On se connaît ?
Salut, moi c’est Quiqui. J’ai 20 ans et, en début d’année, j’ai décidé d’ouvrir tous mes vieux livres pour enfin corriger leurs histoires.
On se connaît ?
Salut, moi c’est Quiqui. J’ai 20 ans et, en début d’année, j’ai décidé d’ouvrir tous mes vieux livres pour enfin corriger leurs histoires.
Vous savez, ces vieux grimoires poussiéreux, au fond du tiroir, qu’on refuse d’ouvrir, par peur de se perdre dans leurs lignes.
J’ai embrassé mon courage, et j’ai commencé ma lecture — tardive — de ces chapitres douloureux de ma vie.
Au début, j’ai sombré, perdant, ligne après ligne, un bout de moi, en réalisant que depuis toutes ces années, je n’avais été que passagère du voyage de ma propre vie.
Bien assise dans mon siège classe éco depuis plus de dix ans, je regardais le paysage et m’entourais de compagnons de voyage qui s’appuyaient sur mes valises pour mieux voir la vue.
1/5 sur TripotVisor : on a franchement vu mieux, en termes de respect de soi.
Je me suis rendu compte que je voyais les choses du mauvais côté, souvent, et surtout que je devenais une personne que je refusais d’être : celle qui parle peu, se vexe vite, abandonne, déçoit, se regarde trop. Alors qu’avant, j’étais celle qui ne perdait jamais son sourire, capable d’être amie avec un chameau dans le désert — comme disait maman –, celle qui écoute et à qui on fait confiance, celle qui a une vie décadente et qui n’a peur de rien.
Tout ça, je ne le sors pas de mon imagination. C’est la manière dont on me décrivait, avant. Et celle d’aujourd’hui.
Et c’est là tout le problème : intérieurement, j’ai le yin et le yang en rupture totale, qui essaient de prendre l’ascendant l’un sur l’autre, en permanence. Deux extrêmes : l’un traumatisé, l’autre assoiffé par la vie. Deux Quiqui, qui s’alternent aux commandes de ma vie.
J’ai perdu l’estime que je me donnais autrefois, parce que je me suis vue si enfoncée dans ce siège classe éco que j’ai cru que j’allais finir par faire partie des habitués des voyages TER les plus insignifiants.
Sauf que moi, je vise les TGV. Les Airbus, même. Je vise les chasseurs.
Je ne suis pas encore sortie de ma classe éco, mais j’ai poussé deux ou trois voyageurs qui me cachaient la vue, et c’est déjà un bon début.
Chaque jour, silencieuse, j’essaie de toutes mes forces de corriger mes vieux livres. Et je le sais : un jour, le mien sera aussi lumineux que la Bible.
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