Une histoire d’amour
Celle qui ne connaît pas de fin…
Une histoire d’amour
Celle qui ne connaît pas de fin…

Photo by Nguyễn Huỳnh Phong Trường
La plus belle histoire d’amour que le monde ait connue — en mon humble opinion — bien plus belle que Roméo et Juliette, est celle d’un amour qui a attendu des milliers d’années plus 18 ans pour être reconnu. Elle commença quand un tas de poussière reçut un souffle, un souffle d’amour et de vie. Ce tas de poussière devint ensuite un être vivant, sentant et pensant. À cet être, le créateur donna tout, autorité, longévité et, bien plus important, le privilège d’être dans sa présence sans obstacle. Mais la créature décida de se rebeller et de tourner le dos à son créateur, engendrant un gouffre insurmontable entre les deux. Après des millénaires de hauts et bas, cette histoire culmina en une mort atroce sur un bout de bois, après 6 heures de torture. Cette mort était le sacrifice ultime. Où le créateur vint fermer le gouffre que la créature avait causé et qu’elle n’aurait jamais pu réparer elle-même, faisant de cette histoire non seulement la plus belle mais aussi la plus dévastatrice.
C’est l’histoire d’un créateur qui a choisi et tout donné pour sa création alors que celle-ci a décidé de se rebeller, de lui tourner le dos et de se choisir elle-même. Pendant 18 ans, je me suis choisie moi-même chaque jour de ma vie.
J’ai grandi dans une famille religieuse. Bonne enfant, j’allais à l’église avec ma famille chaque dimanche — pas que j’avais trop le choix mais bon. J’ai complété avec succès les programmes qui ont pour but de former l’enfant dans la foi. Je suis même devenue un membre à part entière de l’église, prête à servir. Prête à servir un Dieu que je ne connaissais pas.
Pour aussi longtemps que je puisse me rappeler, j’ai toujours évité d’être au centre de l’attention ou de participer aux genres de conversations inconfortables qui sont de tradition quand une tante ou un oncle que tu ne reconnais pas vient visiter la maison. Peut-être que mon corps qui si figeait dans ces moments savait qu’une minute de plus ou un regard de plus et le monde pourrait voir au travers de mon masque si bien façonné.
Mes camarades enviaient souvent mes notes aux examens, les professeurs m’utilisaient comme exemple pour les autres et ma famille était fière. Mais personne ne savait que je portais en moi le vide laissé par une estime de soi plus basse que le sol et une peur d’être jugée. Dans le quartier j’étais l’enfant exemplaire, calme et respectueuse. Mais dans la nuit quand le regard du monde était finalement couvert par des paupières lourdes, les vidéos pornographiques servaient de contrefaite de paix. Pour quelques minutes ou quelques heures elles me faisaient oublier que je n’étais pas bien dans ma peau, que l’opinion des autres me terrifiait, me faisait me cacher. Mais quand le soleil se levait le lendemain, l’effet de cette drogue était longtemps parti, me laissant un peu plus vide qu’avant. La honte et les jugements que je m’adressais à moi-même — enfant sale, immorale — étaient comme des tourpilles enfoncées dans mon cœur.
J’avais appris la loi de Dieu à l’église. Je savais que ce n’était pas bien de regarder ce genre de vidéos. J’ai même essayé d’arrêter en me grondant moi-même. En me rappelant que c’était un péché, mais tout ça en vain. Apprendre la loi m’a rendue consciente de mon péché sans pour autant me donner les outils pour m’en libérer.
Plus le temps passait, plus je commençais à croire que tous ces désirs, ces émotions et ces vidéos faisaient partie de ma personne, qu’ils ne partiraient jamais. Alors après des années à lutter avec moi-même, j’ai fini par baisser les bras. Être dans cet état d’impuissance pour une durée continue m’a poussé à abandonner la lutte pour mon âme. La honte et le jeu de cache-cache étaient devenus mon quotidien. Mais de temps à autre, mon âme me lancerait un cri d’appel, des nuits où après avoir prétendu en face du monde pour toute la journée, je ne pouvais plus me mentir à moi-même. Ce cri d’aide venait en forme de larmes incontrôlables, de deuil dans mon cœur qui à ce moment-là semblait ne venir de nulle part. Mais maintenant je sais d’où ces cris d’appel venaient. Ils venaient d’un cœur qui n’avait jamais cessé d’attendre. Ce même cœur qui a choisi la croix pour la joie d’être réuni avec sa création. Ce cœur qui pendant qu’il rendait son dernier souffle avait connaissance de mon péché futur mais a décidé que pour la simple possibilité que je revienne un jour vers lui, ça en valait la peine.
Mais éventuellement le cœur patient du père se réjouit. Après des années d’attente l’enfant prodigue avait enfin retrouvé son chemin vers la maison. Pour moi ce moment était pendant une nuit d’hiver alors que j’étais avec une famille d’accueil. Seule dans ma chambre, à genoux en face de mon lit, tête baissée sur mon poids fermé et ma bible ouverte devant moi. Submergée par le poids de ma honte et mon désespoir, je ne pouvais que répéter en boucle “seigneur sauve-moi, seigneur aide-moi, seigneur pardonne-moi”, mes larmes coulant à flots, certaines goûtes tombant sur les pages impeccables de ma Bible. En ce moment non seulement ai-je finalement ouvert mon cœur à l’Éternel afin qu’il vienne me sauver de mes péchés, mais j’ai aussi décidé que j’allais changer ma manière de vivre et que j’allais désormais vivre pour Jésus.
La première chose qui s’est passée après cette décision est que je me suis rendue compte de l’étendue de mon imperfection. Ce que je ne savais pas est que cette réaction était tout à fait normale. Elle était le résultat de la rencontre entre une créature imparfaite — moi — et un Dieu sans trace d’imperfection. Ésaïe a ressenti la même chose quand il vit l’Éternel. Il dit
“Malheur à moi! Je suis perdu, car je suis un homme dont les lèvres sont impures, j’habite au milieu d’un peuple dont les lèvres sont impures, et mes yeux ont vu le Roi, l’Éternel des armées.” Ésaïe 6:5
Malheureusement pour moi mon cœur a interprété cette tristesse comme étant une accusation de la part de l’Éternel malgré le fait que je savais intellectuellement qu’il m’avait déjà pardonné. Mon cerveau avait mémorisé la vérité mais mon cœur n’y avait pas cru. Comment croire à un amour qui pardonne les fautes avant qu’elles ne soient commises quand on vit dans un monde qui pointe facilement les doigts? Comment recevoir un amour qui continue de m’ouvrir les bras quand l’on a été habitué à des relations ou des mots mal placés, causes des traitements de silence, des regards déçus? Donc j’ai passé des mois à essayer de mériter son amour, son approbation.
Chaque jour je m’efforçais de faire tout ce que l’église dit qu’un bon chrétien devrait faire. Je lisais ma Bible, je priais, je chantais même des louanges même si je sonnais faux. J’arrivais à me convaincre que je faisais tout ça parce que j’aimais Dieu et que je voulais faire ce qui est bon à ces yeux. Mais le moment venait où ma discipline n’était plus assez, ou les désirs de ma chère étaient plus forts que ma volonté. Alors je tombais, complètement aplatie. Et la chute était d’autant plus douloureuse parce que je pensais qu’elle voulait dire que je n’aimais pas Dieu assez. Que j’étais ingrate. Je ne le savais pas à ce moment-là mais ces épisodes révélaient que ma motivation pour faire toutes ces bonnes choses était parce que je voulais prouver que j’étais assez bonne pour Dieu mais bien sûr c’était voué à l’échec. Alors je passais des semaines à ruminer sur mon échec, l’ennemi prenant un plaisir mal sain à transformer ce qui était initialement de “la tristesse due à l’attachement à Dieu” 2 Corinthiens 7: 10, en une voix accusatrice. Au lieu de retourner à celui qui n’avait jamais cessé d’être fier de moi, je restais cloîtré dans mon état de désespoir jusqu’à ce que je ne puisse plus supporter le vide laissé par le manque de temps passé sans sa présence.
Après, on va dire les centaines de fois où je me suis éloigné de Lui parce que je pensais avoir commis une faute trop grave pour son pardon, Dieu m’a finalement ouvert les yeux. Un beau matin alors que je lisais ma Bible — je ne me rappelle plus quel passage — il m’est soudainement venu à l’esprit que la mort de Jésus ne voulait pas seulement dire que je pouvais maintenant parler à Dieu mais que pendant qu’il était sur la croix, il a aussi porté le poids de ma culpabilité. Cela voulait dire pour moi que je n’avais aucune raison de porter une culpabilité qui avait été déjà portée sur la croix. Me lamenter et me punir moi-même pour mes fautes était comme annuler le travail que Jésus avait déjà accompli sur la croix. Quand cette réalisation a atterri dans mon cœur, j’ai pris une grande inspiration et j’ai senti le poids que l’ennemi essayait d’utiliser pour me garder à terre être levé de mes épaules. Est-ce que ça veut maintenant dire que je pouvais aller faire tout ce que je voulais parce que Jésus avait payé le prix? Non pas du tout!! Mais ça voulait dire qu’un je n’avais pas besoin de me battre pour l’amour de Dieu, il me l’a déjà donné et de deux que la culpabilité que je ressentais qui m’éloignait de lui n’avait rien à faire dans ma vie et au lieu de l’accepter je devais la résister. Me rappelant de sa vérité, que
“Autant l’orient est éloigné de l’occident, autant il éloigne de nous nos transgressions.” Psaumes 103:12
Alors les semaines que je passais éloignée de l’Éternel après une gaffe devinrent des jours et les jours des heures, qui à leur tour devinrent des minutes. Mais la partie la plus belle de cette histoire est que même pendant tout ce temps, Dieu était en train de me transformer de l’intérieur, même si je ne voyais pas encore le résultat. Pendant que j’étais occupé à m’auto-évaluer, Dieu était en train de m’apprendre la patience, il m’apprenait à lire la Bible et à prier du cœur. Il m’apprenait l’importance du pardon et plantait en moi des désirs nouveaux qui l’honorent. Il apprenait à mon cœur comment recevoir son amour, comment faire de lui la source de ma paix. Oh, comme il est beau d’être aimée!! D’être aimée d’un amour si pur.
Il a fallu 18 ans pour que je me rende compte de cet amour parce qu’il était toujours là, j’avais juste refusé de le voir. Et il a fallu des mois pour que mon cœur commence enfin à le recevoir, mais je ne changerai ça pour rien au monde. Partir de séparation au bonheur d’être réunie à lui est ce qui me permet de dire,
“J’ai l’assurance que ni la mort ni la vie, ni les anges ni les dominations, ni les choses présentes ni les choses à venir, ni les puissances, ni la hauteur, ni la profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus Christ notre Seigneur.” Romains 8: 38–39
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