Ukraine : quatre ans après l’invasion par la Russie, la paix reste lointaine
Le 24 février 2026 a marqué le quatrième anniversaire de l’attaque lancée par la Russie contre l’Ukraine. Quatre ans après l’invasion, il…
Ukraine : quatre ans après l’invasion par la Russie, la paix reste lointaine

|| Une femme âgée aidée par Caritas Ukraine | Image Vatican Media ||
Le 24 février 2026 a marqué le quatrième anniversaire de l’attaque lancée par la Russie contre l’Ukraine. Quatre ans après l’invasion, il n’y a toujours aucun cessez-le-feu à l’horizon. Jusqu’au 24 février 2022, la plupart des Ukrainiens ne pensaient pas à l’éclatement d’une guerre à grande échelle, même si depuis des années l’est du Pays était affecté par un conflit. Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui peinent à croire que quatre années se sont déjà écoulées sans que l’on entrevoie la fin de cette tragédie.
Selon le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, à la fin de l’année 2025, 55 600 victimes civiles de la guerre étaient confirmées, dont 13 883 décès. Le nombre réel de victimes est probablement bien plus élevé parce que l’accès à de nombreuses zones de front et occupées est impossible. La situation des enfants demeure particulièrement angoissante. Selon l’UNICEF, plus de 3 200 enfants ont été tués ou blessés depuis février 2022, et le nombre de victimes infantiles a augmenté de 10 % en 2025 par rapport à l’année précédente. C’est la troisième année consécutive que les Nations Unies enregistrent une hausse du nombre d’enfants victimes.
En janvier 2026, 3,7 millions d’Ukrainiens étaient déplacés internes. Plus de 4,4 millions de personnes ayant fui leur foyer depuis février 2022 sont rentrées chez elles, dont plus d’un million arrivé de l’étranger. Cependant, toutes celles qui ont franchi la frontière n’ont pas pu regagner leur domicile : 372 000 personnes demeurent déplacées internes. Après quatre ans du début de la guerre, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme a réaffirmé que les attaques contre les infrastructures civiles sont interdites par le droit international humanitaire. « J’appelle la Fédération de Russie à cesser immédiatement ces attaques », a déclaré Volker Türk.

|| Guerre en Ukraine, la situation au 15 février 2026 | Sources Financial Times, CNN, Center for strategic and international studies ||
Du côté de Moscou, en quatre ans, le discours officiel n’a pas changé : la Russie ne fait pas la guerre, elle mène “une opération militaire spéciale” contre le régime de Kiev qualifié de “nazi”. Malgré des cycles de négociations intermittents sous impulsion américaine — accélérés par la réélection de Donald Trump et ses signaux d’apaisement envers Moscou –, la guerre d’usure persiste, opposant une résilience ukrainienne soutenue par l’aide occidentale massive à une économie russe sous sanctions, réorientée vers Pékin.
Mais, que signifie-t-il vivre aujourd’hui en Ukraine, surtout pendant la période hivernale ? « C’est difficile à décrire », a affirmé Valentyn Bebik, directeur du département de distribution de l’aide humanitaire de Caritas Ukraine, dans une interview accordée aux médias du Vatican. « Je me rends souvent dans les villages proches du front où les gens vivent sans chauffage et souffrent du froid non seulement en hiver, mais aussi au printemps et en automne. Lorsque la température à l’intérieur des maisons oscille entre 5 et 7 degrés, jour et nuit, les gens sont constamment exposés au froid. En hiver, lorsque les bombardements, qui ne s’arrêtent jamais, commencent, beaucoup se retrouvent sans toit, sans fenêtres, et essaient de se réchauffer comme ils peuvent ».

||Des civils passent devant un bâtiment endommagé par la guerre en Ukraine | Photo de Oleksii Filippov | UNICEF-ONU ||
« Je suis actuellement à Kiev, et ici aussi, la situation est difficile, avec beaucoup de destructions. Même après des années de guerre, je suis toujours frappé de voir des quartiers entiers dévastés par les bombes. Je sais que c’est difficile pour les gens, mais dans les petites localités, la situation est encore plus difficile, car ils n’ont pas les moyens de trouver un abri ou un repas chaud ».
« Lorsque des personnes provenant des villages proches du front arrivent dans nos centres de transit — a encore déclaré Valentyn Bebik -elles pleurent souvent d’émotion après avoir reçu un repas chaud pour la première fois depuis des semaines. S’il n’y a pas de gaz et pas d’arbres pour allumer du feu — parce qu’ils ont tous été coupés ou détruits par les bombardements –, les gens s’adaptent comme ils peuvent. Même un plat de pâtes instantanées suscite une grande émotion. Les arbres sont souvent détruits par les éclats d’obus lors des attaques, et la population utilise ceux qui peuvent encore être récupérés pour se chauffer. J’ai travaillé pendant des années à Kramatorsk, Pokrovsk et Avdiivka, et il est difficile d’imaginer que ces endroits puissent devenir des déserts, des villes mortes ».

|| Natali Sevriukova, une habitante de Kiev à coté de son immeuble détruit dans l’attaque à la roquette contre la ville de Kiev, le vendredi 25 février 2022 | Photo de Emilio Morenatti |AP-SIPA |
De l’invasion russe, en février 2022, à la stabilisation du front dans l’Est et dans le Sud, le territoire ukrainien a subi des transformations profondes, accompagnées d’un lourd bilan humain. Alors que les combats s’éternisent, les ONG continuent le travail de collecte des preuves des crimes de guerre de la Russie. Contrairement à des crimes contre l’humanité, cette agression ne sera pas jugée par la Cour Pénale internationale (CPI). Un tribunal spécial, émanation d’un accord entre Le Conseil de l’Europe et le président ukrainien, a été créé en juin de l’année dernière. Le Tribunal spécial pour le crime d’agression contre l’Ukraine est une juridiction pénale internationale ad hoc dont le Statut a été adopté et signé le 25 juin 2025. Il est destiné à traduire en justice les individus portant la plus lourde responsabilité politique et militaire de l’agression contre l’Ukraine.
Depuis fin janvier 2026, une équipe préparatoire a été mise en place pour poser les bases de cette institution ad hoc. Le Coordonnateur humanitaire des Nations Unies en Ukraine, Matthias Schmale, qui parcourt régulièrement le Pays affirme : « je rencontre des gens qui admettent être épuisés, mais qui ne comptent pas baisser les bras… Respectons leur détermination. Il faut avoir une paix durable. Une paix pérenne, dans la dignité ».
Antonio Torrenzano
메타데이터
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