathie comprennent que si la médecine dite conventionnelle vient vers nous, il faut que nous puissions avancer main dans la main, de manière scientifique, pas de spéculations et avancer avec méthode. Qu’on prenne les traitements que propose la médecine traditionnelle, on attribue aux patients et on contrôle. Qu’on essaie de fusionner ce que les deux mondes proposent et on observe pour voir si la collaboration est salutaire pour le patient. La cohabitation des deux médecines fera en sorte qu’elles se connaissent mieux. Ce qu’il faut éviter de faire, c’est de tirer l’un sur l’autre, mais plutôt collaborer pour le bien du patient.
« Quelqu’un ne peut pas annuler ce qu’il n’a pas donné. Il (un tradipraticien) ne peut pas demander à un patient d’arrêter un traitement qu’il n’a pas donné. »
Quels conseils donner à ces patients qui se détournent souvent du traitement de leur hypertension artérielle ou de leur diabète, pour suivre des personnes pas recommandables, entrainant ainsi des complications.
Lors de mon exposé, j’ai dit aux patients qu’il faut éviter les « witch people », des gens qui viennent vous dire d’arrêter votre traitement (de la médecine moderne) alors qu’ils ne connaissent ni vos antécédents, ni de quel traitement il s’agit. Ça c’est de la pure sorcellerie. Quelqu’un ne peut pas annuler ce qu’il n’a pas donné. Il ne peut pas demander à un patient d’arrêter un traitement qu’il n’a pas donné. C’est un charlatan, on ne doit même pas l’écouter. Je demande aux patients de toujours s’adresser à des personnes bien outillées, à des professionnels reconnus, parce que notre Etat reconnait les professionnels de la médecine traditionnelle et les professionnels de la médecine moderne. Il ne faut pas aller au quartier suivre les charlatans qui marchent partout, tambour battant, en disant qu’ils guérissent tout alors qu’ils ne guérissent rien.
Un mot pour la fin
Je voudrais remercier l’équipe de VIHeillir. C’est un concept que nous allons accompagner pour aider nos parents, et nous-mêmes, à vieillir avec nos têtes sur nos épaules et nos pieds dans nos bottes. C’est-à-dire, vieillir en rajeunissant.
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