Un campus toujours prêt à renaître…
Il reste de ces lieux une impression de sursis, comme si ce campus, toujours prêt à renaître à travers ses fragments éparpillés, n’avait…

Faculté de Médecine a la rue oswald Durand par Stephen William Phelps, janvier 2010 (Image reconstruite)
Un campus toujours prêt à renaître…
Il reste de ces lieux une impression de sursis, comme si ce campus, toujours prêt à renaître à travers ses fragments éparpillés, n’avait jamais cessé de chercher ses propres traces dans la nuit de Port-au-Prince.
On retrouve dans l’opuscule de L. C. Lhérisson, Les Écoles de Port-au-Prince — imprimé en 1895 sur les presses de H. Amblard, au 136 de la rue du Centre –, ce parfum de choses enfuies et de statistiques un peu vaines qui tentent de retenir le passé.
Il semble, à lire ces pages, que la véritable fréquentation scolaire n’ait commencé à prendre corps que tardivement, sous la présidence de Fabre Geffrard, malgré d’évidentes fragilités. On revient de loin. Un demi-siècle plus tôt, le 11 novembre 1844, un rapport officiel adressé au président Guerrier par le ministre M. Féry dressait un état des lieux bien plus modeste, presque dérisoire. Cette année-là, les écoles de la République ne comptaient en tout et pour tout que 1 144 enfants : 844 garçons et 300 filles. C’était peu, et pourtant c’était déjà un progrès si l’on se reportait aux chiffres plus indigents encore des gouvernements précédents, ceux de Pétion et de Boyer.
À cette époque, entre 1844 et 1845, l’enseignement public balbutiait sous la direction de M. Féry. Le Lycée National, dirigé par M. Villevaleix, abritait 154 élèves, dont 34 « particuliers ». Quant à l’École de Médecine, sous la conduite du docteur M. Sidney Paret, elle ne comptait alors qu’une silhouette de dix étudiants.
La méthode en vigueur était celle de Lancaster — ce qu’on appelait l’enseignement mutuel. Une discipline étrange, mécanique, qui survivait encore dans bien des établissements au moment où Lhérisson écrivait. Les maîtres n’expliquaient rien. Les enfants récitaient des leçons par cœur, dans une sorte de psalmodie machinale, sans en pénétrer le sens. On sollicitait la mémoire, jamais l’intelligence, qui restait en friche. Les instituteurs d’alors appartenaient à un type humain disparu : ils lisaient fort peu, mais possédaient un goût prononcé pour l’éloquence funèbre et ne manquaient jamais de prononcer de longues oraisons sur la tombe de leurs amis.
Puis le temps a passé, et le gouvernement de Fabre Geffrard, entre 1859 et 1867, s’est efforcé d’organiser plus sérieusement cette École nationale de médecine et de pharmacie, lui permettant enfin de rendre de réels services à la nation. L’ouverture solennelle eut lieu le 29 février 1864, sous les auspices du ministre de l’Instruction publique, M. Valmé Lizaire. L’établissement, qui s’était installé dans la cour de l’Hôpital militaire, fut d’abord confié au docteur Jobet, avant que les docteurs Audain, J. B. Dehoux et Aubry ne lui succèdent. Une liste de noms s’égrène alors, comme un vieil annuaire dont les encres auraient pâli : les professeurs Ls. Audain, J. B. Dehoux, Paret, Nevil, Ernest Dehoux, Marchand, Aubry, G. Baron, Morno, A. Désert, C. Joseph, H. Mahotière, J. Droit et R. Grellier.
À la fin du siècle, dans la décennie 1890, l’École avait déménagé pour s’établir au Palais de l’Exposition, sur le Champ-de-Mars (Secteur Tribunes/ Commissariat, rue Légitime). Elle avait trouvé son rythme. Sous la direction du docteur A. Désert, elle comptait désormais 14 membres du personnel et 66 étudiants. Le registre de l’école supérieure conserve les noms de ces praticiens d’une autre époque: les docteurs Boyer, A. Duchatellier, Zéphir, V. L. Michel, Camille Joseph, Guignard, Jean Louis, Geanty, flanqués de MM. E. Roumain, Dufort, C. Laporte, Vérolot, Jⁿ Louis Bellegarde et Sᵗ Ubert Emmanuel. Des hommes dont il ne reste aujourd’hui que ces quelques lignes alignées dans un livret de 1895.
Gilbert Mervilus, 24 juin 2026
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